Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

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Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par H. Calixte Seymour le Jeu 26 Juil - 22:00

 
   

Wodka trinkt man pur und kalt

   pandora & calixte
 
 
 
Installé dans le taxi, Calixte fronça les sourcils, ignora la question qui pesait dans le regard lourd de sous-entendu de son chauffeur, compta plutôt sur ses doigts non les minutes de retard qu’il comptabilisait actuellement mais plutôt les jours, voire les semaines qui le séparaient désormais de sa première rencontre avec Pandora O’Sullivan. Moins de deux mois, c’était évident, et pourtant… pourtant, qu’il y songeait, il lui semblait que le temps se distendait sans cesse, s’étirant comme de la guimauve pour transformer les jours en semaines et les semaines en mois. Six semaines, à peine, certainement moins, et pourtant… et pourtant, elle était au cœur de ses pensées, à quelques centimètres de son téléphone, dans des messages multiples qu’ils pouvaient s’échanger, de la simple remarque quant à la coiffure incongrue d’une tierce personne aux dernières prestations de musiciens célèbres en passant par la couleur de leur caleçon et soutien-gorge ou encore des conseils en littérature. Six semaines, certainement moins… et déjà bien assez. S’il doutait, les premiers temps, de sa capacité à maintenir l’équilibre entre amitié, sexe et distance raisonnable lorsqu’on parlait sentiments, Calixte avait finalement réussi à cesser de douter et à savourer comme il se devait chacune des nuits passées ensemble, des cafés pris au détour d’une pause déjeuner et même cette soirée passée au cinéma qu’il n’avait pas prémédité mais qui lui avait juste donné l’occasion de goûter un peu plus aux éclats de rire bon public de la violoncelliste. Installé dans le taxi, Calixte fronça les sourcils. Et se sermonna dans un murmure rageur, destiné à faire remarque à un Cyrus absent qu’il se faisait réellement des idées ; et que lui, en bon Seymour, savait bel et bien faire la part des choses. Et ne pas franchir la ligne rouge, la limite entre l’innocence et la culpabilité avérée. Une innocence des plus controversées, certes, surtout lorsqu’on pouvait entendre en quels termes Calixte avait pris le parti de présenter sa relation avec Pandora à ses amis, mais une innocente existant bel et bien si on la mettait en contraste avec l’autre revers de la médaille. Un nouveau soupir, il laissa sa tête partir heurter le siège de la berline, pour mieux s’y avachir et cesser de tirer inutilement ses muscles endoloris. Ses yeux filèrent en direction des trottoirs, de la route et de la vitesse bien trop réduite du véhicule, lui arrachant un Léopold, si j’avais eu des heures devant moi, penses-tu bien que je ne t’aurais pas dérangé. Peux-tu un minimum troquer ton rythme de sénateur pour quelque chose de plus énergique ? Il se pencha en avant, comme pour mieux chercher le regard du majordome, et chauffeur attitré de toute évidence, de la famille Seymour. Bonté divine, Léo, veux-tu bien accélérer ? La nuit tombait déjà, dans une fin d’après-midi transformée en soirée, les doigts de Calixte tapotèrent nerveusement contre le dossier d’un siège.

Et s’interrompirent devant le regard moqueur que lui lança le conducteur par l’intermédiaire du rétroviseur. Calixte, vous vous doutez bien que si je le pouvais, je le ferais sans la moindre hésitation. Vous pouvez toujours descendre du véhicule et rejoindre votre rendez-vous à pied, à ce rythme-là, vous y seriez plus rapidement qu’en voiture… Calixte le foudroya du regard, se réinstalla comme il se devait dans son siège, craignant l’obscurité tombante et les lampadaires à la lumière trop tamisée à son goût. Je ne sais même pas pourquoi je t’adresse la parole, Léopold. il commenta finalement, en croisant les bras, les décroisant pour envoyer un nouveau message à Pandora pour s’excuser du retard. Message qu’il effaça, comme les six fois précédentes, avant de l’avoir envoyé. Un Seymour ne s’excusait pas pour quelque chose d’aussi futile, et on ne parlait ici que d’une petite demi-heure, transformée en trois-quarts d’heure, fort peu répréhensible. Eteignant le téléphone, Calixte soupira. Et croisant du coin de l’œil un reflet de son visage. Une grimace le prit au dépourvu, il tenta d’orienter comme il se devait l’écran pour mieux contempler, une énième fois, l’étendue des dégâts. Ça faisait peine à voir. A l’angle de sa mâchoire, un bleu commençait à poindre ; son œil était quant à lui déjà cerclé de noir, légèrement enflé, quant aux strips qui barraient malheureusement son arcade sourcilière, il envisage de les enlever mais devant le tiraillement et le pincement de douleur auxquels il s’exposa, Calixte préféra faire marche arrière et les laisser en l’état. Il aurait dû demander à Léopold de lui ramener de quoi cacher tout ça, éventuellement un fond de teint comme Alice devait certainement en avoir, ou quelque chose dans le genre. Occupé à s’ausculter et s’examiner dans son portable transformé pour l’occasion en miroir, il manqua de sursauter à la remarque de Léopold, justement, quand sa voix toujours moqueuse s’éleva dans la voiture silencieuse : Ne vous en faites pas, Calixte, je suis sûr que si vous veillez à bien rester dans l’ombre, nul n’y remarquera rien. Effronterie qui lui attira un nouveau regard noir, auquel s’ajouta un acide Tes conseils, tu peux te les garder tranchant avec toute l’éducation que Papa et Maman avaient bien pu lui donner. Lui qui ne craignait rien de plus que de se fondre dans l’obscurité, voilà qu’il allait devoir choisir entre marcher sous la lumière des éclairages de rue, au risque de mettre en avant de bien vilains hématomes, et combattre ses terreurs d’enfance pour préserver ce qu’il restait de son orgueil.

Quand la voiture ralentit, s’arrêta et que Léopold sortit pour venir lui ouvrir la portière, Calixte en était encore à ruminer la question. Et il s’extirpa du véhicule sans un regard pour le chauffeur, ne lui accordant qu’un regard vexé et dédaigneux. C’était tout ce qu’il méritait pour ses moqueries à répétition. D’un regard, il remonta la rue, s’arrêta sur la terrasse où Pandora et lui étaient supposés se retrouver une heure plus tôt… et la vit en pleine discussion avec un inconnu des plus détestables – l’avis de Calixte fut aussitôt tranché, armé d’une objectivité discutable, basée sur la seule tenue vestimentaire du bougre (ridicule), de sa posture (révélatrice d’un QI des plus misérables), et de l’acuité intellectuelle visible dans son regard vert-d’eau (affligeante). D’un pas vif, il remonta physiquement jusqu’à la terrasse, se râcla la gorge pour attirer l’attention de la violoncelliste et du sinistre abruti. Surtout du sinistre abruti. Bonsoir, vous permettez que je récupère mon siège ? Les yeux rivés sur l’homme, Calixte le laissa s’étonner, s’offusquer, se lever. Lui parler de retard inacceptable, comme quoi il ne fallait pas faire attendre une femme, et autres inepties que Calixte n’était présentement pas en mesure de supporter. Dans un sourire, pincée, il prit l’homme par l’épaule comme il aurait pu le faire avec un bon ami, pour l’inviter à faire quelques pas sur le côté, comme pour mieux lui parler en privé. Et là, seulement là, à quelques pas de Pandora, il carra les épaules, laissa parler le ceinture noire de krav-maga et le fils de duc, une fraction de seconde avant de reprendre la parole, le temps de voir l’éclat dans le regard de son vis-à-vis basculer de la supériorité à l’incertitude. Je t’assure, mon gars, que tu ne veux pas m’énerver. Pas ce soir. Alors tu vas te la fermer, cesser de nous importuner, et croiser les doigts pour que je ne m’énerve pas et dégager vite fait de là. Devant le début de protestation qu’on lui opposa, Calixte laissa sa voix s’affermir un peu plus. Se faire moins conciliante aussi. Et fit craquer les articulations de ses phalanges. Ou alors on peut régler ça un peu plus durement. Ce ne serait pas ma première bagarre de la soirée. Et après un temps d’hésitation trop long pour être vrai, l’autre rendit les armes, devant certainement sentir que Calixte ne plaisantait en rien.

Même si Calixte venait surtout de jouer le bluff, peu partant pour un deuxième round. Revenant près de la table qu’avait choisi Pandora, sous un éclairage bien marqué du bar, il se laissa tomber peu dignement sur le siège. Et fit comme si de rien n’était. Tu as déjà commandé ? Et bien on va dire que je vais prendre la même chose que toi. Tout en croisant les doigts pour qu’elle ne lui fasse surtout pas la moindre remarque.

 
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 26 Juil - 22:04


Wodka trinkt man pur und kalt
Calixte & Pandora






Miroir, mon beau miroir, cesseras-tu un jour de me tourmenter ?

Soupir, juron, et voilà une tenue de plus qui termine en tas informe sur le lit. Et si j'y allais avec un vulgaire jogging délavé histoire de faire dans l'originalité ? La demoiselle un peu coquette en moi hurle au scandale et je me décide finalement à continuer mon exploration de l'immense dressing qui trône dans ma chambre. Ça va bientôt faire deux mois que nous nous connaissons. Deux mois qu'un vol raté nous a réunis, deux mois qu'un verre de trop nous a fait terminé dans le même lit, deux mois que les rencontres se font de plus en plus rapprochées et les sms fréquents. Deux et pourtant, j'ai l'impression que ça fait des années que nous nous connaissons, pour de multiples raisons : il sait des choses que je préfère taire la plupart du temps, il a su voir mes blessures sans un regard de pitié mal placée, il écoute, il répond, il comprend... il a cet humour cinglant qui m'amuse, cet accent d'aristocrate et ce vocabulaire ampoulé qui lui donnent un charme fou et c'est bête mais... malgré ses côtés princesse effarouchée, il me plaît de plus en plus, Calixte Seymour. Et puis les choses sont claires, non ? Savoir que nous n'appartenons pas au même monde et qu'il n'y aura jamais rien de plus que ce qu'il y a maintenant a quelque chose de rassurant et nous empêche de constamment remettre notre attitude en question. C'est tellement plus facile de se voiler la face, diraient certains...

Parce qu'après tout, si je suis en train de m'énerver devant ma glace, ce n'est pas parce que je me prépare à un gros entretien ni à un concert particulièrement important, non ! J'ai simplement envie de porter une tenue qui lui arrachera un « tu es jolie dans cette robe » ou n'importe quelle autre niaiserie qui me fera sourire comme une andouille. Alors réfléchis, Pandora. On est en février, il fait froid, humide, il fera nuit quand tu sortiras... les robes d'été, tu oublies. Les shorts de vacances aussi. La doudoune, c'est pas sexy et le vieux pull de Charlie c'est pour les dimanches cocooning à la maison. Alors qu'est-ce qu'il reste ? Trop de choses. Ça m'énerve. Je me prends trop la tête, comme d'habitude. Et ça sera la même chose pour fêter les trente ans de cette andouille dans deux semaines. Crotte de bique.

C'est en enfilant une jolie robe d'un vert bouteille profond et en coiffant mes cheveux en une longue tresse rousse qui les fera paraître moins fous que d'habitude que je m'aperçois que si je ne me presse pas, je vais être en retard. Je m'active, manque de me faire une entorse en enfilant de travers mes fidèles escarpins du soir, esquive des chiens un peu trop enthousiastes et quitte l'appartement avec un sac à main que je sais à moitié rempli de choses inutiles et dans lequel il manque forcément l'essentiel. Clés, ok, ventoline, indispensable, miroir pour me repoudrer le nez parce que je ne ressemble plus à rien, c'est fait... merde... j'ai oublié mon portable. Je soupire en m'en rendant compte une fois en bas et préfère filer que de retourner le chercher. Je n'aurai pas plus de cinq minutes de retard et de toute manière, Marcus commence à savoir que lorsque je vais voir Calixte, il vaut mieux ne pas s'attendre à me voir revenir au bout de vingt minutes.

En arrivant dans l'élégant café où nous nous sommes donné rendez-vous, je demande, un peu essoufflée, à rejoindre la table de Calixte mais le serveur m'informe avec la mine de coincé qu'on voit partout ici que « monsieur Seymour n'est pas encore dans nos murs ». Bien bien bien... comme ça, il sera plus en retard que moi. Mister balai dans le cul m'accompagne jusqu'à la terrasse où il me propose alors une petite table à l'écart des autres, sur une petite estrade et où les discussions ont moins de risques d'être épiées par les autres convives. En soi, la table a l'air d'être la meilleure de l'établissement mais elle est aussi plus éloignée des spots lumineux qui éclairent l'endroit. Par réflexe, je lui demande immédiatement s'il n'a pas une table plus éclairée et, après un regard étonné, il hausse les épaules et m'en propose une seconde, plus proche de celles des autres convives mais baignée de lumière. Je ne me suis même pas rendue compte que je n'ai pas eu besoin de réfléchir pour demander à changer de table, cela m'a semblé évident, comme si j'en avais l'habitude...

Je m'installe, commence à parcourir la carte en jetant un œil à ma montre et décide d'attendre un peu avant de commander. Seulement, les minutes filent et l'air se rafraîchit au point de me faire frissonner. Au bout d'un quart d'heure, je décide de commander un thé noir brûlant afin de me réchauffer et regrette de ne pas avoir pris mon téléphone. Il m'a peut-être envoyé quelque chose pour me dire qu'il serait en retard ? Ou pour annuler pour je ne sais quelle raison ? Mais ça ne ressemble pas à Calixte... du moins, je l'espère. Difficilement à dire, au bout de quoi... six ? Sept semaines ? Alors j'attends, remue les feuilles de thé dans la théière et sirote lentement le contenu de ma tasse. Je dois avoir l'air fin, à scruter la rue et l'entrée du café, tiens !

L'air tellement fin qu'au moment où quelqu'un vient s'asseoir en face de moi, je sursaute. Un sourire se dessine sur mes lèvres alors que je m'attends à voir Calixte mais lorsque mon regard tombe sur un parfait inconnu, mon visage se fige.

« Bonsoir ! Je peux m'asseoir ? »

Prise au dépourvu, il me faut quelques instants pour trouver mes mots et je finis par répliquer sèchement.

« C'est à dire que vous êtes déjà assit... et j'attends quelqu'un... »
« Voilà bien vingt minutes que je vous observe et vous êtes toujours seule. M'est avis qu'il vous a posé un lapin ! »

Ok. Ce type est chiant. Et con. Et ça va pas le faire longtemps. Un sourire crispé se dessine sur mes lèvres tandis que je me penche vers lui.

« Premièrement, qui vous dit que c'est un il ? Et deuxièmement, ça vous arrive souvent de vous asseoir avec des parfaites inconnues ? »

Et le voilà lancé. J'aurais dû me taire, tiens... Il commence par me parler de son flaire et de sa capacité à dénicher les âmes en peine (mais d'où je suis une âme en peine ?), du fait que je lui ai tapé dans l'œil (s'il n'arrête pas, je risque bien de lui en mettre une au sens propre du terme), que blablabla, situation professionnelle en pleine évolution, blablabla parti de rien et devenu un grand, blablabla, est-ce qu'à un moment il s'arrête ?

Je dois bien lui reconnaître une chose : à parler sans discontinuer, il fait passer le temps. Par moments, je jette de brefs coups d'œil à ma montre et vois les minutes passer. Bientôt une heure que j'attends Calixte, il ne va pas se montrer, ça devient évident. Alors que je termine ma tasse de thé, j'envisage de dire à l'autre que je suis pressée et dois partir. L'ennui, c'est qu'en quarante minutes de conversation, je n'ai eu le temps de répondre qu'à une seule de ses questions, à savoir ce que je fais dans la vie. Immédiatement, il a joué les grands spécialistes, à grands renforts de « ouiiii donc ce sont vos parents qui vous ont poussé vers cette voie, et la musique classique de nos jours n'est faite que pour l'éliiiiite et je pense que et blablabla »... moui. Un type qui n'y connaît rien, ne veut rien y connaître et va se prendre mon 38 fillette dans le pif s'il ne la boucle pas très v...

Bonsoir, vous permettez que je récupère mon siège ?

Saint Calixte, bénis sois-tu ! Reconnaissant sa voix, j'ai tourné la tête vers lui avec un regard empli de reconnaissance, lequel s'est immédiatement changé en inquiétude en voyant son visage à lui. Outre la mine de fort mauvaise humeur, il y a cette lèvre tuméfiée et cet œil noircit qui n'ont rien à faire là. Seulement, je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que déjà, l'intrus mystère se lève pour sermonner Calixte à grands renforts de « ce n'est pas bien de faire attendre une dame ! Et ce n'est pas parce que vous puez l'argent et portez je ne sais quel titre dépassé que vous pouvez tout vous permettre ! » Je rêve où il va en plus demander à Calixte de s'excuser ? Merci, mec, mais ça je peux le faire toute seule...

Tapotant le bord de ma tasse avec impatience, je les vois s'éloigner tous les deux pour aller jouer les coqs un peu plus loin. Comme si j'étais trop fragile pour entendre ce qu'ils ont à se dire, tiens... Entre l'un qui se pointe avec une heure de retard et l'autre qui se croit tout permis, je me demande franchement lequel est le pire. Et lorsque Calixte revient après avoir fait fuir l'autre idiot, le flot de reproches que je m'apprêtais à lui déballer se tarit d'un coup. Il est vraiment amoché, c'est encore plus flagrant à la lumière. Je déglutis, me demande un instant si Princesse Seymour n'est pas en réalité un catcheur reconverti... juste avant de me faire la réflexion que c'est une idée complètement saugrenue.

« Bonté Divine, Cal ! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

Voilà que je me mets à parler comme lui sans m'en apercevoir, ça craint... Je hèle un serveur, lui commande deux whisky pour faire passer le tout et tends mon sachet de thé froid à Calixte.

« Ne me regarde pas comme ça et mets ça sur ton œil. Le thé est un excellent décongestionnant naturel, ça fera dégonfler la blessure. »

C'est fou comme j'arrive à rester calme alors qu'intérieurement c'est panique à bord.

« Tu veux bien me laisser regarder ? Ou tu préfères te débrouiller tout seul ? »

Une fois le serveur revenu et les verres posés sur la table, je tends le sien à Calixte pour l'inviter à boire. Je fronce les sourcils, détaille son visage et note les pansements sur son arcade sourcilière, l'œil au beurre noir et la lèvre enflée. Ce n'est pas possible, on l'a passé à tabac, ou quoi ?

« Et... hum... merci. Ça fait une demi heure que cet imbécile me raconte sa vie, je m'apprêtais à partir. Un vrai emmerdeur ! »

J'esquisse un petit sourire et baisse les yeux vers mon verre. Ce n'est pas que je détourne pudiquement la tête de ses blessures, c'est simplement qu'il a le regard d'un tueur prêt à passer à l'acte et c'est proprement terrifiant. Ce Calixte là, il est tout de suite moins avenant que celui que j'ai l'habitude de côtoyer.
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par H. Calixte Seymour le Lun 20 Aoû - 23:19

 
   

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Si, au quotidien, il était très doué pour le faire oublier, Calixte avait pourtant bon nombre de défauts, à commencer par sa propension inconsciente à vouloir constamment se placer au centre du monde, et celle bien moins inconsciente à se faire constamment le centre de l’attention. Calixte, depuis bien longtemps si ce n’était toujours, avait dans sa manière d’être, de parler, de se mouvoir, un petit quelque chose de m’as-tu-vu qu’il savait exploiter et amplifier sans même y penser. Et à cela s’ajoutaient impulsivité et susceptibilité achever de le transformer en une personne particulièrement exaspérante, insupportable et irritante. Calixte, dont, possédait toute une tripotée de défauts. Pour la plupart, on les lui avait suffisamment reproché pour qu’il ne puisse les ignorer. Pour d’autres, ils faisaient à ce point partie de sa nature qu’il ne parvenait tout simplement pas à les appréhender, qu’il ne se rendait pas compte de leur présence et de la pression qu’ils pouvaient infliger à tous ceux qui l’entouraient. Sa tendance à se faire chevalier servant pour la veuve et l’orphelin, alors que ces deux derniers pouvaient parfaitement s’en sortir tout seul, par exemple. Ou encore l’excès qu’il déployait, encore et encore, dès lorsqu’un grain de sable venait s’introduire dans la machinerie bien rodée de ses journées. Calixte détestait les échecs, détestait les imprévus, détestait lorsqu’on se mettait en travers de son chemin et détestait plus encore être tourné, contre son gré, en ridicule. Comme maintenant. Comme lorsqu’il avait rendez-vous avec une amie, une très jolie amie et qu’on le contraignait d’honorer ce rendez-vous en retard et presque défiguré, s’il en croyait le regard mi-moqueur, mi-soucieux que Léopold avait pu poser sur lui pendant tout le trajet.

Calixte avait bon nombre de défauts, et le pire d’entre eux était sa passivité complète lorsqu’il s’agissait de les combattre. Egocentrique ? Certes, et bien son entourage devait composer avec. Impulsif, provoquant, exubérant, envahissant ? Et bien si ses amis s’en vexaient, ça n’était pas de sa faute. Violent et agressif ? Ce n’était pas forcément de sa faute, si la personne en face le cherchait. Et en l’occurrence, entre Leopold qui n’avait cessé de le chercher durant l’interminable trajet qui avait vu le jour décroître en même temps que la patience de Calixte, et cet imbécile qui se permettait de l’importuner, Calixte en voyait, un certain nombre de raisons pour s’autoriser à mettre de côté la réserve polie que Maman avait un jour voulu lui inculquer. Les ronds de jambe et l’hypocrisie avaient fait leur heure, là, il était bien trop tard pour s’y plier : sans demander son avis à l’homme qui gênait - nécessairement, Calixte ne concevait pas l’hypothèse contraire - Pandora, Calixte mit pour le moment de côté la réaction de la violoncelliste - une inquiétude aussi agaçante qu’adorable - pour se concentrer sur l’intrus. Qu’il prit à parti, sans plus de cérémonie. D’une accolade simulant l’amitié et aux doux relents d’ordre, Calixte le traîna à quelques mètres de là, avant de mettre les choses au clair avec lui, et de le faire déguerpir. Et de revenir auprès d’une Pandora qui semblait prête à lui sauter à la gorge, elle aussi, mais Bon Dieu, qu’avaient-ils donc tous ce soir ?. Le regard du Seymour se fit menaçant, la mettant au défi de l’enquiquiner à son tour, alors que sans rien de sa prestance habituelle, Calixte se laissa lourdement tomber sur le siège, tout en essayant de faire diversion.

En vain. « Bonté Divine, Cal ! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? » Un sourcil arqué sur ce qu’il assimila comme ni plus, ni moins, qu’un vol d’expressions désuètes, Calixte pinça les lèvres, préférant s’octroyer quelques secondes pour choisir une manière de présentant la chose, pendant que le serveur prenait leur commande : un whisky, voilà qui était parfait. Et… le sachet de thé froid se balança sous ses yeux. Hum… certes ? Que voulait-elle donc qu’il en fasse, qu’il le mange ? Merci bien, il était anglais jusqu’au bout des ongles, oui, mais il n’en était pas non plus au point de grignoter des feuilles de thé humides, infusées et à moitié consumées en encas. « Ne me regarde pas comme ça et mets ça sur ton œil. Le thé est un excellent décongestionnant naturel, ça fera dégonfler la blessure. » Calixte continua de considérer d’un regard sceptique le sachet, avant de s’en saisir du bout des doigts. Moui, si tu le dis. S’il caressait avec affection l’idée qu’elle s’inquiétait pour lui - c’était après tout une sensation toujours agréable à ressentir, le fait qu’elle mette en avant à quel point il avait mauvaise mine lui déplaisait au plus haut point. Et loin de s’abaisser - il était un Seymour, que diable, pas un paysan du fond de la campagne ! - aux remèdes de Grand-mère, Calixte déposa plutôt le sachet dans la soucoupe de Pandora, comme un digne retour au point de départ, alors que Pandora poursuivait. « Tu veux bien me laisser regarder ? Ou tu préfères te débrouiller tout seul ? »

Aussitôt, Calixte se crispa, se réfugia dans l’arrivée bienvenue du serveur et récupéra son verre, effleurant au passage les doigts de Pandora, sans demander son reste. Il ne lui fallut qu’un soupir de plus pour en goûter une première gorgée, et envisager la possibilité de se le verser sur le visage pour cautériser toutes les plaies une bonne fois pour toute. Ne t’en fais pas, quelqu’un m’a déjà donné les premiers soins. Enfin… normalement, je crois. Du bout des doigts, il s’en alla effleurer les pansements déployés autour de son arcade sourcilière et revint palper sa lèvre tuméfiée, comme pour mieux s’assurer que oui, ça faisait toujours aussi mal. Enfin bon… Enfin bon, il ne voulait plus en parler. Il ne supportait déjà que très peu l’idée qu’on puisse le voir dans cet état, sans compter qu’il devait vraiment déployer toute sa volonté pour ignorer la nuit tombée, alors si on pouvait changer de sujet de conversation…

Pandora détourna le regard. Et sembla lire dans ses pensées, puisque lorsqu’elle reprit, ce fut pour parler d’autre chose. « Et... hum... merci. Ça fait une demi heure que cet imbécile me raconte sa vie, je m'apprêtais à partir. Un vrai emmerdeur ! » Et Calixte se prit de plein fouet, sans signe avant-coureur, une culpabilité qu’il avait jusque-là laissé de côté, trop occupé à geindre et à chougner dans son coin en léchant ses plaies et en promettant mille tortures aux imbéciles pour s’en soucier. Mais le fait était que Pandora attendait. Depuis une heure. Et que tout égocentrique qu’il pouvait être, tout arrogant et égotiste qu’il savait l’être… Oh. Tant que ça. Désolé… Je m’excuse, sincèrement. Et pour être sincère, il l’était. Jusque dans son regard qui voulut fuir de l’autre côté de la terrasse, avant de se rendre compte que cet autre côté, moins éclairé, n’était pas une bonne solution de fuite. Calixte fut contraint de continuer à regarder Pandora dans les yeux. J’ai eu un contretemps commença-t-il à chercher à se justifier, avant de se rendre compte de la vanité de dérobade. Le contretemps était imprimé sur son visage, et dans la lassitude agacée et colérique de ses mouvements, de ses regards et de ses syllabes trop coupantes pour être agréables. Calixte se pinça les lèvres, fermement décidé à se reprendre et à se contenir.

Après tout, il n’allait pas laisser un dégénéré affadir le plaisir d’une soirée en compagnie de la violoncelliste. A dire vrai… et bien… il n’y a pas grand-chose à dire. Une discussion a rapidement dégénérée, j’ai été un dommage collatéral et le temps que l’on tente de limiter les dégâts l’heure avait filé entre mes doigts avant que je ne puisse te prévenir. Une pitié de voir que certaines personnes ne parviennent tout simplement pas à s’élever plus haut que le rang d’un vulgaire chien hargneux et se cantonnent à aboyer et à mordre quand l’intelligence d’une discussion raisonnée leur fait défaut, si tu veux mon avis. Et si elle ne le voulait pas, et bien tant pis, elle l’avait.

Calixte détendit ses jambes, s’avachit légèrement sur le siège, comme pour marquer physiquement qu’il souhaitait non seulement ne plus y penser, mais également tourner la page pour ne pas laisser ce genre de nuages ternir le reste de leur soirée. Et toi, bonne journée, en dehors de l’autre imbécile et du retard désastreux d’un pauvre idiot ? Du bout des doigts, il fit tourner son verre sur la table, aidé par la condensation. Tu viens toujours, hein, la semaine prochaine ? A dire vrai, onze jours, voire dix selon la manière de compter, les séparaient de la soirée de ses trente ans, mais Calixte avait conservé ce petit quelque chose d’enfantin qui consistait à croire qu’en comprimant le temps dans des raccourcis, il allait plus vite s’étioler entre nos doigts.

 
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par Pandora A. O'Sullivan le Dim 9 Sep - 19:22


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Calixte & Pandora






Il est gentil, Calixte... il est mignon, il présente bien, il a le sourire d'un enfant à qui on a envie de tirer les joues, il est classe, il a un côté princesse qui m'amuse... mais qu'est-ce qu'il peut être con, aussi ! J'ai l'impression que dès qu'il est vexé, il se change en une espèce de diva défoncée à la suffisance et aux paillettes. Le genre de type que j'ai envie de claquer mais devant lequel je vais me contenter de sourire gentiment en attendant que ça passe. Crois-moi, mon p'tit Cal, si tu ne reposes pas ton joli cul d'athlète sur ta chaise et si tu t'obstines à me regarder de haut, je vais te laisser tout seul dans le noir ! Si lui semble se vexer de mon geste, moi aussi, quand je le vois reposer le sachet de thé dans la soucoupe. Et bien qu'il reste avec ses yeux de raton laveur, tiens !

Lorsqu'il m'explique que quelqu'un s'est déjà occupé des premiers soins, je plisse les yeux. Le quelqu'un en question aurait été plus raisonnable de lui dire de rester au calme chez lui. J'espère au moins que le quelqu'un a vérifié qu'il n'avait pas une côte fêlée ou un trauma crânien ? Il fait le fier mais vu sa tête, il doit souffrir. Je me contente de hocher la tête et avale une gorgée de thé pour m'empêcher de répliquer quelque chose qui ne ferait que le vexer davantage. Faut-il que je l'apprécie pour faire autant d'efforts... D'ailleurs, il finit même par s'excuser de son retard et fait ainsi retomber un chouilla l'agacement qui m'anime depuis son arrivée. Certes il est en retard mais bon... il s'est « sincèrement » excusé, ça passe, non ? D'un geste de la main, je lui fais comprendre que ce n'est pas grave et qu'on peut bien passer à autre chose. Seulement cette fois, c'est lui qui renchérit sur cette histoire de passage à tabac pour laquelle il s'est montré très laconique deux minutes auparavant... c'est lui qui cherche la petite bête. Et cet accent arrogant dans la voix, ce venin d'aristo trop sûr de lui... OH ! Cal ! On se calme, tu n'es pas encore roi, n'en déplaise à Simba !

« Si je te suis bien... vous avez discuté et il t'a mis son poing dans la figure ? Je vois... tu ne l'aurais pas un peu provoqué, par hasard ? »

J'essaye de cacher l'agacement sous un ton amusé mais je n'aime pas franchement la condescendance dont Calixte fait preuve à cet instant. Qui que soit le type qui l'a frappé, c'est un con, c'est certain, mais Calixte ne vaut pas mieux s'il a répliqué ou provoqué la bagarre. Je veux dire... s'il reconnaissait sa connerie, la pilule passerait plus facilement. S'il n'avait pas tant de côtés que j'apprécie, s'il n'y avait pas ce petit quelque chose qui rend Calixte si différent des autres, je crois bien que j'aurais posé ma tasse, me serais levée et serais partie sans un mot de plus. Mais il a de la chance – je crois – ce grand couillon, je l'aime bien. Donc tant pis pour lui, je vais rester.

« Enfin... j'espère quand même que tu lui as appris à ne plus aboyer, à ce chien hargneux ! Et... hum... ça me rassurerait que tu ailles à l'hôpital, vraiment. Ne serait-ce que pour être sûr que tu n'as rien... »

Je ne sais pas trop si mon inquiétude a quelque chose d'agaçant ou de touchant, mais elle a le mérite d'être là. Je repose alors ma tasse, appuie mon menton dans le creux de ma main et contemple avec douleur les ravages que l'autre idiot a fait sur le visage de Calixte. Pauvre chaton... oui. Pauvre chaton. Je n'ai jamais été très friande des gens qui se battent mais pour le coup, je n'ai aucune idée du contexte : après tout, peut-être Calixte cherchait-il simplement à aider quelqu'un, auquel cas son intervention est bénéfique mais vu qu'il n'a pas l'air d'avoir envie d'en parler... Je pousse un léger soupir et me passe une main dans les cheveux.

« Oh rien de bien fou, pour tout dire. J'ai passé une partie de la journée sur un mouvement de concerto qui me donne du fil à retordre et le temps a filé à toute vitesse ! »

C'est fou de voir avec quelle aisance j'arrive à lui mentir. Sans y réfléchir, sans que ma voix tremble. D'un autre côté, ce n'est pas plus mal. Si je commence à lui dire que j'ai passé une partie de la matinée sur la confection d'une copie d'un hautbois baroque, c'est peut-être lui qui me fuirait et non l'inverse.

« Je viens toujours la semaine prochaine, oui ! Je ne veux pas rater la fête, je suis sûre que ça sera grandiose ! D'ailleurs, j'ai trouvé une perle rare pour ton cadeau, j'espère juste que tu ne l'auras pas déjà... enfin tu verras ça. J'avoue que je n'ai jamais mis les pieds au Cosmic Ballroom, c'est comment ? »

Curieusement, si j'aime sortir, je préfère les bars, festivals, fêtes et autres mais je ne mets pas souvent les pieds en boîte de nuit. C'est trop confiné, trop étouffant, surtout pour quelqu'un qui n'a qu'une moitié de poumon fonctionnel.

« Ça va, la trentaine ne t'effraie pas ? J'ai cru comprendre que tu organisais quelque chose d'assez impressionnant, en tout cas. »

Le genre d'événement que seul un type de la haute avec beaucoup d'argent pouvait organiser et faisait à la fois le bonheur des invités et celui des employés de la boîte. La seule chose que j'espère, c'est que Calixte ne se battra pas avec quelqu'un pendant la soirée...
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par H. Calixte Seymour le Dim 16 Sep - 22:33

 
   

Wodka trinkt man pur und kalt

   pandora & calixte
 
 
 
Calixte était arrogant. Parfois, il en avait conscience. Mais le plus souvent… et bien, le plus souvent, il n’y prêtait pas la moindre attention. Il n’accordait pas une seconde son temps pour analyser et critiquer avec lucidité son propre comportement. A quoi bon, de toute manière, puisqu’il n’était pas du genre prompt à modifier son attitude tant qu’on ne l’exigeait pas de sa part ? Calixte avait beaucoup avoir changé, au fil des ans, pour se conforter davantage à ce qu’on attendait de lui, ce qu’on attendait de la part d’un Seymour, héritier ou non, il n’était pas des plus humbles. Il n’aimait ni se remettre en question, ni considérer avec objectivité ses écarts, et les rectifier avec contrition. Contrition, voilà encore un mot dont il semblait ignorer jusqu’à l’existence, de la même manière qu’il avait le plus grand mal à considérer comme crédible l’existence d’un terme tel qu’humilité. Calixte était arrogant, prétentieux, le contact constant de Cyrus avait amplifié cette propension. Et sans le savoir, il en payait aujourd’hui directement le prix. Parce qu’il fallait se l’avouer, s’il s’offusquait du regard menaçant de Pandora, s’il regardait de haut l’imbécile qui avait osé prendre sa place et si, un peu plus tôt dans la soirée, il s’était retrouvé principal protagoniste d’une rixe de bar, ce n’était que les reflets déformés, et grossissant, de son assurance excessive et de son comportement narcissique. Quoiqu’il en soit, indifférent aux réactions de Pandora, il n’était de toute manière pas d’humeur à être réceptif à quoique ce soit qui ne le concerne pas, il poursuivit sur sa lancée, offrant à la violoncelliste tout un camaïeu de défauts dont elle ne devait pas avoir encore conscience pour le moment. Et qu’elle aurait peut-être préféré ignorer encore un temps. Parce que se prend un tel florilège de conneries à la figure alors qu’elle n’avait certainement demandé qu’à passer une soirée agréable, ce ne devait pas être des plus agréables, justement.

Refusant poliment – à la limite de l’hautain – le sachet de thé qu’elle lui tendit, ainsi que toute la sollicitude qu’elle pouvait avoir pour lui, Calixte se défila en quelques syllabes lâchées du bout de son mécontentement, avant de commencer par couper court à la discussion : merci bien, mais il n’était pas venu malgré tous ses déboires pour se faire rappeler constamment qu’il s’était fait humilier, d’une certainement manière, par un dégénéré. Pandora plissa les yeux. Et il commença tout juste à se rendre compte d’une chose : qu’à conserver cette attitude, elle allait finir par le planter-là, que ce serait justifié mais également que son ego déjà malmené ne le supporterait pas. Un soupir, quand elle reprit, il entendit vraiment, cette fois, le reproche qu’elle aurait pu lui adresser. Et qu’elle ne lui avait pas fait. Pandora attendait depuis une heure. Se faisait importuner par un idiot depuis une demi-heure. Et lui se comportait comme un goujat, ou du moins quelque chose qui s’en approchait d’un peu trop près pour que même un Calixte nerveux n’en éprouve pas la moindre once de culpabilité. Lorsqu’il s’excusa, ce fut avec sincérité. Vraiment. Une vraie sincérité qui tranchait avec son ton méprisant, péteux et distant qu’il avait pu arborer jusqu’à présent, comme une inflexion inconsciente de son comportement pour se rendre un peu plus appréciable. Ce qui n’était pas du luxe.

Pandora le rassura d’un geste de la main, Calixte se fendit d’un petit sourire contrit, avant de soupirer, une nouvelle fois, et d’aller un peu plus loin dans les excuses en prenant sur lui pour expliquer davantage qu’en quelques mots les raisons de son retard. C’était la moindre des choses après tout. « Si je te suis bien... vous avez discuté et il t'a mis son poing dans la figure ? Je vois... tu ne l'aurais pas un peu provoqué, par hasard ? » Et son sourire contrit plia bagages pour laisser place à un visage véritablement offusqué. Parce que ce serait mon genre, peut-être ? Sa voix s’enveloppa de vexation et d’une susceptibilité mal contrôlée, qu’il voulut camoufler derrière un amusement mal feint. « Enfin... j'espère quand même que tu lui as appris à ne plus aboyer, à ce chien hargneux ! Et... hum... ça me rassurerait que tu ailles à l'hôpital, vraiment. Ne serait-ce que pour être sûr que tu n'as rien... » Et ce fut à lui d’agiter la main, de l’hôpital il comptait bien se passer pour le moment, les médecins des Veilleurs suffiront dans un premier temps à compléter les premiers soins apportés par la barman Estevez. Non, l’hôpital n’était pas indispensable. Mais expliciter ses propos plutôt… Vraiment, je ne l’ai pas provoqué. Il s’excitait comme un imbécile sur l’actualité, sans tenir compte de son environnement, et j’admets ne pas avoir considéré comme acceptable de laisser passer une insulte dirigée directement à mon encontre, par le biais de l’entreprise que je représente. Un soupir las. J’imagine que j’aurais dû m’en abstenir, mais quand on me provoque un peu trop, je réagis. Et on le traitait trop souvent de lâche et de trouillard quand on le voyait trembler devant des ombres pour que lorsqu’il avait le courage d’intervenir, il ne se retienne. Encore un soupir, au fur et à mesure que sa respiration et sa tension retrouvaient leur rythme et leur constante habituelle, Calixte détendit les jambes, et laissa lentement refluer l’homme colérique pour laisser revenir l’homme bien plus agréable qu’il était d’ordinaire face à Pandora.

Il s’agissait de tourner la page de cette mésaventure et de se concentrer sur l’instant présent. Et sur celle qui lui faisait face. Et elle, donc, qu’avait-elle à lui raconter ? « Oh rien de bien fou, pour tout dire. J'ai passé une partie de la journée sur un mouvement de concerto qui me donne du fil à retordre et le temps a filé à toute vitesse ! » Un sourire de connivence, presque enfantin, contrasta avec ses pupilles colériques. Pour sûr, il comprenait, il se souvenait du moins, de ce type de journée, au temps qui disparaissait entre les cordes et les segments répétés, inlassablement. Il ne pouvait que comprendre ; il la jalousait, même, de ne plus vivre ce genre de journées. « Je viens toujours la semaine prochaine, oui ! Je ne veux pas rater la fête, je suis sûre que ça sera grandiose ! D'ailleurs, j'ai trouvé une perle rare pour ton cadeau, j'espère juste que tu ne l'auras pas déjà... enfin tu verras ça. J'avoue que je n'ai jamais mis les pieds au Cosmic Ballroom, c'est comment ? » Il prit son inspiration pour répondre, décrire en long, en large et en travers, les vertus du Cosmic Ballroom, mais elle reprit, sans le ménager : « Ça va, la trentaine ne t'effraie pas ? J'ai cru comprendre que tu organisais quelque chose d'assez impressionnant, en tout cas. » Et lui offrant, également, un terrain de conversation qu’il adorait.

De toute manière, dès lorsqu’il s’agissait de se mettre en avant, Calixte était heureux. Croisant les bras pour les appuyer sur la table et s’avancer légèrement, un air amusé au visage, il entreprit de répondre à tout ça. En commençant par la dernière remarque, bien évidemment, il fallait savoir être méthodique. Ce sera un grand événement oui, je veux… marquer le coup. Ce n’est pas tous les ans qu’on passe le cap de la trentaine, après tout et… de toi à moi… il est plus facile à digérer lorsqu’il est passé en bonne compagnie. Ça doit de paraître un peu superficiel mais… j’aime l’idée de rassembler des dizaines de personnes pour qu’elles passent une bonne soirée, surtout dans le climat actuel. Une soirée légère, bon enfant… tu vois l’idée ? Il l’espérait, du moins. Il voulait être rassembleur, il voulait qu’on l’aime, qu’on tourne les regards dans sa direction, il voulait éclipser Edward, éclipser le Poison Prince, éclipser jusqu’au dernier des mutants. Et marquer quelques esprits, aussi. Calixte se mordit la lèvre, remontant encore le fil des remarques de Pandora. Le Cosmic Ballroom est… un excellent établissement. Je ne fréquente pas vraiment les boites de nuit… et même s’il n’avait pas encore eu le loisir de verbaliser devant elle son achluophobie, elle devait avoir une petite idée de ses raisons, mais c’est grand, très bien agencé, et les installations sont vraiment de bonne qualité. Sans compter que côté sécurité, le personnel me semble tout à fait professionnel et fiable. Ce sera une bonne soirée. conclut-il d’un air aussi convaincu que satisfait. Pour mieux rebondir. Encore. Et donc, ce mouvement de concerto, tu as fini par le mater ? C’est lequel ?

 
 by marelle  
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par Pandora A. O'Sullivan le Dim 7 Oct - 15:34


Wodka trinkt man pur und kalt
Calixte & Pandora






Parce que ce serait mon genre, peut-être ?

Instinctivement, je plisse les yeux. Vraiment, cet aspect-là de la personnalité de Calixte ne me plaît vraiment pas. Il a un côté tête à claques quand il fait sa princesse effarouchée, ça me donne envie de lui en coller une, justement.

« Je n'ai pas dit que ça serait ton genre... »

Mais comme tu me le répètes assez souvent pour te rassurer – enfin nous rassurer – on ne se connaît pas si bien que ça, n'est-ce pas ? Le pire, dans tout ça, c'est que ce qui me gêne le plus... c'est qu'on se ressemble. Moi aussi j'ai tendance à ouvrir trop grand ma gueule quand un truc me déplaît, moi aussi je suis du genre à provoquer plus qu'à me taire alors qu'on déblatère des âneries à côté de moi... et je sais que ça fait partie des pires aspects de ma personnalité alors... constater ce défaut chez Calixte ne me donne pas vraiment envie de le féliciter, au contraire. La différence, c'est que Calixte s'énerve contre un type qui a apparemment critiqué la société pour laquelle il parle. Soit c'est un employé modèle et zélé qui défend bec et ongle son patron, soit il y a un truc qui m'échappe. C'est vrai, quoi... quand un con critique la fiabilité douteuse des services postaux, tous les facteurs du comté ne lui tombent pas dessus.

« Peut-être un type enragé qui a mal digéré un médoc sorti de vos labos ? Ou un anti-vaccin, ces types-là sont des merveilles d’imbécillité ! Enfin... l'essentiel, c'est que tu sois en un seul morceau. »

Mais ça pourrait valoir le coup de creuser la question, tiens... si je me souviens bien de nos précédentes conversations, Calixte travaille chez Asclepios. Pas le genre d'endroit où j'ai l'habitude de mettre les pieds, à vrai dire. Des types en colère, y en a tous les jours et je me retiens difficilement de dire à Calixte qu'à s'énerver ainsi, il est juste ridicule. Ça ne ferait qu'aggraver la situation et ça serait totalement injuste de ma part. Mieux vaut changer de sujet, en aborder un plus léger... comme sa soirée d'anniversaire, par exemple ? M'est avis que le lendemain de la fête, les journaux titreront « la soirée du siècle, c'était au Cosmic Ballroom ! »... quelle naïve... si à cet instant je pouvais savoir qu'en effet, on ne parlera que de la soirée le lendemain mais pour compter les victimes, je serais bien moins enthousiaste. Je crois bien que si j'étais un genre de voyante douée de vision, je n'aurais plus un cheveu sur la tête à force de me faire du souci. Mais ça c'est loin parce que pour l'instant, je vois à nouveau briller cette lueur d'excitation un brin infantile que j'aime tant dans les yeux de Calixte. Ça c'est le Seymour qui me plaît ! Le passionné, l'enjoué, celui qui a prévu d'inviter la moitié de la ville à sa fête parce qu'il le peut et qu'il en a envie. J'en connais qui trouveraient ça arrogant, m'as-tu vu, une façon irresponsable de dépenser une somme colossale... moi je trouve ça chouette. Parce que quand j'entends Calixte parler de sa soirée, j'entends surtout un type qui est heureux de pouvoir partager ce moment avec des amis proches, moins proches voire de quasi-inconnus. Il a juste envie que tout le monde s'amuse et ça, c'est généreux. Ça ne l'empêchera sûrement pas de faire la star mais hè... qui ne le ferait pas ?

« Je vois bien l'idée, oui ! Ça fait très longtemps que je n'ai pas assisté à un événement de ce genre mais l'ambiance est généralement électrique, on a le temps de rien et de tout à la fois, c'est vraiment. Et puis tu as raison, dans le climat actuel, on a besoin de ça. Besoin de se détendre, de profiter un peu d'être tous ensemble le temps d'une soirée. »

Et c'est un sourire qui remplace mon air un peu crispé de ces dernières minutes. Je n'ai pas envie qu'on s'aventure à nouveau sur le terrain glissant de l'orgueil de Calixte, c'est... en fait, je n'ai tout simplement pas envie de me prendre la tête avec lui maintenant. Chassant le début de notre rendez-vous d'un revers de la main, je hoche la tête.

« Oui, il paraît ! On m'en a dit beaucoup de bien, en tout cas, il paraît que c'est le haut du panier dans ce domaine, ils ont même une terrasse qui surplombe une partie de la ville pour profiter de la soirée au frais. »

Mais déjà, Calixte semble avoir envie de parler d'autre chose, peut-être pour garder un peu de suspense quant au déroulement de sa soirée ? Sans insister, je me passe une main sur le visage en soupirant.

« Oh c'est... un concerto de Dvorak... ce n'est pas tant la difficulté technique, avec ce type de musique j'ai l'habitude, mais je n'arrive pas à trouver la sonorité idéale. J'ai tellement joué et rejoué le troisième mouvement que j'en ai encore les doigts qui tremblent. Ça va venir mais ça m'a pris l'après-midi... et je t'épargne les détails mais avec les soucis de chauffage que j'ai chez moi, ça m'engourdit en plus les doigts. »

Et le mensonge passe, du moins je l'espère. Inutile de lui dire que si nous nous caillons gentiment les fesses à l'appart, avec avec Marcus, c'est parce que toutes nos économies du mois sont passées dans les frais trimestriels alloués au traitement de Charlie. Je déteste cette sensation, celle d'être dans une situation qui devrait me pousser à pouvoir demander de l'aide à mon entourage mais que la fierté enterre comme elle peut pour mieux me laisser galérer.

« Je dois jouer avec un orchestre d'Edimbourg le mois prochain et je voulais dégrossir la partition mais je sens que ça va être plus compliqué que prévu. »

Je devrais pourtant me souvenir de mes professeurs... combien de fois m'ont-ils dit que j'avais tendance à m'attacher à des détails que j'étais la seule à entendre parce qu'ils étaient le fruit de mon imagination ? Et j'aurais pu continuer à parler de ça pendant longtemps mais c'est le moment que choisit un serveur pour monter le son d'un grand écran plat placardé sur un mur du bar et autour duquel la majorité des clients viennent s’agglutiner.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Curiosité trop poussée ou inquiétude, je ne sais pas trop ce qui m'y pousse mais je me lève à mon tour en faisant signe à Calixte. À la télé, un présentation a l'air grave commente les images qui défilent derrière lui. On y voit un bâtiment effondré, des gens qui courent dans tous les sens et chiffres. Des chiffres dont il n'a pas besoin de préciser l'origine pour que je sache qu'il s'agit du nombre de victimes de l'accident qu'il décrit. Enfin... accident...

« … et on ignore encore s'il s'agit d'un groupuscule de terroristes mutants ou au contraire de ces justiciers masqués qui se font appelés chasseurs de mutants. La reine s'exprimera dans la soirée pour inviter le peuple britannique à rester... »

« C'est horrible... comment est-ce qu'on peut être assez haineux pour faire ça ? Et qu'est-ce qu'ils voulaient ? »

Je me rends compte que j'ai laissé mon téléphone et mon sac à l'extérieur et me tourne vers Calixte.

« Tu crois qu'on peut trouver des infos sur le net ? Apparemment, c'est arrivé du côté de Southampton... »

En tant que mutante, j'ai envie de croire que les gens comme moi ne peuvent pas utiliser leur mutation pour ça, que c'est trop horrible... et puis je me souviens que si j'étais différente, je pourrais tout à fait faire partie de ces gens-là. Ça me fait froid dans le dos... et si ça se produisait à Killingworth, hein ?
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

 par H. Calixte Seymour le Dim 28 Oct - 17:57

 
   

Wodka trinkt man pur und kalt

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« Je n'ai pas dit que ça serait ton genre... » Calixte eut l’impression d’entendre, dans la voix de Pandora, les échos d’une mise en garde. De sale humeur, il l’était, oui. Mais au point d’infliger un excès de tension à une conversation qui avait pourtant tout, le matin même, pour se dérouler sous les meilleurs hospices ? Bien que grandement indifférent à ses défauts et à tout ce qu’on pouvait penser de son arrogance, Calixte se surprit à prendre un soupçon de recul face à son attitude, et face à la réception qu’en faisait Pandora, dans des sourcils froncés, des lèvres pincées et un léger agacement. Comme si se battre comme un chiffonnier avec le premier pécore venu lui ressemblait, comme si c’était dans ses habitudes de s’abaisser à se donner en spectacle de cette manière sans aucune raison valable. Calixte était vexé. Et il aurait pu être même blessé s’il n’avait pas vu dans ce méjugé une marque qu’il maintenait Pandora à distance avec un certain succès, ce qui était pour le mieux pour sa santé mentale. Parce que, bonté divine, que c’était difficile de préserver une distance dépourvue de sentiment avec la rousse qui se tenait face à lui, qui encaissait avec fermeté la mauvaise humeur du Seymour, sa susceptibilité et son arrogance, tout en réussissant à s’inquiéter pour lui. C’était agréable, mais… Calixte agita la main, pas d’hôpital pour si peu, et prit son inspiration. Pour tenter de se montrer sous un meilleur jour, à l’ombre d’explications et de justifications. Non, il n’avait pas provoqué l’imbécile, et oui, s’il avait fini par réagir, ça n’avait en rien été sans raison. Vraiment. Après tout, les directives des Veilleurs étaient de ne pas prendre de position officielle sur la question de mutants, mais rien n’avait un jour interdit de défendre l’honneur et la réputation de cette société qui se plaçait en écran entre eux et les avancées sur le sujet, non ?

« Peut-être un type enragé qui a mal digéré un médoc sorti de vos labos ? Ou un anti-vaccin, ces types-là sont des merveilles d’imbécillité ! Enfin... l'essentiel, c'est que tu sois en un seul morceau. » Il se fendit d’une moue peu convaincue, mais choisit de ne pas surrenchérir. Si, quelque part, ça ne lui aurait en rien déplu d’étaler sa position privilégiée au sein d’Asclepios - il n’était qu’un simple employé, que diable !, il n’avait pas sacrifié son avenir au LSO pour simplement préparer des cafés - Calixte savait reconnaître un sujet à risque lorsqu’il s’en présentait un. Un simple « Je pense qu’on peut décemment se dire que c’est l’essentiel, en effet. », agrémenté d’un petit sourire ayant pour but de clôturer une partie de la discussion qui… ne pouvait pas bien se terminer. Peu importait les réponses et les questions posée, s’il y avait une certitude, c’était bien celle-là  : parler des mutants et des directives d’Asclepios avec une personne dont il ne connaissait ni les opinions, ni le passif, ça ne pouvait que mal se terminer.

Le sujet du Cosmic Ballroom et de la soirée qui se profilait devant eux, sous les meilleurs augures, voilà un sujet qui était bien moins sujet à polémique et Calixte le saisit sans aucune arrière-pensée, appréciant se perdre dans son enthousiasme enfantin, redevenir le jeune trentenaire qui n’avait qu’une hâte : être au centre de l’attention, et parler de lui. Et de ses projets. Et de lui, encore une fois. En bien, si possible. Dans un large sourire, concentré sur ce que lui disait Pandora, concentré également sur la signification qu’il voulait donner à cette soirée, il se détendit, oublia son visage ankylosé et le bleu qui menaçait de s’y répandre.

Il voulait donner une soirée de détente et de légèreté à la jeunesse du comté, une jeunesse directement impactée par toute cette affaire du Poison Prince. Pandora comprenait-elle cette envie, cette envie violente qu’il avait de faire quelque chose, à son échelle et avec cette puissance pécuniaire dont il était le détenteur par un heureux héritage ? « Je vois bien l'idée, oui ! Ça fait très longtemps que je n'ai pas assisté à un événement de ce genre mais l'ambiance est généralement électrique, on a le temps de rien et de tout à la fois, c'est vraiment. Et puis tu as raison, dans le climat actuel, on a besoin de ça. Besoin de se détendre, de profiter un peu d'être tous ensemble le temps d'une soirée. » Il acquiesça, et davantage encore, son sourire s’accentua. Oui, profiter d’être tous ensemble le temps d’une soirée. Et avoir les regards tournés dans sa direction, encore une fois, et non dans celle d’Edward, ou de Papa, ou de ce mutant dégénéré. Il prévoyait les choses en grand, vraiment. Mais il les prévoyait bien, également. Privatisation d’une boite de nuit. Sécurité, fiabilité, qualité… Avec Anakin au bar, tout ne pourrait que bien se passer. Il n’y avait guère que le DJ qui lui donnait encore du fil à retordre, ne l’ayant que peu convaincu la paire de fois qu’ils avaient pu se croiser mais… tout ne pourrait que parfaitement bien se passer. « Oui, il paraît ! On m'en a dit beaucoup de bien, en tout cas, il paraît que c'est le haut du panier dans ce domaine, ils ont même une terrasse qui surplombe une partie de la ville pour profiter de la soirée au frais. » A l’évocation de la terrasse – Pandora s’était renseignée ? – Calixte hocha à nouveau la tête, enthousiaste. « Oui, elle est superbe ! Et il y a une mezzanine aussi, avec possibilité pour moi d’avoir au moins une pièce ou deux privatisées si besoin. Et… » Et il se sentait capable, comme d’ordinaire, de border des heures durant sur le sujet. Sauf qu’il n’était pas seul, dans cette discussion. Et même s’il ressentait ce constant besoin d’étaler et d’insister sur tout ce dont il était satisfait, Calixte préféra continuer de se faire pardonner pour son retard. Et offrir un peu de son intérêt à son interlocutrice.

Elle avait parlé d’un mouvement compliqué, un peu plus tôt ? Le mélomane ne pouvait que sentir sa curiosité être titillée. « Oh c'est... un concerto de Dvorak... ce n'est pas tant la difficulté technique, avec ce type de musique j'ai l'habitude, mais je n'arrive pas à trouver la sonorité idéale. J'ai tellement joué et rejoué le troisième mouvement que j'en ai encore les doigts qui tremblent. Ça va venir mais ça m'a pris l'après-midi... et je t'épargne les détails mais avec les soucis de chauffage que j'ai chez moi, ça m'engourdit en plus les doigts. » Son regard se fit envieux, nostalgique, presque jaloux de la perspective d’avoir passé un après-midi complet à jouer, encore et encore, pour atteindre la perfection. Une jalousie qui le laissa muet. « Je dois jouer avec un orchestre d'Edimbourg le mois prochain et je voulais dégrossir la partition mais je sens que ça va être plus compliqué que prévu. » L’orchestre d’Edimbourg ? « Je ne pense pas avoir déjà invité cet orchestre. Ni même avoir joué avec, mais si mes souvenirs sont bons, ils ont changé de direction l’année dernière, non ? Un chef venant d’Amérique du Sud ? Une percussionniste, je crois, qui… » Le volume de l’écran plat et de l’émission qu’il portait le coupa dans son élan, Calixte se tourna, sourcils froncés et mécontentement au visage, en direction du serveur. Et des images transmises en direct, cachées par quelques clients qui s’étaient levés. « Qu'est-ce qui se passe ? » La question de Pandora fit écho à ses pensées, il se leva en même temps qu’elle dans un « Je ne sais pas trop, allons voir » méfiant et quelque peu inquiet.

Des images qui défilaient, des nombres et des chiffres, des constats et des journalistes, des secours – surtout – beaucoup de secours. Et de la fumée, encore, comme… « … et on ignore encore s'il s'agit d'un groupuscule de terroristes mutants ou au contraire de ces justiciers masqués qui se font appelés chasseurs de mutants. La reine s'exprimera dans la soirée pour inviter le peuple britannique à rester... » Calixte chancela, se crispa et s’appuya sur la table pour mieux contenir un mouvement d’humeur. L’un dans l’autre, mutants ou traqueurs, Calixte méprisait les deux tout autant. Avec une crainte naturelle envers les premiers, mais un dédain accru pour les seconds qui s’arrogeaient un droit qui ne leur avait pas été donné. Contrairement aux Veilleurs. « C'est horrible... comment est-ce qu'on peut être assez haineux pour faire ça ? Et qu'est-ce qu'ils voulaient ? » Il répondit d’une négation, « Comme toujours dans ce genre de situation, j’imagine. Transmettre un message. » Sa voix était atone, contenue dans cette maîtrise de lui que Papa avait pu lui transmettre. Lui apprendre. Tout comme Edward. Calixte se retint de consulter de suite son téléphone : les risques pour qu’Asclepios ne le contacte étaient trop élevés pour qu’il soit serein. « Tu crois qu'on peut trouver des infos sur le net ? Apparemment, c'est arrivé du côté de Southampton... » Ses yeux dérivèrent sur la carte qui s’affichait, justement, pour mieux localiser la ville touchée. De l’autre côté du pays. Mais pas si loin : Calixte avait des cousins de ce côté-ci. Des cousins impliqués, des cousines engagées. « Je pense que toutes sortes d’information doivent fuser, à l’heure qu’il est… mais bon courage pour distinguer les infos des intox… » Sa voix n’était qu’un murmure tendu. « Je ne comprendrais jamais la logique de ces personnes. Tuer quelqu’un est un acte… abject. C’est lamentable, les choses n’avanceront jamais comme ça, si tout le monde commence à vouloir faire justice soi-même, quoique la justice puisse signifier à leurs yeux. » Et il n’arrivait décidément pas à détacher son regard du poste de télévision. Son téléphone vibra, contre sa cuisse. Une fois. Deux fois.

A la troisième, Calixte céda à la tentation, s’écarta de l’écran pour avoir un peu plus de champ, consulta les messages qui continuaient d’arriver. On prévoyait une réunion du côté de Portsmouth pour parler des mesures à prendre, on… Relevant les yeux, Calixte croisa ceux de Pandora. Se sentit obligé de se justifier, dans un sourire crispé. Pas besoin de se forcer pour trouver de quoi la laisser satisfaite, pour une fois, la vérité était de son côté. « Désolé, j’ai de la famille dans cette région, je demandais des nouvelles… Tu veux que je regarde ce qui se dit sur Twitter ou sur les sites des différents journaux ? » Il commença à ouvrir les différentes applications – pour couvrir les remarques anti-mutantes de ses cousins. Et s’interrompit, en fronçant les sourcils. « Remarque… tu n’as peut-être pas envie qu’on discute de ça… je ne suis pas vraiment sûr qu’ils méritent de saborder plus qu’elle ne l’est déjà notre soirée. On… » Calixte considéra les différents éclairages du centre-ville, en apprécia l’intensité. « On peut aller marcher ? »

 
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Re: Wodka trinkt man pur und kalt (pandixte)

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