Calm after the storm • Nikhel

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Calm after the storm • Nikhel

 par Helena M. Percy le Mar 4 Sep - 20:36


♛ Nikola & Helena
or calm before the storm

▼▲▼


L’ambiance était insoutenablement irréelle et si Helena semblait s’être retrouvée souvent dans de telles situations les derniers temps, elle ne savait s’y habituer. 
La jeune fille avait l’impression d’avoir été transportée tout à coup en plein milieu d’une guerre à laquelle elle n’avait jamais voulu participer. Et après la tempête du Cosmic Ballroom, après l’agitation, la panique, les gens courant de toute part, venait le calme, le temps de compter les blessés... et les morts. Car la belle blonde en était certaine : elle avait vu des pompier cesser tout geste de sauvetage sur un corps allongé au bas des escaliers. Maintenant, la jeune femme se promenait dehors, ou une grande partie des personnes avaient été évacuées dans un silence qui semblait surréaliste et dans la panique qui régnait encore dans sa tête, Helena n’arrivait pas à savoir si c’était son esprit qui bloquait tout sons, ou si tout le monde était juste tristement silencieux. Pourtant, mue difficilement par l’inquiétude, et se déplaçant dans la foule, la jeune Percy voyait des gens s’affairer tout autour d'elle. On courait, on soignait, elle avait vu des gens pleurer aussi... Des pompiers s’étaient déjà inquiétés d’elle, mais Helena ne se souvenait plus vraiment de ce qui s’était passé. Avaient ils demandé des choses ? Lui avaient ils injecté un produit ? Elle ne s’en souvenait plus. La seule chose qui animait encore la jeune femme, était la perspective de retrouver sa sœur. Agitée, son portable récupéré en main, Hel fendait la masse de personnes agglutinée devant le Cosmic, perdue dans ses recherches, ses yeux sondant fébrilement chaque visage, son cœur battant la chamade et sa tête lui donnant l’impression que son portable vibrait toutes les deux minutes. Et si Sixtine était venue ? Et si elle avait été blessée ? Et si... 
C’étaient les corps allongés à même le sol ou sur des brancards, que l’aînée des Percy regardait en premier, craignant à chaque visage de voir celui de sa chère petite sœur se dessiner, croyant parfois le voir apparaître sur des traits étrangers, rien que pour essuyer une déception pire encore l’instant d’après. 
Helena avait peur, son cœur était au bord de l’implosion dans sa poitrine et le pire des scénarios tournait dans sa tête encore et encore, alors que ses yeux commençaient à s’embuer, rendant plus difficile encore la recherche. 
Dans le mouvement de foule de la sortie précipitée, Helena avait perdu tout le monde de vue. Ni Calixte, ni Pandora ou le jeune Byron ne s’étaient laissés apercevoir. Eux aussi, elle les avait cherchés de vue, elle les cherchait toujours... mais leur sort n’étaient pas de sa responsabilités. S’il leur arrivait quelque chose, s’ils ne pouvaient être soigné, elle en serait sûrement malheureuse à outrance... Mais s’il arrivait malheur à sa petite sœur, ce serait de sa faute à elle, de sa responsabilité et elle... Elle ne pourrait simplement pas le supporter. 
Arrêtée soudain dans son élan, Hel saisit son portable avec des mains tremblantes et tenta, une fois encore, de rappeler Sixt. Sa messagerie lui répondit immédiatement. 
Reprenant sa marche, Helena retint un sanglot. Il n’était pas temps de pleurer, elle ne pouvait pas croire que Sixtine allait mal tant qu’elle ne l’aurait pas vu de ses propres yeux. Jusqu’à preuve du contraire, sa petite sœur allait bien. Jusqu’à preuve du contraire, tout le monde allait bien. Et pourtant, son pouls ne se calmait pas, ses mains n’arrêtaient pas de trembler et les yeux de la belle blonde qui sondaient les visages n’avait rien de calme. 
Son cœur était toujours au bord de ses lèvres quand, quelques minutes plus tard, un numéro inconnu illumina l’écran du portable de la jeune femme. La voix incertaine, tremblante, Helena décrocha. Elle ne voulait pas que ce soit l’hôpital. Ça ne pouvait être l’hôpital. 

‹‹ Hel, c’est Sixtine. ››

Trois mots avaient suffit, le son de sa voix avait suffit, et malgré l’incrédulité d’Helena et sa suppose incapacité à imaginer des situations non avérées, elle sentir une larme de soulagement glisser le long de sa joue. 

‹‹ Je voulais t’appeler plus tôt mais j’ai perdu mon portable dans la soirée et avec la panique je... tu vas bien ? ››

Un sourire se dessina sur les lèvres d’Helena. La voix de sa petite sœur faisait du bien à entendre. Elle ne se serait pas pardonnée de la perdre. Un soupire s'échappa de ses lèvres.

‹‹ Oui. Oui, je vais bien.  ››

Maintenant, elle allait bien. Mieux en tout cas. 

‹‹ Tu es où ?  ››

Sixtine lui répondit qu’elle était à l’hôpital avec une amie à elle très mal en point et qu’elle avait emprunté le portable de quelqu’un là bas. Hel retint un soupire de soulagement avant de convenir de se retrouver à la maison plus tard. Pas que l’aînée des Percy appréciait beaucoup ce lieu, surtout pas depuis qu’Eleanor y avait ajouté sa griffe et sa présence... Mais c’était le lieu le plus simple pour se retrouver. 
Après avoir raccroché, le cœur un peu moins lourd mais l’esprit toujours préoccupé, Helena décida qu’elle devait maintenant trouver Calixte. Quand quelqu’un lui bloqua la route.
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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Nikola D. Stepanovic le Mer 5 Sep - 23:07



Helena
Nikola
« calm after the storm »


Autour de moi, les sirènes. Autour de moi, les cris et les pleurs, l’agitation et la panique, les lumières rouges qui tournent et tournoient dans la nuit de ténèbres d’un mois de mars tout juste né. Autour de moi, la désolation d’une catastrophe, les actions et les décisions de la police qui se heurtent, constamment, aux démarches de tout le personnel soignant qui ne sait plus où donner de la tête. Autour de moi, des brancardiers courent. Autour de moi, des ambulances s’immobilisent dans la rue à la circulation coupée, pour couvrir des personnes errantes de couvertures, pour couvrir des corps de draps immaculés. Autour de moi, la panique. En moi, la panique également.

On m’a appelé il y a déjà de cela une demi-heure. On m’a appelé, et je n’ai pas tardé à le comprendre également, on a également appelé tous les médecins de garde, toutes les bonnes âmes de Killingworth, de Newcastle, tout le personnel soignant des environs, toutes les personnes les mieux placées pour aider à prendre en charge les victimes qui errent dans la boîte de nuit, et qu’il faut accompagner. Accompagner, c’est mon étrange rôle, quand je ne comprends pas bien plus que les autres ce qu’il s’est passé ici. Je ne comprends que les évidences, devant ces trois corps que j’ai déjà croisés, devant ces véhicules qui partent, reviennent, dans le ballet des sauvetages d’une nuit aux conséquences plus que dramatiques. Je n’ai pas de blouse, je n’ai pas de signe distinctif, je n’ai qu’un brassard réfléchissant au bras pour me placer du côté des sauveteurs, je n’ai que des doutes, que des certitudes : on aiguille vers moi de plus en plus de personnes, qui cherchent des frères, des sœurs, des petites amies, des petits amis, des amis tout simplement, qui cherchent un sens à tout ça. Mon travail ne commencera que demain, que dans les jours qui vont arriver, je le sais. Mon travail de psychologue, loin, si loin de ce poste de directeur artistique pour lequel je suis payé. J’essaye de me convaincre que ça ne pointe pas un énième mensonge, j’essaye de me considérer plutôt comme l’équivalent d’un pompier volontaire, quand les automatismes de mes études, si tournées vers les autres, trop tournées vers les autres, prennent le pas sur tout le reste. J’accompagne, j’accompagne les personnes, je les confie aux médecins, je les confie aux urgentistes, je les laisse dans les bras de leurs proches, je les guide hors d’un traumatisme, quelques premiers pas vers la sécurité. Nikola ! Josef a besoin de toi vers les vestiaires ! Je viens de m’asseoir pour souffler, je me relève d’un bond, en acquiesçant à l’ambulancière qui vient de m’interpeller, qui répond dans son talkie-walkie. D’un signe de la main, j’accuse réception mais elle est déjà concentrée sur autre chose, j’inspire.

Et quand j’entre dans la pièce, aussitôt, la réalité de la situation me frappe de plein fouet, au travers d’une silhouette que j’aurais dû m’attendre à croiser ici. Qui était invitée, après tout. Dont c’était le milieu, les amis, certainement la famille, qui s’était rassemblé ce soir, pour une soirée comme elle avait pu tant les affectionner avant que je ne la rencontre, des soirées qu’elle avait fini par fuir, pour préférer notre calme à tous les deux, ces randonnées dans la campagne et ces repas au restaurant en tête à tête. Helena est là. Loin, bien plus loin que moi, de l’autre côté, du côté de la rue qui accueille les réfugiés, alors que je viens de la terrasse et des jardins. Helena est là. Et sitôt conscience prise de sa présence, j’en oublie tout le reste. J’en oublie les brancards, j’en oublie Josef qui m’attend, j’en oublie les autres victimes, j’en deviens irrationnellement égoïste : les yeux rivés sur elle, je veux traverser la grande salle, écœurante de tous les stigmates du drame, à la foule presque dense, presque compacte de ceux qui n’ont pas encore pu être évacués mais qui le seront bientôt, ça ne fait aucun doute : certains subissent des hémorragies, d’autres peinent à respirer, les symptômes ne souffrent d’aucune cohérence, d’aucune constance, d’aucune régularité, et je n’arrive pas à ne pas me demander si Helena ne fait pas, elle aussi, partie de ces victimes qui n’ont pas été classées comme prioritaires, mais qui, en d’autres circonstances, auraient été prises en charge dans les premières.  Je veux traverser la foule, je veux ignorer le monde, je veux poser une main sur son épaule, la serrer dans mes bras et m’assurer qu’elle va bien. Je veux… on passe devant moi, on m’interpelle, le temps d’un soupir, je la perds de vue. Et je panique.

Je panique, vraiment. Pour la première fois depuis que mon téléphone de garde de l’hôpital a sonné. Pour la première fois depuis que mon taxi m’a amené ici. Pour la première fois depuis que j’ai compris que c’était grave, très grave, ce qui était en train de se jouer ici, dans les échos que j’entendais de jeunesse aristocrate touchée, malmenée, en deuil. Pour la première fois depuis que je suis arrivé ici, je comprends ce qu’ils ont tous ressentir. Je pensais l’avoir compris, je le sens au fond de mes tripes : la panique, cette panique qui menace de me laisser submerger par ma mutation, une mutation comme celle qui a provoqué tout ça. Je panique, ma respiration s’accélère, j’en viens à presque pousser ceux qui osent se mettre au travers de mon chemin, je… ‹‹  Oui. Oui, je vais bien.  ›› Je reconnaîtrais cette voix entre mille : aussitôt, je me tourne dans sa direction, vers elle, vers elle qui ne se trouve qu’à une poignée de mètres de moi, des mètres que je franchis sans y penser. ‹‹  Tu es où ?  ›› J’ignore son téléphone, j’ignore même la conversation qu’elle peut avoir, j’ignore ma réserve habituelle, j’ignore les mises en garde de ma raison, j’ignore tout, j’ignore jusqu’à la prudence la plus élémentaire.

Je me contente de souffler son prénom : Helena…. Je me contente de la prendre dans mes bras, sans même attendre son autorisation, sans même attendre de comprendre à quel point ce n’est en rien une bonne idée que de me laisser à ce point guider non plus par ma raison, mais par mes émotions, par mon inquiétude, par mon cœur qui bat à toute vitesse sur un rythme frénétique. Dieu merci, Dieu tout puissant, Helena tu vas bien. As-tu déjà été examinée par les médecins ? Regarde-moi, comment tu te sens ? Il faut que tu t'asseyes, il ne faut pas que tu restes ici. Est-ce que tu vas bien ? Je veux regarder ses yeux, regarder sa peau, écouter son rythme cardiaque, prendre sa tension pour m’en assurer. Je veux ausculter chacun de ses organes, la serrer dans mes bras et la protéger de tout cela, je veux être certain qu’elle ne va pas s’effondrer dans mes bras.

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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Helena M. Percy le Lun 10 Sep - 10:03


♛ Nikola & Helena
or calm before the storm

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Sa recherche n’était pas finie. Son interminable soirée cauchemardesque n’était pas finie. Helena avait retrouvé sa petite sœur, mais elle ne serait pas en mesure de partir tant qu’elle ne se serait pas assurée que tous ses amis allaient bien. Pourtant elle avait déjà vu bien trop de souffrances, bien trop de larmes et de sang pour une jeune femme qui n’avait mît les pieds que très rarement dans les hôpitaux à proprement parler. Ça la bouleversait, ça lui faisait mal, elle avait envie que tout ça s’arrête, que tout ça ne se soit jamais passé. Dans la foule elle avait aperçu quelques connaissances qui semblaient tenir le coup. Pourvu qu’il en soit ainsi pour les autres...
Et elle allait le vérifier, elle allait en avoir le cœur net, elle allait affronter plus de douleur, plus de larmes et plus de sang encore pour retrouver Calixte, Pandora et les autres. Elle ne dormirait pas de toute façon. Elle ne dormirait plus pendant un moment... Alors dès que l’appel avec sa sœur fut raccroché, Helena se mit en chemin, prête à continuer à slalomer entre les âmes perdues, quand soudain une interpellation la fit s’arrêter.

« Helena... »

La jeune femme sentit des bras se refermer autour d’elle avant même d’avoir pu esquisser le moindre mouvement. Comprenant qu’on l’enlacait presque avant de comprendre de qui il s’agissait. Parce que c’était impossible. Parce que ça n’avait aucun sens. Pourquoi Nikola serait il là à la tenir contre lui comme s’il avait eu peur de la perdre ? Pourquoi son patron aurait il un soulagement pareil dans la voix ? Pourquoi aurait elle le cœur  prêt à imploser dans sa poitrine ? Pourquoi ne l’aurait elle pas repoussé dans la seconde ? Pourquoi se sentirait elle apaisée, rassurée ? Incapable de répondre à son étreinte mais incapable de s’en défaire. Elle était piégée par ses bras, figée par ce que son corps contre le sien lui faisait ressentir et par la surprise que cela provoquait.

« Dieu merci, Dieu tout puissant, Helena tu vas bien. As-tu déjà été examinée par les médecins ? Regarde-moi, comment tu te sens ? Il faut que tu t'asseyes, il ne faut pas que tu restes ici. Est-ce que tu vas bien ? »

Ce fut sa voix qui permit à Helena de se réveiller enfin, s’arrachant à ses bras comme on arrachait un pansement sous le prétexte que cela faisait moins mal ainsi. Il s’inquiétait pour elle. Il s’inquiétait sincèrement pour elle. Tout son corps l’exprimait et la belle blonde le voyait la plus agité encore qu’elle ne l’avait vu au café. Pouvait on jouer une émotion pareille ? Pouvait on mentir à ce point là ?
Encore une fois perdue face à cet homme, la jeune Percy l’observait, tentant de retrouver dans son regard le patron tyrannique qu’elle connaissait, pas l’homme qui connaissait son thé préféré. Essayant de s’accrocher à ce qu’il lui avait donné le plus : de la cruauté, de l’injustice, de la colère. Cherchant l’homme qu’il lui avait présenté et qu’il continuait de lui montrer, jour après jour sur leur lieu de travail...
Mais il avait de nouveau disparu. Il avait de nouveau été remplacé par l’homme maladroit, attentionné et doux. Hel n’y comprenait toujours rien. Et l’incertitude lui serrait le cœur, l’incertitude lui prenait la tête. Quelque chose clochait depuis que cet homme était apparu dans sa vie bien réglée. Il avait cassé un équilibre dans lequel elle se complaisait, chassé loin le bonheur qu’elle avait d’aller au travail, d’exercer sa passion. Il avait détruit des choses et créer seulement des questions. Helena voulu reculer encore d’un pas, s’éloigner de lui, empêcher ses bras de trouver son contact à nouveau, mais la foule autour d’elle l’en empêcha.

‹‹ Pourquoi vous avez fait ça ? ››

Sa voix était blanche, ignorant toutes les questions de son supérieur, peut être les avait elle même déjà oubliées, perdue encore quelque part dans ses bras alors que sa raison ne savait plus, depuis un bon moment, sur quel pied danser. Qui était Nikola ? Il avait l’air d’un homme dangereux, il avait l’air d’un homme instable. Et surtout, il lui avait fait du mal. Et la belle blonde, parmi toutes les choses qu’elle oubliait, n’oubliait pas ça.

‹‹ Qu'est ce que vous faites là ? ››

Il n’était plus temps de garder les questions pour elle. Ils étaient loin du contexte du travail et lui en avait de toute façon franchit les barrières. Et pourtant elle continuait à le vouvoyer. Prête à le bousculer tout en lui rappelant qu’à ses souvenirs, il n’était que son patron, ils ne se connaissaient pas, et qu’il n’avait aucune raison de s’être comporté ainsi. Depuis le tout premier jour.
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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Nikola D. Stepanovic le Lun 24 Sep - 23:12



Helena
Nikola
« calm after the storm »


La peur. Elle est là, elle virevolte autour de moi comme une Furie attachée à mes pas, pour. Elle aurait pu me tétaniser, elle aurait pu m’enchaîner au sol, m’enchaîner à mes battements de cœur affolés, et noyer mes prunelles dans ces images cadavériques qu’imposent à mon esprit ces draps blancs étendus sur des corps. Mais non, elle se contente d’être là, elle se contente de me hanter, dans toute cette agitation qui l’attise et la maintient au loin pour me contraindre à bouger, à m’occuper de tous ceux qui viennent de vivre un traumatisme des plus marquants, traumatismes pour le corps, traumatisme pour l’esprit. Traumatisme mais plus encore : cauchemar. Cette peur, je l’ai déjà ressentie, à bien trop de reprises, mais plus récemment elle m’a broyé la poitrine lorsque la banque a été la cible d’une prise d’otages, une prise d’otages bien trop vite oubliée sous les corps des victimes du Poison Prince trop vite trouvés dans les rues. Cette peur, elle s’est déjà infiltrée dans mes veines quand j’ai pris réellement conscience du potentiel destructeur de cette mutation que j’héberge et sur laquelle je n’ai, vraiment, qu’un contrôle des plus superficiels. Si ce n’est inexistant.

On m’appelle, on me sort de mes pensées, je me dirige vers les vestiaires après avoir fait un signe en direction de l’ambulancière. Et sa silhouette fait disparaître tout ce qui nous entoure, je m’immobilise au milieu de la piste de danse.

Bien sûr. Bien sûr qu’elle ne pouvait qu’être à cette soirée, bien sûr qu’elle ne pouvait qu’être ici, potentielle victime, potentiel dommage collatéral, potentielle cible. Bien sûr, bien sûr qu’elle ne pouvait qu’être là, c’est son monde, son univers, qui s’est rassemblé dans cette boite de nuit ; c’est son entourage, ce sont ses amis, c’est son histoire et son quotidien qui ont été invités pour la soiréede l’année. Bien sûr, bien sûr qu’elle est venue. Et bien sûr, également, que la panique me submerge en la voyant, contenue au loin trop longtemps pour que les digues du contrôle que je m’imposais jusqu’ici puissent la tenir au loin. La panique me submerge, me plongea dans de la poix, quand Helena sort de mon champ de vision l’espace d’une seconde, l’espace d’une éternité.

Et je recommence à respirer lorsqu’elle réapparait. Alors que toute ma réserve, mes bonnes résolutions de ces dernières semaines, alors que toute ma lucidité reste derrière moi, je me précipite vers elle, sans réfléchir. Mes bras se referment autour d’elle, pour la protéger. Pour l’éloigner de la tragédie qui vient d’avoir lieu. Mes bras se referment autour d’elle, l’enlacent, l’enveloppent, le temps que je prenne conscience qu’elle est là, devant moi, en un seul morceau de toute apparence. Mon inquiétude se précipite à mes lèvres, dans des questions, de trop nombreuses questions, affolées. Il ne m’en faut pas plus pour me rendre compte de ce que je savais déjà : s’il lui était arrivé quelque chose, je ne l’aurais pas supporté. Mon inquiétude bégaie en même temps que moi, alors qu’au fond de mon esprit, une petite voix se demande si tout cela est une bonne idée. Si tout cela est raisonnable. Et cette même petite voix me fait également la remarque qu’Helena ne doit certainement pas comprendre ce qui est en train de se passer. Ne doit comprendre ni mon attitude, ni mon inquiétude. Et que dans la liste des personnes qu’elle a envie de voir, à cet instant, je suis loin d’être le premier. Pourtant, je ne réussis pas à la lâcher, je ne réussis pas à reprendre de la distance, je ne réussis pas à me calmer. J’ai beau savoir qu’il n’y a rien, strictement rien, de raisonnable dans ce que je fais, je ne peux pas me résoudre à… à ne serait-ce… à ne serait-ce que la laisser s’éloigner de moi. Même quelques centimètres. Comment va-t-elle, va-t-elle réellement, réellement bien ?

Elle recule, j’ai l’impression qu’elle vient de plonger ses mains dans ma poitrine pour en arracher mon cœur. Elle recule, elle veut reculer, elle a un mouvement de recul, des plus compréhensibles, oui, mais également des plus douloureux. Et sa voix aussi blanche que de la neige au contact glacé disperse sur la plaie un peu de sel. ‹‹ Pourquoi vous avez fait ça ? ›› La réponse, évidente, se pose sur mes lèvres. Se fait silencieuse. J’ai mal. Tellement mal de ce que je lui ai fait, de ce que je nous ai fait, de ce que je suis incapable de faire. ‹‹ Qu'est ce que vous faites là ? ›› Je fais un pas en arrière. Alors que mes genoux ne veulent qu’une chose : se dérober et me laisser m’effondrer comme poupée de chiffon. Je délaisse sa première question pour me concentrer sur la seconde : ce n’est que justice, elle a ignoré les miennes. Et j’ignore quoi y répondre si ce n’est l’évidence : je ne supporte pas l’idée qu’il lui arrive quoique ce soit. Je travaille avec les urgences. Ma voix n’est qu’un filet d’air, des plus inaudibles. Il me faut un raclement de gorge pour me reprendre et que ma voix retrouve un peu de sa force. Je fais partie des secouristes et… il faut… Helena, réponds-moi, je t’en prie : est-ce que tu vas bien ? Et je suis incapable de retenir mon inquiétude plus longtemps.

Mais mes mains viennent même encadrer son visage, pour regarder ses yeux, chercher dans des pupilles dilatées les symptômes d’une drogue, puisque le bruit court que le Poison Prince était là, et qu’aux dernières nouvelles, les stupéfiants étaient son vecteur favori. Et, bon sang, Helena est si fragile lorsqu’on parle de drogues, de tout cela… As-tu touché à quoique ce soit de suspect, de… est-ce que tu t’es droguée, Helena, est-ce que tu as touché à ça, est-ce que tu as bu, c’est… c’est son mode de fonctionnement et on… Et on sait tous les deux à quel point tout cela est mauvais pour toi. Ma voix s’étrangle. J’inspire pour me calmer, pour reprendre le contrôle. Pour ne pas tout faire voler en éclat, pour ne pas faire voler en éclats jusqu’à ces quelques portions de l’illusion qui peuvent avoir survécu jusque-là. Je m’humecte les lèvres. Viens, je vais t’accompagner auprès des médecins pour qu’ils t’examinent. Et je réponds aux questions qu’elle a délaissées. Fais-moi confiance.

Et pourquoi me ferait-elle confiance ?

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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Helena M. Percy le Mar 2 Oct - 21:48



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L’agitation qui animait Helena quand elle s’arracha des bras de Nikola n’avait plus rien à voir avec la peur blanche qui faisait dysfonctionner son esprit un instant plus tôt, dans une panique incontrôlable. C’était quelque chose ressemblant davantage à la colère qui faisait maintenant brûler ses yeux. De la colère parce qu’il avait encore débarqué dans sa vie, parce qu’il avait encore fait basculer ses certitudes, parce qu’il faisait naître en elle des impressions et des sentiments tellement opposés que parfois Helena en avait le tournis.
Qu’est ce qui pouvait bien justifier que Stepanovic l’ai prise dans ses bras ? Enlacé comme si elle avait été une vieille amie... Qu’est ce que la jeune femme ne savait pas ? Pourquoi la mettait il dans des états pareils et ne la laissait il pas tranquille ? Et aussi : qu’est ce qu’il faisait là ?

« Je travaille avec les urgences. »

Son patron tyrannique urgentiste ? Les yeux de la jeune femme s’agrandirent sous la surprise. Ça ne collait pas avec le tableau. Le fait qu’il soit un presque père modèle ne collait pas non plus... en fait, rien n’allait chez lui. On aurait dit un tableau de Picasso et malgré toute sa sensibilité, Helena avait toujours eu beaucoup de mal avec le peintre espagnol. Peu importait combien de fois, en histoire de l’art, on lui avait montré Guernica en lui expliquant la logique de la lumière tombant sur la scène, des personnages torturés et des lances transperçant le dessin de toutes parts... Elle n’avait pas le déclic. Sauf que ce soucis là ne lui avait jamais empêché de vivre sa vie. Il lui avait valut une mauvaise note et un certain dédain de son prof d’histoire de l’art, mais au moins ne lui avait il pas empêché d’aimer son travail, d’avoir envie d’exercer sa profession, d’aller voir si ses amis allaient bien. Nikola, si.

« Je fais partie des secouristes et… il faut… Helena, réponds-moi, je t’en prie : est-ce que tu vas bien ? »

Encore de l’attention. Encore de l’inquiétude. Pourquoi ? POURQUOI ?
La gentillesse naturelle et la rancoeur parasite d’Hel menaient une bataille dans son esprit. Mais pour le moment, la rancoeur avait toujours un certain avantage. Parce que tout ça n’avait aucune logique, parce que la belle blonde avait la claire impression qu’on se foutait d’elle et ça avait assez duré.
Son regard lançait des éclairs quand sa voix siffla.

‹‹ Qu’est ce que ça peut vous fai... ››

À l’instant où les mains de l’homme saisirent son visage, l’air quitta les poumons d’Helena. Ses yeux se clorent un moment, comme pour se concentrer plus encore sur les battements doux amères de son cœur. Quand elle releva les paupières, sa colère semblait avoir un instant fondu dans son regard. Ses yeux accrochèrent les siens qui semblaient chercher quelque chose... Et puis l’aînée des Percy se souvint de qui elle avait en face d’elle et ce qu’il lui avait fait. Non ! La rage animée par l’incompréhension se redessina plus vivement sur ses traits.

« As-tu touché à quoique ce soit de suspect, de… est-ce que tu t’es droguée, Helena, est-ce que tu as touché à ça, est-ce que tu as bu, c’est… c’est son mode de fonctionnement et on… »

La jeune femme se recula vivement, encore une fois, mais elle resta muette. Parce qu’elle ne savait pas quoi répondre, parce qu’elle était trop hébétée pour le faire. Parce qu’il avait abordé un sujet qui était trop sensible pour elle. Alors Helena continua à le regarder sans comprendre, a deux doigts de faire juste demi tour et de le planter là avec ses bizarreries pendant qu’elle irait s’assurer que tout le monde allait bien, comme elle aurait dû le faire depuis un moment.

« Viens, je vais t’accompagner auprès des médecins pour qu’ils t’examinent. »

La voix ne sortit qu’en un souffle des lèvres de la belle blonde.

‹‹ Non... ››

Il était hors de question qu’elle le suive. Il était hors de question qu’elle aille où que ce soit avec lui.

« Fais-moi confiance. »

La fille du Duc de Northumberland planta son regard dans celui de Nikola.

‹‹ Non je ne vous fait pas confiance. Et non je n’irais pas voir les médecins avec vous. ››

Risquait elle de perdre son boulot pour quelque chose arrivé loin de ses horaires et bien loin de son lieu de travail ? L’idée n’était pas à exclure...

‹‹ On m’a déjà examiné. ››

Elle rajouta. Même si elle ne s’en souvenait plus.
Et la jeune femme avait envie de lui demander pourquoi ça lui importait. Elle voulait savoir ce qu'il lui voulait. Elle voulait savoir pourquoi il lui donnait l'impression qu'elle avait autant d'importance à ces yeux alors qu'au travail il ne faisait que la rabaisser, encore et encore. Mais il y avait d'autres choses plus importantes, plus urgentes. Et tant qu'Helena arrivait encore à tenir son énervement et sa langue, elle devait fuir !

‹‹ Vous pouvez aller vous occuper des autres, ceux qui en ont vraiment besoin. Moi je dois aller retrouver mes amis. ››

Et sur ce, Helena tourna les talons.


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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Nikola D. Stepanovic le Mar 23 Oct - 23:44



Helena
Nikola
« calm after the storm »


La part encore lucide de mon esprit me hurlait que j’étais fou. L’autre argumentait : j’étais fou, oui, mais fou de panique, fou d’amour, fou de me croire capable de cacher, effacer, contraindre et ignorer mes sentiments ; fou de me croire capable de l’oublier, de la cotoyer sans faillir, de la frôler sans succomber, de la voir chaque jour sans mourir à petits feux de ne rien oser faire dans sa direction. J’étais fou, fou de croire que je pouvais supporter l’idée de ne pas lui parler normalement, fou de croire que c’était la seule chose, la meilleure chose à faire ; fou de me dire que c’était le mieux, la seule solution ; fou de fermer les yeux sur l’unique réalité, celle qu’on venait de m’asséner en pleine face, à pleine puissance, que si je la perdais maintenant, je ne m’en remettrais jamais. J’étais fou, et plus encore, terrifié. Mes bras se refermèrent sur elle parce que je ne concevais pas de rester loin d’elle ; le tutoiement balaya des mois de distance imposée, parce que je ne concevais pas d’être un étranger pour elle, mais dans de telles circonstances, pas alors qu’à proximité, on recouvrait des visages de draps blancs et anonymes, pas alors que des frères et des soeurs se cherchaient, des amis s’inquiétaient, livides, pas alors que des couples se reformaient dans des larmes choquées d’une soirée transformée en drame. Comment aurais-je pu, en même temps, réagir autrement ? Fou, fou que j’étais d’avoir pu croire, trop de mois, trop d’années même, que je pouvais l’ignorer. L’éloigner. Que c’était raisonnable de fermer les yeux sur tout ça.

Fou que j'étais, aussi, de refuser de choisir une cohérence, de refuser de me choisir une ligne de conduite et de m’y tenir. Vraiment.

Elle s’arracha à moi et je fus incapable de lui en vouloir. Elle répondit à mes justifications par de la surprise sincère et du scepticisme blessant mais je fus incapable de le lui reprocher. Elle opposa à mes questions un regard noir, une colère et une méfiance coupantes, et tout ce que je pus me dire, ce fut qu'elle avait raison. Que je ne méritais rien de moins. Rien de plus. Je m'inquiétais, je me sentais capable de complètement vriller, mais je ne méritais rien d'autre que le doute, la terreur, l'angoisse de ne pas savoir, le cauchemar de l'imaginer s'effondrer dans mes bras et refuser que je ne la soutienne. Et alors que je me demandais s'il y avait pire que le silence, elle me prouva que la gentillesse n’excluait en rien la lucidité et l'autoprotection : ‹‹  Qu’est-ce que ça peut vous fai...  ›› .

Ce que ça pouvait bien me faire ? Je l'avais pressenti, je l'avais vu venir… dans ma tête, il y eu un flash. Le même qui me poussait à des actes déraisonnables. Celui qui avait guidé ma main vers le briquet qui avait fait partir en fumée tous les souvenirs de mon enfance, le même qui m'avait poussé à l'embrasser, longuement, alors que je m'arrachais de sa mémoire comme un jardinier arrachait de son potager toutes les traces de chiendents. Dans ma tête, il y eut un flash. Un instant, elle me repoussait. Le suivant, mes mains encadraient son visage, comme pour l'embrasser. Portée par l’inquiétude, par autre chose, par… par de la folie, de la simple folie, de la folie douce. Et de la folie dangereuse. Je me lançai porter par tout ça, par tout ce que je pouvais m’imaginer, à cet instant, alors que je tentais de composer un puzzle avec les bribes et les lambeaux de mes souvenirs, complétés de ces déductions paranoïaques que je ne pouvais que faire, enfermé dans mon mutisme et mon silence.

Le vecteur principal du Poison Prince, quel était-il ? Le pire cauchemar d’Helena ; l’un de ses démons qui, si je ne me trompais pas, devait certainement la hanter encore maintenant. Avait-elle bu, mangé, touché quoique ce soit ? Sentait-elle les prémices d’une rechute, gouttait-elle la fébrilité d’un… elle se recula, échappa à mes mains, à mes doigts, à mon emprise et mon regard, comme pour mieux me faire comprendre que ça non plus, ça ne me regardait en rien. Ma gorge s’assécha, je chancelai. Tentai de reprendre pied, de retrouver mon équilibre, de la retenir. Je ne pouvais pas la laisser m’échapper. Je ne pouvais, physiquement, pas envisager de la perdre de vue. Pas maintenant. Pas ici. ‹‹  Non...  ›› La détresse noya mon regard, seul un soupçon de raison me retint de lui demander pourquoi. Et le pathétisme en profita pour se faufiler entre mes lèvres, d’une voix tremblante. Ne pouvait-elle pas juste me faire confiance ?

Fou que j’étais de prendre mes espoirs pour des réalités ; fou que j’étais de vouloir modeler la réalité à mes désirs, une réalité que j’avais déjà modelée trop de fois, avec les conséquences que l’on connaissait que trop bien. Fou que j’étais d’être ne serait-ce que déçu et blessé par le regard qu’elle me lança en réponse à ma folie. Qui étais-je pour lui demander de me faire confiance, après tout ? Le Directeur Artistique qui pointait systématiquement les moindres failles, qui exigeait constamment d’elle une perfection inatteignable ? Cet inconnu, réserviste de l’hôpital, des pompiers, qui prétendait la connaitre et connaitre son passé avec la drogue ? ‹‹ Non je ne vous fais pas confiance. Et non je n’irai pas voir les médecins avec vous. ›› J’avais beau m’y attendre, ça avait beau être la seule réponse et réaction possible, j’accusai le coup avec difficulté. ‹‹ On m’a déjà examiné. ›› Et elle ne mentait pas, je pouvais le lire dans son regard. Je croyais pouvoir le lire dans son regard. Ma main, que j’avais commencé à tendre dans sa direction pour la retenir, retomba mollement sur mon côté ; le brassard à la croix imprimée réfléchissante accrocha une lumière, rappela que je n’étais pas là que pour Helena. Je me mordis la lèvre, incapable de bouger. ‹‹ Vous pouvez aller vous occuper des autres, ceux qui en ont vraiment besoin. Moi je dois aller retrouver mes amis. ››

Mes amis. Elle tourna les talons. Mes amis. Et donc pas moi. Parce que je n’étais pas son ami, je n’étais rien pour elle, rien d’autre qu’un supérieur qu’elle n’aimait pas. Parce que j’avais fait en sorte qu’elle n’aime pas le supérieur que j’étais. Parce que j’avais décidé de ne pas m’immiscer à nouveau dans sa vie, parce que j’avais décidé de… Je serai les poings. M’occuper des autres, de ceux qui en avaient vraiment besoin… oui, c’était ce que je devais faire. C’était ce que mes parents m’avaient appris à faire. C’était même le plus raisonnable : elle était debout quand d’autres étaient à terre, elle marchait, parlait, réfléchissait quand d’autres étaient enfermés dans un état de choc inquiétant. Elle faisait partie des chanceux, je n’étais pas là pour les biens portants, j’étais là pour…

A nouveau, je vrillai. Parce qu’il y avait ce que je devais faire, ce que je savais devoir faire, et ce que je voulais faire. Une foulée, deux foulées, je la rattrapai, main posée sur son épaule. Laisse moi au moins t’aider à chercher tes amis, laisse-moi au moins t’aider… Tu avais quelqu’un au téléphone, tu… Fébrile. Nerveux. Tendu. Perdu. J’inspirai : reprendre de la distance, parce que c’était tout ce dont elle avait besoin. Mes doigts allèrent chercher le brassard, comme pour mieux me forcer à me souvenir de la raison principale de ma présence ici. Je peux vous aider. Vous cherchiez votre sœur ? Avant qu’elle ne puisse faire un geste, j’attrapai son bras pour la retenir, et allumai le talkie-walkie qu’on m’avait confié. Les grésillements accompagnèrent ma voix quand je demandai si on avait mis Sixtine Percy en sécurité. Après tout, les filles du duc du comté n’étaient-elles pas supposées être les premières à être mises en sécurité ?

Oui, elle a déjà été amenée à l'hôpital pour des examens complémentaires. Mais tant que t'y es, amène l'aînée dans les quartiers privés réservés, originellement, à monsieur Seymour. La voix hésita, à la mention du nouveau trentenaire, dans le coma à ce que j’avais entendu. Il avait fait partie des premiers évacués. Ça nous fera une épine de moins dans le pied. Il s’agirait de ne pas avoir un autre sang bleu dans le coma ce soir… Dieu merci, la sœur n’a rien… Je palis en jetant un coup d’œil en direction d’Helena. Avait-elle tout entendu ? Tout décrypté, malgré les grésillements de la communication qui rendait tout plus compliqué à comprendre ? Je desserrai ma poigne sur son bras, lui désignai le talkie. Je… votre sœur est... je dois vous guider vers les quartiers privés pour qu'on vienne vous chercher. Je désignai la mezzanine. C'est... par là… Je dois vous y accompagner. Votre sécurité… Elle ne risquait théoriquement plus rien, maintenant. Raison pour laquelle elle n’avait pas encore été éloignée du Cosmic Ballroom. Mais…

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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Helena M. Percy le Mer 24 Oct - 22:06



♛ Nikola & Helena
or calm before the storm

▼▲▼



Un pervers narcissique. Voilà ce que devait être Nikola. Des changements d’humeur, des comportements parallèlement opposés en public et en privé, une façon toute particulière de la rabaisser, de la diminuer, puis de se rendre charmant... Cela ne pouvait être autre chose. Il devait être malade, fou. Un grand cinglé qui avait décidé de jeter sa folie sur sa petite vie tranquille, de tout foutre en l'air. Qu'est-ce qu'Helena pourrait faire ? Elle ne voulait pas perdre son travail. Mais pour l'instant ils n'étaient pas au travail. Il n'avait aucun droit sur elle et de toute manière, comment pouvait-il encore empirer sa vie professionnelle ?
Alors la belle blonde n'allait pas répondre à ses questions, elle n'allait pas non plus le suivre et par dessus tout, elle n'allait pas lui faire confiance. Et puis Helena allait s'enfuir, elle allait remettre de la distance entre elle et son patron. De toute façon, elle le reverrait bien assez tôt au travail. Maintenant il fallait retrouver les autres, replonger ses yeux sur les visages pleins de larmes et les personnes blessées par le Poison Prince lui même ou dans la panique... Mais soudain, une main se posa sur son épaule. Helena frémit, s'arrêta, mais ne se retourna pas.

‹‹ Laisse moi au moins t’aider à chercher tes amis, laisse-moi au moins t’aider… Tu avais quelqu’un au téléphone, tu… ››

La belle blonde voulut se débarrasser de la main sur son épaule mais Nikola l'enleva de lui-même. Elle eut l'impression de respirer de nouveau.

‹‹ Je peux vous aider. Vous cherchiez votre sœur ? ››

Là, la jeune Percy se retourna. Il l'avait entendue au téléphone ? Ou alors il écoutait ses appels avec une oreillette ? Hel allait devenir paranoïaque. Les lèvres de la jeune femme s'ouvrirent, au moment où la main du blond se referma autour de son bras. Non! Elle voulait qu'il le lâche.
Helena entendit l'homme demander où était sa sœur alors qu'elle savait pertinemment qu'elle était à l'hôpital. Qu'elle allait bien. C'était inutile. Lâchez moi ! articulèrent ses lèvres, hurlèrent ses yeux.

‹‹ Oui, elle a déjà été amenée à l'hôpital pour des examens complémentaires. Mais tant que t'y es, amène l'aînée dans les quartiers privés réservés, originellement, à monsieur Seymour. ››

Non. Helena ne voulait pas aller dans les quartiers privés. Elle ne voulait pas d'un traitement de faveur ! Elle ne voulait pas du traitement des Veilleurs. La belle blonde voulait juste qu'on lui foute la paix, qu'on la laisse retrouver tout le monde, s'assurer que chacun allait bien. Elle secoua vivement la tête en plongeant ses yeux dans ceux clairs de Nikola. Il devait lire dans son expression qu'elle ne le suivrait pas. Qu'elle n'avait jamais été décidée à le faire, à aucun moment.

‹‹ Ça nous fera une épine de moins dans le pied. Il s’agirait de ne pas avoir un autre sang bleu dans le coma ce soir… Dieu merci, la sœur n’a rien… ››

Quand la main se desserra autour de la manche de sa veste, Helena récupéra automatiquement son bras. Mais elle n'était plus seulement en colère, les yeux de la fille du Duc de Northumberland étaient maintenant remplis de panique.
Une peur panique.

‹‹ Je… votre sœur est... je dois vous guider vers les quartiers privés pour qu'on vienne vous chercher. C'est... par là… Je dois vous y accompagner. Votre sécurité… ››

Helena recula d'un pas. L'attitude de Nikola n'avait rien pour la rassurer. Et dans sa tête, la voix grésillait encore. La belle blonde s'éloigna encore d'un pas.

‹‹ Qui est dans le coma ? ››

Sa voix était blanche. Pleine de craintes.
Pourtant la question était presque répondue. Un sang bleu on avait dit. Donc quelqu'un de l'aristocratie. Helena et Sixtine étaient saines et sauves, l'ainée des Percy savait qu'Edward n'était pas présent ce soir. Persona non grata.
Les deux seuls qu'elle avaient vus étaient Louciane. Et Calixte. Mais ça pouvait aussi être Alice ou un autre Howard mais... Mais Helena avait l'impression de connaître la réponse. Elle avait vu Calixte s'effondrer. Elle l'avait vu, elle n'avait pas pu le rejoindre... C'était Calixte.

‹‹ C'est Calixte, n'est-ce pas ? ››

Il n'avait pas besoin de répondre, mais Helena voulait l'entendre. Elle en avait besoin pour finir de réaliser. Pour être certaine.
Le monde tournait autour d'elle.

‹‹ Où est-il ? Dites moi où il est ! ››

D'une voix presque chargée de menace, d'une voix tellement effrayée mais déterminée. Helena devait trouver Calixte.


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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Nikola D. Stepanovic le Dim 11 Nov - 23:58



Helena
Nikola
« calm after the storm »


Des années d’étude, à décortiquer la psychologie humaine. Des années d’étude à tenter de comprendre, comprendre comment pensaient les personnes, comprendre ce qu’elles voyaient, tenter de les comprendre, tenter de les aider à se comprendre. Des années d’étude qui ne me servaient, au final, à peu de chose. J’étais incapable d’être celui que je voulais être pour Helena. Je l’avais aidée, oui, peut-être, mais je l’avais mutilée par la suite. J’avais été là pour lui tendre la main, pour l’embrasser, pour l’enlacer, pour la laisser bousculer ma petite vie de routine, oui, peut-être, mais je l’avais abandonnée lâchement. Et maintenant… j’inspirai à fond, pour contrôler ma panique alors qu’elle tournait les talons, se dirigeait vers ses amis et s’éloignait de moi. Ce qui voulait tout dire. Je récoltais l’ivraie que j’avais semée en croyant empêcher le bon grain de pousser à nouveau : ça avait fonctionné, certes, mais ça avait étranglé les bonnes pousses pour les réduire à néant et faire de la terre un désert stérile sur lequel la colère d’Helena, sa grâce et son caractère bien trempé se faisaient un plaisir de me repousser. A juste titre. Vous pouvez aller vous occuper des autres, son ton et ses attentes étaient claires. Mais moi, je n’étais pas le bienvenu. Elle tourna les talons, j’hésitai un instant.

Je me précipitai à sa poursuite, incapable de me retenir. Main posée sur épaule, je m’attendis à une réaction excessive : son indifférence me fit plus mal encore. Mais le souffle court, j’étais incapable de raisonner. Incapable de réfléchir. Un capable d’agir avec lucidité et raison. Comme lorsqu’en voulant supprimer toute trace du passé d’Irina j’avais mis le feu à notre maison, comme lorsqu’en voulant m’évaporer de la vie d’Helena, j’avais arraché par pan entier des morceaux de sa mémoire, je vrillai brutalement, je perdis pied. Je me fis oppressant, insistant, très certainement inquiétant. Mais je voulais l’aider, vraiment. Je voulais m’assurer qu’elle allait bien. Je voulais être certain, vraiment certain, qu’une fois laissée pour aller m’occuper de ceux qui avaient réellement besoin de moi, elle ne risquait pas de s’effondrer. Fébrile, nerveux, tendu, je titubai mentalement. Je peux vous aider, articulai-je. Je veux vous aider aurais-je dû dire. Elle cherchait sa sœur, non ? Elle avait certainement cherché sa sœur, et ça, le brassard que je portais au bras, la légitimité qui l’accompagnait, je pouvais m’en servir pour trouver des renseignements et… elle dégagea ma main de son épaule, elle s’écarta, tenta de se libérer de mon emprise quand je lui attrapai le bras. Je devais avoir l’air fou.

Mais le problème, c’était que fou, je l’étais un peu. Fou d’amour. Bêtement. Fou d’une rupture non conventionnelle, jamais acceptée, à sens unique, fou de ma culpabilité, fou de terreur, fou. Bien sûr que je devais avoir l’air fou. Mais ce n’était pas si important. Il fallait que je trouve sa sœur, que je me rende utile, que je justifie mon insistance. Le talkie-walkie grésilla. On me confirma que sa sœur était déjà en sécurité, mieux encore : ce fut comme une invitation et une nouvelle légitimité qu’on me donna, à me faire garde du corps d’Helena Percy, pour l’évacuer, la mettre en sécurité, l’éloigner de la foule des victimes. Je me tournai vers Helena, au moment où le pompier que j’avais en contact rajouta une dernière phrase dont je me serais bien passé. Le regard d’Helena changea immédiatement. Un instant, elle me mettait au défi de l’inviter à me suivre, l’autre… ce fut la panique qui devint prédominante dans ses prunelles. J’inspirai. Bégayai. Désignai le talkie, la mezzanine vers laquelle on venait de me demander de l’aiguiller… sans aucune conviction.

Elle recula. ‹‹  Qui est dans le coma ? ›› Je fermai les yeux un instant. Sa voix était blanche, son teint cadavérique. Ses craintes palpables. Pendant une fraction de seconde, j’eus une envie aussi brutale que sincère de me réjouir du coma du Seymour, pendant une fraction de seconde, j’eus l’envie aussi brutale qu’égoïste et jalouse qu’il y reste, dans le coma. Parce que pendant une fraction de seconde, qui s’attarda, je ressentis une jalousie mordante en la voyant s’inquiéter à ce point pour cet homme – les articles de journaux mentionnant des fiançailles ne m’avaient pas échappés – alors qu’elle me repoussait. Ne m’aimait pas. Plus. Ne m’avait pas parlé de lui. En même temps, qui étais-je actuellement pour elle, pour qu’elle me parle de ses histoires de cœur ? . ‹‹  C'est Calixte, n'est-ce pas ? ›› Elle reposa la question, plus pressante. Plus incertaine. Si fragile. ‹‹  Où est-il ? Dites moi où il est ! ›› Je fis la seule chose qui me vint à l’esprit, je posais mes mains sur ses épaules pour l’inviter à me regarder dans les yeux.

J’avais voulu me rendre utile, je voulais me rendre utile, être important pour elle, qu’elle me voie comme un soutien ? Et bien… c’était le moment d’être un psychologue et non plus un homme perdu entre ce qu’il voulait faire et ce qu’il devait faire. J’étais venu ici pour une première prise en charge des victimes. « E… écartons-nous de la foule, d’abord. » Avec douceur, je l’invitais, pas à pas, à se décaler du passage, à rejoindre l’escalier de la mezzanine que l’on avait peu à peu évacué. « Henry Seymour a été dans les premiers évacués, à ce que je sais. » J’articulais avec soin chacun de mes mots, craignant de faire un seul faux pas. Craignant de lui mentir, craignant de lui dire une vérité trop crue pour qu’elle la supporte. Je me fis l’impression d’être un funambule. « Il… il serait tombé dans le coma, pour le moment. J’ignore si son pronostic vital est engagé, pour être honnête, mais il est pris en charge, il a été pris en charge presque immédiatement. Il est à l’hôpital, tout ce qui peut être fait pour l’aider est fait, sois en sûre. Regarde-moi dans les yeux Helena. »

Le Nikola hésitant, bégayant, était en retrait. Seul le psychologue, le pompier volontaire, le docteur, était présent. Après tout, c’était de celui dont là dont elle avait besoin, pas de son supérieur, pas de l’homme incohérent qui était amoureux d’elle. Juste du psychologue, qu’elle n’avait encore jamais dû croiser. « Tout va bien se passer. Le coma est juste une réaction du corps pour se protéger, un réflexe défensif pour laisser à l’organisme le soin de… » Je cherchai mes mots. Sans les trouver. « Se protéger. Le temps pour se soigner, éliminer les toxines et les corps étrangers, réparer ce qui peut l’être… » Ma voix, douce, stable, constante, était celle que j’avais eu face aux enfants que j’avais pu suivre à l’hôpital pendant mes stages, était celle que j’avais pu avoir face à Polina quand Irina et moi l’avions arrachée à ses kidnappeurs. « Tout va bien se passer. Tu veux que je t’accompagne à l’hôpital ? Je ne pense pas que tu pourras le voir tout de suite. Sauf si… vous êtes réellement fiancés ? » Je ne me sentais pas capable de lui donner de faux-espoir : peu importaient les amis, dans ce genre de circonstances. A ce que je pouvais savoir de la famille Seymour, il y avait fort à partir que comme Jeremy Percy avec sa fille des années plus tôt, ils avaient privatisé une aile complète de l’hôpital pour fournir le meilleur à leur fils chéri. Mais s’ils étaient réellement fiancés… Une violente douleur me prit à la poitrine, je me forçai à l’ignorer.

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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Helena M. Percy le Dim 18 Nov - 22:38


♛ Nikola & Helena
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L’absence immédiate de réponse du blond était en soi une réponse. Si ça n’avait pas été Calixte il aurait démenti sur le champ. Si ça n’avait pas été Calixte il le lui aurait déjà dit... À moins que c’était une nouvelle pire encore ? Comment cela pourrait il être possible ? Comment pouvait ce être pire que son ancien meilleur ami menacé par l’horreur de ne plus jamais se réveiller ? 

 « E… écartons-nous de la foule, d’abord. »

Cette fois ci Helena se laissa faire quand Stepanovic l’entraîna un peu plus loin, parce que l’inquiétude avait prit le contrôle, parce qu’elle lui avait momentanément enlevé sa colère pour ne la remplacer que par une femme au corps aussi chancelant que son esprit. La jeune Percy avait envie de se tenir quelque part pour ne pas perdre pieds, mais il n’y avait rien à quoi elle pouvait se raccrocher. 

« Henry Seymour a été dans les premiers évacués, à ce que je sais. » 

Ce n’était pas ce qui l’intéressait, Hel voulait l’entendre. Elle avait toujours eu besoin de mots, de faits, de preuves... Entendre, voir, éprouver. La seule foi ou des doutes n’avaient jamais été suffisent pour calmer son esprit assoiffé de concret, de tangible... Pourtant la jeune femme ne dit rien de plus, les yeux perdus dans le vague en attendant qu’il décide à lui dire, goûtant déjà à la saveur amer de l’inquiétude. 

« Il… il serait tombé dans le coma, pour le moment. J’ignore si son pronostic vital est engagé, pour être honnête, mais il est pris en charge, il a été pris en charge presque immédiatement. Il est à l’hôpital, tout ce qui peut être fait pour l’aider est fait, sois en sûre. »

Les mots étaient tombés et la belle blonde n’avait pas esquissé le moindre mouvement. C’était Calixte. C’était bien lui. Et les paroles de Stepanovic ne pouvaient pas la rassurer. 

« Regarde-moi dans les yeux Helena. »

Comme un automate, la jeune femme obtempéra, mais ses iris ne contenait que de la peur, une peur paralysante qui empêchait pour le moment tout autre réaction que cet état léthargique dans lequel l’ainée des Percy se sentait en équilibre, toute prête à s’effondrer. 

« Tout va bien se passer. Le coma est juste une réaction du corps pour se protéger, un réflexe défensif pour laisser à l’organisme le soin de… Se protéger. Le temps pour se soigner, éliminer les toxines et les corps étrangers, réparer ce qui peut l’être… »

Helena entendait les mots, mais ils ne savait pas l'atteindre, pas encore. Sûrement quand elle se serait calmée pourraient ils peut être la garder apaisée - si elle n’oubliait pas tout. C’étaient des paroles logiques auxquelles elle pourrait se raccrocher... Si seulement son esprit cartésien voulait bien pour une fois couvrir ses craintes avec une couverture d’éventualités... Hel n’avait pas beaucoup d’espoir à ce sujet... Mais au moins la voix douce de Nikola avait elle l’avantage de continuer à la maintenir en équilibre. Elle ne sombrait pas, elle continuait à écouter sa voix. 

 « Tout va bien se passer. Tu veux que je t’accompagne à l’hôpital ? Je ne pense pas que tu pourras le voir tout de suite. Sauf si… vous êtes réellement fiancés ? »

Tout va bien se passer. Encore. Ce n’était qu’un mensonge. Qu’est ce qu’il en savait ? Helena n’aimait pas qu’on lui mente, mais elle n’avait plus assez d’énergie pour se mettre en colère. La soirée avait été trop longue et sa fin bien trop difficile à supporter. 

‹‹ Oui... J’aimerais aller à l’hôpital.  ››

Peu importait si son patron avait prit son acquiescement comme une réponse au sujet des fiançailles, la jeune femme n’avait pas d’énergie pour se justifier. Malgré tout, il y avait encore de la place pour son altruisme, quelque part entre la peur et la chute. 

‹‹ Mais vous avez d’autres personnes de qui vous occuper.  ››

En un souffle mais avec un regard qui se fit plus décidé. 

‹‹ Je vais prendre un taxi.  ››

Mais un vertige la prit, la fatigue, les émotions, semblèrent l'assaillir d'un coup. Helena chancela. Elle perdit pied.


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Re: Calm after the storm • Nikhel

 par Nikola D. Stepanovic le Sam 8 Déc - 11:01



Helena
Nikola
« calm after the storm »


Il était affligeant et désespérant - voire, à certains aspects, amusant - que de constater à quel point les compétences, la maîtrise et l’assurance ne tenaient qu’à bien peu de choses. On aurait pu penser que compte tenu du CV que je possédais, que compte tenu du titre de docteur que j’avais acquis, que compte tenu des huit années d’étude passées à tenter de comprendre la psychologie humaine, que compte tenu de mon engagement auprès de l’hôpital, j’aurais pu, j’aurais comprendre les personnes. Les soutenir et les aider à chaque instant. Anticiper les doutes, prévenir les angoisses, apaiser les craintes. On aurait pu croire, en sachant quelles études j’avais faites et surtout pourquoi je les avais faites, j’aurais été bien plus à même que quiconque de communiquer. Mais si je ne pouvais qu’admettre que j’avais des compétences et une certaine maîtrise dans mon domaine, face à Helena…

Face à Helena, j’étais des plus démunis. Je voulais l’aider, je voulais être un soutien, je voulais revenir celui que j’avais pu être pour elle, je le voulais tant et si fort, mais j’en étais incapable. Un grain de sable s’était immiscé dans notre relation, et ce grain de sable n’était ni plus, ni moins que mon aveuglement. Que l’amour nostalgique que je lui portais encore, que je pensais ressentir, que je ressentais réellement, intact malgré les années, exacerbés par la distance qui s’était imposée entre nous dès mon retour, et par la lâcheté de mon abandon, la lâcheté de mon silence, la lâcheté de mes actions. Un grain de sable devenu plage, brassé avec ses pairs par tous les efforts que j’avais pu faire pour l’éloigner encore de moi.

On aurait pu penser qu’un docteur en psychologie saurait gérer ce genre de situation, que les études et la pratique m’avaient rendu suffisamment attentif et manipulateur pour comprendre et gérer, pour m’aider à agir, à parler, à réagir comme il le fallait. On aurait pu.

Mais au fond, je n’étais qu’un gus lambda. Pas plus doué, bien moins même, qu’un autre. Démuni face à la détresse d’Helena. Démuni, en colère, dépassé par les événements et cette question qu’elle me posait, à laquelle je n’avais pas envie de répondre. Démuni, en colère, dépassé par les réponses qu’elle attendait, par la mesquinerie et la méchanceté qui s’éveillaient devant l’intérêt qu’elle pouvait porter à ce petit imbécile de nobliau, que la réputation précédait, autant que les rumeurs. Démuni, en colère, dépassé… j’inspirai profondément. Elle n’avait pas besoin de Nikola. Mais elle avait besoin, c’était évident, du psychologue que je prétendais être. J’étais venu ici pour prendre en charge les victimes. Elle était une victime, elle aussi. Ma voix peina à se trouver son équilibre, je l’écartai tout d’abord de la foule. Loin de me rassurer, qu’elle se laisse faire m’angoissa davantage que tout le reste, me poussa à prendre mes responsabilités. Parler d’une voix calme, rassurante, stable et surtout apaisante. Articuler soigneusement, sans geste brusque, sans précipitation. Ne pas mentir. Ne pas dire la vérité sans fard non plus. Trouver l’équilibre, trouver le juste milieu. Je peinai à trouver mes mots, mais j’eus au moins la satisfaction de ne pas me laisser submerger par la jalousie qui couvait, à l’idée de la sentir si inquiète pour un homme qui n’était pas moi. Ce Henry Seymour - ou Calixte ? peu importait comment il se faisait appeler - était important pour elle, moi, je ne l’étais pas : il fallait que je m’y fasse. Il ne fallait pas que je laisse mes sentiments prendre le dessus.
Il fallait que je sois là pour Helena, quand elle en avait besoin. Comme avant. Ma voix retrouva de sa fermeté, au fur et à mesure que j’oubliais de douter et que je me contentais d’agir comme il le fallait. Il ne s’agissait pas de mentir, il ne s’agissait pas non plus de lui faire peur. Juste de l’aider à ne pas perdre pied, à ne pas sombrer dans la panique. Je connaissais Helena. Elle avait un esprit logique, cartésien, il était plus simple d’avoir de simples faits auxquels se raccrocher. Le coma en lui-même n’était pas grave. C’était un réflexe de protection : comme la douleur, comme les émotions, comme l’instinct primaire. Ce n’était pas grave, ce n’était qu’une alerte. Qu’un moyen de l’organisme pour se préserver. Tout simplement. Simplement. Si seulement les choses pouvaient être aussi simples… j’étais placé aux premières loges pour savoir que tous les mécanismes de défense - comme ma mutation - n’étaient pas des plus inoffensifs.

Mais il était inutile d’y penser pour le moment. L’important, c’était Helena. J’inspirai. Chassai de mes pensées tout ce qui était parasite. Helena, uniquement Helena. Mes mains se posèrent sur ses épaules, pour lui offrir un nouvel ancrage. Qu’elle me regarde, encore. Qu’elle ne se perde pas. Une part de moi, immensément égoïste, ne pouvait que se réjouir de cette occasion que les circonstances m’offraient de lui être utile, et je me détestais de m’en rendre compte.

Plus encore lorsqu’elle ne répondit pas à l’une de mes questions, pour murmurer un ‹‹  Oui... J’aimerais aller à l’hôpital. ›› d’une voix trop faible, trop ailleurs. ‹‹ Mais vous avez d’autres personnes de qui vous occuper. Je vais prendre un taxi. ›› Ma main saisit son avant-bras par réflexe. ‹‹ Je ne peux pas vous laisser seule ›› Et l’on ne parlait pas seulement de droit ou devoir. Je n’en avais pas le droit, puisqu’on m’avait demandé de veiller sur elle, de la mettre en sécurité. Pas de l’abandonner. Je n’en avais pas le droit, j’avais même le devoir rester auprès d’elle. Mais surtout, j’en étais physiquement incapable. Je n’avais qu’une envie, à cet instant : la prendre dans mes bras. Et la seule chose qui me retenait, c’était la certitude qu’elle n’avait pas besoin de moi.

Une certitude qui s’évapora lorsqu’elle chancela. Avant d’avoir pu comprendre ce qu’il se passait, je la tenais, je la serrais tout contre moi, comme une bouffée d’oxygène. J’inspirai un grand coup. Mes mains retrouvèrent leur place dans son dos, résistèrent à l’envie de se perdre dans sa nuque comme elles en avaient l’habitude, avant. Avant. Il fallait que je me fasse une raison. Maintenant, elle était fiancée. Avec un homme de son rang, un petit enfoiré qui avait certainement des qualités cachées sous l’épaisse couche d’arrogance que j’avais pu observer dans la presse. Je m’écartai d’un pas, sans la lâcher pour autant, continuant à lui offrir un soutien qu’elle n’avait pas demandé mais qui était ma seule raison d’exister, actuellement. « Je ne peux pas vous laisser prendre un taxi, pas à cette heure-là et certainement pas dans ces circonstances, désolé. » Je n’étais pas désolé le moins du monde. Je sortis mon téléphone, envoyai un message au pompier qui m’avait contacté un peu plus tôt, message succinct : j’amène h. percy rejoindre sa sœur et son fiancé à l’hôpital, ok ?. La réponse ne tarda pas : ok, comme tu veux. « Je vais vous accompagner à l’hôpital. Nous sommes plusieurs pompiers volontaires sur place, la plupart des urgences ont été traitées, vous êtes la personne dont je dois m’occuper, dont je veux m’occuper. Suivez-moi, je vous amène à l’hôpital. » Mes murmures se voulaient toujours aussi rassurants, j’enlevai ma veste, pour la poser sur ses épaules. « Tout va bien se passer, je vous le promets, Helena. » Et je pensais mes mots, je les pensais de tout mon cœur, de tout mon être, alors que je nous faufilai par les issues de secours, faisant signe à l’un des secouristes sur place. « Je ne laisserai jamais rien vous arriver. Je ne laisserai jamais rien t’arriver à nouveau, moja ljubav. » De toute manière, elle ne devait plus vraiment entendre ce que je disais. Ni comprendre le croate.

Et quelque part, j’en étais presque plus triste que rassuré.
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Re: Calm after the storm • Nikhel

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