Edward | Take me back to the night we met

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Edward | Take me back to the night we met

 par Rosamund A. Fraser le Ven 21 Sep - 19:21


Edward & Rosamund

Take me back to the night we met




Depuis ce matin, Rosamund cherchait terriblement à s’occuper. Elle voulait éviter de penser que chaque seconde qui passait la rapprochait de la visite d’Edward et de son passage aux aveux. Elle avait tout fait pour prolonger sa nuit le plus tard possible. Après tout, plus elle passait de temps dans les bras de Morphée, moins elle risquait de tergiverser et d’augmenter son état d’anxiété déjà bien avancé.
Après un réveil tardif, elle avait décidé de se rendre dans un salon de coiffure du centre ville afin de redonner un peu d’éclat à sa chevelure ternie par l’hospitalisation. Elle fit faire un blond plus clair, faisant ainsi disparaître totalement ses racines brunes, et décida de couper son carré encore plus court, proche du style garçonne. Quitte à avoir l’air changé et frais, autant pousser l’affront jusqu’au bout…

La séance lui fit un bien fou, mais elle ne parvint pas à retrouver son calme pour autant. Elle rentra chez elle et erra dans chaque pièce avant de se décider pour un bon bain relaxant, dans lequel elle faillit s’endormir, envoûtée par la légère odeur de lavande.
Elle hésita ensuite un bon moment devant son placard. D’habitude, la question ne se posait pas, elle enfilait un tshirt et un jean, affaire classée. Mais aujourd’hui, elle voulait plaire, sans paraître en faire trop. Il fallait quelque chose d’élégant mais pas professionnel, cosy mais propre sur soi… Dieu que c’était compliqué !
Au bout du compte, elle s’empara de la robe blanche que l’avocat avait fait tailler à ses mesures. Soigneusement lavée, elle n’avait pas osé la remettre depuis. L’occasion était très ironique mais elle n’y résista pas. Après tout, c’était peut-être la dernière fois que l’avocat la verrait dans ce vêtement…

Elle occupa sa fin de journée en choisissant le thé (earl grey ? chaï ? gunpowder ? elle n’avait aucune idée de ses goûts) et en cuisinant quelques gâteaux sans sucre dont elle avait le secret. Puis, pour s’occuper, elle s’installa devant la masse laquée de son piano droit et esquissa les premières notes de la Rêverie de Debussy.

Elle avait toujours eu un faible pour les impressionnistes français et, selon sa mère, c’était ce qu’elle jouait avec le plus de virtuosité. La jeune femme se laissa transporter par la partition et s’interrompit brutalement quand elle entendit sonner. Le cœur soudain palpitant, elle se précipita vers la porte en faisant claquer sa petite paire de talons et ouvrit. Sans surprise, un noble en costume anthracite l’attendait derrière.

- Oh, Edward ! Je t’en prie, entre, tu vas finir trempé sinon !

La pluie avait en effet commencé à tomber, annonçant un de ces orages de printemps qui balayaient violemment le Northumberland chaque année.
L’air un peu raide, elle le conduisit dans le salon et lui présenta un siège avant de s’en retourner vers la bouilloire qui fumait, embaumant la pièce d’un arôme de citron. Quelques minutes plus tard, elle revenait avec un plateau et une soucoupe contenant un épais liquide semblable à du miel.

- Je t’en prie fais comme chez toi. J’utilise ça pour sucrer… C’est moins nocif pour ma condition que les carrés habituels.

Elle servit deux tasses et se rencogna dans un fauteuil en face de lui, soufflant doucement sur son propre récipient. Il faudrait bien qu’elle commence à lui raconter son entrevue d’hier avec la police… Après tout, il s’agissait officiellement de la raison de sa visite !

- C’était la première fois que j’étais interrogée dans un commissariat. Bon sang, qu’est-ce que ça met mal à l’aise… Ils ne semblent pas en savoir plus que nous. Mais certains ne sont pas dupes… La femme qui m’a interrogée semblait sous entendre qu’elle était parfaitement au courant que le dealer arrêté n’était qu’une façade pour calmer les foules…

Elle sirota une gorgée de son thé en soupirant. Elle respirait mieux et avait même pu retirer son assistance, mais sa gorge et ses poumons la brûlaient encore.

- La piste mutante est privilégiée, évidemment. Ils ne croient pas non plus à un empoisonnement par les boissons… Cependant ils ne savent pas si le meurtrier a fait cavalier seul ou si on l’a aidé.

Elle eut l’air préoccupé en se remémorant les expressions de son interrogatrice. Elle avait l’air étrangement concernée par l’affaire… Plus que ce qu’une simple policière aurait dû être.

- La femme qui s’est occupée de moi avait l’air étrangement intéressée par ce que je pouvais récolter en termes d’indices en préparant la défense de notre dealer... J’ai l’impression qu’elle veut faire cavalier seul sur ce coup, c’est étrange.

L’avocate ferma les yeux en essayant de se remémorer la plaque sur son gilet.

- Thyra White… Ça te dis quelque chose ?

Ils échangèrent un bon moment puis le silence revint s’installer. Elle garda le nez dans sa tasse, longtemps, jusqu’à-ce que la dernière goutte fut épuisée. Son cœur battait la chamade et elle se sentait incapable de confier ce qu’elle avait sur le cœur. Presque craintivement, elle jeta un regard au sévère avocat. Les mots de Pandora lui revinrent en mémoire, suivies par les révélations de l’objet de ses sentiments, à l’hôpital. En soupirant, elle reposa la tasse et s’approcha sur le bord de son siège.

- Edward, je… J’ai bien réfléchi et je pense qu’une fois que nous aurons réglé cette histoire, je vais déménager. Peut-être retourner à Londres, bien que cela ne m’enchante guère, ou alors à Inverness.

Sur sa robe blanche, ses mains se tordirent et se marbrèrent sous la pression qu’elle exerçait dessus.

- Je… Je ne peux pas continuer comme ça.

Nerveusement, elle passa une main dans ses cheveux fraîchement balayés. Mais qu’est-ce qu’elle racontait ? Cela ne s’était jamais passé comme ça quand elle avait mentalement répété son discours ! Sa voix paniquée chevrotait quelque peu mais elle ne pouvait plus s’arrêter.

- J’ai bien compris que tu étais d’un monde qui n’était pas le mien, que tu as des obligations incompressibles. J’aimerais faire quelque chose pour changer ça mais c’est impossible. Je n’ai ni titre, ni terres, ni quoi que ce soit pour qu’on m’accorde un tant soit peu de légitimité dans ce que je vais dire.

Elle se força. Au prix d’un effort surhumain, elle braqua ses yeux noisettes dans l’azur de ceux de son camarade de promotion et asséna chaque mot comme un coup de marteau sur une planche trop dure.

- Je préfère partir parce que je ne vais pas supporter que tu me rejettes encore. Je ne vais pas supporter que tu épouses une autre femme, même si elle est homosexuelle. Je ne vais pas supporter de passer chaque jour à me dire que je vis à côté de toi sans jamais pouvoir t’atteindre. C’est impossible parce que… Parce que je t’aime, sans doute depuis bien plus longtemps que ce que j’ose m’avouer.

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Re: Edward | Take me back to the night we met

 par Edward T. Seymour le Sam 22 Sep - 21:44


Edward & Rosamund

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C'est pourquoi je vous demande de déclarer un non lieu, votre honneur, pour vice de procédure. Il est évident que mon client n'a rien à voir avec toute cette histoire de détournements de fonds.

Enfin, votre honneur, vous n'y pensez pas ? Je...

Maître Randall, un peu de calme, je vous prie. Votre engouement est tout à votre honneur mais maître Seymour a raison. Nous ne pouvons pas poursuivre dans de telles conditions.

Lorsqu'il déclara le non lieu, le vieux juge Wiggins martela le bureau de son marteau, acheva un procès expédié à une vitesse ahurissante. Désemparé, Randall fit face aux insultes de son client, lequel semblait avoir particulièrement envie de refaire le portrait du magnat de l'immobilier que défendait Edward. Le sourire jusqu'aux oreilles, le richissime homme d'affaires serrait chaleureusement la main de son avocat en promettant de lui faire parvenir une excellente bouteille de champagne qu'ils partageraient ensemble. Froid et rigide, Edward répondit par des phrases n'excédant pas les dix mots. À vrai dire, il ne voulait pas savoir si son client était coupable ou non car ce n'était pas ça qui l'intéressait. Seule deux choses trouvaient grâce à ses yeux et le rendaient particulièrement méprisable : le fait de gagner et le montant du chèque qu'il allait toucher. Ce chèque valait bien les heures passées à glaner des informations pour monter un dossier solide et par-dessus tout, ces heures pouvaient bien le convaincre de porter cette affreuse perruque blanche que l'on imposait aux avocats britanniques. Quel imbécile avait pu pondre une bêtise pareille ?

Lorsqu'il sorti de la salle d'audience, Edward retira avec un soupir de soulagement cet hideux couvre-chef passé de mode. C'était dans ces moments-là qu'il se demandait pourquoi il n'était pas parti exercer aux États-Unis... et comme à chaque fois, l'homme de son père le rappelait à l'ordre. Quitter le pays aurait été impensable, il avait des responsabilités ici, un titre à venir, la mission de Veilleur... que n'aurait-il pas donné pour pouvoir faire ses bagages et partir sans se retourner ? Mais seul... cela valait-il la peine ? Edward avait toujours apprécié la solitude pour son calme mais depuis quelques temps, chaque fois qu'il songeait à l'avenir, il voyait une ombre à ses côtés. Le fantôme d'une femme et cette femme, ce n'était et ça ne serait jamais Diana. C'en était une autre aux yeux plus doux et à la chevelure blonde, une qui lisait en lui comme dans un livre ouvert et une qui savait à quoi il pensait lorsqu'il se murait dans le silence.

Une qu'il était supposé aller retrouver et, en jetant un œil à sa montre, Edward se rendit compte qu'il n'était pas en avant. Il se dépêcha donc de se débarrasser de sa robe et de sa perruque dans le coffre de sa voiture et s'engouffra dans l'habitacle en évitant autant que faire se peut les gouttes qui commençaient à colorer l'asphalte d'un noir d'encre. Le temps n'alla pas en s'arrangeant, puisque lorsqu'il se gara devant la petite maison de Rosamund, des trombes d'eau fouettaient les ardoises du toit. Edward soupira et, une jolie boîte de biscuits en main, il sorti de la voiture et s'avança à grands pas vers le perron où il frappa quelques coups secs. Avec le boucan que produisait la pluie sur le toit, il n'entendit même pas Rosamund jouer mais fut plus que soulagé de la voir ouvrir si vite. Quel idiot avait-il été de ne pas prendre de parapluie avec lui...

Merci... il fait un temps de chien...

Il ne se fit pas prier pour entrer et, une fois qu'il fut à l'intérieur, nota que Rosamund portait la robe qu'il lui avait offerte. Instinctivement, son cœur se mit à battre un peu plus vite : l'avait-elle mise pour lui faire plaisir ou aimait-elle à ce point le vêtement ? Il espérait sincèrement que la deuxième solution serait la bonne. Seulement, ce n'est pas pour sa tenue qu'il la complimenta. Avant même d'avoir pu y réfléchir, les mots sortirent.

Tu es allée chez le coiffeur ? Cette coupe te va vraiment très bien.

Et il se rendit compte qu'étant donné leur relation actuelle, il aurait peut-être eu mieux fait de se taire. Plutôt que de s'excuser, il se gifla mentalement et se jura de garder pour lui toutes les autres remarques qu'elle avait en tête. Qu'elle était vraiment très jolie apprêtée ainsi, que sa maison avait un charme qui lui ressemblait, qu'il mourait d'envie de l'embrasser, aussi ? Au lieu de tout cela, il hocha la tête lorsqu'elle lui proposa de s'asseoir et il s'installa dans un fauteuil en prenant sa tasse de thé. Après l'avoir copieusement sucrée comme à son habitude, il en but une gorgée pour ne pas avoir à entamer la conversation. À vrai dire, il ne savait absolument pas quoi dire. Il fut même soulagé que Rosamund entame les hostilités mais fronça les sourcils en apprenant qu'elle n'avait pas été spécialement bien traitée au commissariat. Thyra White était un nom qui ne lui disait rien, à vrai dire.

Ça ne me dit rien, non... j'en référerai à Louciane Howard, c'est un... vieil ami de ma famille, il pourra peut-être m'en dire plus à son sujet. Toujours est-il que si cette Thyra White s'amuse à terroriser les victimes de la soirée, elle va se heurter violemment à la justice et au refus de parler des gens...

Sa main libre se crispa sur son genou. Edward avait une bien piètre image de la police, tant il avait tendance à tous les prendre pour des idiots sans jugeote et des brutes sans cervelle.

C'est un peu étrange, en effet... est-ce qu'elle avait l'air intéressée par le côté mutant potentiel de l'agresseur ? J'ai entendu parler de fanatiques qui se vouent une admiration sans bornes à ce fantôme tandis que d'autres rêvent de lui faire la peau...

Entre les fous et les traqueurs, Edward se disaient quotidiennement que les veilleurs allaient bientôt être dépassés par les événements, d'autant que lui-même avait beaucoup de mal à rester neutre depuis que Rosamund et Calixte avaient bien faillit faire partie de la liste des victimes décédées. Malgré tout le calme dont il pouvait faire preuve, Edward n'était pas certain d'être capable de garder son sang-froid en présence du véritable coupable.

J'ai moi aussi du mal à croire qu'un seul homme soit responsable de tout ça... soit les agents de sécurité étaient des incapables, soit l'un d'eux était de mèche et... j'avoue ne pas trop savoir quel option me fait le plus peur.

Mais alors que la discussion aurait pu ne tourner qu'autour de ce sujet très sérieux mais néanmoins stable et rassurant car loin de leur situation actuelle, Rosamund mis fin à cette stabilité en quelques mots seulement. S'il n'avait pas été assit, il se serait probablement cassé la figure et même dans cette situation, il eut l'impression de chuter. Rosamund envisageait de partir et, dans l'esprit égoïste et prompt à tout contrôle du Seymour, c'était inconcevable. Il se serait très bien vu la garder jalousement à ses côtés pour avoir le sentiment d'être un peu avec elle mais à aucun moment il se voyait envisager l'idée de vivre aussi loin d'elle. Pas alors qu'en trois mois, il avait réussi à briser huit ans de silence. Pas alors qu'il se sentait enfin mieux auprès d'elle. Interloqué, il fut incapable de l'interrompre ou de tenter de la faire taire et pourtant, il en mourait d'envie. Les évidences dont elle parlait, il ne voulait pas les entendre, les aveux qu'elle lui faisait non plus, tout simplement parce qu'Edward se complaisait dans le déni. Pouvoir continuer à évoluer sur une pente glissante lui convenait très bien, alors même qu'il savait pertinemment qu'à un moment ou à un autre, il chuterait forcément. Il ne voulait rien entendre de tout ça pour ne pas réaliser qu'elle avait entièrement raison. Continuer ainsi ne serait pas viable à long terme car dès lors que Rosamund aurait trouvé chaussure à son pied, Edward ne serait pas capable de composer avec la jalousie et la méchanceté dont il se savait capable. Au fond de lui, il savait qu'elle avait raison mais refusait de l'admettrait. Et lorsqu'elle lui asséna le coup fatal en lui avouant ses sentiments, il posa si violemment la tasse sur la table qu'un peu de thé s'en échappa et se leva pour faire nerveusement les cent pas.

Non, non, non, NON ! Tu ne peux pas me dire ça comme ça, Rosamund ! Un jour tu me dis que je dois gagner ma liberté en m'éloignant de ma famille et le lendemain, tu m'ôtes cette liberté en me disant que tu veux t'en aller ? Qu'est-ce que tu veux, bon sang ? Me faire culpabiliser ?

Il ne voulait pas entendre ses sentiments, pas en comprendre la sincérité car les siens peinaient encore à s'exprimer.

Et puis pourquoi tu t'en irais, hein ? Tu crois peut-être que j'ai envie de me marier avec Diana ? Tu ne comprends pas que si je pouvais faire autrement, je l'aurais fait ? Tu es cruelle, Rosamund... cruelle quand tu me dis que tu m'aimes, cruelle quand tu menaces de partir... tu m'as dis que j'étais dur mais tu ne vaux guère mieux, finalement.

La logique aurait voulu qu'il s'en aille, qu'il claque la porte et reparte aussi sec sous une pluie battante mais il fut incapable de faire autre chose que la regarder. Sous ses traits tirés par la tristesse et la colère que devaient probablement lui inspirer les paroles injustes de noble, il y a ce visage si doux qu'il aimait tant et ces lèvres qu'il rêvait d'embrasser à nouveau. Mais se mettre en colère et passer pour un connard fini sera sûrement plus simple pour tout le monde, se disait-il naïvement.

Si tu veux partir, et bien vas-t'en...

Mais il n'en pensait pas un mot et ses yeux le hurlaient avec désespoir.
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Re: Edward | Take me back to the night we met

 par Rosamund A. Fraser le Ven 28 Sep - 15:21


Edward & Rosamund

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Quand elle l'avait vu sous la pluie, détaillé son corps trempé, son visage anguleux perlé de gouttes, elle avait senti son coeur se serrer. Elle réalisait soudainement à quel point elle le trouvait beau, peu importaient les circonstances. Elle aurait voulu le serrer dans ses bras, là, maintenant, tout de suite mais elle se l'interdisait. Il y avait entre eux un pont de bois vermoulu, franchissable mais avec de grandes chances d'y rester. La jeune femme ne voulait pas prendre ce risque. Pandora avait raison, ce piège dans lequel elle était prise la rendait infiniment triste. Elle devait se protéger au mieux.
Mais que c'était difficile quand il la regardait avec cet air distant et pourtant si prévenant et attentif ! Qu'elle avait envie de sourire, de rougir et de se réfugier dans ses bras lorsqu'il la complimenta sur sa propre apparence physique... C'était futile certes, mais elle ne se serait certainement pas attendue à une telle marque de sympathie. À dire vrai, elle n'avait jamais pensé qu'Edward puisse aimer les cheveux courts, au vu de son éducation plus que traditionnelle. Elle se contenta alors d'un pâle "merci" les joues littéralement en feu, et l'invita à s'asseoir pour changer enfin de sujet.

Rosamund sirota son thé d'un air pensif en écoutant son collègue parler. Elle essayait de se concentrer sur un point précis mais son oeil vadrouillait de toute part. Ses mains, son pantalon de costume encore imbibé d'eau, ses chaussures impeccablement cirées... Elle avait presque de la peine à écouter ses réponses, déjà craintive face à la tournure que pourrait prendre ce début de soirée.

- Mh... Je ne pense pas qu'elle cherche à terroriser les victimes de la soirée... Elle était relativement agréable avec moi et bien que la procédure soit intimidante, à aucun moment elle n'a eu un mot plus haut que l'autre. Est-ce... Est-ce que son intérêt serait dirigé sur le mutant qui a fait ça ? Ça pourrait être une explication... Ou alors elle est de mèche avec lui et elle cherche à agir pour le protéger ? Non... Ça me paraît quand même passablement capillotracté...

Mais elle vit qu'il partageait son trouble. Lui aussi n'écartait pas l'hypothèse de pourris au sein de la sécurité ou de la police. Et tout comme lui, la jeune femme tremblait à l'idée qu'on ne puisse plus faire confiance à personne, même au sein des autorités. Elle lâcha un soupir éloquent et riva ses yeux sur le tapis, incapable de savoir comment poursuivre la conversation. Tôt ou tard, ce point de non retour serait arrivé...
Alors elle se lança et lâcha le pavé dans la mare.

Elle s'attendait à ce que la réaction du noble soit violente mais les mots qu'il lâcha lui firent bien plus mal que ce qu'elle avait pu se figurer lors de ses répétitions mentales. Il parlait de lui, de sa culpabilité, de sa famille et d'elle, comme si tout était lié. Elle fit un bond sur son siège et serra ses propres mains sur sa soucoupe. Elle détestait la façon qu'il avait de présenter les choses, comme si elle était la condition sine qua none de son indépendance. Elle haïssait cette façon sous jacente de lui dire qu'elle lui était indispensable tout en la rejetant. Et, surtout, Rosamund exécrait plus que tout cette famille qui avait réduit le noble à l'état de pantin incapable de décider par lui-même.

Quand il l'accusa d'être cruelle envers lui, elle se leva à son tour en posant sa tasse sur la table d'un geste sec mais plus délicat que le sien. Elle croisa les bras sans trembler bien qu'elle sentait tout son intérieur se liquéfier sous la tristesse. Elle culpabilisait mais le trouvait égoïste de la rendre ainsi responsable de ses maux. Elle manqua presque de s'étouffer lorsqu'il laissa entendre qu'en terme de cruauté, ils étaient sans doute équivalents.

- Je te demande pardon ?!

Lorsqu'il la toisa en lui indiquant qu'elle pouvait partir si elle le voulait, elle fut proprement révoltée. C'était le même schéma, exactement le même schéma qu'il y avait huit ans. Elle avait envie de le frapper, de le forcer à se reprendre en main et de cesser son manège d'enfant trop fier. L'avocate n'était pas dupe, malgré le chagrin qui la ravageait, elle percevait quelque chose dans ses yeux bleus. Quelque chose qui pouvait exprimer la mélancolie ou un profond désespoir. Il ne pensait pas ce qu'il disait et cela la mettait hors d'elle.
D'un pas plus leste que ce dont on l'aurait cru capable, elle contourna la table, les bras toujours croisés, en se rapprochant de lui. Ses yeux lançaient des éclairs et elle tenta de se grandir en allongeant son cou, comme pour franchir les 20 centimètres d'écart entre eux.

- Edward, pour l'amour de Dieu, est-ce que tu t'entends parler ? MOI je suis cruelle ?! Sérieusement ! Pendant toutes ces années tu n'as pas cessé de me rabâcher que tu avais des devoirs, l'honneur de ta famille à préserver ou que sais-je encore... Qu'il était impossible pour toi de faire autrement ! Ça me brise le coeur de l'entendre mais soit, admettons ! Quelle solution reste-t-il pour nous dans ce cas de figure, hein ?!

Elle commença à son tour à faire les cent pas, en énumérant sur ses doigts, un par un, les problèmes qui se posaient, comme si elle égrenait un chapelet.


- Nous vivons ici, dans la même ville, nous seront amenés à nous croiser dans nos professions. Tu crois sincèrement que nous serons capables de nous ignorer après tout ça ? Chaque rencontre sera une blessure de plus, tu le sais très bien ! Oh, et puis imaginons que nous continuions comme ça... Est-ce que tu es réellement persuadé que cela ne finira pas par se savoir ? Tu imagines les retombées pour toi et moi ?!

Elle mordit ses lèvres un instant en mesurant l'injustice de cette situation. Elle serra ses poings si fort que ses ongles s'imprimèrent dans la paume de sa main.

- Et encore... Toi tu es un homme, un noble bientôt marié avec une position influente ! Moi... Tu me l'as déjà assez rabâché. Je ne suis qu’une anonyme ! Une fille de rien, une prolétaire, une paysanne, une opportuniste qui a réussi à faire sa place, n'est-ce pas ?! Tu t’imagines que je vais faire long feu avec une histoire d'adultère collée à la peau ?!

Sa voix trembla de rage et de culpabilité. À l'idée que l'on puisse la percevoir d'une façon aussi déshonorante, l'avocate avait une brusque envie de tout casser dans la pièce. Elle continua à tourner comme un lion enfermé dans sa cage.

- Oh, et puis tant qu’à faire, imaginons que cela ne se sache jamais, que nous soyons discrets, si discrets que personne n'ait jamais la moindre idée de ce qui se passe entre nous. À quel moment est-ce que tu peux croire que j'ai envie de passer ma vie comme une vieille fille qui attend chacune de tes visites en tremblant de peur à l'idée que ce soit la dernière ? Que je meurs d’envie à l’idée d’être une éternelle célibataire, sans enfants ni famille, qui passera sa vie dans le mensonge avec le risque de se faire abandonner sans aucun soutien ? Est-ce que tu te figures, Edward Thomas Seymour, que j'ai le moindre désir d'être une poupée que tu vas garder sous une cloche de verre sans jamais en parler à ta famille ?

Rageusement, elle s'approcha de lui. Ses joues rouges et son corps crispé trahissaient une profonde colère alors que ses yeux lançaient un appel à l'aide.

- JE NE SUIS PAS TON JOUET NI TON GARDE-FOU EDWARD ! Tu comprends ça ?! Je suis un être humain qui rêve aussi d'un foyer honnête et rangé, je ne souhaite pas passer mon existence dans l'ombre et le péché même pour tes beaux yeux !

Rosamund tremblait. Sa respiration se remettait à siffler. Elle avait tant de choses à lui dire encore mais les forces lui manquaient. Alors elle lui lança un regard. Le même regard de défi que celui qu'elle avait eu en acceptant son invitation au gala de fin d'année. Le même regard que lorsqu'elle l'avait provoqué sur ce tango sulfureux au mois de décembre. En même temps, elle levait un bras vers sa porte d'entrée, avec lenteur. Sa voix s'était réduite à un simple souffle.

- Si tu es trop lâche pour assumer ce qui se passe entre nous face à tes proches je ne t'en voudrais pas. Ce n'est pas un choix facile. Mais dans ce cas, je te demanderai de franchir cette porte et de ne plus jamais remettre les pieds dans ma vie.

Cette fois c'était le point de non retour. Elle ou 30 ans d'éducation stricte. Elle ou l'honneur d'une famille vieille de plusieurs siècles. Elle se trouva soudainement bien présomptueuse et ses yeux lancèrent malgré elle une supplique éloquente. S'il partait maintenant, elle ne savait même pas si elle pourrait s'en relever.
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Re: Edward | Take me back to the night we met

 par Edward T. Seymour le Dim 30 Sep - 21:14


Edward & Rosamund

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En venant voir Rosamund, Edward avait naïvement envisagé une soirée tranquille, faite de discussions, de sourires et de sérénité, dans un écrin artificiel, forcé, illusoire, écrin qu'il s'évertuait à lustrer chaque jour pour qu'il reste brillant et plaisant à regarder. Chaque fois que le doute s'insinuait à la surface de ce globe de déni, il passait un coup de chiffon dessus sans même y accorder un seul regard. Parce qu'il ne voulait pas voir, l'aîné Seymour. Il ne voulait pas faire face à l'évidence ni à la vérité. Il ne voulait pas admettre que plus il voyait Rosamund, plus il se consumait d'amour pour les yeux noisettes de la jeune femme, pour ses fossettes lorsqu'elle riait, pour sa peau d'albâtre et la douceur de ses traits. Et s'il n'y avait eu que son apparence physique... mais tout en elle lui plaisait, de son intelligence à sa culture en passant par son talent et même ses défauts ou l'horripilante habitude qu'elle avait de le contredire lui plaisait. Il était fait comme un rat, perdu, acculé et le dos au mur, le Seymour. Dans un monde idéal et dénué de pression familial, il aurait illico rompu ses fiançailles pour pouvoir retirer son masque et être celui qu'il ne parvenait à être qu'en présence de Rosamund.

L'interrogatoire de la jeune femme fut rapidement éclipsé par ses aveux et ce qui sonnait comme des menaces aux oreilles d'Edward. Nerveux, il arpentait la pièce avec de grandes enjambées et aurait tout fait pour la faire taire et repousser au loin tout ce qu'elle venait de dire. Non il ne fallait pas qu'elle parte. Elle ne pouvait pas partir. Dans une démonstration détestablement égoïste, il refusait qu'elle le laisse à nouveau seule. Quelle solution leur restait-il ?

Mais je n'en sais rien, bon sang ! Tu me mets devant le fait accompli, je n'ai même pas encore eu le temps d'y songer !

Parce qu'il ne voulait pas y songer. Au fond de lui, et c'était ce qui le rendait cruel à la limite du supportable, Edward se serait bien contenté de vivre leur histoire dans l'ombre, faire de Rosamund la face derrière le rideau, celle que l'on n'aurait jamais vue, dont on aurait pu soupçonner l'existence sans jamais en avoir la preuve. Celle qu'il aurait jalousement gardée à l'abri des regards, sans se soucier du poids qu'elle aurait à porter sur les épaules. Parce qu'il était égoïste, l'aristo, beaucoup trop égoïste pour voir les choses autrement. Tout aurait été bien plus simple sans l'obsession de son père pour la pureté du sang noble, tout aurait été plus simple sans ce jeu d'alliances malsain, tout aurait été plus simple s'il avait pu choisir sa promise. Rosamund n'avait rien d'une écervelée, elle était bien élevée, cultivée, respectueuse... tout ce que son père aurait aimé si elle avait eu la bonne idée de naître au sein d'une famille noble. Par bien des aspects, Rosamund correspondait bien plus à ce que George Seymour pouvait accepter, bien plus que Diana... mais Diana était une Howard et c'était là toute la différence. Les poings serrés, il laissa Rosamund s'exprimer, alors même qu'il mourait d'envie de l'interrompre pour l'empêcher d'énoncer des évidences qu'il ne voulait pas entendre. Bien sûr qu'elle ne pouvait accepter une telle vie, bien sûr qu'il aurait se douter de tout cela mais elle aurait été bien naïve de croire qu'Edward aurait fait le cheminement tout seul comme un grand.

ARRÊTE DE HURLER ! cria-t-il pourtant à son tour, Tu crois peut-être que je le fais exprès ? Tu crois qu'en étant marié je vais être plus heureux que toi ? Bon sang, Rosamund... je suis pieds et poings liés, je ne peux rien faire ! Tu... tu ne comprends pas...

Non elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas qu'il y avait d'autres enjeux mais comment aurait-elle pu alors qu'elle ignorait l'existence des Veilleurs ?

Si tu t'en vas, je... tu comprends que si je parle de toi, si j'ose mentionner mon affection pour toi à mes parents, ce sera l'enfer ? Tu sais ce qu'ils feront ? Mon père t'offrira une grosse somme d'argent pour que tu t'en ailles et... si tu le refuses, je le connais assez bien pour savoir qu'il usera ses derniers mois sur Terre pour faire de ta vie un enfer.

Il avait dit tout cela d'un ton froid, implacable mais dans ses yeux brillaient une lueur de tristesse et de désespoir. Edward connaissait son père. Edward aimait, admirait et défendait son père. Mais il savait aussi que George Seymour était un abominable calculateur et, pas bien des aspects, un connard. Il ne voulait pas que les choses se passent ainsi... et quand bien même savait-il que les sentiments qu'il éprouvait pour Rosamund ne se tariraient pas si facilement, il savait également que pour son bien à elle, il fallait qu'elle passe à autre chose. Il aurait pu être gentleman, ne vouloir que son bien, son bonheur... au fond, il ne voulait que ça mais il ne souhaitait ce bonheur que s'il pouvait faire partie de l'équation. C'est à cet instant qu'Edward se rendit compte à quel point il était égoïste, et l'écœurement qu'il éprouva à l'égard de sa propre personne ne fit qu'accroître plus encore sa colère. Parce que s'il n'avait souhaité que le bonheur de Rosamund, il lui aurait surtout souhaité de rencontrer une personne capable de lui apporter bien plus que lui. Et parce qu'il se sentait de trop, égocentrique et monstrueux, Edward ne se fit pas prier lorsque Rosamund lui montra la sortie.

Il se redressa, la toisa de haut et, en quelques enjambées, traversa la pièce et alla ouvrir la porte. Dehors, la pluie labourait le gravier sans discontinuer et il avait presque l'impression que la météo le suppliait de rester. Mais à quoi bon ? Où les mènerait cette conversation, sinon droit dans le mur ? Il s'avança, son pied toujours le perron et soudainement, il se retourna vers Rosamund.

Mais tu te prends pour qui, à me dire ce que je dois faire ?

La raison venait de s'envoler, balayer par le vent et la pluie et, lorsqu'il claqua la porte, ses talons firent l'effet d'un écho alors qu'il revenait se planter devant Rosamund.

Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi.

Et cette phrase, c'était comme s'il venait de l'adresser à l'ombre de son père qui trônait sans cesse sur son épaule, le fantôme paternaliste qui lui dictait sa conduite et à qui il fit un énorme doigt d'honneur lorsqu'il glissa ses doigts dans les cheveux de Rosamund pour l'embrasser. Qu'importe s'il devait le regretter, tant pis si ça devait compliquer les choses : un regret passager valait mieux qu'un regret quotidien jusqu'à la fin de ses jours.

Tu te trompes sur toute la ligne. Je n'ai pas envie de te garder sous une cloche.

Et à peine avait-il soufflé ces mots qu'il se tut pour embrasser à nouveau la jeune femme avec une passion et une fébrilité qui allaient bien au-delà de la timidité du baiser échangé au bar quelques semaines plus tôt. Celui-ci était teinté de colère, d'envie, de la peur de la perdre à tout instant mais surtout d'un amour maladroit qu'il n'était pas capable d'exprimer. Car s'il avait pu caresser l'idée de garder Rosamund cachée sous une cloche, comme elle l'avait dit, il aurait en réalité voulu pouvoir la montrer au monde entier.

Qu'est-ce qu'on en a à foutre que je sois bientôt marié ? Tu vois une bague à mon doigt ? Non. Alors oublie ça.

Et il voulait lui aussi oublier tout ça l'espace d'un instant, s'électriser dans les bras de la jeune femme sans penser au poids qui pesait constamment sur ses épaules. Il ne voulait qu'une chose : retrouver le sentiment qu'il avait éprouvé ce soir-là, huit ans plus tôt. Sans même y penser, ses doigts quittèrent la chevelure de la demoiselle pour aller se perdre au niveau de son col, descendant fébrilement vers des boutons qu'il avait hâte d'ôter.
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Re: Edward | Take me back to the night we met

 par Rosamund A. Fraser le Dim 7 Oct - 20:57


Edward & Rosamund

Take me back to the night we met




Rosamund fulminait. Elle ne le comprenait pas, non. Son monde était trop loin du sien, trop insaisissable. Elle voulait lui accorder ce doute, elle voulait croire qu'il ne pouvait rien à sa situation. Et, dans le même temps, une partie d'elle refusait de se laisser faire. Une petite voix emplie de reproches susurrait à son oreille que si le noble avait vraiment voulu changer quelque chose à sa situation, il l'aurait fait depuis longtemps.

- Pieds et poings liés... Tu te fous de moi ? On a un futur roi d'Angleterre divorcé, son fils marié à une roturière et le cadet à une actrice américaine et tu me dis que toi, tu es pied et poings liés ? Mais qu'est-ce que t'as fait ton père pour que tu te laisses marcher dessus comme ça ?!

Elle se trouva cruelle de tenir tête quand il lui expliqua que ce même paternel leur ferait vivre un enfer. L'avocate pouvait comprendre que ce vieil homme avait une importance capitale dans la vie de son collègue mais elle était révoltée, révoltée qu'on puisse aller ainsi à l'encontre de sa propre descendance. Elle serra les poings, le regard noir.

- On se croirait en plein dix-neuvième siècle sérieux... Ton père, tout duc qu'il soit n'aura pas à se donner cette peine de toute façon. Je refuse de toucher ne serait-ce que le moindre penny de la part d'un homme qui contraint ses enfants de la sorte ! Sérieusement, on marche sur la tête.

Alors elle lui demanda de s'en aller. Elle garda contenance face à lui mais dès qu'il bougea, vif et impérieux, pour ouvrir la porte d'entrée, son être entier se décomposa de tristesse. En un instant, ce fut comme si une flèche de feu perçait ses entrailles et remuait tout au fond de son être, ravageant la plus petite once de sens commun que l'on aurait pu y trouver.
Non.
Elle ne voulait pas partir. Elle ne voulait pas le quitter. Pour faire cesser la douleur qu'elle ressentait à présent, elle aurait été capable de s'agenouiller, de demander pardon et de jurer d'être discrète tant qu'il restait là.

Une grimace de douleur déforma sa face opaline lorsqu'elle entendit la porte se refermer. Là, ça y était. Il était parti, il ne reviendrait plus. Une secousse arqua ses épaules alors qu'elle retenait un début de sanglot, quand au même moment elle entendit le bruit si familier de ses talonnettes revenir vers elle.
Son coeur recommença à battre la chamade alors qu'il s'adressait de nouveau à elle avec des mots durs.

Elle l'écouta d'un air circonspect, le visage encore marqué par le chagrin violent qui l'avait traversée quelques instants plus tôt. Elle ne redit rien lorsqu'il affirma n'avoir aucun ordre à recevoir d'elle et son souffle se coupa définitivement lorsqu'il l'attira pour l'embrasser et lui dire qu'elle se trompait. Dans ses bras, elle se sentit soudain molle et amorphe, achevée par l'avalanche de sentiments contraires qui l'avaient assaillies sur ces dernières secondes.
Quand il reparla de son potentiel mariage et qu'il lui demanda de l'oublier, avec une certaine rage, elle hocha la tête rapidement et agrippa soudainement ses bras, comme une bouée au milieu de la mer déchaînée. Lorsque leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau, elle se laissa soudain aller à une frénésie nouvelle. Ses mains avides de son corps parcouraient son dos musculeux alors que sa bouche semblait ne jamais vouloir se lasser de celle du noble. Elle frémit lorsqu'elle sentit ses grandes mains de bureaucrate déboutonner fébrilement sa robe blanche.
Le sentiment électrique du passage de l'interdit remonta le long de sa colonne vertébrale. Une rage nouvelle se déchaînait dans le creux de son ventre, alors que le souvenir lancinant d'une soirée vieille de 8 ans revenait se loger dans son esprit.

Ses baisers se firent plus pressants, presque durs. Elle brulait d'une même rage, d'une même envie de vivre pleinement et d'envoyer valser les conventions. Elle voulait l'avoir pour elle, rien que pour elle. Ses propres mains descendirent sur son torse et firent rapidement valser sa veste de costume impeccablement taillée avant de s'attaquer à son col de chemise. Elle nicha son nez dans son cou allongé et s'enivra de son odeur sensuellement boisée avant d'y déposer des baisers fiévreux.

Elle caressa un instant ses boucles brunes, frémissant sous le contact chaud de ses propres paumes. Son regard brûlait d'une envie de tout envoyer valser, à la manière de cette tasse vide qui roula sur le tapis, propulsée dans leur élan alors qu'ils basculaient sur son canapé. Rosamund s'installa au-dessus de lui, à moitié dévêtue de sa robe blanche, le souffle chaud et haletant. Elle termina de faire sauter les boutons de la chemise de l'avocat et redécouvrit avec une excitation mêlée d'amertume ce corps qu'elle avait connu autrefois. Il était plus épais que lors de leurs années de faculté, mais c'était une masse musculeuse et solide. On aurait presque dit qu'il avait suivi un enseignement militaire.
Elle posa sa main sur son muscle pectoral, à l'endroit où se trouvait certainement son coeur, alors que les doigts de sa main libre revenaient s'emmêler dans sa chevelure et que ses lèvres se liaient à nouveau aux siennes, toujours plus pressantes.

Rosamund le désirait maintenant plus que jamais. L'envie déchirait ses entrailles en même temps que cette volonté destructrice d'envoyer valser toute la hiérarchie qui le tenait prisonnier. Elle bascula un peu en arrière quand sa robe fut entièrement retirée, dévoilant son corps blanc balafré au niveau de la poitrine. Instinctivement, elle posa une main sur cette cicatrice infâme, comme pour la cacher.
Bien qu'elle n'était plus aussi svelte que dans sa vingtaine, l'avocate conservait un tonus tout à fait honorable grâce à la pratique régulière de danse et de course à pied, autant pour s'entretenir que pour réguler son diabète.

Elle revint ensuite se coller vers lui, à la recherche de sa chaleur, de sa propre rage. Ils se nourrissaient l'un et l'autre de leur colère et de sentiments qui peinaient à s'exprimer encore, brimés par 8 ans de silence. Dans l'étreinte, ses ongles griffèrent légèrement une de ses épaules alors qu'elle dirigeait ses lèvres vers le lobe d'une de ses oreilles.

- Maître Seymour désirerait-il prendre les rênes... ?

Elle chuchota avant de jouer de ses dents sur cette partie sensible avec une légèreté empreinte de cette envie de provocation qui caractérisait presque toute leur relation. Elle ne pensait plus, elle avait envoyé le bon sens aux oubliettes et préférait se dire que ce n'était rien de grave, rien d'officiel.
Aucun des deux ne se l'avouait, mais le point de non retour était déjà franchi depuis un bon moment.
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Re: Edward | Take me back to the night we met

 par Edward T. Seymour le Dim 21 Oct - 18:54


Edward & Rosamund

Take me back to the night we met




Il n'aurait pas dû faire demi-tour. À l'instant même où il s'était tourné vers Rosamund, Edward avait su qu'il avait fait une erreur. Enfin... une erreur aux yeux de son père, une yeux de la société des Veilleurs qui ne concevait les unions que dans un cercle restreint de famille, au moment où il l'avait embrassée, il avait su qu'il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Parce que si sa raison lui dictait de ne surtout pas s'aventurer hors du chemin tracé par George Seymour, lui cœur lui hurlait de foutre en l'air de ce sentie bien balisé et beaucoup trop propre à ses yeux. Edward aimait Rosamund depuis bien plus longtemps qu'il ne voulait bien l'admettre. À vrai dire, il était même incapable de dire à quel moment il en était tombé amoureux. Pourtant, à les voir se hurler dessus quelques instants auparavant, on était en droit de se demander comment les choses avaient pu basculer ainsi. Lorsque la jeune femme avait répliqué à Edward que dans un pays bientôt gouverné par un roi divorcé père d'un jeune prince marié à une roturière c'était tout de même paradoxal, il s'était entendu lui répondre sur le même ton.

Ça n'a rien à voir, tu ne comprends rien !

Mais comment aurait-elle pu comprendre ? Ce n'était pas qu'une question de noblesse et de lignée, c'était aussi une question d'héritage, d'un savoir qu'avaient les Veilleur et qu'il ne pouvait partager avec Rosamund. Plus d'une fois, Edward s'était demandé si le secret entourant cette organisation n'en faisait pas plus une secte qu'autre chose. On parlait d'initiés pour désigner ceux qui rejoignaient leurs rangs, il y avait des préceptes, des connaissances... et surtout, un secret si terrible et ancien que nul n'avait le droit d'en parler à qui que ce soit. Diana savait, elle, parce que Diana était née dans cet univers. Mais Rosamund... annoncer à George Seymour qu'il aimait une roturière ignorant tout de leur ordre, c'était le condamner à la damnation éternelle et Edward était certain de ne pas exagérer en pensant cela. Il avait toujours été le plus raisonné et raisonnable de la fratrie, le moins sujet aux peines de cœur et aléas de l'amour car avant Rosamund, Edward n'avait jamais aimé aucune femme. Il n'était pas prêt à lutter contre ses sentiments, tout comme il n'était pas prêt à épouser Diana. Fort heureusement, Rosamund n'était pas mutante. Il aurait été bon pour l'exil, dans ce cas. Et il avait continué de hurler.

Et tu crois vraiment qu'en hurlant de la sorte, tu feras changer les choses ? Tu ne connais pas mon père ni ma famille, je ne sais rien !

Oh si, elle savait. Elle avait compris depuis longtemps qu'Edward souffrait du cocon qu'on lui avait imposé tout comme il avait peur de s'en extirper. Alors ils en étaient là, crevant l'abcès comme ils pouvaient et déchaînant un trop plein de sentiments trop longtemps contenus en eux. Ils en étaient là, lui retirant les boutons de sa robe et elle cherchant à retirer sa cravate. Ils en étaient là mais ne semblaient pas prêt à s'arrêter en si bon chemin. C'était le point de non retour qu'Edward avait tant attendu et redouté à la fois, un point atteint huit ans plus tôt mais rapidement mis sur le compte de l'alcool. Tandis qu'ils basculaient sur le canapé, Edward s'efforçait de chasser la petite voix dans sa tête qui lui murmurait qu'il allait avoir des ennuis et qu'expliquer tout ça à son père serait compliqué. Tant pis. Calixte faisait la une des journaux au bras de toutes les jolies mannequins du pays, pourquoi n'aurait-il pas eu, pour une fois, le droit de s'abandonner un peu dans les bras de la femme qu'il aimait ? La dernière fois que c'était arrivé, il n'avait pas réellement profiter de la chaleur de son corps, de la douceur de sa peau ou de ses soupirs à son oreille car il était complète soûl. La dernière fois, il s'était laissé guidé par une pulsion sexuelle irrésistible mais cette fois, il comptait garder un souvenir impérissable de leurs retrouvailles. Et tant pis si ce souvenir devait revenir le hanter à chaque fois qu'il mentirait à tout son entourage. Le dos contre les coussins, il posa ses mains sur les hanches à présent dénudées de la jeune femme et lorsqu'elle voulu cacher avec pudeur la cicatrice qui lui barrait la poitrine, il pris sa main et glissa ses doigts entre les siens. Qu'importe si cette cicatrice était là, elle restait plus belle que n'importe quelle autre femme à ses yeux. La finesse proche de la maigreur qu'elle arborait huit ans plus tôt s'était effacée et les côtes s'étaient couvertes d'un peu plus de chair qu'auparavant. Ce n'était plus la jeune fille qu'il avait connu, c'était une femme, une femme magnifique qui le regardait avec un air espiègle qui le fit sourire. Depuis quand n'avait-il pas sourit ainsi, au juste ? S'il avait vu la scène de l'extérieur, Edward se serait probablement rendu compte qu'il n'avait pas eu l'air aussi détendu depuis bien longtemps. Lorsqu'elle se pencha à son oreille, un frisson lui parcourut l'échine et un grognement de plaisir lui échappa quand elle lui mordilla l'oreille. Il y avait de la rage, de l'envie et de la passion dans leur étreinte, bien plus que la première fois qu'ils s'étaient retrouvés dans cette situation.

Alors Edward se redressa, attira Rosamund à lui lorsqu'il fut face à elle, il l'embrassa à nouveau. Ses mains s'égarèrent dans le dos de la jeune femme, dégrafèrent son soutien gorge et à son tour, il se pencha à son oreille.

Votre plaidoirie était fort bien menée, Maître Fraser...

Et sur ces mots, il posa ses mains sur la taille fine de la jeune femme et inversa les rôles. À mesure qu'il parcourait de baisers la peau pâle de Rosamund, leurs vêtements allaient s'échouer sur le tapis ou sur le dossier du canapé. C'est dans ce bazar sans nom qu'ils se retrouvèrent enfin après trop d'années passées à tenter d'ignorer leurs sentiments. Leur étreinte fut tantôt douce, par moments plus passionnée mais elle prouva à Edward une chose : il avait eu tort de partir, huit ans plus tôt. Si bien que lorsqu'il s'endormit en serrant doucement la jeune femme contre lui dans l'espace étroit du divan, il se jura de ne pas reproduire la même erreur. Le lendemain, il serait là et ne se défilerait pas. Restait à savoir si c'était l'adrénaline et le bonheur qui parlait ou s'il allait véritablement tenir ses engagements.
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