(Eddixte) | And as you look all around at the world in dismay, what do you see ?

Message par Edward T. Seymour le Sam 28 Juil - 17:17


And as you look all around at the world in dismay, what do you see ?
Edward & Calixte






Il fixa sans la voir la cendre de la cigarette qui alla s'écraser sur le tapis. À son oreille, une main tremblante tenait un téléphone mais il n'entendait rien de plus qu'un bourdonnement de plus en plus entêtant. À l'autre bout du fil, une secouriste hurlait des « Allô ? Monsieur Seymour, vous êtes là ? Allô ? » pour couvrir le vacarme qui l'entourait. Des cris, des pleurs, des sirènes, des aboiements de flics dépassés par les événements, et puis une annonce, la seule qui importait pour le moment : Calixte était tombé dans le coma. La mâchoire crispée d'angoisse, Edward avait l'impression de voir le monde sombrer autour de lui tandis qu'une chape de plomb marquée du sceau de la culpabilité s'écrasait sur sa poitrine. Il avait juré depuis toujours de défendre son frère, promis à son père de toujours veiller sur lui, certifié que jamais il ne l'abandonnerait... et il avait échoué. L'hystérie de l'aîné s'exprima en un silence assourdissant puis il raccrocha sans même un mot pour la secouriste.
Quels étaient les derniers mots qu'il avait dit à son frère ? Probablement des horreurs, très certainement des reproches, inévitablement des remarques méprisantes. Et si Calixte devait mourir sans avoir plus entendu le moindre encouragement ou le plus petit compliment de son frère ? Edward se savait idiot de penser à cela à cet instant, mais l'idée que leur relation puisse s'éteindre de la sorte lui était insupportable. Alors il se leva, attrapa veste et clés et quitta son appartement comme un diable.


Trois jours après les événements tragiques du Cosmic Ballroom, l'hôpital de Newcastle était toujours en effervescence. Les blessés léger commençaient à rentrer chez eux, d'autres s'éveillaient et cherchaient à comprendre la raison de leur présence à l'hôpital, et les derniers, s'ils étaient parfaitement silencieux du fait de leur état comateux, avaient hérité d'une famille suffisamment bruyante et exigeante pour faire tourner en bourrique toute l'équipe soignante.
Ce jour-là, médecins, infirmières et aide-soignantes durent profondément haïr Edward, tant il fut imbuvable. Arpentant le couloir entre la chambre de Rosamund, dans laquelle il n'avait pas le droit d'entrer et celle d'un Calixte toujours aussi endormit, l'aîné Seymour était dans un état de stress proche de l'hystérie totale. C'était à se demander comment son frère faisait pour ne pas se réveiller.

« Comment ça, vous ne savez toujours pas ce qu'il a ? Bon sang mais qui vous paye à ne rien foutre, espèce d'empoté ? »

Piqué au vif, le médecin resta pourtant calme.

« Je vous prierais de rester calme, monsieur Seymour. Nous ne connaissons pas la cause de l'état de votre frère, nous savons simplement que pour une raison obscure, il ne se réveille pas. Si vous consentiez à accepter l'aide de monsieur Cav... »

« N'y songez même pas. C'est une pourriture dégénérée qui a bien failli tuer mon frère et il est hors de question qu'un autre de ces individus pose la main sur Henry, c'est clair ? Il préférerait mourir que d'accepter ça... »

Edward connaissait son frère et s'il était loin, habituellement, de partager ses points de vue quelque peu radicaux sur les mutants, il avait magistralement revu sa copie depuis trois jours. Le médecin, lassé, soupira et s'éloigna pour surveiller les constantes de son patient.

« Écoutez... hurler de la sorte ne l'aidera pas. Tout ce que nous pouvons faire, c'est attendre et espérer un réveil rapide. Il va falloir prendre votre mal en patience. »

« Votre incompétence a largement dépassé les limites de ma patience, « docteur »... s'il n'y a pas de changement dans les jours à venir, je peux vous assurer que cet empoisonneur sera le cadet de vos soucis. »

Injuste, il l'était, odieux, plus encore, mais Edward se sentait blessé, meurtrit, impuissant. Dans ce genre de situation, la patience lui faisait rapidement défaut et, conscient qu'il n'obtiendrait rien du médecin à cet instant, il préféra quitter la chambre pour aller s'isoler dans le parc et s'adonner à son activité favorite : l’inoculation en grande quantité de nicotine.


Le septième jour, Edward ne se reposa pas. Le septième jour, Edward était au chevet de son frère, attendant patiemment qu'il se réveille ou qu'on le laisse rendre visite à Rosamund. Il se sentait idiot, injuste, cruel d'avoir été si dur avec eux ces derniers temps, si inhumain d'avoir fait croire à la jeune femme que rien n'était possible entre eux pour préserver l'équilibre fragile de sa famille, profondément ingrat de laisser continuellement penser à Calixte qu'il n'était qu'un idiot sans cervelle. Edward aurait absolument tout donné pour prendre la place de l'un ou de l'autre, prêt qu'il était à embrasser la condition de martyr pour tenter de racheter ses fautes.
Mais c'était ça, sa pénitence, quelque part : contraint à la patience, à l'attente et à l'angoisse, ruminant ce qu'il allait pouvoir leur dire à leur réveil...

Assit dans un fauteuil, Edward regardait le sang filer du cathéter planté dans son bras vers une poche qui se remplissait petit à petit. C'était bien là la seule chose qu'il était capable de faire pour son frère : lui donner des plaquettes, du sang, quelque chose qui puisse l'aider à se rétablir plus rapidement et fort heureusement, les deux caractères de cochon Seymour partageait également le même groupe sanguin.

À côté de lui, posés sur une petite table, s'empilaient des dossiers qu'il peinait à traiter, tant son esprit était ailleurs. Il n'avait pas remis les pieds dans son bureau depuis l'incident et chaque jour, c'était son assistante qui venait lui porter de nouveaux éléments ou lui faire un rapport détaillé de l'avancée des dossiers. Lorsque l'infirmière vint récupérer la poche de sang, elle intima à Edward de rester tranquille pendant quelques heures et de manger quelque chose de sucré. Il hocha la tête et se laissa aller en soupira contre le dossier du fauteuil. Il n'avait pas faim... il était simplement fatigué, les traits tirés et le teint pâle. Il lui fallait se battre avec les médecins, s'inquiéter pour Calixte, poursuivre son travail, servir de relais et de médiateur auprès d'une sœur terrifiée, d'une mère effondrée et d'un père toujours plus exigeant : « tu dois le sauver, tu dois le venger, tu dois, tu dois, tu dois... ».

« Réveille-toi, par pitié, réveille-toi, Cal... », grogna-t-il, des sanglots étouffés dans la gorge.

Au bout d'une vingtaine de minutes, Edward se leva pour faire les cent pas. La fatigue laissait peu à peu place à la colère et soudain, il attrapa son frère par le col de sa chemise d'hôpital et hurla.

« Mais réveille-toi, bon sang ! Bougre d'imbécile, abruti fini, petit con ! Tu ne cesseras donc jamais de me tourmenter ? Réveille-toi, au lieu de rester là comme un... comme... »

Mais il lâcha son frère, trop faible pour continuer et se laissa tomber dans le fauteuil sans plus retenir les larmes d'impuissance qui coulaient sur ses joues.

« Réveille-toi... j'ai besoin de toi, Cal... »

Malgré leurs disputes, Edward ne se voyait pas poursuivre la lutte des Veilleurs sans son frère. C'était trop dur, trop contraire aux principes de leur père... et même si Edward savait qu'il y avait plus de bas que de haut entre lui et Calixte, il préférait cent fois cela au silence d'un mort.


Au quatorzième jour, Edward était méconnaissable. Les soucis l'avaient amaigri, la pâleur de son teint le rendait grisâtre et les cernes sous ses yeux n'avaient rien à envier à celles de son frère. Fort heureusement, Rosamund s'était réveillée et avait pu rentrer chez elle. Si leur relation restait tendue, la savoir en bonne santé ôtait un poids énorme sur les épaules d'Edward. Restait Calixte, dont l'état était stable, les constantes correctes, mais pour qui les médecins s'inquiétaient : s'il s'enfonçait plus encore dans le coma, il risquait de ne jamais se réveiller.

Pratiquement allongé dans un fauteuil d'examen et les yeux rivés au plafond, Edward semblait catatonique tandis qu'une infirmière effectuait un prélèvement de sa moelle osseuse en vue d'une greffe pour son frère. Pour plaisanter, Edward lui avait demandé si la prochaine étape consistait à donner un poumon à Calixte et l'infirmière, aimable et souriante, l'avait rassuré en lui disant qu'il ne faudrait a priori rien de plus. Edward grimaça lorsque l'aiguille pénétra dans sa poitrine pour perforer l'os de son sternum. Malgré l'anesthésie, il ne pouvait nier que cela faisait un mal de chien.
Seulement, alors que l'infirmière lui promettait que c'était pratiquement terminé, un mouvement à côté d'eux attira leur attention. Dans le lit, l'immobile Calixte Seymour commençait à se mouvoir en grognant. L'infirmière s'empressa de terminer son prélèvement, donnant à Edward une compresse pour stopper le saignement et fila chercher un médecin. Edward s'approcha du lit, tenta un sourire qui ressemblait plutôt à une grimace et entrepris de remettre les boutons de sa chemise.

« Dis donc, l'endormi... c'est à cette heure-ci qu'on se réveille ? »

Voyant son frère s'agiter, Edward lui tendit la petite télécommande servant à incliner le lit et l'aida à se redresser un peu.

« Ils t'ont retiré l'assistance respiratoire hier, tu risques d'avoir mal à la gorge pendant un moment... comment tu te sens ? »

Si Calixte pensait rêver, il ne serait pas déçu : rarement son frère lui avait demandé comment il allait. Mais Edward était fatigué de s'inquiéter et n'avait qu'une envie, serrer son imbécile de petit frère dans ses bras.
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Re: (Eddixte) | And as you look all around at the world in dismay, what do you see ?

Message par H. Calixte Seymour le Dim 29 Juil - 11:53

 
   

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   edward & calixte
 
 
 
Il suffoquait. Calixte suffoquait, vraiment. Lui qui avait toujours eu peur du noir, lui qui avait toujours été terrifié par l’obscurité, par le silence et les ténèbres, il s’y noyait désormais, dans une obscurité aveuglante, dans un silence assourdissant, dans des ténèbres lumineuses qui l’appelaient, le happaient, alors que tout en lui ne parvenait à hurler qu’une seule chose : il fallait qu’il parte, il fallait qu’il fuie, il fallait qu’il trouve un moyen de se réveiller. Sauf qu’il suffoquait. Calixte suffoquait, vraiment. Autour de lui, il n’y avait que le néant, ce néant angoissant qui lui tordait les tripes. Et au bout, une lumière imperceptible, qu’il cherchait à attraper, qu’il voulait agripper du bout des doigts alors que résonnaient les échos de cris, les échos de sirène, les échos de voix qui soulevaient son cœur dans une nausée défaillant. Il n’avait plus de mains, il n’avait plus de corps, il n’avait plus que l’air qui manquait à ses poumons, et l’envie de s’arracher les yeux pour que la nuit cesse, que le jour puisse poindre et à nouveau l’aider à retrouver un sens dans ce vide infini qui l’entourait. Sauf qu’il suffoquait, encore. Toujours. Il suffoquait de ne pas comprendre ; il suffoquait de n’être plus qu’une âme réduite au silence, coupée du reste de son être, au lien tranché. Il avait l’impression qu’on avait amputé une partie de lui, et qu’il tentait, en vain, de retrouver le membre manquant, ce membre qui était grand, brun, barbu ; qui avait un regard tantôt dur, tantôt malicieux, tantôt grivois ; qui avait cette barbe soigneusement taillée, entretenue ; qui cherchait constamment à se mettre en valeur, à se faire remarquer pour qu’on ne l’oublie pas ; et c’était l’oubli, l’oubli qui le menaçait, alors qu’il suffoquait et que les échos devenaient dissonants, que les voix s’aggloméraient en connaissances, en souvenirs. En émotions de plus en plus violentes, en ombres et mouvements immatériels qui s’amassaient trop loin de lui.

L’oubli : pendant une éternité faite d’absences, Calixte se sentit happé par l’oubli ; la disparition pure et simple, définitive. Pendant une éternité faite de vide et d’irréalité, Calixte se sentit aspiré par un lâcher-prise, par cette voix muette qui lui soufflait de se laisser aller, de décrocher, qu’on ne l’attendait pas, qu’on ne l’attendait plus, qu’on n’avait ni besoin de lui, ni envie de le voir revenir. Pendant une éternité mêlée d’aigreur et d’incertitudes, Calixte envisagea d’expirer, une dernière fois, et de cesser de se débattre dans cette immensité sans forme ni limite qui l’entourait, de cesser de chercher un support tangible sur lequel s’appuyer pour se relever. Et pendant une fraction de seconde, Calixte fit tout cela. Il se laissa emporter dans un tourbillon, esquissa quelques pas vers une lumière plus aveuglante que les ténèbres qui l’environnaient, il se laissa guider par ses terreurs et l’apaisement qu’il cherchait, il… « Réveille-toi, par pitié, réveille-toi, Cal... » Il connaissait cette voix. Il l’avait déjà entendu, un jour, avant, loin dans le temps. Il connaissait cette voix, elle s’enveloppait de colère, d’amertume, et de confiance, d’une confiance enfantine teintée d’admiration. Il connaissait cette voix, elle lui en évoquait d’autres, une plus sévère, plus dure, plus agressive et impériale, une plus tendre, brisée d’angoisse, entrecoupée de sanglots, une plus terrifiée, perdue et incertaine. Il la connaissait, cette voix, et tendit l’oreille. Et tout se mit à basculer, comme une tempête pouvait brasser le fond de l’océan et fait valser un vaisseau posé sur sa surface, tel une petite coquille de noix égarée. Tout se mit à chavirer, le faisant hurler dans son royaume obscur, ce vide spatial que ne perçait aucune étoile. « Mais réveille-toi, bon sang ! Bougre d'imbécile, abruti fini, petit con ! »

Calixte se remit à suffoquer. Il voulut répondre qu’il voulait se réveiller. Il voulut répondre qu’il ne savait juste plus comment faire. Il voulut répondre qu’il n’arrivait pas à respirer, que son corps dans son intégralité ne cherchait qu’une chose : le protéger, lui laisser le temps d’éliminer les toxines, de fonctionner au ralenti pour préserver son cœur et ses organes vitaux. Il voulut hurler qu’il avait peur, qu’il était terrifié, qu’il avait besoin qu’on l’aide, qu’on vienne le chercher, qu’il était perdu et qu’il ne sentait ni ne ressentait plus rien d’autre que cette solitude. Il voulut hurler, Calixte, mais l’écho des syllabes se perdit sans s’arrêter, sans qu’il ne puisse s’y raccrocher pour en remonter le fil, et remonter à la surface. « Réveille-toi... j'ai besoin de toi, Cal... » Traits de lumière qu’il chercha à attraper du bout des doigts, que ses doigts traversèrent sans rencontrer de résistance, qui s’évaporèrent pour que la nuit reprenne ses droits. Et l’éternité reprit, comme si elle ne s’était jamais interrompue, laissant Calixte suffoquer, encore, attiré, encore, par le bout d’un tunnel, par une limite à franchir, à ne pas franchir, un point de non-retour.

Et d’un coup, autour de lui, tout se transforma. Ce fut aussi progressif que brutal, dans un monde où le temps n’avait pas d’emprise, pas de réalité, pas de royauté. Un battement de cœur d’une infinité de secondes, et le noir devint couloir, l’immensité devint murs clairs et vieux tableaux, le silence se fit lumière et l’absence se fit éclats de rire. Un enfant aux cheveux clairs, de la blondeur de l’innocence, trop longs pour ne pas voltiger au gré de sa course, passa devant lui comme un mirage, poursuivit par un autre, un peu plus grand, beaucoup plus brun, beaucoup plus posé quand le premier était volatil même dans sa manière de respirer. Henry, attends-moi ! Le couloir oscilla, comme de la brume, la petite silhouette blonde revint, un sourire mutin aux lèvres. Il trottina vers Calixte, lui lança un regard amusé. Qu’est-ce que tu fais ? Il faut jouer à chat ! Il fallait oui, il fallait. La tornade blonde s’envola, Calixte la suivit sans tarder. Glissa dans les couloirs. Tu ne m’attraperas pas !, hurla le petit garçon. Henry, attends-moi ! Sombre écho d’un passé enfermé depuis longtemps dans des souvenirs. Les éclats de rire le précédaient, ils descendirent un étage, remontèrent à un autre, sortirent dans un grand parc et se perdirent dans une forêt, réveillant ses terreurs et ses angoisses. Attrape-moi ! hurlait le petit en riant, dès que Calixte faisait mine de s’arrêter, apparaissant derrière un arbre pour l’inviter à reprendre sa course. Pendant des heures, des mois, des jours, pendant des battements de cœur et des foulées, des souvenirs qui défilaient à mesure qu’ils troquèrent la forêt contre les rues de Paris, les pentes enneigées des Alpes, les vallées irlandaises et le grand canyon, les couloirs d’Oxford, ceux des laboratoires et des bureaux d’Asclepios, les bras d’une femme et le rire d’une autre, les bras d’Abigaël et le rire d’Abigaël, les… Calixte s’immobilisa quand autour d’eux, tout bascula dans un bâtiment en flammes. Et une arme qui se lova dans sa main, claqua trop de fois sans qu’il ne fasse le moindre geste, alors que devant lui, le corps d’Abigaël s’effondra. Et que ce diable de lutin blond jaillit avec sur le visage les prémices d’une colère. Viens ! On n’a pas le temps pour ça ! Attrape-moi ! Et la colère répondit en écho, dans un hurlement qui déchira sa gorge : Je ne veux pas jouer à chat avec toi !

Les flammes s’évaporèrent, le corps s’évapora, Calixte se retrouva seul, à nouveau seul dans le noir. Presque seul. Le petit était là, le regardait dans les yeux. Il faut que tu te réveilles, maintenant. Calixte s’accroupit pour le regarder dans les yeux. Je ne sais pas comment faire. qu’il murmura, l’air aussi perdu qu’inquiet. Une inquiétude qui n’existait pas dans les yeux d’Henry. Un haussement insolent des épaules, un éclat de rire léger. Il suffit de le vouloir. Prends ma main : deviens l’chat.. Il lui tendit sa petite menotte, paume ouverte, vers le haut. Une menotte qui n’avait encore tué personne, qui n’avait encore caressé personne, qui n’avait fait que pincer les cordes d’un alto, construit des châteaux de sable et des cabanes dans les arbres, copié, encore et encore, des pages de dictionnaires. Il lui tendit sa mimine, offerte, comme une invitation. Et Calixte finit par la saisir.

Et il s’étouffa, vraiment. Haleta. Aveuglé par la lumière du jour, assourdi par les sons et les bruits, par le soufflement rauque de sa respiration brutalement accélérée, par les différents moniteurs qui s’encerclaient, le surveillaient, par les pas, les gestes, les mouvements, les déplacements, par cette main posée sur son front alors qu’il n’arrivait plus à se souvenir de comment respirer. Calixte ouvrit les yeux pour les fermer aussitôt, prit une inspiration pour s’étouffer aussitôt, pour paniquer, sentir dans sa poitrine une main écraser sa cage thoracique. La panique satura ses sens, satura tout ce qu’il pouvait voir, ressentir, extirpé violemment des ténèbres anesthésiées pour être balancé brutalement dans un monde de sensations et d’émotions, par un monde bruyant, rugueux, concret et râpeux, un air trop frais, trop vif, des muscles endoloris, des tissus qui lui écorchaient la peau, et les bruits, grand Dieu, les bruits qui lui vrillaient les tempes et l’asphyxiaient par leur omniprésence. Ed ! Où… qu’est-ce que… Edward, Papa ! La panique satura ses sens, le projetant vers toutes les personnes qui ne pouvaient qu’avoir les réponses, Calixte rouvrit les yeux parce qu’il ne supportait plus l’obscurité, plissa les paupières et, s’agrippa comme il put aux premiers supports rencontrés, que ce fusse les draps sur le côté ou la voix qui résonna presque aussitôt. « Dis donc, l'endormi... c'est à cette heure-ci qu'on se réveille ? » Le monde bascula avant qu’il ne parvienne à rassembler ses pensées, alors que l’ombre de l’enfant, d’Henry, s’étiolait pour ne laisser que l’écho d’un rêve à la saveur déjà affadie par le temps. Et là, seulement là, les mots s’agencèrent pour avoir du sens, les souvenirs se rassemblèrent et Calixte regarda son grand-frère. « Ils t'ont retiré l'assistance respiratoire hier, tu risques d'avoir mal à la gorge pendant un moment... comment tu te sens ? » Sa voix ne fut qu’un coassement : Ed… avant qu’il ne tente de lever la main pour agripper le poignet de son frère. Ed…. Comment se sent-il ? Mal. Je… j’ai envie de vomir, je… Réveil brutal. Me laisse pas Qu’il souffla, encore, alors que dans la pièce arrivaient des médecins qui menacèrent de l’écarter d’Edward pour mieux s’assurer que tout allait bien.


Deux heures. Cela faisait deux heures que Calixte était sorti des limbes. Deux heures et il se retrouvait à nouveau seul face à son frère, ayant été incapable de le lâcher depuis son réveil, comme un enfant agrippé à son protecteur. Calixte était terrifié. Terrifié par son impuissance, terrifié par l’absence de sensation dans la plupart de ses membres, terrifié par la maladresse de ses gestes, par l’épuisement que le seul fait de respirer pouvait provoquer. Terrifié par tout ce qu’il n’avait pas réussi à comprendre de ce qu’on lui avait dit. Terrifié, aussi, de ne pas savoir. Les médecins lui avaient tourné autour, pour vérifier que tout allait bien. Ils avaient voulu le faire parler, tester ses réflexes, ses souvenirs, Calixte, lui, n’avait voulu qu’être seul. Avec Edward. Bien sûr. La porte se referma sur l’infirmière qui avait veillé à ce qu’il soit correctement installé, Calixte ferma un instant les yeux. Qu’est-ce qu’il s’est passé, Ed ? Combien de temps… qu’est-ce qu’ils… Qui ? Qui, qui avait fait ça ? Calixte voulut tendre la main vers un verre d’eau déposé à son attention, son geste tremblant et affaibli ne fit que percuter le verre sans pour autant réussir à l’agripper, juste à glisser le long de la paroi pour créer de petites vagues à la surface. Calixte retint des jurons en se mordant la lèvre, trop fier pour demander de l’aide.

 
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