A touch of bourbon never hurt anyone

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A touch of bourbon never hurt anyone

 par Camden A. Baxter le Lun 20 Aoû - 21:25


A touch of bourbon never hurt anyone
Camden A. Baxter & Louciane J. Howard

Je me craque les doigts avant de pousser un long soupir, puis attrape ma tasse de café pour une avaler une goulée, les prunelles rivées sur l'écran, ma main libre sur la souris de l'ordinateur, l'index sur la molette comme si elle eut été une gâchette.

L'on aurait pu croire qu'étant donné le nombre conséquent de personnes présentes à la soirée d'anniversaire du Seymour, il aurait été plus qu'évident d'établir un portrait robot du Poison Prince, et pourtant. Au vu de cette même proportion de population, différents portraits robots on fait leur apparition au terme de l’événement cauchemardesque, à jamais marqué dans l'histoire de Killingworth et Newcastle ; déjà accaparée par les médias. Les descriptions sont diverses et variées, les protagonistes évoqué totalement flous. Ils vont d'un employé du Cosmic Ballroom chargé des vestiaires, à un homme roux d'une cinquantaine d'année barbu ou impeccablement rasé, en passant par une femme blonde ou brune aux yeux clair, et autres présentation rocambolesque prête à inclure une femme à barbe octogénaire. En soit, quasiment personne n'est certain de l'identité du mutant le plus recherché de ce siècle.
Pour résumer, pour un simple signalement près d'une vingtaine de profils collent. Et encore, il ne s'agit là que des mutants déclarés par le DCRM, ce qui n'inclut pas les nons-dépistés – malgré l'obligation du dépistage certains petits malins parviennent toutefois à y échapper – ainsi que les faux-négatifs ou tout simplement ceux dont le dossier à mystérieusement disparu.

Quelques policier présents ce soir là ayant été blessés et d'autres ayant prit congé, j'ai eu la possibilité de m'installer au bureau de l'un d'eux pour y effectuer mes recherches et éplucher les éléments de l'enquête. Un certain Pattersons, dont le bureau est décoré d'un de ces horrible chien en plastique à la tête bringuebalante comme on voyait beaucoup à l'arrière des voitures dans les années 90. Juste à côté d'un horrible petit cactus dans un pot en terre cuite. Sans même parler du dessous de verre Star Trek sur lequel repose ma tasse. Autant dire que le propriétaire de ce poste à l'air d'être un sacré vainqueur.

Je bois une nouvelle gorgée de café avant de lever les yeux de l'ordinateur, mon regard allant s'attarder un instant sur le poste juste en face de moi, où se trouve Louciane. Assis à son bureau derrière son propre coucou-suisse. Le Howard n'a pas décoché un mot depuis le vague « au revoir » qu'il a baragouiné quand Duncan est venu nous saluer avant de partir.
Je pourrais très bien tenter de lui faire la conversation pour savoir s'il avance plus que moi afin de mettre nos éléments en communs, mais il risquerait davantage de m'envoyer chier que de m'aider dans la progression de l'enquête. Bien que, au final, qu'il soit d'humeur à coopérer ou pas, je ne suis même pas certain que nous puissions tirer davantage des éléments que nous possédons déjà, même en réunissant nos compétences et avis respectifs.

Le fait est qu'il y avait bien trop de monde à cette soirée, et donc, beaucoup trop de suspects potentiels. La mutation du Poison Prince n'étant pas des plus flagrantes, les invités peuvent soupçonner n'importer qui. Cela peut-être une personne qui les as bousculé, quelqu'un de mal aimable,  voir même tout simplement une personne au profil un peu louche et n'inspirant pas confiance. En soit, rien de bien étonnant auprès d'un groupe de civils, c'est même assez classique. Le problème étant que lorsqu'on travaille dans les forces de l'ordre, on déchante très vite sur l'idée qu'on peu se faire des criminels. Une femme au foyer à l'air bien sous toutes les coutures peut être dirigeante d'un gang, tout comme un mexicain tatoué au visage. Le mieux que je puisse faire c'est de regrouper les informations qui se rejoignent pour tenter de trouver la piste la plus pertinente, en priant pour qu'elle ne soit pas fausse.

Je jette un œil à l'heure affichée par la barre des tâches avant d'échapper un énième soupir, constatant qu'il est plus de dix-neuf heures trente, à mon grand dam. Piétiner à ce point sur les recherches commence à sérieusement me courir sur le bourrichon. J'ai de la patience, mais je suis loin d'être Boudha. En l’occurrence, le fait d'avoir autant de déposition et mon propre vécu de la soirée, sans pour autant parvenir à aboutir à quelque chose de concluant m'exaspère au plus haut point.
A chaque relecture, je repasse les même éléments comme une boucle infernale, les relis ligne par ligne, les épluche, les décortique avec l'espoir de tomber sur quelque chose qui m'aurait échapper, et pourtant, je n'ai de cesse de revenir bredouille. De quoi me frustrer et faire grimper mon agacement.  Il me reste un fond d'Evan Williams, un verre sera plaisant mais je commence à douter que ça suffise à calmer mes nerfs. Si tant est que je regagne mon domicile sitôt le travail terminé ce qui, je dois l'avouer, est loin de me ravir.

Ayant été sévèrement contaminé lors de la soirée, on m'a quelques peu forcé à des soins. Même si j'en ai refusé une partie. Quelque soit l'implication des Cavendish dans l'administration de la ville, être soigné par des personnes se proclamant ouvertement mutants ne m'inspire pas confiance. D'autant plus quand il s'agit de guérir des maux produits par une personne de leur espèce.

Malheureusement, et c'était à prévoir en quelques sortes, certaines altération semblent m'avoir laissé de sacré séquelles. En l’occurrence, la contamination effective du Poison Prince sur mon organisme à réveillé des hallucinations qui sont, elles plutôt contraignantes. Moins tout de même que lors de la soirée d'anniversaire cauchemardesque, mais bel et bien tangible. Notamment lorsque la fatigue se fait sentir ou au réveil d'une insomnie. Celles-ci étant la plupart du temps hantées par le souvenir de Neo et les marques qu'il a apposé au fer rouge dans ma mémoire, ces derniers temps j'ai le déplaisir d'halluciner sa présence, un quart de seconde la plupart du temps, une à deux secondes pour les plus longues, et dieu seul sait comme elles peuvent sembler interminables. Ce qui est loin de me ravir. Ça me donne le sentiment de revivre l'après coup des ravages de Neo sur mon cerveau, et d'en être encore au point de me voir prescrire un suivi psychiatrique. Ce dont je tiens largement à me passer à l'heure actuelle et à jamais.

Je pousse un énième soupir en avalant mes dernières gorgées de café, avant de grimacer légèrement. Je commencerais presque à m'y habituer, si ce n'est que le fond à tendance à accumuler des dépôt de café affreusement âcre.
La chaise grince sur le sol alors que je me recule, ôtant les lunettes de mon nez pour les replier. Une faiblesse de l'âge que je ne peux pas ignorer. Diagnostiqué il y a six ans comme ayant la vision défaillante face à la lecture de livre ou devant les écrans d'ordinateur, je dois à présent me coltiner des pare-brise à chaque fois que je dois passer un moment à rallonge sur un support fixe. La monture provient de chez Clavin Klein. Je ne suis pas friand des grandes marques, mais je dois admettre que c'était les seules qui ne me donnaient pas l'impression de prendre dix ans, et qui semblaient m'aller.

J'attrape ma veste posée sur le dossier, puis commence à la fouiller, en observant l'ordinateur d'un œil morne. De toute façon, je ne pense pas être en mesure de réfléchir davantage ce soir alors autant arrêter les frais avant que je ne sois tenté jouer avec le chien à la tête qui bouge de Pattersons. J'enfile ma veste après y avoir trouvé mon paquet de cigarette, jette un coup d’œil à Louciane, l'air concentré. Quoi que, je commence à me dire que son visage doit rester inchangé lorsqu'il est en pleine introspection où en pleine analyse. Je pourrais lui faire la causette pour déstresser de la journée, voir lui proposer une cigarette – bien qu'il ait apparemment arrêté, ça ne serait pas la première fois que je le vois fumer depuis que je suis arrivé ici – même si je pense très fortement qu'il serait capable de m'envoyer chier pour la forme, tête de mule comme il est. Cela dit, je me dis quelques part, il pourrais bien m'accorder une conversation sans me dire d'aller voir ailleurs s'il y est. Même si aimable comme il est, ça relèverait du miracle.

Je coince une cigarette entre mes lèvres avant de poser les yeux sur les fenêtre, constatant la nuit déjà tombée. Les joies du climats. Fin d'hiver, début de printemps. Je pars de chez moi quand le jour n'est pas levé, j'en reviens lorsqu'il a disparu. De quoi filer le bourdon à n'importe qui, et renforcer le fait que rentrer chez moi ne m'enchante pas. En temps normal, j'apprécie assez bien ma solitude, mais depuis l’événement une part de moi rechigne a passer autant de temps seul. D'autant plus si ma seule compagnie doit être une tergiversions de mon esprit en vrac. J'ai même songé à prendre un animal, histoire de me sentir un peu moins seul.

Je m'arrête sur le seuil, balaie un instant la pièce du regard. Nous sommes bien seuls dans le commissariat. Je replace la veste sur mes épaules, prêt à aller chercher mon casque avant de me raviser, une seconde après avoir songé à aller acheter une bouteille de whisky dans la supérette sur ma route.

Je me tourne vers mon collègue, la phrase passant mes lèvres plus vite que mes pensées ne la formule :

- Tu veux aller boire un verre ? Je t'invite

Je réalise mon invitation seulement après l'avoir formulée. Je ne sais même pas ce qui m'a prit. Un moyen d'enterrer la hache de guerre, ou de passer une soirée un peu plus agréable que devant une série Netflix. Dans la gêne, je désigne la porte derrière moi du pouce, en tentant de rester le plus indéchiffrable possible.

- J'vais fumer, si ça te tente t'as qu'à me rejoindre devant.

Sans même attendre de réponse, je fais volte face pour aller récupérer mes affaires, puis pousse la porte du commissariat. Je dégaine mon briquet, allume ma cigarette. Non, franchement je sais pas ce qui m'a prit.

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Re: A touch of bourbon never hurt anyone

 par Louciane J. Howard le Lun 3 Sep - 1:36



A touch of bourbon never hurt anyone
Louciane ft. Camden



L’eau glissait sur son corps, saillant entre ses muscles, piquant sa chair meurtrit, brûlant les pans encore à vif. La douleur qui lui saisissait les chairs et le réveillait aussi sûrement que les cauchemars qui hantaient son esprit, ne suffisait pas à chasser les pensées qui tournaient sans cesse dans son esprit. Surtout que depuis les évènements du Cosmic Ballroom, d’autres étaient venus s’ajouter à la liste, déjà fort longue, alimenté par une culpabilité qui lui collait à la peau aussi sûrement que son sale caractère. Une culpabilité qui ne risquait pas de le quitter, après la stupidité dont il avait fait preuve à cette soirée.
Il se revoyait au milieu de cette foule sans visage, se muant telle des formes colorées, anonymes, sur le rythme d’un son que l’on pouvait difficilement qualifier de musique. Bien distinctes, se trouvaient Cassidy et Kaisa, leur aura les entourant à l’image d’un phare au milieu d’une tempête. Ses seuls points de repère dans sa vie chaotique. Les seules personnes qui avaient toujours comptées. Puis apparaissaient cette silhouette noire. Ecran de fumée insaisissable, ternissant les couleurs sur son passage, étendant sa pénombre, les touchant du doigt, puis les réduisant en cendre. Plongeant tout dans le noir. Un vide sans lumière et sans chaleur…
Bien sûr, les deux femmes s’en étaient sortit sans trop de dommage. Seulement les faits étaient là. Il les avait délibérément exposées. Jetées dans la gueule du loup. Un loup qui s’était évaporé après avoir semé le chaos. Un chaos qu’il aurait put éviter. C’est ce dont il voulait se persuader. Ce dont ses supérieurs voulaient également le persuader. Retournant le couteau dans la plaie, encore et encore, menaçant de lui retirer l’affaire. Confier tout au NCA.
Bien sûr qu’il était trop impliqué, bien sûr qu’il n’était pas objectif. Mais il était flic, il était Veilleur. Et son devoir était d’arrêter cette vermine. La tuer avant que d’autres personnes ne meurent. Avant de risquer une nouvelle fois ce qui lui était le plus cher…

Hélas, ce n’était pas ce mauvais rêve, qui l’avait éveillé en pleine nuit, le conduisant sous une douche glaciale. Bien qu’il aurait largement préféré rejouer cette angoisse, plutôt que des sentiments vieux de trente ans, qu’il pensait avoir enfouie depuis bien longtemps. Consumé par le désir d’une autre chair. Seulement son esprit semblait en avoir décidé autrement…
Il pouvait encore sentir ses mains glisser sur peau, son souffle au creux de son cou, le goût de ses lèvres contre les siennes, la chaleur de son corps, sa voix… Ca avait été si réel que s’en était perturbant. Un désir brûlant qui n’avait eut lieu qu’une fois et qu’il s’était toujours interdit depuis. Un rêve qui avait finit par devenir une torture, au-delà de ses pires craintes, le conduisant à la honte de l’assouvissement d’un plaisir impur.
Puis le sang se mêla de nouveau à l’eau claire. Arraché d’un stigmate ornant son échine, ralentissant une nouvelle fois sa guérison. Infligé comme une punition à toutes ses faiblesses, qui ne semblaient avoir de cesse de vouloir se répéter.  
Il était à peine quatre heures du matin, seulement le sommeil ne retrouverait pas grâce à ses yeux pour cette nouvelle journée. Encore moins que ses draps, bien trop humides pour aller les retrouver.
Descendant dans le salon, il le traversa comme une ombre, sous le regard intrigué des deux chiens de la maison, auxquels Louciane ne prêta aucune attention. Celle-ci se porta toute entière sur la bouteille d’Old Pultney qui trônait au milieu du bar, succombant doucement à l’envie de se brûler la gorge ainsi que l’estomac et de se noyer l’esprit dans son marc prononcé. Seulement il ne ressentait tellement rien, en cet instant, que s’enivrer ne serait qu’un pur gâchis pour cette coûteuse boisson.
Non. A la place l’homme choisi de sortir courir. Dans une tenue qui n’était absolument pas adaptée. Et sans chaussures…    

S’il la regrettait son début de matinée ? Assurément. Surtout maintenant que son corps était pleinement réveillé, que chaque muscle des jambes et de son dos le lançaient, que chacune de ses plaies semblaient vouloir se rappeler à son bon souvenir. Surtout celle qu’il avait de nouveau égratignée sur son échine. Qu’il luttait pour conserver une démarche normale, qui ne trahissait aucune faiblesse, surtout le fait qu’il ne supportait pas le port de ses baskets – qui étaient pourtant les chaussures les plus confortables qu’il possédait – à cause de ses pieds écorchés.
Si en s’éveillant Louciane se sentait aussi vide qu’une coquille de noix, après le passage d’un corbeau, en cet instant il s’estimait plutôt semblable à une pelote d’épingles.
Mais tandis que son être semblait vouloir se montrer particulièrement présent, son esprit, lui, était ailleurs. Le Sergent-détective avait à peine desserré la mâchoire en arrivant. Son regard balayant les bureaux, qui lui semblait un peu trop vide à son gout. Mais lorsqu’il se posa sur l’objet de sa gêne matinale, il se raidit totalement, son pas se pas se stoppant sur le seuil. Tournant les talons, l’homme prit la direction du bureau de son supérieur, réclamant où se trouvait l’agent Pattersons, ainsi que l’agent White. Mais surtout, ce que l’agent Baxter faisait ici. L’inspecteur-détective répondit d’un simple soupir, comme si ça pouvait lui suffire, puis surtout le faire déguerpir de son bureau. C’était bien mal connaître son subordonné.
- « L’agent White a été appelé à Newcastle. Pattersons est en arrêt, comme beaucoup d’autres. Et l’agent Baxter est là, parce que nous sommes drastiquement, en sous effectif. Son regard se planta dans le siens. Et surtout parce que depuis que tu as eu la brillante idée de l’envoyer se faire foutre, ainsi que ses supérieurs avec, la collaboration basée sur l’échange de bon grés est passée à la collaboration complète et obligatoire. L’homme reposa son dos dans le dossier de la chaise, retirant ses lunettes pour se masser les yeux. Mais je ne peux pas totalement t’en vouloir, à ta place j’aurais fait la même chose. Le NCA est une plaie. Mais si je peux me permettre une suggestion Louciane, tu devrais faire très attention, maintenant, à ce que tu fais. Avec ce qui c’est passé avec Thomasson, tu pourrais risquer une suspension. Là tu as de la chance d’avoir reçu un simple avertissement, parce que nos chers Surintendants savent très bien que c’est un con. Mais on ne pourrait pas te sauver les fesses indéfiniment. Alors fait moi plaisir et fait en sorte que ça se passe bien avec monsieur FBI. Lui cause pas si t’as pas envie. Mais vous fritez pas. »
Le Howard l’avait laissé parlé, sans rien ajouter de plus. Ce qui n’était pas banal, venant de sa part. Lui qui trouvait toujours quelque chose à redire. Là, il était parfaitement conscient de la gravité des choses. Il était également conscient qu’on le laissait là où il était parce que ses supérieurs n’avaient pas le choix. En d’autres circonstances, l’affaire lui aurait été retiré, parce qu’il était bien trop impliqué, depuis les évènements du Cosmic Ballroom.
Sans un mot, le Sergent avait quitté le bureau pour s’installer au siens, sans un mot ni un regard pour Camden, son rêve étant encore bien trop présent dans son esprit.

Son esprit qui était resté absent durant le reste de la journée, lisant et relisant les témoignages. S’abimant les yeux sur des lignes aussi futiles qu’inutiles, qui ne leur apportait rien de plus sur une piste potentielle, concernant le mutant le plus recherché d’Angleterre. Le plus pénible étant les téléphones, qui n’arrêtaient pas de sonner, à cause du numéro vert mis en place. Louciane rongeait doucement son frein, résistant à l’envie de tout envoyer voler contre les murs. La seule chose qui le retint, fut ce que lui avait dit Edwin dés le matin. Pourtant, ça ne l’avait pas empêché de le faire une bonne dizaine de fois dans sa tête. Si Camden savait le nombre de choses qu’il s’était prit mentalement sur le carafon, il en aurait de vraies raisons de soupirer… L’homme avait à peine daigné dire bonsoir à son supérieur, lorsqu’il quitta le poste et consenti encore moins à relever la tête vers son collègue imposé pour regarder ce qu’il faisait. Ou même s’intéresser à ce qu’il pouvait faire. Il ne s’était même pas inquiété de savoir s’il avait été contaminé – il avait dû l’être c’était certain – et de comment il allait. Lui ne l’avait pas fait non plus, d’ailleurs. Seulement ce n’était pas comme s’il n’en portait pas les traces, sur toutes les parties visibles de son corps, dépassant de ses vêtements.
Reposant bien plus brusquement que tout à  l’heure, le combiné sur son socle, le Howard grimaça légèrement sous la douleur qui lança dans sa main, tirailler par les croutes disgracieuses qui s’y étendaient. Ses yeux daignèrent quitter l’écran de son ordinateur, en entendant la chaise grincer sur le sol. Le flic aurait put lui faire la remarque, qu’il aurait put soulever son siège, mais à la place, il se contenta de lui lancer un vague regard en coin, reportant toute l’espèce d’attention qu’il pouvait avoir sur son écran. Autrement dit, très peu. S’il avait envie de s’en aller et de rentrer chez lui, grand bien lui fasse. Lui travaillerait mieux tout seul. Ou dormirait carrément sur place. Pour ce que ça allait changer. Le brun avait déjà l’impression de dormir les yeux ouvert, depuis qu’il s’était installé face à son écran. En vérité, il n’avait qu’une envie, faire un tour au stand de tir, puis aller courir, malgré le fait que ses pieds ne soient pas vraiment en état. Se moquant bien du couvre feu instauré. Après tout, il était flic, il faisait bien ce qu’il voulait.

Cependant, alors que l’agent allait s’en aller, il lui fit une proposition à laquelle il ne se serait jamais attendu. Ses sourcils se haussèrent quelques secondes, détendant son front constamment plissé par la concentration, écarquillant les yeux par la même occasion. Puis sa tête se dressa dans sa direction, les sourcils se fronçant de nouveau et ses paupières se plissèrent, comme s’il flairait une embrouille.
- « Pardon ?
Dans le même mouvement, son petit doigt se porta à son oreille, faisant mine de la déboucher, comme s’il avait mal attendu. Puis à juger de la tête qu’il tirait, sa propre invitation l’avait autant surpris que son interlocuteur. Mais en le voyant déguerpir aussi sec, il n’y avait pas besoin d’être flic pour deviner que ses mots avaient dépassé sa pensée et qu’il serait même ravi qu’il n’accepte pas.
- C’est bien ce que je pensais. » Qu’il marmonna pour lui-même, en se laissant retomber sur le dossier de sa chaise.
De toute façon, le Howard n’en avait pas l’intention. Cependant, en considérant l’heure qu’indiquait l’horloge de son bureau, puis en tenant compte de son état général, rentrer maintenant serait bienvenu. Vider le fond de sa bouteille, commettre l’irresponsabilité de prendre quelques médicaments avec, puis voir s’il passerait une meilleure nuit. Ce qui ne semblait pas vraiment gagné.
La nouvelle sonnerie sur le poste voisin suffit à le décider à ficher le camp. Avant qu’il ne finisse par foutre le feu à la baraque.

Passant par les vestiaires pour récupérer ses affaires, Louciane enfila son manteau, jeta son écharpe sur ses épaules, puis passa devant Camden sur le parking, sans vraiment s’arrêter. Mais arrivé à deux pas de sa voiture, il se ravisa, fit demi-tour pour se planter devant lui.
- « Ok. Tu choisis le bar, tu paie la première tournée, et tu paies le taxi. Il haussa très légèrement une épaule, puis anticipa une éventuelle question. Je prends pas le volant quand j’ai l’intention de boire. Surtout au frais de la princesse. »
Attrapant la cigarette directement à ses lèvres, il la coinça entre les siennes, puis reprit la direction de sa vieille Rover P5, avant que le brun n’ait le temps de récupérer son dû. Grimpant à l’intérieur, il ouvrit sa fenêtre, puis fit démarrer le moteur, attendant patiemment qu’il enfourche sa bécane pour les conduire jusqu’au fameux bar.

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Re: A touch of bourbon never hurt anyone

 par Camden A. Baxter le Mer 26 Sep - 22:42


A touch of bourbon never hurt anyone
Camden A. Baxter & Louciane J. Howard

Mon corps s'était raidit en percevant le « Pardon ?» que Louciane m'avait adressé suite à ma demande. Prit dans mon élan, je m'étais empressé de sortir, clope coincée dans le bec, en me maudissant intérieurement d'avoir eu l'impulsion de lui proposer d'aller boire un verre.
J'ai encore le visage de mon collègue, ainsi que le mouvement qu'il a effectué en tête lorsque je tire ma première goulée de fumé. Sérieusement, je me demande ce qui m'est passé par la tête lorsque je lui ai proposé d'aller boire un verre avec moi. Dans un premier temps, il était évident qu'il allait refuser. Non seulement depuis que nous nous étions revu, il m'avait fait sentir maintes et maintes fois combien mon implication dans son affaire le dérangeait et, plus encore, ma simple présence lui hérissait le poil. Ma spontanéité m'a joué des tours. Etablir une relation amicale avec le Howard, l'impulsion de ne pas être seul ce soir, à ne pas passer ma soirée en loup solitaire accoudé a un bar, comme un pilier de comptoir.

Ce serait mentir que de dire que ce n'est jamais arrivé. Plus d'une fois, à court d'alcool décent à disposition, j'ai été dans un bar seul. Pour de multiples raisons, et chaque causes avait son bar dans lequel je me rendais en solo. Pour me soûler, parfois trouver quelqu'un avec qui partager une nuit. Il fallait bien. Malgré la certaine contenance que je possède après toutes ces années de célibat, je reste néanmoins un homme, et je suis bien loin d'être asexuel.

Pourtant dieu seul sait à quel point j'aurais préféré que ça le soit. En tout et pour tout, je n'ai eu que trois véritables relations, deux si l'on mélange le faux semblant avec Norah et la fausse identité que je possédais auprès de Neo. Il aurait pu y en avoir une quatrième, mais j'étais bien trop prit par mon travail et mes investigations personnelles pour y consacrer le moindre temps.

Je l'avais rencontré dans un bar, justement. Le soir même où j'ai emménagé à Killingworth. J'avais besoin de me détendre, de me vider l'esprit avant une semaine qui s’avérait chargée de par les papiers que j'aurais à remplir, et le nombre de formalités oiseuses à faire correspondre. En une simple recherche via google, j'avais trouvé un bar dans le Pink Triangle de NewCastle qui, selon la map, était considéré comme le quartier gay de la ville.
C'est dans un de ces bars éclairés de néons trop colorés que je l'avais trouvé. Un endroit où la jeunesse déferlait, lui semblait faire tâche dans le paysage. Il avait des cheveux bruns, longs jusqu'aux épaules, et une barbe plutôt fournie. Au premier abord, il m'avait fait penser à une vague caricature de Jesus Christ. Il avait quarante trois ans, et s'appelait Dan. Au départ, lorsqu'il m'avait abordé, j'avais pensé à une blague. Qui dans ce monde aurait accosté un proche cinquantenaire dans un endroit où l'on avait la possibilité de choisir des minets encore dans la fleur de l'âge ? C'était comme porter son choix sur un vieux canasson plutôt qu'un jeune étalon.

Ca avait duré quelques semaines. Trois semaines, pour être exact. Les deux premières furent des plus agréables, je me sentais presque revivre une période révolue. Mais il était bien trop attaché à moi. Bien trop pour un début. Il voulait me voir régulièrement, et je n'avais ni la motivation, ni le temps pour m'en préoccuper. Les disputes s'étaient alors mises à fuser, et, agacé de devoir supporter de telles broutilles, j'avais tout simplement juger que mettre un terme à la relation plutôt que de faire un effort était préférable. Parfois, je me dit que j’aurais peut-être dût. Ce soir notamment. Ca m'aurait peut-être éviter de proposer à mon ex d'il y a trente deux ans - et collègue qui ne peut pas m'encadrer de surcroît – d'aller boire un verre avec moi, pour une raison qui m'échappe encore et risque de demeurer une énigme un certain temps.

La nicotine se repend dans mes poumons lorsque le bruit de la porte retentit dans mon dos. Mes muscles se tendent, mais je ne dis rien, me contente de souffler ma fumée en regardant le Howard me dépasser. C'était évident, en un sens. Je m'y attendais, quelque part. Le simple dédain qu'il m'a adressé sur le moment a suffit a me prouver que ce n'était pas une bonne idée. Au delà de ça, il ne risque pas de me souhaiter une bonne nuit et de me dire à demain avec un air jovial. Non seulement ça ne lui ressemblerait pas, mais pour être honnête, venant de lui ça me ferait presque peur. Je finirais par me questionner sur les substances contenues dans le café.

Je porte a nouveau la cigarette à mes lèvres lorsque je le vois faire volte face, puis revenir sur ses pas. Mes sourcils se haussent. Il compte en rajouter une couche ? Si tel est le cas, je ferais peut-être mieux de lui dire que j'ai largement intégré le fait qu'il ne m'accompagnerais jamais pour aller boire un verre.

-  Ok. Tu choisis le bar, tu paie la première tournée, et tu paies le taxi.  Je prends pas le volant quand j’ai l’intention de boire. Surtout au frais de la princesse.

Je ne cache pas mon étonnement, reste pantois un instant en le fixant. J'ai bien entendu ? Il accepte ? Une part de moi a du mal à croire qu'il n'est pas en train de me faire une blague, et aurai bien envie de jouer du mimétisme pour lui rendre la même réponse que celle dont il m'a fait gré un peu plus tôt. Ses doigts viennent attraper la cigarette entre mes lèvres, mon rythme cardiaque déraille aussitôt. Décidément, j'aurais vraiment du mal à réapprendre cette habitude sans penser à un passé révolu.

Il se dirige vers sa voiture, ma clope dans le bec, tandis que je me dirige vers ma Harley. Que je choisisse le bar ? Si j'étais sadique je l'emmènerais dans un bar gay, juste pour voir sa réaction. Cela dit, je ne donnerais pas cher de ma peau si je le trainais dans un traquenard pareil. Outre ce détail, ce derniers temps les bars « friendly » le deviennent également pour certains mutants, ce qui à tendance à m'hérisser l'échine. Si je dois aller me soûler quelque part, je préfère de loin éviter ces bêtes de foire. Etre ivre entouré de mutants par les temps qui courent ? Merci mais non merci.

Mon choix se porte sur un pub non loin du commissariat, que je connais bien à présent. Le patron possède une certaine réserve quant aux mutants, bien qu'il ne le crie pas sur tous les toits, il surveille minutieusement les individus qui consomment dans son bar. J'ai déjà eu l'occasion de discuter avec lui certains soirs, notamment ceux où j'avais un peu forcé sur le whisky. Son aversion pour eux semble plutôt marquée, mais pour autant il semble avoir compris que ne pas s'en cacher est loin d'être fructueux pour ses affaires. Il m'a d'ailleurs plus d'une fois appelé un taxi.

Je m'arrête à coté de la bécane, mon casque sous le bras. Je crois percevoir le bruit de la voiture de Louciane, pour ne pas dire son antiquité. Le modèle de sa voiture est loin d'être un des pires, mais une petite révision ne lui ferait pas de mal. Je me suis fait la réflexion il y a quelques semaines, en le voyant monter dedans. Le bruit du moteur témoigne à lui seul de la vieillesse de sa caisse. A l'époque où nous nous sommes rencontrés, les Howards étaient « connus » pour être une famille de bourge, ce que j'ignorais complètement jusqu'à entendre les remarques que ceux de l'école de Police lui balançaient. J'avais cru comprendre par la suite que les rumeurs étaient fondées, et depuis toutes ces années je pensais la situation inchangée. Pourtant, l'état de la voiture de mon ancien partenaire témoigne du contraire. A moins qu'il s'en moque complètement – ce dont je doute assez – une part de moi à tendance à penser qu'il n'a pas forcément les moyens pour investir dans un nouveau modèle, plus performant et en meilleur état.

Après un instant de réflexion, la phrase de mon ancien amant me reviens en tête. Lui payer le taxi parce qu'il compte boire semble assez responsable et logique, et quand j'y réfléchi, j'ignore encore quelle quantité de whisky je vais moi-même boire ce soir. En soit, je ferais peut-être mieux de laisser ma Harley garée ici.
Je fais volte face, rangeant mon trousseau de clef dans la poche de ma veste, approche la rover. A la lumière des phares, je m'allume une nouvelle cigarette, tire dessus tout en continuant mon chemin vers le véhicule. Sans plus attendre, j'ouvre la portière passager, clope coincée dans la bouche.

- Ça va la clope est bonne ?

N'attendant pas franchement de réponse, je dépose mon casque sur le tapis, puis m'installe sur le siège aux cotés du conducteur. J'ouvre la fenêtre puis clos la portière, attachant ma ceinture. Face au regard - pas franchement aimable - de Louciane, je prends les devants.

- Quitte à devoir te payer le taxi et le mien probablement, tu ne verras pas d'inconvénient à ce qu'on ne prenne qu'un seul véhicule ? A moins que tu ne veuilles monter derrière moi, mais étrangement je pense que tu préféreras cette solution.

Je lui adresse un sourire en tirant sur ma cigarette, attends qu'il démarre. A l'image du bureau de Louciane, l'intérieur de sa voiture ne possède aucune personnalisation inutile. Pas de petit sapin senteur eucalyptus accroché aux ventilations, pas de bidule décoratif pendouillant du rétroviseur, et encore moins de chien qui remue la tête comme sur le bureau de Pattersons. Pas même de photo de sa fille, ou de sa femme avec qui j'ai du danser lors de l'horrible anniversaire du Seymour.

Une fois engagés et sortis du parking, j'indique la direction au Howard du mieux que je peux, pas franchement habitué aux trajets en voiture. J'ai le permis, évidemment, mais je dois admettre que ça fait un moment que je me contente de ma Harley. Il faut dire que circuler en deux roues possède des avantages non négligeable, notamment la possibilité de pouvoir griller quelques places ou emprunter des aller plus étroites. Voir en sens interdit, ce qui est plutôt le comble pour un ancien agent des forces de l'ordre. Quand je bossais à New York en temps que gardien de la paix, j'en ai sanctionné un bon paquet des petits malins qui s'amusaient à ne pas respecter la signalisation. Qui aurait cru qu'a cinquante ans je m'amuserais à faire de même par gain de temps.

Localisant le néon du bar au loin, je me penche un peu vers Louciane, passant le bras devant lui pour lui indiquer le chemin.

- C'est là-bas, il faut que tu prennes à gauche trois fois parce que c'est une voie à sens unique.

Je remarque après coup la proximité a laquelle je me suis retrouvé pour lui indiquer la direction, m'empresse de m'écarter en tirant sur ma sèche. Je souffle la fumée de ma cigarette par la fenêtre, attendant patiemment qu'il effectue les derniers mètres qui nous séparent du bar. Visiblement le Howard a une conduite plutôt sportive, je suis à peu près certain que si on était sur une plus grosse avenue il aurait dépassé la vitesse autorisée de quelques kilomètres/heures.

Après une dernière indication de ma part quand à l'emplacement du parking le Howard commence à effectuer la manœuvre pour se garer. L'avantage de ce pub c'est qu'il possède un petit parking accolé, ce qui est franchement pratique en centre-ville, étant donné que les places sont chères. Au sens propre comme au figuré.

Je descends de voiture, claque la portière derrière moi avant de jeter ma cigarette au sol, le filtre étant presque entamé. En relevant la tête, je remarque que, comme à l'accoutumée, quelques fumeurs font figurants devant l'entrée. Je me dirige vers le groupe pour les contourner, approche de la porte puis la pousse.

La chaleur qui règne dans l'établissement glisse aussitôt sur mes membres et je défais la fermeture éclair de ma veste en approchant du bar, où le patron est accoudé. Il m'adresse un signe de la main pour me saluer, j'en fais de même avant de tendre le bras par dessus le comptoir pour lui serrer la main. Je ne pensais pas être devenu un habitué au point qu'il me reconnaisse sitôt les portes passées, ce qui, quelque part, me conforte encore plus dans l'idée que je devrais peut-être trouver à m'occuper autrement lorsque je veux tuer le temps.

Je tire un des sièges de bar, disposé dans un angle entre la salle et une table de billard. Déposant ma veste sur le siège, j'attrape une des cartes avant de la tendre a Louciane. Je commence à connaître plutôt bien la carte des whisky et bourbons, alors je sais déjà ce que je compte commander. Je me tourne vers mon collègue, passe une main dans mes cheveux pour dégager la mèche rebelle qui me barre la vue.

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Re: A touch of bourbon never hurt anyone

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