(Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

Message par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 26 Juil - 21:52


To my everlasting shame silence took me
Pandora & Calixte






Je me souviens encore de la voix du secouriste qui m'a aidée à sortir de la salle, de la panique ambiante, des aboiements des policiers et des sirènes hurlant à nous en réduire les tympans en charpie. Je me souviens que mon cœur s'est emballé quand mon regard s'est posé sur le corps inerte de Calixte, quand j'ai compris que ça n'était pas un petit malaise et quand je me suis demandée s'il n'était pas mort. Je me souviens avoir voulu hurler son nom alors que mes dernières forces m'abandonnaient, je me souviens du secouriste qui a dû me porter alors que, anémiée, je me mettais à délirer... et puis ça a été le trou noir. J'ai perdu connaissance et ne me suis réveillée qu'à l'hôpital, entourée de machines à bip et à grincements, le tout avec un effroyable mal de crâne. À ma gauche, une perfusion de sang me raccrochait à la vie et à ma droite, il y avait une vieille peluche, un paquet de fraises Tagada et une sculpture un peu ratée représentant un violoncelle en pâte à modeler verte fluo. J'ai voulu sourire, l'ai regretté et me suis contentée de remercier en pensée Marcus. Je me souviens avoir eu mal partout, comme si on m'avait rouée de coups, je me souviens que la nausée est revenue aussi vite qu'elle était partie et je me souviens de l'infirmière qui est passée me voir à mon réveil. Elle était douce, très patiente, elle m'a dit que j'avais eu beaucoup de chance et que « nous » étions hors de danger. Nous ? Trop faible, je n'ai pas pu lui demander de qui elle parlait. Veut-elle dire que nous allons tous bien ? Que toutes les victimes de cette mascarade s'en sont sorti ? Et puis j'ai sombré à nouveau, trop épuisée pour lutter plus longtemps contre le sommeil.

Au second réveil, j'ai trouvé suffisamment de forces pour me redresser et avaler une partie du déjeuner qu'une autre infirmière est venue m'apporter. Rien à faire, j'ai tout rendu dans la minute et ce n'est que lorsque le médecin est venu me voir que j'ai compris. Je me souviens encore de son regard, de son sourire... de cette femme à la voix grave et posée qui m'a annoncée à son tour que « nous » allions bien. Et cette fois, j'ai trouvé la force de lui demander à qui elle faisait référence avec ce « nous ». Je me souviens de son sourire qui s'est fané, de son regard étonné et des résultats d'analyse qu'elle m'a tendus. « Vous êtes enceinte », m'a-t-elle dit et la suite, je ne l'ai pas entendue. La panique est montée et elle a dû le sentir car en l'espace d'une trentaine de secondes, mon cœur battait si vite qu'il faisait hurler la machine à laquelle j'étais reliée.

Enceinte... La plupart des femmes, je l'espère, sont heureuses d'apprendre ce genre de nouvelle. Pas moi. Parce que ça veut dire que je suis dans une merde noire et que je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir me tirer de là. Qui plus est, la question du père ne se pose même pas, elle est évidente... depuis deux mois, il n'y a que Calixte et au vu des résultats, je n'en suis qu'à trois petites semaines. Je ne sais plus trop à quel moment le médecin est reparti, je sais juste que j'ai continué à regarder mes résultats d'analyses sans comprendre un traître mots de ce qui y est écrit. Je sais qu'on est en Angleterre et non en Irlande, je sais que si j'en formule le souhait, cet enfant, je ne suis pas obligée de le garder. Je sais tout ça et pourtant, je n'arrive pas à me décider. Ça serait pourtant simple... un comprimé, un mauvais moment à passer et on n'en parle plus... mais comment pourrais-je regarder Calixte en face en lui mentant à ce point ? Comment pourrais-je me regarder en face ? C'est en relevant les yeux que je me suis rendue compte d'une chose : je suis incapable de prendre une décision toute seule. Et merde... je n'arrive même pas à me souvenir quand c'est arrivé. Sûrement une de ces trop nombreuses soirées où nous avons dérapé, consommé trop d'alcool ou que sais-je encore... merde, merde, merde et remerde ! Jusqu'ici, c'était parfait ! Notre accord à base de « rien que de l'amitié et du sexe », c'était l'idéal, pas d'engagement, rien... un enfant, ça change tout.

Alors j'ai soupiré, ai reposé la tête sur l'oreiller et ai décidé que pour le moment, mieux valait ne pas trop y penser. Lorsque j'ai pu sortir, on m'a appris que c'était grâce à une famille de mutants du coin que je m'étais rétablie aussi vite. Comme quoi, il y a encore de bonnes personnes en ce monde. Cavendish, qu'ils s'appellent... Jamais entendu parler mais de chics types, clairement. En partant, j'ai demandé à l'infirmière si je pouvait aller voir Calixte et dans quelle chambre il se trouvait mais elle m'a tout de suite dit que la famille avait refusé les visites extérieures. J'ai accusé le coup, me suis retenue de lui dire que parti comme c'était, la famille allait bientôt s'agrandir et me suis contentée de quitter l'hôpital en vitesse.

Et me voilà, nous sommes le 23 mars et je suis à nouveau coincée dans cet hôpital pour un contrôle général de mon état de santé. Dans mon sac, il y a une petite peluche à la fourrure toute douce et à laquelle je n'ai pu résister. Pourtant, maintenant que je l'ai, je me demande pourquoi je n'ai pas simplement pris une boîte de chocolats... Calixte aime-t-il les peluches ou va-t-il me dire que je le prends pour un môme ? Ça commence à devenir agaçant, cette envie de pleurer pour tout et n'importe quoi... De toute manière, va-t-on me laisser entrer ? Très bonne question. Attendant nerveusement dans la salle d'attente, j'attrape le premier journal venu, à savoir un vieux numéro du Killingworth News. Les gros titres font référence à l'incident survenu au Cosmic Ballroom et j'en frissonne de dégoût. Bon sang, quand ces journalistes vont-ils cesser de vomir leur curiosité mal placée sur les victimes ? 5 morts, d'après le bilan du légistes... ça fait froid dans le dos.

Je délaisse alors ces articles qui réveillent un peu trop les mauvais souvenirs et jette mon dévolu sur des news plus « légères ». Tiens donc... le frangin de Calixte est fiancé ? Pauvre Rosamund... je me demande si elle est au cour... mon regard tombe sur la suite de l'article, lequel fait référence à une rumeur de fiançailles entre Calixte et Helena Percy. Mon cœur rate et battement et si je n'étais pas assise, je crois bien que j'en tomberais à la renverse. La garce... elle ne pouvait pas le dire, pendant la soirée ? Et l'enfoiré, ça l'amuse de faire du mal à sa fiancée en se tapant toutes les nanas venues ? C'est idiot, ce n'est qu'un vieux torchon sans preuves mais... ça semble tellement logique, pourtant... ce sont deux aristocrates, deux personnes issues du même monde, c'est... logique... seulement voilà : je suis venue pour un rendez-vous médical mais surtout pour avoir une discussion délicate avec Calixte. Discussion qui pourrait bien ne jamais voir le jour car je refuse d'être l'intruse qui s'immisce dans leurs affaires. D'un geste rageur, je repose le journal, ignore cette jalousie mal venue qui fait monter la colère en moi et me concentre sur le plus important : expédier en vitesse ce foutu rendez-vous et rentrer chez moi.

Une fois sortie du bureau du médecin, je me sens un peu plus calme. Tout va bien, je n'ai aucune séquelle, blablabla... elle m'a demandé si j'allais bien, j'ai répondu oui avec un grand sourire hypocrite sans y croire, lui ai serré la main et suis sortie le plus rapidement possible. Au moment de quitter cette aile du bâtiment, j'ai une hésitation en voyant la peluche. Je devrais quand même aller le voir... mais l'article me revient en mémoire et je préfère fuir que m'accrocher bêtement. Délaissant l'ascenseur pour l'escalier, je dévale les marches sans regarder devant moi, à tel point que je finis par percuter un résident, si j'en juge par son pyjama et la perfusion qu'il traîne d'une marche à une autre.

« Oh pardon, je suis vraiment désolée, qu'est-ce que je peux être malad... Calixte ? »

Il m'a suffit d'un regard pour me liquéfier. Il est là, devant moi, bien plus vivant que la dernière fois que je l'ai vu et c'est plus fort que moi, la joie de me voir sur pieds me pousse à le prendre dans mes bras.

« Bon sang, ce que je suis contente que tu sois en vie, si tu savais... »

Puis je le lâche et m'écarte pour le laisser respirer un peu. Il est encore pâle, tellement pâle... je me demande depuis combien de temps il est réveillé.

« Alors tu... toi aussi, ils t'ont demandé de faire du sport dès ton réveil ? »

J'esquive soigneusement deux sujets : celui de la pire soirée de notre vie et celui du passager clandestin. D'ailleurs, je finis même pas me dire que la fuite serait préférable à tout le reste.

« Désolée... tu as sûrement envie de retourner vers ta chambre... »

Fais chier... j'ai envie de tout lui dire, là, maintenant, pour ne plus être la seule à porter ce fardeau, pour le partager avec lui, mais les mots restent désespérément coincés dans ma gorge.
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

Message par H. Calixte Seymour le Sam 28 Juil - 0:38

 
   

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Il était illusoire de croire que Calixte, aussi immature qu’il pouvait l’être dans bien des circonstances, était incapable de haïr. Il détestait son frère, il éprouvait une rancoeur rance à l’égard de Papa, il s’énervait si facilement que c’en devenait risible par moment et au-delà de ça, il était capable de haïr, de vouloir la mort et la souffrance d’une autre personne de toute son âme, de tout son être, de toute sa colère. La première personne qu’il avait appris à haïr de cette manière, ça avait été un être sans substance, sans réalité concrète, ça avait été un monstre qui venait le chercher la nuit dans ses cauchemars, ça avait été un monstre dont les doigts griffus venaient racler contre la pierre dans les moindres recoins d’obscurité, ça avait été le mutant, comme un concept de terreur, une entité qui n’existait que dans l’horreur des récits, et dont il fallait non seulement se méfier, mais qu’il fallait également parvenir à vaincre. La deuxième personne que Calixte avait appris à haïr, ça avait sans surprise été lui-même, devant la réalité du cadavre d’Abigaël, quand Papa l’avait emmené la voir, allongée, sereine et inerte, enserrée dans la pâleur glacée d’un cercueil. Quand il s’était pris de plein fouet son absence, et le circonstance de sa mort, quand il s’était pris de plein fouet la réalité des faits, du meurtre dont il était le coupable au silence qui allait recouvrir tout cela. Et la troisième personne et dernière personne que Calixte avait été amené à haïr plus violemment que jamais, c’était celle qui l’avait mené dans cet hôpital. Un inconnu, donc les descriptions variaient du tout au tout en fonction des témoignages, à ce qu’on lui avait rapporté.

Cet inconnu, il le haïssait. Homme, femme, enfant, blond, brune, jeune, vieille, peu importait qui il était, Calixte voulait sa peau. C’était d’ailleurs l’une des premières choses qu’il avait réussi à dire, à son réveil, quand les souvenirs lui étaient revenus avec la lenteur exaspérante de la souffrance. Il voulait sa peau, il voulait commettre un second meurtre, il voulait le regarder dans les yeux et voir l’impuissance se perdre dans son regard avant de tirer. Encore et encore. Ou de l’étrangler, dans l’acharnement bestial, amoral, brutal qu’exigeait sa colère. Il le haïssait, Calixte.

Il haïssait la faiblesse de son corps, il haïssait les quatorze journées rayées de son existence, il haïssait l’impuissance qui imprégnait son âme à chaque fois qu’il tentait de se souvenir de ce qu’il s’était passé, à chaque fois qu’il sentait à nouveau ses jambes se dérober, son coeur s’affoler, ses poumons s’écraser et suffoquer. Il haïssait l’idée qu’on n’ait pas la moindre piste, qu’il y ait eu d’autres victimes et qu’il n’ait rien pu faire, il haïssait la tournure qu’avait prise la soirée de son anniversaire, les conséquences qui en découlaient. Il se laissait envahir par la haine à chaque fois, à chaque petit moment où il repensait à tout ça. Quand il voyait un Cavendish errer dans les couloirs de l’hôpital, quand il voyait le titre d’un des quotidiens de la région, quand il voyait le visage soucieux de Maman, de Papa, et même d’Edward. Il se laissait envahir par la colère quand il s’avérait incapable de tenir debout plus d’une poignée de minutes, quand on lui proposait un fauteuil pour se déplacer, quand il suffisait d’une heure d’activité pour le laisser exténuer, quand les journées et les nuits l’écartaient de plus en plus de cette nuit maudite sous son sommeil, nullement réparateur, et l’ennui qui l’attendait au réveil. Calixte avait besoin d’un coupable. Et il n’en avait pas.

Alors il était réduit à haïr davantage encore les mutants dans leur intégralité, perdant en lucidité, gagnant en détermination. En restant, impuissant, enchaîné à un lit et une chambre d’hôpital, sans avoir le droit de sortir, dans l’attente d’une autorisation qui ne pourrait venir que d’une seule personne. Et Papa le lui avait bien fait comprendre : il était hors de question qu’il échappe ne serait-ce qu’une demi-journée à la surveillance des médecins, il était hors de question qu’il ne s’échappe de convalescence tant qu’il ne serait pas complètement guéri. Quatorze jours de coma avaient noyé ses forces, neuf jours de conscience ne les avaient pas encore reconstituées. Calixte ferma dans un claquement le livre qu’il tentait de lire sans parvenir à se concentrer, une saga sur des batailles navales, des guerres napoléoniennes et beaucoup d’explorations, une saga qu’il avait réclamée à Léopold quelques jours plus tôt, et que son majordome et ami lui était allé cherché dans la bibliothèque de ses appartements sans plus tarder. La pile d’une vingtaine de tomes s’entassait à côté de son lit. Sauf qu’il n’avait pas la tête à se laisser emporter par les histoires de Jack Aubrey, là.

Il avait juste envie de se changer les idées, de voir autre chose que les quatre murs d’une chambre pourtant déjà trop luxueuse pour qu’on l’autorise à s’en lasser. Il avait envie d’avoir de la compagnie, besoin de parler à quelqu’un, si possible quelqu’un autre qu’un membre de
sa famille. Il avait besoin de vivre, de s’extirper des limbes, de fuir les bras fantomatiques d’un coma qui le poursuivait encore dans ses cauchemars et dans ses terreurs nocturnes qui ne s’apaisaient pas, ne se rétractaient que lorsqu’on lui injectait des calmants pour le forcer à dormir sans passer par la case sommeil paradoxal, ne recevez pas 10 000 rêves. Calixte avait plus que jamais besoin de changer d’air. Et sur un coup de tête, il envoya promener le livre, les draps, prit son inspiration avant de se mettre debout sur des jambes flageolantes, avant d’attraper une robe de chambre pour l’enfiler avec une lenteur calculée mêlée d’impatience nerveuse.

Le couloir s’effrita autour de lui, le laissant errer, sans trop d’idée en tête autre que de faire passer le temps. Un pas, puis un autre, Calixte laissa ses pensées divaguer. Rejoindre Kaisa. Rejoindre Helena. Rejoindre Maria. Pire encore : rejoindre Pandora qu’il avait envisagé mille fois de contacter, avant de se résigner tout autant de fois au silence, comprenant sans avoir besoin d’y réfléchir qu’elle était là, exactement là, la limite entre le plan cul régulier et une relation bien plus poussée. Ce besoin de la voir. Ce besoin de savoir qu’elle allait bien, que le traitement des Cavendish qu’elle avait accepté - il l’avait su dès qu’il s’était renseigné sur les différents invités hospitalisés. Ce besoin de la prendre dans ses bras, de s’assurer qu’elle allait bien et de la laisser lui changer les idées, à coup de notes, de portées, de rires et de fourires, comme elle savait si bien le faire. Un pas après l’autre, Calixte embarqua la perfusion, voulut prendre un ascenseur qui s’échappa sous ses doigts, dans une insulte bien sentie. Et qui ne lui laissa que le second choix : l’escalier, à défaut d’avoir la patience d’en attendre un suivant.

Il n’avait pas descendu trois marches qu’on lui rentra dedans, en manquant de lui faire perdre son équilibre précaire. « Oh pardon, je suis vraiment désolée, qu'est-ce que je peux être malad... Calixte ? » Automatiquement, un sourire s’étira sur ses lèvres, alors qu’il souffla sans plus tarder un Panda ? aussi surpris qu’heureux, noyé dans les bras qu’elle enserra autour de lui sans lui laisser le temps de respirer. « Bon sang, ce que je suis contente que tu sois en vie, si tu savais... » Il n’eut pas à hésiter plus longtemps pour la prendre à son tour dans ses bras. Je… moi aussi, je suis content de te voir en bonne santé… La serrer dans ses bras pour respirer son odeur et se laisser prendre au jeu des sentiments disparates qui se jouèrent de lui, le malmenèrent, l’emmenèrent dans une zone où il n’avait plus pied. Mais où, pour le moment, Pandora l’aidait à garder la tête hors de l’eau. Et où elle le relâcha sans attendre : elle s’écarta. L’observa de la même manière que lui, il l’observait, une main crispée sur la perche de sa perfusion, une autre sur la rampe des marches d’escalier.

« Alors tu... toi aussi, ils t'ont demandé de faire du sport dès ton réveil ? Désolée... tu as sûrement envie de retourner vers ta chambre... » Le temps d’une poignée de secondes supplémentaires, Calixte resta muet, muet de stupeur, de surprise, d’incompréhension. De fatigue, aussi. Avant de comprendre, ou d’avoir l’impression de comprendre, du moins, qu’elle comptait le… Ah non ! Interdiction de me laisser en plan ici ! Il lui attrapa le bras, sacrifiant pour cela l’un de ses appuis. Je veux bien retourner dans ma chambre, si je ne le fais pas d’ici une dizaine de minutes je sens que je vais m’évanouir de toute manière, mais quitte à retourner m’enfermer là-bas, autant que ce soit avec toi. Et Calixte se souvint un peu tard qu’il devait surveiller ses mots, son ton, et son vocabulaire. Ne pas s’exprimer librement. Veiller à être correct, ou du moins plus mesuré. Calixte se souvint que s’il restait ici, hors de portée des journalistes, c’était également pour fuir une presse qui n’attendait qu’une chose : des témoignages, comme ceux qu’elle avait déjà pu récupérer, comme ceux qu’il avait déjà pu lire dans les feuilles de choux échouées au bout de son lit. Et Calixte se souvint qu’il n’avait peut-être pas à surveiller ses propos devant Pandora. Et que, pire encore, il avait peut-être des choses à lui dire.

Une migraine commença à pointer le bout de son nez et d’un mouvement vague de la main, il invita Pandora à le suivre. Sa chambre n’était pas bien loin, de toute manière : dans son état, il n’était malheureusement pas encore capable de courir un marathon. Ou si, mais un marathon de 42 pas, avec un peu d’indulgence. Plus sérieusement, je… Calixte s’écroula dans un fauteuil dès qu’il fut dans sa chambre, sa robe de chambre entrouverte laissant apparaître un charmant pyjama aux rayures bleues et blanches dignes d’un bagnard. Qu’avait-il envie de lui dire ? Je suis désolé. Et pour l’être, il l’était. J’ai appris que tu avais été blessée, toi aussi. Et il l’avait invitée. Ma famille peut te dédommager. Et elle le pouvait. Vraiment.

 
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

Message par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 2 Aoû - 0:05


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La première fois que Calixte m'a appelée Panda, j'ai cru qu'il me traitait de grosse bestiole paresseuse... et puis j'ai compris que c'était plutôt le petit surnom mignon, affectueux, sorti de nul part... et ce petit nom en apparence anodin, je ne l'ai jamais autant aimé qu'aujourd'hui. Ce sourire qui se veut rassurant, ce surnom... visiblement, le coma ne lui a pas fait perdre la mémoire et c'est tant mieux ! Il me faut d'ailleurs toute la volonté du monde pour le relâcher et pour ne pas faire dure un peu plus longtemps cette étreinte. Après presque deux mois à nous parler quotidiennement, à nous voir plus que régulièrement, le silence radio de ces trois dernières semaines a été une véritable torture, maintenant que j'y pense.

« Oui, je... je vais bien. Mieux, en tout cas. »

Difficile de dire que je vais bien, que nous allons tous bien quand on sait qu'un meurtrier court les rues et peut frapper le premier venu à tout instant. Mais alors que je tente de fuir pour mieux éviter mes responsabilités, Calixte m'attrape par le bras et m'ôte toute opportunité de repli. Y a la Pandora de d'habitude, celle qu'il connaît bien, qui meurt d'envie de le suivre, et il y a la Pandora qui hurle intérieurement qu'elle n'est pas prête. Et bien tant pis, je vais museler la seconde et le suivre sans faire d'histoire.

« Ah oui... j'oubliais que Papy Calixte venait de fêter ses 85 ans ! », je murmure avec un regard malicieux.

Doucement, je l'aide à gravir les marches qui nous séparent de l'étage et l'accompagne jusqu'à sa chambre. J'ai ce sourire béat, heureux, satisfait, un sourire que je ne contrôle pas mais qui est le fidèle reflet de ce que je ressens : la joie de le savoir enfin sur pieds. Égoïstement, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire que s'il mourait, je ne saurais pas quoi faire. J'ai préféré ne même pas envisager le nombre de personne qu'il laisserait derrière lui. Une fois dans la chambre, je l'aide à se réinstaller dans le lit et prends place dans un moelleux fauteuil à côté duquel trône une jolie boîte de petits biscuits à la cannelle.

« Doux Jésus ! », à force de côtoyer Calixte, j'ai fini par naturellement adopter ses tics de langage, « C'est une chambre de luxe, ici ! Tu as la télé, pas de colocataire imposé... la belle vie ! Ils m'ont placée dans un simple box avec des rideaux pour séparer les lits, j'ai cru que j'allais étrangler ma voisine... elle a passé son temps à déclamer du théâtre en italien, une vraie cinglée ! »

Et que dire des autres... Faisant rouler le fauteuil, je m'approche du lit et viens lover ma main dans celle de Calixte avec un naturel qui ne m'étonne même plus. Ce qui m'étonne en revanche, ce son ses mots... ses excuses, surtout. Mes doigts se pressent un peu plus contre les siens tandis que je secoue la tête.

« Non, Cal. Je n'ai pas besoin de tes excuses parce que tu n'as pas à t'excuser. Rien de tout ce qui s'est passé ce soir-là n'est ta faute et tu... tu n'as pas à me dédommager. Je suis arrivée ici dans un état d'anémie sévère mais cette famille, là, les Cavendish... ils ont proposé de m'aider sans rien en échange, alors je t'avoue que je ne me suis pas trop posée de questions, je... j'avais trop peur, j'ai accepté. »

Et avec le recul, je me rends compte que ça aussi, ça aurait pu être une ruse, parce que je sais très bien que ce n'est pas la mutation qui fait la dangerosité du mutant mais bien l'utilisation qui en est faite.

« Ne te sens pas coupable, d'accord ? Tu as bien assez de souci pour ton rétablissement ! Tiens, d'ailleurs... »

Lâchant sa main, je farfouille dans mon sac, en sors deux trois babioles et finis par en extirper la peluche que je lui tends.

« Je sais bien qu'on offre plutôt ça aux enfants mais je me suis dis que ça durerait plus longtemps que des fleurs ou des chocolats... et quand tu appuies sur son ventre, il fait de la lumière. »

Joignant le geste à la parole, j'appuie sur le ventre de la peluche pour l'éclairer d'une petite lumière bleutée.

« Les médecins ont réussi à trouver de quoi tu souffrais ? »

L'euphorie et mon sourire retombent alors comme un soufflé et je baisse les yeux vers mes affaires pour les ranger dans mon sac. Mes mains tremblent en saisissant mon dossier médical et soudain, c'est l'émotivité de la fatigue et des hormones qui me font craquer. Sans pouvoir lutter, les sanglots me secouent les épaules et les larmes roulent sur mes joues.

« Je suis désolée, je ne sais pas ce que j'ai... je suis tellement contente que tu ailles bien... mais j'ai quelque chose à te dire et je ne sais pas trop comment tu vas le prendre. »

Un quelque chose qui peut le mettre en colère, le pousser à m'ignorer, à me repousser... pourquoi est-ce que je n'arrive pas à envisager l'idée qu'il puisse simplement vouloir m'aider ? Peut-être parce que je préfère ne pas espérer, pour ne pas être déçue.

« Je... je suis enceinte. »

Quelque part, ce n'est pas plus mal de l'avoir dit si tôt. La conversation aurait forcément fini par sonner faux alors au fond... autant tirer un boulet de canon d'entrée de jeu, au moins, je me sens déchargée de ce « secret ».
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