(Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

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(Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 26 Juil - 21:52


To my everlasting shame silence took me
Pandora & Calixte






Je me souviens encore de la voix du secouriste qui m'a aidée à sortir de la salle, de la panique ambiante, des aboiements des policiers et des sirènes hurlant à nous en réduire les tympans en charpie. Je me souviens que mon cœur s'est emballé quand mon regard s'est posé sur le corps inerte de Calixte, quand j'ai compris que ça n'était pas un petit malaise et quand je me suis demandée s'il n'était pas mort. Je me souviens avoir voulu hurler son nom alors que mes dernières forces m'abandonnaient, je me souviens du secouriste qui a dû me porter alors que, anémiée, je me mettais à délirer... et puis ça a été le trou noir. J'ai perdu connaissance et ne me suis réveillée qu'à l'hôpital, entourée de machines à bip et à grincements, le tout avec un effroyable mal de crâne. À ma gauche, une perfusion de sang me raccrochait à la vie et à ma droite, il y avait une vieille peluche, un paquet de fraises Tagada et une sculpture un peu ratée représentant un violoncelle en pâte à modeler verte fluo. J'ai voulu sourire, l'ai regretté et me suis contentée de remercier en pensée Marcus. Je me souviens avoir eu mal partout, comme si on m'avait rouée de coups, je me souviens que la nausée est revenue aussi vite qu'elle était partie et je me souviens de l'infirmière qui est passée me voir à mon réveil. Elle était douce, très patiente, elle m'a dit que j'avais eu beaucoup de chance et que « nous » étions hors de danger. Nous ? Trop faible, je n'ai pas pu lui demander de qui elle parlait. Veut-elle dire que nous allons tous bien ? Que toutes les victimes de cette mascarade s'en sont sorti ? Et puis j'ai sombré à nouveau, trop épuisée pour lutter plus longtemps contre le sommeil.

Au second réveil, j'ai trouvé suffisamment de forces pour me redresser et avaler une partie du déjeuner qu'une autre infirmière est venue m'apporter. Rien à faire, j'ai tout rendu dans la minute et ce n'est que lorsque le médecin est venu me voir que j'ai compris. Je me souviens encore de son regard, de son sourire... de cette femme à la voix grave et posée qui m'a annoncée à son tour que « nous » allions bien. Et cette fois, j'ai trouvé la force de lui demander à qui elle faisait référence avec ce « nous ». Je me souviens de son sourire qui s'est fané, de son regard étonné et des résultats d'analyse qu'elle m'a tendus. « Vous êtes enceinte », m'a-t-elle dit et la suite, je ne l'ai pas entendue. La panique est montée et elle a dû le sentir car en l'espace d'une trentaine de secondes, mon cœur battait si vite qu'il faisait hurler la machine à laquelle j'étais reliée.

Enceinte... La plupart des femmes, je l'espère, sont heureuses d'apprendre ce genre de nouvelle. Pas moi. Parce que ça veut dire que je suis dans une merde noire et que je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir me tirer de là. Qui plus est, la question du père ne se pose même pas, elle est évidente... depuis deux mois, il n'y a que Calixte et au vu des résultats, je n'en suis qu'à trois petites semaines. Je ne sais plus trop à quel moment le médecin est reparti, je sais juste que j'ai continué à regarder mes résultats d'analyses sans comprendre un traître mots de ce qui y est écrit. Je sais qu'on est en Angleterre et non en Irlande, je sais que si j'en formule le souhait, cet enfant, je ne suis pas obligée de le garder. Je sais tout ça et pourtant, je n'arrive pas à me décider. Ça serait pourtant simple... un comprimé, un mauvais moment à passer et on n'en parle plus... mais comment pourrais-je regarder Calixte en face en lui mentant à ce point ? Comment pourrais-je me regarder en face ? C'est en relevant les yeux que je me suis rendue compte d'une chose : je suis incapable de prendre une décision toute seule. Et merde... je n'arrive même pas à me souvenir quand c'est arrivé. Sûrement une de ces trop nombreuses soirées où nous avons dérapé, consommé trop d'alcool ou que sais-je encore... merde, merde, merde et remerde ! Jusqu'ici, c'était parfait ! Notre accord à base de « rien que de l'amitié et du sexe », c'était l'idéal, pas d'engagement, rien... un enfant, ça change tout.

Alors j'ai soupiré, ai reposé la tête sur l'oreiller et ai décidé que pour le moment, mieux valait ne pas trop y penser. Lorsque j'ai pu sortir, on m'a appris que c'était grâce à une famille de mutants du coin que je m'étais rétablie aussi vite. Comme quoi, il y a encore de bonnes personnes en ce monde. Cavendish, qu'ils s'appellent... Jamais entendu parler mais de chics types, clairement. En partant, j'ai demandé à l'infirmière si je pouvait aller voir Calixte et dans quelle chambre il se trouvait mais elle m'a tout de suite dit que la famille avait refusé les visites extérieures. J'ai accusé le coup, me suis retenue de lui dire que parti comme c'était, la famille allait bientôt s'agrandir et me suis contentée de quitter l'hôpital en vitesse.

Et me voilà, nous sommes le 23 mars et je suis à nouveau coincée dans cet hôpital pour un contrôle général de mon état de santé. Dans mon sac, il y a une petite peluche à la fourrure toute douce et à laquelle je n'ai pu résister. Pourtant, maintenant que je l'ai, je me demande pourquoi je n'ai pas simplement pris une boîte de chocolats... Calixte aime-t-il les peluches ou va-t-il me dire que je le prends pour un môme ? Ça commence à devenir agaçant, cette envie de pleurer pour tout et n'importe quoi... De toute manière, va-t-on me laisser entrer ? Très bonne question. Attendant nerveusement dans la salle d'attente, j'attrape le premier journal venu, à savoir un vieux numéro du Killingworth News. Les gros titres font référence à l'incident survenu au Cosmic Ballroom et j'en frissonne de dégoût. Bon sang, quand ces journalistes vont-ils cesser de vomir leur curiosité mal placée sur les victimes ? 5 morts, d'après le bilan du légistes... ça fait froid dans le dos.

Je délaisse alors ces articles qui réveillent un peu trop les mauvais souvenirs et jette mon dévolu sur des news plus « légères ». Tiens donc... le frangin de Calixte est fiancé ? Pauvre Rosamund... je me demande si elle est au cour... mon regard tombe sur la suite de l'article, lequel fait référence à une rumeur de fiançailles entre Calixte et Helena Percy. Mon cœur rate et battement et si je n'étais pas assise, je crois bien que j'en tomberais à la renverse. La garce... elle ne pouvait pas le dire, pendant la soirée ? Et l'enfoiré, ça l'amuse de faire du mal à sa fiancée en se tapant toutes les nanas venues ? C'est idiot, ce n'est qu'un vieux torchon sans preuves mais... ça semble tellement logique, pourtant... ce sont deux aristocrates, deux personnes issues du même monde, c'est... logique... seulement voilà : je suis venue pour un rendez-vous médical mais surtout pour avoir une discussion délicate avec Calixte. Discussion qui pourrait bien ne jamais voir le jour car je refuse d'être l'intruse qui s'immisce dans leurs affaires. D'un geste rageur, je repose le journal, ignore cette jalousie mal venue qui fait monter la colère en moi et me concentre sur le plus important : expédier en vitesse ce foutu rendez-vous et rentrer chez moi.

Une fois sortie du bureau du médecin, je me sens un peu plus calme. Tout va bien, je n'ai aucune séquelle, blablabla... elle m'a demandé si j'allais bien, j'ai répondu oui avec un grand sourire hypocrite sans y croire, lui ai serré la main et suis sortie le plus rapidement possible. Au moment de quitter cette aile du bâtiment, j'ai une hésitation en voyant la peluche. Je devrais quand même aller le voir... mais l'article me revient en mémoire et je préfère fuir que m'accrocher bêtement. Délaissant l'ascenseur pour l'escalier, je dévale les marches sans regarder devant moi, à tel point que je finis par percuter un résident, si j'en juge par son pyjama et la perfusion qu'il traîne d'une marche à une autre.

« Oh pardon, je suis vraiment désolée, qu'est-ce que je peux être malad... Calixte ? »

Il m'a suffit d'un regard pour me liquéfier. Il est là, devant moi, bien plus vivant que la dernière fois que je l'ai vu et c'est plus fort que moi, la joie de me voir sur pieds me pousse à le prendre dans mes bras.

« Bon sang, ce que je suis contente que tu sois en vie, si tu savais... »

Puis je le lâche et m'écarte pour le laisser respirer un peu. Il est encore pâle, tellement pâle... je me demande depuis combien de temps il est réveillé.

« Alors tu... toi aussi, ils t'ont demandé de faire du sport dès ton réveil ? »

J'esquive soigneusement deux sujets : celui de la pire soirée de notre vie et celui du passager clandestin. D'ailleurs, je finis même pas me dire que la fuite serait préférable à tout le reste.

« Désolée... tu as sûrement envie de retourner vers ta chambre... »

Fais chier... j'ai envie de tout lui dire, là, maintenant, pour ne plus être la seule à porter ce fardeau, pour le partager avec lui, mais les mots restent désespérément coincés dans ma gorge.
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Sam 28 Juil - 0:38

 
   

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Il était illusoire de croire que Calixte, aussi immature qu’il pouvait l’être dans bien des circonstances, était incapable de haïr. Il détestait son frère, il éprouvait une rancoeur rance à l’égard de Papa, il s’énervait si facilement que c’en devenait risible par moment et au-delà de ça, il était capable de haïr, de vouloir la mort et la souffrance d’une autre personne de toute son âme, de tout son être, de toute sa colère. La première personne qu’il avait appris à haïr de cette manière, ça avait été un être sans substance, sans réalité concrète, ça avait été un monstre qui venait le chercher la nuit dans ses cauchemars, ça avait été un monstre dont les doigts griffus venaient racler contre la pierre dans les moindres recoins d’obscurité, ça avait été le mutant, comme un concept de terreur, une entité qui n’existait que dans l’horreur des récits, et dont il fallait non seulement se méfier, mais qu’il fallait également parvenir à vaincre. La deuxième personne que Calixte avait appris à haïr, ça avait sans surprise été lui-même, devant la réalité du cadavre d’Abigaël, quand Papa l’avait emmené la voir, allongée, sereine et inerte, enserrée dans la pâleur glacée d’un cercueil. Quand il s’était pris de plein fouet son absence, et le circonstance de sa mort, quand il s’était pris de plein fouet la réalité des faits, du meurtre dont il était le coupable au silence qui allait recouvrir tout cela. Et la troisième personne et dernière personne que Calixte avait été amené à haïr plus violemment que jamais, c’était celle qui l’avait mené dans cet hôpital. Un inconnu, donc les descriptions variaient du tout au tout en fonction des témoignages, à ce qu’on lui avait rapporté.

Cet inconnu, il le haïssait. Homme, femme, enfant, blond, brune, jeune, vieille, peu importait qui il était, Calixte voulait sa peau. C’était d’ailleurs l’une des premières choses qu’il avait réussi à dire, à son réveil, quand les souvenirs lui étaient revenus avec la lenteur exaspérante de la souffrance. Il voulait sa peau, il voulait commettre un second meurtre, il voulait le regarder dans les yeux et voir l’impuissance se perdre dans son regard avant de tirer. Encore et encore. Ou de l’étrangler, dans l’acharnement bestial, amoral, brutal qu’exigeait sa colère. Il le haïssait, Calixte.

Il haïssait la faiblesse de son corps, il haïssait les quatorze journées rayées de son existence, il haïssait l’impuissance qui imprégnait son âme à chaque fois qu’il tentait de se souvenir de ce qu’il s’était passé, à chaque fois qu’il sentait à nouveau ses jambes se dérober, son coeur s’affoler, ses poumons s’écraser et suffoquer. Il haïssait l’idée qu’on n’ait pas la moindre piste, qu’il y ait eu d’autres victimes et qu’il n’ait rien pu faire, il haïssait la tournure qu’avait prise la soirée de son anniversaire, les conséquences qui en découlaient. Il se laissait envahir par la haine à chaque fois, à chaque petit moment où il repensait à tout ça. Quand il voyait un Cavendish errer dans les couloirs de l’hôpital, quand il voyait le titre d’un des quotidiens de la région, quand il voyait le visage soucieux de Maman, de Papa, et même d’Edward. Il se laissait envahir par la colère quand il s’avérait incapable de tenir debout plus d’une poignée de minutes, quand on lui proposait un fauteuil pour se déplacer, quand il suffisait d’une heure d’activité pour le laisser exténuer, quand les journées et les nuits l’écartaient de plus en plus de cette nuit maudite sous son sommeil, nullement réparateur, et l’ennui qui l’attendait au réveil. Calixte avait besoin d’un coupable. Et il n’en avait pas.

Alors il était réduit à haïr davantage encore les mutants dans leur intégralité, perdant en lucidité, gagnant en détermination. En restant, impuissant, enchaîné à un lit et une chambre d’hôpital, sans avoir le droit de sortir, dans l’attente d’une autorisation qui ne pourrait venir que d’une seule personne. Et Papa le lui avait bien fait comprendre : il était hors de question qu’il échappe ne serait-ce qu’une demi-journée à la surveillance des médecins, il était hors de question qu’il ne s’échappe de convalescence tant qu’il ne serait pas complètement guéri. Quatorze jours de coma avaient noyé ses forces, neuf jours de conscience ne les avaient pas encore reconstituées. Calixte ferma dans un claquement le livre qu’il tentait de lire sans parvenir à se concentrer, une saga sur des batailles navales, des guerres napoléoniennes et beaucoup d’explorations, une saga qu’il avait réclamée à Léopold quelques jours plus tôt, et que son majordome et ami lui était allé cherché dans la bibliothèque de ses appartements sans plus tarder. La pile d’une vingtaine de tomes s’entassait à côté de son lit. Sauf qu’il n’avait pas la tête à se laisser emporter par les histoires de Jack Aubrey, là.

Il avait juste envie de se changer les idées, de voir autre chose que les quatre murs d’une chambre pourtant déjà trop luxueuse pour qu’on l’autorise à s’en lasser. Il avait envie d’avoir de la compagnie, besoin de parler à quelqu’un, si possible quelqu’un autre qu’un membre de
sa famille. Il avait besoin de vivre, de s’extirper des limbes, de fuir les bras fantomatiques d’un coma qui le poursuivait encore dans ses cauchemars et dans ses terreurs nocturnes qui ne s’apaisaient pas, ne se rétractaient que lorsqu’on lui injectait des calmants pour le forcer à dormir sans passer par la case sommeil paradoxal, ne recevez pas 10 000 rêves. Calixte avait plus que jamais besoin de changer d’air. Et sur un coup de tête, il envoya promener le livre, les draps, prit son inspiration avant de se mettre debout sur des jambes flageolantes, avant d’attraper une robe de chambre pour l’enfiler avec une lenteur calculée mêlée d’impatience nerveuse.

Le couloir s’effrita autour de lui, le laissant errer, sans trop d’idée en tête autre que de faire passer le temps. Un pas, puis un autre, Calixte laissa ses pensées divaguer. Rejoindre Kaisa. Rejoindre Helena. Rejoindre Maria. Pire encore : rejoindre Pandora qu’il avait envisagé mille fois de contacter, avant de se résigner tout autant de fois au silence, comprenant sans avoir besoin d’y réfléchir qu’elle était là, exactement là, la limite entre le plan cul régulier et une relation bien plus poussée. Ce besoin de la voir. Ce besoin de savoir qu’elle allait bien, que le traitement des Cavendish qu’elle avait accepté - il l’avait su dès qu’il s’était renseigné sur les différents invités hospitalisés. Ce besoin de la prendre dans ses bras, de s’assurer qu’elle allait bien et de la laisser lui changer les idées, à coup de notes, de portées, de rires et de fourires, comme elle savait si bien le faire. Un pas après l’autre, Calixte embarqua la perfusion, voulut prendre un ascenseur qui s’échappa sous ses doigts, dans une insulte bien sentie. Et qui ne lui laissa que le second choix : l’escalier, à défaut d’avoir la patience d’en attendre un suivant.

Il n’avait pas descendu trois marches qu’on lui rentra dedans, en manquant de lui faire perdre son équilibre précaire. « Oh pardon, je suis vraiment désolée, qu'est-ce que je peux être malad... Calixte ? » Automatiquement, un sourire s’étira sur ses lèvres, alors qu’il souffla sans plus tarder un Panda ? aussi surpris qu’heureux, noyé dans les bras qu’elle enserra autour de lui sans lui laisser le temps de respirer. « Bon sang, ce que je suis contente que tu sois en vie, si tu savais... » Il n’eut pas à hésiter plus longtemps pour la prendre à son tour dans ses bras. Je… moi aussi, je suis content de te voir en bonne santé… La serrer dans ses bras pour respirer son odeur et se laisser prendre au jeu des sentiments disparates qui se jouèrent de lui, le malmenèrent, l’emmenèrent dans une zone où il n’avait plus pied. Mais où, pour le moment, Pandora l’aidait à garder la tête hors de l’eau. Et où elle le relâcha sans attendre : elle s’écarta. L’observa de la même manière que lui, il l’observait, une main crispée sur la perche de sa perfusion, une autre sur la rampe des marches d’escalier.

« Alors tu... toi aussi, ils t'ont demandé de faire du sport dès ton réveil ? Désolée... tu as sûrement envie de retourner vers ta chambre... » Le temps d’une poignée de secondes supplémentaires, Calixte resta muet, muet de stupeur, de surprise, d’incompréhension. De fatigue, aussi. Avant de comprendre, ou d’avoir l’impression de comprendre, du moins, qu’elle comptait le… Ah non ! Interdiction de me laisser en plan ici ! Il lui attrapa le bras, sacrifiant pour cela l’un de ses appuis. Je veux bien retourner dans ma chambre, si je ne le fais pas d’ici une dizaine de minutes je sens que je vais m’évanouir de toute manière, mais quitte à retourner m’enfermer là-bas, autant que ce soit avec toi. Et Calixte se souvint un peu tard qu’il devait surveiller ses mots, son ton, et son vocabulaire. Ne pas s’exprimer librement. Veiller à être correct, ou du moins plus mesuré. Calixte se souvint que s’il restait ici, hors de portée des journalistes, c’était également pour fuir une presse qui n’attendait qu’une chose : des témoignages, comme ceux qu’elle avait déjà pu récupérer, comme ceux qu’il avait déjà pu lire dans les feuilles de choux échouées au bout de son lit. Et Calixte se souvint qu’il n’avait peut-être pas à surveiller ses propos devant Pandora. Et que, pire encore, il avait peut-être des choses à lui dire.

Une migraine commença à pointer le bout de son nez et d’un mouvement vague de la main, il invita Pandora à le suivre. Sa chambre n’était pas bien loin, de toute manière : dans son état, il n’était malheureusement pas encore capable de courir un marathon. Ou si, mais un marathon de 42 pas, avec un peu d’indulgence. Plus sérieusement, je… Calixte s’écroula dans un fauteuil dès qu’il fut dans sa chambre, sa robe de chambre entrouverte laissant apparaître un charmant pyjama aux rayures bleues et blanches dignes d’un bagnard. Qu’avait-il envie de lui dire ? Je suis désolé. Et pour l’être, il l’était. J’ai appris que tu avais été blessée, toi aussi. Et il l’avait invitée. Ma famille peut te dédommager. Et elle le pouvait. Vraiment.

 
 by marelle  
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 2 Aoû - 0:05


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La première fois que Calixte m'a appelée Panda, j'ai cru qu'il me traitait de grosse bestiole paresseuse... et puis j'ai compris que c'était plutôt le petit surnom mignon, affectueux, sorti de nul part... et ce petit nom en apparence anodin, je ne l'ai jamais autant aimé qu'aujourd'hui. Ce sourire qui se veut rassurant, ce surnom... visiblement, le coma ne lui a pas fait perdre la mémoire et c'est tant mieux ! Il me faut d'ailleurs toute la volonté du monde pour le relâcher et pour ne pas faire dure un peu plus longtemps cette étreinte. Après presque deux mois à nous parler quotidiennement, à nous voir plus que régulièrement, le silence radio de ces trois dernières semaines a été une véritable torture, maintenant que j'y pense.

« Oui, je... je vais bien. Mieux, en tout cas. »

Difficile de dire que je vais bien, que nous allons tous bien quand on sait qu'un meurtrier court les rues et peut frapper le premier venu à tout instant. Mais alors que je tente de fuir pour mieux éviter mes responsabilités, Calixte m'attrape par le bras et m'ôte toute opportunité de repli. Y a la Pandora de d'habitude, celle qu'il connaît bien, qui meurt d'envie de le suivre, et il y a la Pandora qui hurle intérieurement qu'elle n'est pas prête. Et bien tant pis, je vais museler la seconde et le suivre sans faire d'histoire.

« Ah oui... j'oubliais que Papy Calixte venait de fêter ses 85 ans ! », je murmure avec un regard malicieux.

Doucement, je l'aide à gravir les marches qui nous séparent de l'étage et l'accompagne jusqu'à sa chambre. J'ai ce sourire béat, heureux, satisfait, un sourire que je ne contrôle pas mais qui est le fidèle reflet de ce que je ressens : la joie de le savoir enfin sur pieds. Égoïstement, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire que s'il mourait, je ne saurais pas quoi faire. J'ai préféré ne même pas envisager le nombre de personne qu'il laisserait derrière lui. Une fois dans la chambre, je l'aide à se réinstaller dans le lit et prends place dans un moelleux fauteuil à côté duquel trône une jolie boîte de petits biscuits à la cannelle.

« Doux Jésus ! », à force de côtoyer Calixte, j'ai fini par naturellement adopter ses tics de langage, « C'est une chambre de luxe, ici ! Tu as la télé, pas de colocataire imposé... la belle vie ! Ils m'ont placée dans un simple box avec des rideaux pour séparer les lits, j'ai cru que j'allais étrangler ma voisine... elle a passé son temps à déclamer du théâtre en italien, une vraie cinglée ! »

Et que dire des autres... Faisant rouler le fauteuil, je m'approche du lit et viens lover ma main dans celle de Calixte avec un naturel qui ne m'étonne même plus. Ce qui m'étonne en revanche, ce son ses mots... ses excuses, surtout. Mes doigts se pressent un peu plus contre les siens tandis que je secoue la tête.

« Non, Cal. Je n'ai pas besoin de tes excuses parce que tu n'as pas à t'excuser. Rien de tout ce qui s'est passé ce soir-là n'est ta faute et tu... tu n'as pas à me dédommager. Je suis arrivée ici dans un état d'anémie sévère mais cette famille, là, les Cavendish... ils ont proposé de m'aider sans rien en échange, alors je t'avoue que je ne me suis pas trop posée de questions, je... j'avais trop peur, j'ai accepté. »

Et avec le recul, je me rends compte que ça aussi, ça aurait pu être une ruse, parce que je sais très bien que ce n'est pas la mutation qui fait la dangerosité du mutant mais bien l'utilisation qui en est faite.

« Ne te sens pas coupable, d'accord ? Tu as bien assez de souci pour ton rétablissement ! Tiens, d'ailleurs... »

Lâchant sa main, je farfouille dans mon sac, en sors deux trois babioles et finis par en extirper la peluche que je lui tends.

« Je sais bien qu'on offre plutôt ça aux enfants mais je me suis dis que ça durerait plus longtemps que des fleurs ou des chocolats... et quand tu appuies sur son ventre, il fait de la lumière. »

Joignant le geste à la parole, j'appuie sur le ventre de la peluche pour l'éclairer d'une petite lumière bleutée.

« Les médecins ont réussi à trouver de quoi tu souffrais ? »

L'euphorie et mon sourire retombent alors comme un soufflé et je baisse les yeux vers mes affaires pour les ranger dans mon sac. Mes mains tremblent en saisissant mon dossier médical et soudain, c'est l'émotivité de la fatigue et des hormones qui me font craquer. Sans pouvoir lutter, les sanglots me secouent les épaules et les larmes roulent sur mes joues.

« Je suis désolée, je ne sais pas ce que j'ai... je suis tellement contente que tu ailles bien... mais j'ai quelque chose à te dire et je ne sais pas trop comment tu vas le prendre. »

Un quelque chose qui peut le mettre en colère, le pousser à m'ignorer, à me repousser... pourquoi est-ce que je n'arrive pas à envisager l'idée qu'il puisse simplement vouloir m'aider ? Peut-être parce que je préfère ne pas espérer, pour ne pas être déçue.

« Je... je suis enceinte. »

Quelque part, ce n'est pas plus mal de l'avoir dit si tôt. La conversation aurait forcément fini par sonner faux alors au fond... autant tirer un boulet de canon d'entrée de jeu, au moins, je me sens déchargée de ce « secret ».
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Lun 20 Aoû - 23:18

 
   

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« Oui, je... je vais bien. Mieux, en tout cas. » Un étau, qui enserrait ses bronches depuis si longtemps qu’il n’en avait plus confiance, se desserra brutalement à ces mots. Et Calixte se surprit à respirer plus facilement, à sourire, à se perdre en soulagement, un soulagement qui l’empêchait pour le moment de cesser de la regarder, de cesser de guetter en elle toute trace de l’hospitalisation qu’elle avait pu subir, de cesser de craindre de la voir chanceler alors que c’était lui, celui qui ne parvenait pas à rester debout plus d’une vingtaine de minutes, lui dont les membres raidis par une paralysie temporaire le contraignaient au repos, au calme et surtout à la station allongée une grande partie de la journée. Il l’observait, il la disséquait du regard, sans réussir à se retenir. Il voulait la prendre dans ses bras, comme pour s’assurer qu’elle était bel et bien là, puisque si belle, elle l’était assurément, là, il en doutait encore. Malgré son sourire. Malgré ce poignet dont il parvint à se saisir lorsqu’elle fit mine de faire volteface et de le laisser seul dans cet escalier. Il était hors de question qu’elle le laisse, qu’elle le laisse en plan de cette manière : ce serait, assurément, d’une cruauté sans nom que de l’affliger d’un tel tourment, de lui proposer son parfum, son sourire, cette maladresse hésitante, avant de l’en priver tout aussi soudainement. Le ton de Calixte se voulut ouvert au refus, il n’en fut que plus péremptoire, comme un ordre et une supplique entremêlés dans une spontanéité qu’on lui connaissait si bien en privé, si peu dans une sphère publique comme pouvait l’être l’hôpital une fois les premières barrières de l’argent et du luxe franchies. Devançant d’éventuelles protestations, il remonta lentement l’escalier, dans des crispations de plus en plus tremblantes. « Ah oui... j'oubliais que Papy Calixte venait de fêter ses 85 ans ! » le murmure et le regard malicieux de Pandora n’eurent pour réception que deux lèvres pincées et un Ta gueule à demi-prononcé. Il n’était pas d’humeur à en parler, ni même à rire des événements de son anniversaire, pas pour le moment, pas encore, pas alors que tout, des journaux jusqu’aux visites quotidiennes du médecin en passant par les visages anxieux de ses proches, lui rappelaient à chaque fois ce qui s’était joué, ce qui s’était produit et ce qui avait failli advenir.

Dans une inspiration épuisée, Calixte s’écroula sur le premier support venu, avec le concours de Pandora qui, de son côté, préféra prendre place sur un des fauteuils qui trônaient dans un coin de la pièce dans l’unique objectif de recevoir des visiteurs. Se redressant, Calixte prit le parti de la rejoindre, pour se rapprocher d’elle et se laisser tomber à quelques centimètres de la violoncelliste. Pour mieux l’ausculter à nouveau avec souci, alors que de son côté, elle détaillait la pièce. « Doux Jésus ! » Il arqua un sourcil. Y-avait-il une faute de goût à déplorer ? Le cadet Seymour considéra la pièce, cherchant à en trouver l’erreur à décrier, mit fin à ses recherches lorsque Pandora compléta : « C'est une chambre de luxe, ici ! Ah, ce n’était que ça. Il haussa les épaules avec un désintérêt né de l’habitude. Tu as la télé, pas de colocataire imposé... la belle vie ! Ils m'ont placée dans un simple box avec des rideaux pour séparer les lits, j'ai cru que j'allais étrangler ma voisine... elle a passé son temps à déclamer du théâtre en italien, une vraie cinglée ! » Il leva les yeux au ciel, dans un éclat de rire qui naquit autant de son soulagement que d’un réel amusement face à la détresse affichée de Pandora. Certo. Una vera tragedia, si señorita ! L’italien balbutié se mêla maladroitement à de l’espagnol cliché, sans qu’un Calixte gouailleur n’en perde pour autant de sa superbe. Mia rabbia, mia desperazione! voulut-il poursuivre, avant de s’arrêter, ses compétences ciceronesques trouvant leur terme dans ce ô rage, ô désespoir déguisé en romain.

Elle s’approcha de lui, il se redressa. Et quelque chose lui chuchota que, comme lui un peu plus tôt n’avait guère apprécié l’allusion à son âge vieillissant et surtout à son anniversaire, elle ne goûtait que très peu à la moquerie qu’il venait de lui servir. Ses doigts s’entremêlèrent aux siens. Calixte contempla la rouquine. Je suis désolé, et il l’était. Sincèrement, profondément. Il l’était, dans la panique qu’il avait pu ressentir à son réveil en apprenant l’existence de décès, en apprenant la liste, trop longue, de tous les blessés. Et lisant ce nom et ce prénom parmi cette multitude. En se sentant floué, agressé, humilié par ce mutant qui avait réduit à néant sa soirée pour la transformer en drame, pour la transformer en catastrophe. Pour lui voler la vedette, aussi, lui chuchotait en son arrogance, quand sa sensibilité ne s’attardait plutôt que sur les familles des victimes. Désolé, il l’était. Responsable, il l’était. Coupable, il l’était, encore une fois. Et s’il se doutait bien que sa famille avait déjà agi en fonction, que l’argent des Seymour avait déjà été déployé pour payer soins et dédommagements, pour devancer critiques et attaques, ce n’était pas assez. Face à Pandora, il voulait s’impliquer. « Non, Cal. Je n'ai pas besoin de tes excuses parce que tu n'as pas à t'excuser. Rien de tout ce qui s'est passé ce soir-là n'est ta faute et tu... tu n'as pas à me dédommager. Je suis arrivée ici dans un état d'anémie sévère mais cette famille, là, les Cavendish... ils ont proposé de m'aider sans rien en échange, alors je t'avoue que je ne me suis pas trop posée de questions, je... j'avais trop peur, j'ai accepté. » Il détourna le regard, la mâchoire contractée dans un désaccord et la haine profonde qu’il pouvait ressentir à l’égard non seulement du mutant responsable, mais également à l’égard des Cavendish, ces abominations qui avaient su aider quand lui était étendu dans ce lit immaculé, impuissant, inconscient. Une bile amère étouffa sa trachée. « Ne te sens pas coupable, d'accord ? Tu as bien assez de souci pour ton rétablissement ! Tiens, d'ailleurs... » Préférant rester muet, il l’observa fouiller dans son sac. En sortir une peluche, qu’il cueillit du bout des doigts. « Je sais bien qu'on offre plutôt ça aux enfants mais je me suis dit que ça durerait plus longtemps que des fleurs ou des chocolats... et quand tu appuies sur son ventre, il fait de la lumière. » Un chien. C’était un chien, au poil long mais à la silhouette reconnaissable entre mille, pour un homme passionné tel que l’était Calixte, qui mettait un point d’honneur à tout savoir sur les sujets qui attiraient, par mégarde, son attention. Le jour où il s’était trouvé un intérêt pour Zeus, il avait fait acheté à Papa et Maman une vingtaine d’ouvrages sur la mythologie grecque, puis il avait lentement dérivé vers son pendant romain, exigeant dans un même temps de remplir un autre pan de sa bibliothèque et se retrouvant peu à peu à sauter d’une mythologie et d’un panthéon à l’autre sans se lasser. Avant de découvrir les étoiles, les constellations, et de réclamer un télescope, des cartes du ciel pour finir par quémander sextant et boussole, compo et cartes marines. Calixte était un passionné, et ce chien, ce chien qu’il tenait dans sa main, au ventre éclairé d’une douce lumière bleutée suite à la pression de Pandora, ce chien était un husky. Touchant. Enfantin. Rassurant. Ô combien rassurant. C’est… c’est inattendu, bien évidemment. Mais parfait. Fleurs et chocolat, j’en ai à foison, il est vrai. Mais des chiens pour veiller sur moi, ici, je n’en aurai qu’un. Il le déposa avec prudence sur la table de nuit, non sans sourire en glissant son regard sur la lumière émise. Merci compléta-t-il d’une voix douce, ne sachant s’il l’avait déjà dit, se sentant obligé de le répéter et de le dire et redire. Parce que rares étaient ceux qui se souciaient de ses terreurs au point d’y songer dans de telles attentions.

Il ne détacha son regard de l’animal que lorsque Pandora reprit. « Les médecins ont réussi à trouver de quoi tu souffrais ? » Et l’atmosphère, qui avait lentement réussi à s’imprégner de légèreté retomber brutalement. Calixte baissa le regard, appuya son coude sur l’accoudoir pour que sa main vienne soutenir son front, las. Il allait répondre quand des sanglots l’interrompirent. Et tout le souci du monde détériora son visage. Pandora pleurait, Pandora craquait, un dossier entre les mains, qu’il voulut saisir sans pouvoir se décider à le lui arracher des mains. Qu’est-ce… Il se trouva soudain démuni. Tenta de comprendre. Je vais mieux, Panda, je suis hors de danger, ne… Elle le coupa, elle coupa son murmure égocentrique. « Je suis désolée, je ne sais pas ce que j'ai... je suis tellement contente que tu ailles bien... mais j'ai quelque chose à te dire et je ne sais pas trop comment tu vas le prendre. » Il fronça les sourcils. Craignit le pire, craignit tout, s’imagina tout, d’une Pandora cachant un lourd passé, ou même le décès d’un proche en commun – Byron ? – à une Pandora lui avouant que le mutant à l’origine de tout cela se trouvait devant lui. Il imagina tout, craignit tout, craignit le pire. Mais la réalité, il fut incapable de l’envisager.  

« Je... je suis enceinte. » La main qu’il tendait retomba sans la moindre force. Plaît-il ? Je suis désolée venait-elle de sangloter. Je suis enceinte venait-elle de lui souffler. Y-avait-il un autre homme dans sa vie ? Cela faisait partie du deal, pas d’attachement, pas d’engagement, pas de sentiment, oui. Mais la douleur et la jalousie se firent violence dans son esprit, pour mieux couvrir la voix de la raison. Et du désespoir. Calixte inspira. Se voulut rationnel. Et posé. Et méthodique. De qui ? Qui… qui est le père ? Si… tu n’as pas à te mettre dans des états pareils, sincèrement. Vraiment ? Et pourquoi donc se leva-t-il, dans le but évident de s’écarter, de reculer, de mettre de la distance entre elle et lui, le poussant à trouver refuge sur son lit, ce lit même qu’il fuyait pourtant un peu plus tôt ? Nous… nous ne sommes que des amis, ça ne me dérange pas s’il y a un autre homme dans ta vie, je suis même heureux pour toi. Juste des amis, rien que du sexe, rien de plus, c’est ce qu’on a dit, n’est-ce pas, c’est ce que l’on avait convenu, au tout début. Il n’y avait pas d’autre homme, c’était évident. Il le savait, au fond, Calixte, tout comme il savait que ce deal qu’ils avaient pu passer, ce contrat implicite qu’ils avaient pu signer, tout cela n’était que du vent. Il était profondément amoureux de Pandora et refusait de l’admettre, refusait de le reconnaître. Tout comme, à cet instant, il refusait de voir la réalité en face. Sa voix se voulut ferme et assurée, elle n’en fut que plus faible et craintive. Depuis… depuis quand ? Depuis quand le savait-elle, depuis quand était-elle enceinte ? Quand, quand au juste avaient-ils, avait-il été imprudent ?

 
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Ven 24 Aoû - 12:33


To my everlasting shame silence took me
Pandora & Calixte






Dès que Calixte se met à baragouiner en italien, je lui tire la langue. Il m'a manqué, son humour d'aristo un peu précieux, il m'a manqué, son sourire d'ange, il m'a manqué, le son de sa voix, chaude et douce comme du velours... il m'a manqué, Calixte, plus que je ne veux bien l'admettre à cet instant. En prenant sa main, je laisse échapper un léger soupir de soulagement. Avant sa soirée d'anniversaire, nous avions pris l'habitude de nous voir un jour sur deux, parfois tous les jours... les journées de travail étaient entrecoupées de sms d'ennui, de blagues, d'informations sans intérêt, de photos... et puis plus rien. Mon téléphone s'est tu dès lorsque Calixte a sombré dans l'inconscience. Trois semaines sans la moindre nouvelle, trois semaine sans savoir, trois semaines d'angoisse... en à peine trois mois, ce qui ne devait être qu'un plan cul occasionnel m'est devenu plus vital que n'importe quoi d'autre et pourtant, je refuse toujours de me rendre à l'évidence : si je suis à ce point soulagée de le voir, si mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, c'est parce que je l'aime, ce grand idiot. Alors, plutôt que de me perdre dans la contemplation de visage, je préfère plonger la main dans mon sac pour en sortir une petite peluche de husky. Il a le poil doux, de grand yeux bleus et des oreilles bien dressées sur sa tête. Et surtout, il a cette petite lumière bleue qui s'éclaire sur son ventre dès qu'on appuie dessus. Certains pourraient prendre ce geste comme une marque d'infantilisation insultante mais pas Calixte. Il a compris le geste, lui.

« De rien... », je me contente de murmurer.

Elle a ça de beau, cette relation : par moments, nous abandonnons notre arrogance respective pour sombrer dans un bain de sucre et de miel. Parce que oui, offrir une peluche à un convalescent de 30 ans, ça a de quoi faire sourire. Et j'aurais aimé que la discussion se poursuive là-dessus, mais la peur refait surface, la peur que j'ai ressenti à l'idée de ne plus le voir mais aussi la peur de sa réaction... voilà qu'elles coulent, les larmes, voilà qu'ils me secouent les épaules, les sanglots. Et s'il me tournait le dos ? C'est idiot, à mon âge, d'avoir besoin de l'appui et de l'avis d'une tierce personne mais je suis bien incapable de savoir quoi faire à cet instant. C'est trop d'émotions en même temps pour mon pauvre petit cœur malmené depuis trois semaines, trop d'angoisse, trop de peur, trop de chagrin, trop d'allégresse et de joie soudaines. Mais il faut bien revenir sur Terre et avoir largué une bombe dès à présent me soulage d'un poids.

Reste à savoir comment il va réagir... l'interrogation, voilà ce que trahit tout d'abord sa voix. De qui ? La question se pose, étant donné notre relation, mais moi je sais très bien de qui il est. Je sais très bien que depuis que Calixte est entré dans ma vie, il n'y a plus que lui et personne d'autre, je sais très bien qu'à aucun moment, je ne me suis demandée de qui pouvait être cet enfant. Tandis qu'il se lève, me laissant seule dans un coin de la pièce en me disant que je n'ai pas à me mettre dans des états pareils, je le fusille du regard. Est-ce sa façon de dédramatiser la chose ? Et puis je comprends où il veut en venir : son esprit préfère se dire que l'enfant est d'un autre et qu'il n'aura pas à en assumer la charge. Si ça pourrait être vexant, je suis bien obligée d'admettre que je le comprends : j'aurais réagit de la même manière à sa place. Alors je secoue la tête en signe de négation.

« Je sais, Cal... je sais ce qu'on avait dit... je sais aussi qu'on avait pas prévu de se voir aussi souvent. Mais depuis le jour de notre rencontre, tu es le seul homme avec qui j'ai... je ne sais même pas quand nous avons merdé. »

Parce que oui, nous avons merdé, clairement. Merdé dans le sens où si nous nous en tenons au plan initial, elle va être belle, l'éducation du môme ! Finalement, je n'ai pas eu à être plus précise pour que Calixte se rende à l'évidence. Je lève les yeux vers lui, déglutis et tente de parler d'une voix audible et non brisée par les tremolos de mes sanglots.

« Six semaines... ça va faire six semaines... je ne me sentais pas très bien, le jour de ton anniversaire, je pensais avoir simplement avoir attrapé un petit virus mais... à l'hôpital, ils m'ont dit que j'en étais à trois semaines, à ce moment-là... je... je suis terrifiée, Cal... d'un côté, je refuse d'admettre que je suis enceinte et de l'autre, j'en veux à cet inconnu, ce Poison Prince parce qu'il aurait pu le tuer... »

Parce que oui, je sais, c'est égoïste. Avant même de songer aux morts et aux blessés graves, je n'ai pensé qu'à ça : au soulagement de me dire que l'enfant n'avait rien. Et c'est ridicule, étant donné la situation...

« Je ne voulais rien faire avant que tu sois réveillé... avant que tu saches, mais... si tu ne veux pas que je... si tu ne veux pas qu'on le garde, je comprendrai. Je crois... »

Même ça, je n'en suis pas sûre. J'en suis à un stade tel que je refuse de prendre la moindre décision.

« Tu... ne reste pas si loin, par pitié... si tu me fuis, ça sera pire encore... »
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Dim 2 Sep - 16:57

 
   

To my everlasting shame silence took me

   pandora & calixte
 
 
 
Si, en lui offrant un cadeau oscillant entre l’humour, la moquerie, et la marque la plus évidente de toute l’attention qu’elle pouvait lui porter, Pandora lui avait également offert la confirmation qu’elle était bien, bien plus parfaite que tout ce que Calixte pouvait s’imaginer jusque-là, ce qui suivit cet échange pourtant parfait de compréhension fit de l’atmosphère détendue et apaisante qui s’était installée dans la chambre d’hôpital, un monceau de verre pilé, détruit, ruiné. En l’espace de trois petits mots, des ruines, voilà tout ce qu’il en resta. Des ruines, après les larmes de Pandora, après ses excuses incohérentes, après la sentence murmurée et étranglée. Je suis enceinte. La main de Calixte, qu’il avait tendue pour aller caresser la joue de la violoncelliste ou juste se poser sur son épaule pour lui rappeler qu’il était là, et en vie, retomba sans force. Et la panique, elle, enfla en même temps que le déni, en même temps qu’un aveuglement nécessaire. Douleur et jalousie se firent prédominantes pour que tout le reste se taise, lucidité et raison se firent invisibles pour qu’il s’en sorte sans heurt ni désespoir. Quelques heures plus tôt, Calixte ne demandait qu’à s’arracher à son impuissance et la faiblesse de son organisme pour retrouver le sourire de ses amis, les mains et les caresses de Pandora, le rire et l’amitié de Cyrus. Quelques heures plus tôt, il n’avait qu’une idée en tête : la voir, pour être sur qu’elle allait bien. Désormais, il n’avait qu’une envie, fuir. Partir, s’arracher à sa présence pour mieux s’empêcher de laisser ses yeux sur un ventre qu’il voyait déjà arrondi, gigotant, peuplé d’une vie involontaire dont il ne savait que faire. Et dont il était, en partie, responsable. Je suis enceinte, ces mots n’avaient pas de sens. Pas de… ce n’était qu’un concept, un simple concept, sans réalité, sans… aux conséquences trop compliquées pour être appréhendées, à la signification trop dangereuse pour être assimilée. Calixte se réfugia dans le déni, il ferma les yeux pour mieux tâtonner autour d’une jalousie qu’il exacerba comme il put, jusqu’à tenter de se convaincre qu’elle ne pouvait tout simplement pas être enceinte de lui. Qu’il y avait forcément un autre, un autre dans sa vie. Calixte se leva, Calixte chancela, sans savoir qui de son état de santé ou de l’annonce était le principal responsable de son équilibre précaire. Il se voulut posé, il se voulut rationnel, il se voulut méthodique et serein ; calme, bon sang, il se voulait calme, comme si… comme si rien n’était grave, comme si rien ne venait de déraper dangereusement dans un ravin, comme s’il n’avait pas brutalement perdu le contrôle d’une situation trop complexe pour être vraie. Pandora le fusilla du regard, ça ne le découragea pas dans son déni, loin de là, Calixte insista. S’y lova. Répéta les différentes parties du marché qu’ils avaient passé tous les deux, au début, alors qu’au fond, et bien… au fond, tout était déjà foutu, à ce moment-là.

Il fallait être lucide. Ce qu’ils avaient convenu, ce n’était que de la poudre aux yeux. Simple plan cul, simple plan cul régulier, relation aussi simple que claire… Quand, au juste, avait-ce cessé de fonctionner comme cela ? Avait-ce, d’ailleurs, réellement fonctionné de cette manière à un moment donné ? S’il avait été en mesure d’être honnête avec lui-même, Calixte aurait été contraint de regarder la vérité en face, de cesser de détourner le regard. S’il avait été en mesure de réfléchir, de considérer ces dernières semaines avec maturité et responsabilité, Calixte n’aurait pu que voir l’évidence. Mais dans cette chambre d’hôpital, face à Pandora, face à ce qu’elle venait de lui dire, face à tout ce que cela pouvait impliquer, compliquer, face au futur qui venait de se dessiner entre eux deux, face à la multiplicité des émotions qui se battaient en lui, Calixte ne fut capable que de mettre de la distance, encore. Verbalement, physiquement, il prit de la distance, s’éloigna de Pandora. Ce n’était pas lui, le coupable, il y avait forcément un autre. Ça ne pouvait être qu’un autre. Il préférait, de loin, la morsure de la jalousie et l’angoisse d’une certaine… fidélité ? Fidélité à qui, à quoi, pourquoi, bon sang, pourquoi ? Pandora réduisit à néant tout le petit château de cartes de magicien qu’il venait de bâtir en secouant la tête de dénégation, et Calixte sentit ses jambes se dérober sous lui, il ne se rattrapa au lit que de justesse. « Je sais, Cal... je sais ce qu'on avait dit... je sais aussi qu'on avait pas prévu de se voir aussi souvent. Mais depuis le jour de notre rencontre, tu es le seul homme avec qui j'ai... je ne sais même pas quand nous avons merdé. » Il ferma les yeux. Tenta de rester calme. Pour ne pas hurler. Pour ne pas crier. Pour ne pas surréagir en l’envoyant promener comme il savait si bien le faire. Le seul… tu es sûre ? Sa voix trembla. Combien de temps ? Combien de temps s’était écoulé depuis… à quand remontait la nuit de trop, la partie de plaisir de trop, au juste ? Quand avaient-ils, avait-il, pu merder à ce point ? Calixte s’assit sur le lit, se passa une main sur le visage en se concentrant pour écouter Pandora qui poursuivait avec difficulté.

Visiblement, ils étaient tous les deux dans le même état. Sans que Calixte ne parvienne à déterminer s’ils l’étaient pour les mêmes raisons. « Six semaines... ça va faire six semaines... je ne me sentais pas très bien, le jour de ton anniversaire, je pensais avoir simplement avoir attrapé un petit virus mais... à l'hôpital, ils m'ont dit que j'en étais à trois semaines, à ce moment-là... je... je suis terrifiée, Cal... d'un côté, je refuse d'admettre que je suis enceinte et de l'autre, j'en veux à cet inconnu, ce Poison Prince parce qu'il aurait pu le tuer... » Sa main se déplia, ses doigts se tendirent un à un, alors que péniblement, il tentait de remonter le temps, malgré ces trois semaines de néant, malgré les difficultés qu’il avait encore à se concentrer, malgré les tremblements qui menaçaient de le submerger. Elle en voulait au Poison Prince ? A la seule idée d’être en partie responsable des cinq morts du Cosmic Ballroom, Calixte avait voulu l’étriper. A la seule pensée d’avoir risqué, à l’instar de sa cousine et de son si dépravé ami, de faire face au cadavre d’un de ses proches, Calixte avait voulu le torturer, le faire souffrir, longtemps, très longtemps. Mais à la perspective qu’il aurait pu perdre… que la petite vie qui battait apparemment dans le sein de Pandora, une petite vie dont il était apparemment en partie à l’origine… Calixte se sentit capable de le disséquer vivant, de l’offrir en pâture à de noirs scientifiques pour qu’ils le traitent comme une grenouille de laboratoire, qu’ils l’ouvrent et le gardent conscient le plus longtemps possible, le temps de lui faire manger ses tripes rissolées pour qu’il s’étouffe avec. Calixte pinça les lèvres, secoua à son tour la tête. Pour mieux contenir ce qu’il pouvait penser dans l’éclat obsidien de ses iris. Il prit son inspiration. Et se reconcentra plutôt sur ces trois semaines. Ces six semaines. Pour remonter ses souvenirs, pour…

Toutes les soirées passées ensemble se mélangeaient, tous ces dîners pris sur le pouce ou étirés sur la nuit, tous ces messages envoyés, ces discussions sur skype, en visio, ces éclats de rire au travail quand ils parlaient sur facebook, toutes les heures d’échanges et de sourires complices s’entremêlèrent pour mieux lui faire comprendre que s’ils ne se connaissaient que depuis quelques semaines, à peine, ils pouvaient facilement donner l’impression de se connaître depuis des années. Et que la limite qu’il avait eue l’impression de frôler tant de fois, sans la franchir, ce n’était que l’écho d’une limite qui avait explosé dès le premier soir, dès cette première fois, dans ce post-it qu’il avait eu beau jeter à la poubelle, il avait payé cher par la suite. Calixte resta silencieux. Sans regarder Pandora. Laissant plutôt ses pupilles traîner du côté du chien qui luisait toujours d’un doux éclat bleuté. Et laissant à Pandora le soin de se faire du souci, de s’inquiéter, de reprendre, comme pour combler le vide qui avait suivi son déni.

« Je ne voulais rien faire avant que tu sois réveillé... avant que tu saches, mais... si tu ne veux pas que je... si tu ne veux pas qu'on le garde, je comprendrai. Je crois... » Si tu ne veux pas qu’on le garde. Lentement, Calixte détacha son regard des objets pour revenir vers Pandora. « Tu... ne restes pas si loin, par pitié... si tu me fuis, ça sera pire encore... » Pire ? Pire ? Mais… Pire ? Il ne se releva pas, il ne se rapprocha pas, il ne pouvait tout simplement pas. Tout ce qu’il pouvait faire, à cet instant, c’était envisager de parler. De répondre. De tenter de composer avec tout ça. Elle était sûre que le petit était de lui. De cela, il n’y avait malheureusement plus à discuter. Mais pour le rester… Tu le sais depuis trois putain de semaines. Et les injures, si elles n’étaient pas absentes de son vocabulaire, étaient si rares entre ses lèvres que le putain lui écorcha la gueule. Et se densifia dans la nervosité et la tension dont il se faisait le héraut. Laisse-moi… laisse-moi deux minutes, veux-tu ? Et il en avait besoin, de ces deux minutes. Il avait besoin de deux semaines, même, voire de deux mois. Ou de deux années, voire de deux décennies. Lentement, lentement mais sûrement, différentes certitudes remontaient à la surface de sa conscience.

Comme des vagues sur le rivage venues déposer tous les déchets que d’autres personnes avaient pu jeter à l’eau.

Papa allait finir par l’apprendre, et sa réaction n’allait faire aucun doute. Maman allait finir par l’apprendre, et de sa déception non plus, il ne fallait pas douter. Quant à Edward, ou Alice, Calixte pouvait déjà voir leur mépris suinter par tous les pores de leur peau pour la simple et seule raison que si les rôles avaient été répartis autrement, le mépris aurait suint des pores de la sienne. Calixte se prit la tête entre les mains. Se força à inspirer. C’est marrant, je n’imaginais pas comme ça nos retrouvailles, Pandora. Un prénom complet, venu contraster avec le panda spontané et affectueux dont il l’avait affublée un peu plus tôt. Calixte fut pris d’un rire nerveux. Si je comprends bien, je vais… je vais être père. Il regarda la violoncelliste droit dans les yeux. Tu es enceinte, de moi, depuis six semaines. Tu attends un gosse. De moi. Depuis un putain de mois et demi. Calixte plongea son regard dans celui de Pandora. Une main enserrait sa poitrine. Pandora… tu… Il hésita sur la manière de formuler la chose. … Est-ce que tu te rends compte que tu attends… que tu… Mais il n’y avait pas de bonne manière de présenter ça. Calixte prit une grande inspiration. Pandora. Si ce bébé est vraiment de moi, alors ça veut dire que tu es enceinte d’un bâtard Seymour. Et dans ses lèvres résonna autant son désespoir que le nœud du problème. Parce qu’il fallait être honnête : quitte à admettre qu’il était amoureux d’elle, autant admettre également que cet enfant, il l’aimait déjà. Il le voulait, vraiment. Il le voyait comme une pépite, comme un prodige, comme une surprise qu’il avait déjà envie de chérir. Mais… il le voyait aussi au travers des yeux de Papa. Et quand Calixte reprit, ce fut Papa qui s’exprima par son biais. Je serai peut-être duc, un jour, Pandora. Et je suis très sérieux. Ce n’était pas le moment de rire de cette aristocratie et de ce titre qui, il le savait, n’avait aucune substance et intérêt aux yeux de Pandora. S’il arrive quelque chose à mon frère, je serai le futur Duc de Somerset. Et si Edward n’a pas d’enfants, n’a pas de fils, alors ce bébé… Et pour la première fois, Calixte pointa du doigt le ventre de Pandora, … ce bébé sera au centre de tous les regards. Je ne peux pas… il ne faut pas…

Il ne voulait pas ça pour lui.
Il ne fallait pas que ça se sache.
Quelque part, et c’était davantage de l’intuition que la conclusion d’une intense réflexion, Calixte était convaincu qu’il voulait cet enfant, qu’il voulait vraiment le tenir entre ses bras, présenter au monde son fils ou sa fille avec la plus grande fierté du monde, mais qu’il ne le voulait peut-être pas maintenant. Pas dans ces circonstances. Pas alors qu’il ne savait même pas les risques d’avoir un petit mutant. Pas alors qu’ils n’avaient aucun statut officiel. Pas alors que Pandora n’était ni de son monde, ni de son rang, ni même un parti acceptable aux yeux de Papa. Pas alors qu’il espérait des fiançailles futures avec Kaisa. Pas alors qu’il y avait un mutant fou qui se promenait en toute liberté dans Killingworth. Pas alors qu’il n’avait juste pas eu l’aval de Papa et Maman pour s’affranchir des attentes qu’on avait pour lui, ce rôle de roue de secours qui lui collait à la peau. Pas alors que rien ne pouvait lui permettre de protéger ce môme. Je… je ne sais pas ce qu’il convient de faire

 
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Dim 9 Sep - 19:23


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Pandora & Calixte






« Le seul… tu es sûre ? »

Je n'ai même pas envie de répondre à cette question et me contente de jeter un regard las à Calixte. Je suis vexée et je m'en étonne moi-même. Vexée qu'il doute de mes paroles, vexée qu'il doute de ma fidélité... mais fidélité à qui ? À quoi ? Elle n'a jamais été au programme, cette fidélité entre nous ! Tout était clair au départ et pourtant, les choses ont dérivé naturellement, tranquillement, sereinement... pour qu'au final, ce qui est devenu naturel avec nous, c'est de nous réveiller l'un à côté de l'autre un dimanche matin et de partager le petit déjeuner cliché de n'importe quel couple. Cette grossesse imprévue, elle ne fait que mettre en lumière que je refuse d'admettre depuis un bon moment... Calixte est le premier homme avec qui je me pose depuis Maximilian, et ce n'est pas peu dire. Je me prends la tête entre les mains tandis qu'il digère l'information, et ce jusqu'à ce que le « putain » vienne acidifier son discours. Je relève la tête, les traits tirés par la colère et la détresse.

« Oui, ça fait trois semaines ! Et comment aurais-tu voulu que je te le dise ? Ta famille a refusé toutes les visites, si on ne s'était pas croisés aujourd'hui, ça aurait pu durer encore longtemps ! Alors excuse-moi de ne pas t'avoir prévenu plus tôt ! »

Je suis submergée par trop d'émotions pour réussir à canaliser ce que je ressens. En général, annoncer une grossesse est synonyme de joie mais chez nous, ça rime juste avec angoisse et problèmes. Et alors qu'il me demande un moment, je lui fais signe de prendre tout son temps. Je peux bien lui laisser ça, après tout... j'ai été bien naïve de croire que Calixte prendrait tout ça très bien ! Après tout, c'est normal de butter sur une nouvelle pareille... si je pouvais, j'ignorerais tout ça mais c'est trop tard. De toute manière, dans ce genre de cas, il n'y a ni mauvaise ni bonne solution...

Ce n'est que lorsque Calixte reprend que je sursaute et relève la tête. Ça me fait tout drôle de l'entendre m'appeler Pandora... ces derniers temps, il a pris davantage l'habitude de m'appeler Panda. Tout devient plus sérieux, plus solennel, c'est... étrange. Et puis y a l'espoir, y a l'impression qu'il comprend, qu'il est le plus adulte que nous deux et mon cœur qui s'emballe comme un diable. Je dois bien l'avouer, je me suis attendue à tout sauf à ce que Calixte me dise de but en blanc qu'il va être père. S'il voulait être égoïste, il pourrait me dire de me débrouiller, d'avorter dans les 48 heures ou encore qu'il ne reconnaîtra jamais l'enfant. Je dois bien l'admettre, c'est le soulagement qui m'étreint lorsque j'esquisse un faible sourire. Sourire qui disparaît en entendant la suite.

« Ce n'est pas un bâtard, c'est notre enfant. »

Ma voix s'est faite autoritaire et glaciale à cet instant. Je refuse que ce petit tas de cellules gesticulantes dans mon ventre soit considéré comme une pièce d'un grand échiquier familial auquel je ne comprends pas grand chose. Je me retiens alors de lui dire que dans sa notion très arriéré et terre à terre de la famille, cet enfant ne peut porter que son nom. Pas le mien. Qui lui dit que je n'ai pas envie que ce soit l'inverse ? Qui lui dit que ça ne me dérange pas que mon propre enfant ne porte pas mon nom ? Et pourquoi je me pose ce genre de question alors que je ne suis même pas certaine de vouloir le garder ? Je n'aime pas l'appellation bâtard, un point c'est tout. Cet enfant n'a pas à subir notre connerie. Nerveuse, je me lève et commence à arpenter la pièce de long en large sans savoir où poser mes yeux ni mes pieds. Calixte cherche mon regard du sien mais dès que je le croise, je le fuis. Je n'aime pas ce qu'il me dit... je n'aime pas ce qu'il me sous entend. Je n'aime pas l'idée que parce qu'il porte sur les épaules la possibilité de devenir Duc, il se prive de tout. J'ai envie de hurler, de me mettre en colère, de lui dire qu'il est lâche... sauf qu'il n'est pas lâche. Il est simplement conditionné pour penser comme ça. Alors je soupire, décroise les bras et m'arrête un moment.

« Je sais, Cal, je sais tout ça... je te jure que je ne prends pas ça à la rigolade, que vous avez des... un protocole, dans la noblesse... je sais aussi que le pays a pour héritier un homme divorcé et un autre marié à une roturière. Explique-moi pourquoi un prince peut se le permettre et pas un fils de duc ? »

Moi aussi je suis très sérieuse. Si ce système rendait vraiment Calixte heureux et épanouit, il n'irait pas draguer à droite à gauche des femmes issues d'une autre classe que la sienne. Ça me semble tellement... illogique !

« J'ai entendu ce que tu avais à dire et je sais très bien qu'on ne changera le fonctionnement de ta famille. Je ne le critique pas, c'est comme ça, point. »

Et je suis pas certaine que beaucoup d'autres demoiselle issues du même milieu que moi aient souvent fait preuve d'autant de patience.

« Seulement, si je vais au terme de cette grossesse, il est hors de question que l'on m'écarte de l'éducation de cet enfant. Je... jamais une autre femme, qu'elle soit fille de comte ou de je ne sais qui, n'élèvera cet enfant, c'est clair ? »

Parce que si je prends la décision d'aller au bout, ce n'est pas pour abandonner le petit à son sort. Pas alors que j'ai moi-même été abandonnée par mon père.

« Je te prie de me croire que ce n'est pas un caprice de ma part mais je refuse que cet enfant soit abandonné par l'un de ses parents, je... non... en fait, c'est une très mauvaise idée. »

Pourquoi est-ce que je fais des plans sur la comète ? Ça ne peut pas marcher ! C'est impossible que ça marche ! Alors j'attrape mon sac, traverse la chambre et envisage sérieusement de sortir. Seulement, à l'instant où je pose ma main sur la poignée, je tremble bientôt pour l'ouvrir.

« Est-ce que... est-ce que si les choses avaient été différentes, tu l'aurais aimé, cet enfant ? »

Mais lorsque je me retourne, pendant faire face à un Calixte toujours assit au bord du lit, je me retrouve nez à nez avec lui, chancelant près de la porte. Instinctivement, ma main vient soutenir son coude et mon regard croise enfin le sien. J'ai l'impression que nos étreintes et baisers sont loin, si loin que je doute presque de leur existence.

« Je suis perdue, Calixte... j'ai toujours cru que dans une situation pareille, je n'hésiterais pas à fuir et à me faire oublier mais je n'ai pas pu m'y résoudre... pas avec toi. Je... je suis désolée de ne pas être de ton monde, désolée que nous n'ayons pas su rester qu'un plan cul sans lendemain, désolée qu'on en soit là... parce que dans un monde idéal, je ne réfléchirais pas à une solution. Dans un monde idéal, je nous verrais l'élever ensemble, ce petit asticot d'un moi et demi. Parce que dans un monde idéal, je pourrais te dire sans rougir que je... je t'... »

Mais les mots refusent de sortir, submerger par les larmes. Je suis perdue, désespérément perdue et je n'ai qu'une envie : que Calixte me prenne dans ses bras en me disant que ça va aller. Qu'on va s'en sortir. Je crois bien que je suis prête à tout accepter, sa vie, ses obligations, à vivre dans l'ombre, pour peu qu'il ne m'abandonne pas maintenant. Parce que si je quitte cette chambre, ça sera pour fuir, une fois de plus. Bon sang, ce n'est pas lui, le lâche.

C'est moi.
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Dim 16 Sep - 12:59

 
   

To my everlasting shame silence took me

   pandora & calixte
 
 
 
Le seul. Avait-il été le seul ? Etait-il le seul à pouvoir prétendre au rôle, à la fonction, à la nature de père pour ce… ce… - il avait envie de dire truc mais quelque chose l’en empêchait – cet enfant qui grandissait, lentement et sûrement, pas forcément conscient mais déjà présent, dans le sein de Pandora. Etait-il vraiment le seul sur la liste des possibles, sur la liste des partenaires de Pandora, sur la liste des… Etait-elle la seule ? La question le frappa, une fraction de seconde avant que la réponse – oui – ne le heurte plus violemment encore, dans une prise de conscience tardive – et aussitôt niée – de ce qui se profilait devant eux. Il était le seul. Et elle en était sûre, s’il interprétait correctement le regard las qu’elle lui lança en réponse à sa question, presque vexée, semblait-il, qu’il ose supposer le contraire. Le seul. La seule. Et il en résultait ce qui aurait presque été dans la logique des choses s’ils avaient formé tous les deux un couple des plus communs, des plus assumés, des plus routiniers… Calixte eut envie de disparaître, en s’asseyant sur un lit qui le sauva d’une chute pour le moins humiliante. Ses jambes ne le portaient plus, et ça n’avait pas de lien avec la faiblesse de ses muscles, la paralysie qui engourdissait encore ses membres. Ses jambes ne le portaient plus, son cœur s’affolait dans sa poitrine, dans des battements sourds et violents qui hurlaient à ses tempes les mêmes mots en continu : je suis enceinte. Et il était le seul père possible. Calixte se prit la tête entre les mains, Pandora poursuivit.

Expliqua. Raconta. Déstabilisa encore les émotions de Calixte, comme un enfant donnerait un coup de pieds dans une fourmilière déjà compliquée à comprendre : il n’arrivait pas à réfléchir, il n’arrivait pas à organiser ses pensées, c’était limite s’il parvenait encore à assimiler ce qu’elle était en train de lui dire. Il y avait la panique, tout d’abord, la panique face aux conséquences, la panique face à ce que tout ce qu’un enfant pouvait signifier, sous-entendre ; il y avait la honte, une honte née et ancrée dans son éducation, la honte de la déception, la honte de la colère et du mépris qui n’allaient pas manquer d’illuminer le regard de Papa quand il allait apprendre la nouvelle ; il y avait la joie, une joie profonde et simple, naïve et enfantine, une joie qui lui nouait la gorge, s’étranglait encore et encore dans des respirations hasardeuses, qui se débattait pour s’exprimer, qui s’écrasait, martelée par tout le reste ; il y avait la fierté, la fierté d’un Calixte qui avait envisagé tant et tant de fois d’entendre ces mots, la fierté d’un homme qui s’imaginait tenir un enfant dans ses bras, perdre sa main potelée dans la sienne, accompagner ses premiers rires, ses premiers pas, ses premiers sourires, consoler ses premiers cauchemars, ses premiers bobos, ses premiers chagrins ; et il y avait la prise de conscience, encore, de l’inconséquence de tout cela. Il y avait la peur, encore. Il y avait la colère, brûlante. Il y avait l’angoisse, omniprésente. Il y avait le déni, la lâcheté, l’écœurement d’un rejet, qui s’agitaient eux aussi pour avoir droit à la parole. Calixte se prit la tête entre les mains, secoua la tête, tenta de mettre de l’ordre dans ses pensées, dans ces multiples pensées qui traversaient son esprit comme des coups de feu, comme des étoiles filantes, comme des grains de poussière. Qu’allait en penser Maman ? Et qu’en penserait Abigaël ? Comment Kaisa allait-elle accepter des fiançailles avec un homme père d’un enfant hors mariage ? Saurait-il protéger cet enfant, l’élever ? Est-ce qu’il lu avait transmis ces gènes mutants qui polluait son ADN ? Le bébé, son mini-moi, allait-il être roux comme Pandora ? Brun comme Calixte ? Aimerait-il la musique ? Devait-il faire le choix égoïste d’exiger un avortement ? Pandora était-elle prête à subir le regard des médias ? Aurait-elle les épaules pour, ou préférerait-elle le fuir, s’enfuir avec l’enfant, pour mieux se préserver, les préserver ? Le Poison Prince avait-il laissé un impact sur le petit ? Qu’aurait-il fait, Calixte, si le petit avait été tué par le mutant ?

Qu’aurait-il fait, Calixte, si le petit avait été tué par le mutant ? Cette dernière question, cette pensée, s’imprima dans sa conscience comme une image rémanente, tandis que dans sa poitrine, une haine sans limite explosa de douleur et de violence à l’encontre d’un individu dont il ne savait rien. Strictement rien. Juste qu’il ne méritait qu’une chose : une justice expéditive, punitive, douloureuse et définitive. Calixte pinça les lèvres, se mura dans le silence, le temps d’organiser ses pensées, encore et encore, d’y remettre de l’ordre, délaissant lâchement à Pandora le soin de rompre son mutisme, de tenter de se justifier, de tenter de le faire parler. Il en conçut une pointe de culpabilité, rapidement étouffée par tout le reste, noyée dans tout le reste. Une culpabilité recrachée sous la forme d’une insulte acide, qui n’avait ni sa place dans sa bouche, ni sa place dans cette chambre d’hôpital. Et la colère, encore, nerveuse, sanguine, anxieuse. Une colère qui trouva son pendant dans une Pandora pas moins en colère ; une détresse qui trouva son écho dans une Pandora pas moins égarée. « Oui, ça fait trois semaines ! Et comment aurais-tu voulu que je te le dise ? Ta famille a refusé toutes les visites, si on ne s'était pas croisés aujourd'hui, ça aurait pu durer encore longtemps ! Alors excuse-moi de ne pas t'avoir prévenu plus tôt ! » Calixte se redressa, prêt à lui rétorquer que ce n’était pas ce qu’il voulait dire, qu’il n’en voulait pas de ses excuses ; Calixte se redressa, avant de s’affaisser.

Une seconde fois. Une fois de plus, une fois de trop, peut-être. Avant que l’amertume lasse, choquée, hébétée, ne prenne le pas sur tout le reste. Avant qu’il ne reprenne, d’une voix qui s’agita rapidement d’un rire nerveux, alors qu’il récapitulait. Pour comprendre. Pour assimiler. Pour se faire à l’idée de tout ce que trois mots, trop petits mots, pouvaient impliquer pour son avenir. Il allait être père. Et ces mots n’avaient pas le moindre sens. Il allait être père, elle attendait un gosse, elle attendait un mini-eux, elle allait être mère, et lui, allait être père. Et il avait beau se le répéter, ça n’avait pas le moindre foutu sens. Pas le moindre. Ça n’avait pas de réalité concrète, c’était vide, c’était creux, c’était chargé d’un néant qui aspirait chaque raisonnement qu’il pouvait tenter de bâtir. Est-ce qu’elle se rendait compte qu’elle n’était pas seulement enceinte, mais qu’elle était enceinte de lui ? Est-ce qu’elle s’en rendait seulement compte ? Se rendait-elle compte que, stricto sensu, l’enfant, leur enfant, allait naître bâtard ? « Ce n'est pas un bâtard, c'est notre enfant. » Calixte la regarda dans les yeux. Si. Ça en sera un, Pandora. Et Calixte avait recopié, encore et encore, suffisamment de dictionnaires, qu’ils soient en latin, en français, en anglais ou encore en allemand pour être intransigeant sur la définition du terme. Leur enfant sera un bâtard, une bâtarde. Aux yeux de toute personne à cheval sur le passé, à cheval sur l’étiquette, à cheval sur les traditions, il y aura un bâtard Seymour. Et à l’autorité de la voix de Pandora s’opposa la rigueur et la raideur de Calixte, de George Seymour et de tous leurs ancêtres. Une raideur figée, ancrée, immobile dans le temps, indifférente à l’érosion des sociétés. Calixte fixa Pandora. Et poursuivit. Les évidences. Il les énuméra, comme une leçon apprise, répétée, apprise une deuxième, une troisième fois, répétée encore. Calixte se fit vecteur de la voix de Papa. Calixte se fit intermédiaire, se haït de s’entendre répéter aussi froidement ce qu’il haïssait, mais ce qui le composait également, ce si qui avait détruit sa carrière d’altiste, ce si qui l’enchaînait à une vie en suspens, qui lui interdisait une pleine liberté d’action, qui le maintenait dans l’attente de ce qui n’allait pas se produire. De ce qui ne devait pas se produire.

S’il devenait duc un jour. Si Edward n’avait pas de fils. Pas d’enfance. Si, si et encore si… : l’ombre de ce si qui le couvrait et l’enfermait dans une camisole commençait déjà à s’attaquer à ce fœtus, cet embryon tout juste formé, qui se développait, qui allait vers une indépendance et un premier cri. Le comprenait-elle, ça ? Comprenait-elle qu’il ne voulait pas ça, pas ça pour lui, pour elle, il ne voulait pas qu’il subisse ça, il ne voulait pas qu’elle subisse les regards, les jugements, avant même de naître. Le comprenait-elle, Pandora, que plus Calixte y pensait, plus Calixte était terrifié ? « Je sais, Cal, je sais tout ça... je te jure que je ne prends pas ça à la rigolade, que vous avez des... un protocole, dans la noblesse... je sais aussi que le pays a pour héritier un homme divorcé et un autre marié à une roturière. Explique-moi pourquoi un prince peut se le permettre et pas un fils de duc ? » Il ouvrit la bouche pour répondre, les mots – interdits – moururent sans être prononcé. Il n’était pas que fils de duc. Il était fils de Veilleurs. Et les Veilleurs ne pouvaient pas s’entacher de scandales. « J'ai entendu ce que tu avais à dire et je sais très bien qu'on ne changera le fonctionnement de ta famille. Je ne le critique pas, c'est comme ça, point. » Calixte tressaillit. Se raidit. Cracha, acide, le Mais ? qui était en suspens dans la phrase de Pandora. Elle était patiente, elle était sur les nerfs ; lui aussi. « Seulement, si je vais au terme de cette grossesse, il est hors de question que l'on m'écarte de l'éducation de cet enfant. Je... jamais une autre femme, qu'elle soit fille de comte ou de je ne sais qui, n'élèvera cet enfant, c'est clair ? » Si. Calixte eut envie de vomir. Le si était déjà là. Comme un doute. Comme une incertitude. Constante. Je n’ai pas dit ça. L’aristocrate se para d’un ton distant et glacial. « Je te prie de me croire que ce n'est pas un caprice de ma part mais je refuse que cet enfant soit abandonné par l'un de ses parents, je... non... en fait, c'est une très mauvaise idée. » Elle se lève brutalement, Calixte envisagea de faire de même, la fatigue le cloua sur le matelas ; il tenta de la retenir dans une protestation. Pandora ! Qui te parle d’abandonner qui que ce soit ? Je ne suis pas ton père ! Encore heureux : ils auraient eux, dans le cas contraire, un cas de conscience incestueux. Ne projette pas tes angoisses sur moi ! Et lui, au final, que faisait-il ?

Calixte se mordit la lèvre, se releva, parvint à se relever, lentement : elle avait déjà récupéré son sac. Et avait déjà posé sa main sur la poignée. « Est-ce que... est-ce que si les choses avaient été différentes, tu l'aurais aimé, cet enfant ? » Chancelant, il s’immobilisa, les muscles tremblant sous l’effort fourni : le contact de sa main venant soutenir son coude se fit lave en fusion. « Je suis perdue, Calixte... j'ai toujours cru que dans une situation pareille, je n'hésiterais pas à fuir et à me faire oublier mais je n'ai pas pu m'y résoudre... pas avec toi. Je... je suis désolée de ne pas être de ton monde, désolée que nous n'ayons pas su rester qu'un plan cul sans lendemain, désolée qu'on en soit là... parce que dans un monde idéal, je ne réfléchirais pas à une solution. Dans un monde idéal, je nous verrais l'élever ensemble, ce petit asticot d'un mois et demi. Parce que dans un monde idéal, je pourrais te dire sans rougir que je... je t'... » Il ne voulait pas entendre la suite. Cette pensée le traversa, comme une flèche, fit exploser le brouillard de ses doutes, de ses hurlements de panique qui le tiraillaient dans toutes les directions pour le pousser à vouloir tous les problèmes qui s’amoncelait autour de la grossesse.

Il ne voulait pas entendre la suite.
Il ne voulut pas entendre la suite.
Calixte l’embrassa. La fit taire en l’embrassant, indifférent au fait qu’elle n’avait pas achevé sa phrase. Parce qu’il ne voulait pas entendre ça. Il ne voulait pas entendre des excuses qu’il avait envie de prononcer, aussi ; qu’il ne voulait pas écouter. Il ne voulait pas entendre ça. Il l’embrassa, avec le désespoir de celui qui avait failli y passer, qui avait pensé à elle bien trop de fois au cours de ces derniers jours pour que ça ne puisse qu’être un hasard. Il l’embrassa, comme pour chercher une réponse, une solution. Il l’embrassa, ne la quitta que pour respirer revenir à la charge en la prenant dans ses bras, sans savoir qui, des deux, soutenait l’autre, empêchait l’autre de tomber. Certainement Pandora. Moi aussi. Sa voix se fit rauque. Il s’écarta, pour la regarder dans les yeux. Moi aussi, je suis désolé. Lui aussi, il ne voulait pas terminer sa phrase. Calixte se mordit la lèvre. Je suis perdu. Moi aussi, je suis perdu, moi aussi, je suis désolé qu’on en soit là. Moi aussi, j’aimerais vivre dans un monde idéal, où je serais libre de faire mes choix, libre d’être égoïste, libre d’ignorer que je ne suis qu’une vulgaire roue de secours pour la transmission d’un titre que je ne porterai jamais. Moi aussi je suis désolé qu’on ait totalement déconné, à un moment donné, qu’on passe d’un plan cul de tonnerre à quelque chose… de plus confus. Moi aussi, je suis désolé de ne pas savoir ce que je fais, vers où on va, ce qu’on doit faire, moi aussi, je…

Il l’avait su. Il l’avait su dès le premier matin. Il l’avait su dès son réveil, ce matin-là, quand il avait trouvé des draps froids, et un post-it, avec des chiffres qui se suivaient comme une ribambelle de rires moqueurs. Il l’avait su, en jetant ce post-it à la poubelle, quand il l’avait aussitôt regretté, que Pandora était dangereuse pour lui. Trop dangereuse. Trop attirante, trop belle, trop intelligente, trop caustique, trop toxique, pour lui. Il l’avait su, et il avait pourtant voulu tenter le diable, se laisse tenter par cette Esméralda. Il le regrettait, désormais, ou plutôt il regrettait de ne pas le regretter. Il regrettait de se rendre compte qu’il ne parvenait pas à regretter, qu’il ne parvenait pas à regretter quoique ce soit, qu’il ne regrettait rien. Il l’avait su, dès le premier matin. Je suis désolé. Je suis désolé, Pandora, parce que je l’aime, ce môme. Je sais qu’il existe depuis quoi, dix, quinze minutes, mais je l’aime, crois-moi. Parce que si je ne l’aimais pas, si j’avais été raisonnable, je t’aurais envoyée chier. Parce que ça vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas lié à moi, parce que ça vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas un Seymour, qu’il n’ait pas ce si qui pendouille au-dessus de son crâne comme une foutue épée de Damoclès. Si je ne l’aimais pas, les choses seraient tellement plus simples. Je ne peux pas ne pas l’aimer, Panda. Je n’aime pas tout ce qu’il provoque, tout ce qu’il chamboule, mais, bonté divine, je l’aime. Et dans ses yeux, on pouvait lire je t’aime. J’aime ce qu’il signifie, j’aime l’idée d’être père, j’aime l’idée d’avoir un fils, ou une fille, j’aime l’idée de me projeter. Parce qu’au milieu de la colère de mon père, du mépris de mon frère, des flashs des appareils photos, il suffit que je ferme les yeux pour que je me vois déjà lui apprendre à tenir un archet. Et au milieu des insultes polaires de mon père, des sarcasmes et des sentences de mon frère, des hurlements de journalistes qui n’auront qu’une envie : chercher le scandale, je l’entends m’appeler Papa et son éclat de rire.

Il inspira pour refouler des larmes au milieu du rire nerveux qui tressautait dans sa voix. Je suis désolé, Panda. J’aimerais n’en avoir rien à faire de lui, de toi. Parce que tu sais ce que je suis en train de me dire, là ? Que je doute pouvoir un jour me permettre de le reconnaître. Tout en me disant que je ne supporterai pas l’idée de ne pas être là pour lui.  

 
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Dim 16 Sep - 18:21


To my everlasting shame silence took me
Pandora & Calixte






Le seul... bien sûr, que ça a été le seul. C'est une évidence qui n'a aucun sens mais ça fait deux mois que c'est le seul. L'unique. Celui vers qui je me tourne systématiquement, celui dont le nom pullule un peu plus chaque jour entre mes lèvres ou sur mon téléphone. Celui que j'ai appris à aimer avant même d'en avoir conscience, celui dont la présence m'est devenue vitale alors même que je clamais mon indépendance. Il est là, le souci : ce minuscule têtard dans mon ventre n'est pour l'instant qu'un poing fiché dans mon estomac pour me forcer à ouvrir les yeux sur l'évidence. Je ne saurais même pas dire à quel moment tout a basculé. Quand exactement a-t-il cessé de n'être qu'une énième conquête sur une liste sans intérêt ? Et ça me fait peur, terriblement peur, parce que la dernière fois que j'ai ressenti ça, c'était pour Max. Et les choses étaient radicalement différentes. Avec Max, j'étais heureuse, épanouie, j'avais le sentiment d'avoir trouvé la bonne personne, d'être prête à me poser... mais il m'a prouvé le contraire en ne dévoilant ses cartes qu'après m'avoir fait miroiter la perfection. Je ne peux pas m'empêcher de voir des similitudes entre lui et Calixte, à commencer par ce sang bleu qui coule dans leurs veines et leur donne cette préciosité qui m'amuse. Ce sont des mélomanes tous les deux, des amoureux des notes, des passionnés, des poètes par bien des aspects et ça m'angoisse plus que ça ne me rassure. Et si Calixte était aussi instable que Max ? Si lui aussi finissait par s'apercevoir de ce dont je suis capable et cherchait à s'en servir ? Pire que ça... et si Calixte faisait partie de ceux qui haïssent les mutant au point de préférer les voir morts ? Je ne suis pas certaine de pouvoir assumer mes sentiments avec cette peur au ventre et je sais qu'elle est injustifiée, car il y a un risque sur des millions pour que Calixte soit aussi fou que Max l'est, non ?

Pour l'heure, il y a autre chose de plus urgent : que fait-on concrètement ? Je suis incapable de prendre cette décision toute seule mais je n'aime pas du tout les choix de vocabulaire de Calixte... Un bâtard ? Et puis quoi, encore ?

« Et bien soit ! Si tu crains qu'il ne soit un bâtard Seymour, je vais t'épargner ça : il portera mon nom, ça sera bien plus simple pour tout le monde. »

Et je suis très sérieuse en disant ça. Ça résoudrait bien des problèmes si le petit portait mon nom et non celui de Calixte et vu la famille dans laquelle j'ai vu le jour, ça ne me poserait aucun problème. Après tout, ce n'est qu'un nom, ça ne changera rien au fait que Calixte en est le père, qu'il le veuille ou non. Et puis, finalement, tout fini par m'angoisser plus qu'autre chose. Je réalise que s'il vient au monde, cet enfant aura droit à tout ce que je hais depuis des années : une famille dysfonctionnelle, un équilibre incertain et je me suis toujours jurée de ne jamais faire endurer ça à qui que ce soit. Il aura le poids d'une naissance accidentelle, il devra rester caché parce que son père est pieds et poings liés, il n'aura de parent officiel que sa mère et ça me renvoie inévitablement à ma situation. Et surtout... s'il est malade, lui aussi ? J'ai cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, tout autant que je sais que je risque d'en faire un orphelin bien plus tôt que prévu à cause de ma santé en carton. Est-ce que c'est vraiment ce que je veux pour lui ? Pour Calixte ? Alors je me lève, ramasse mes affaires, fuis sous les protestations de Calixte. Non, il n'est pas mon père, mais je n'ai pas suffisamment confiance en moi et donc en nous pour être certaine qu'il ne me fera pas le même coup à son tour.

« Mes angoisses ? Ce n'est pas toi qui le portes ! Tu n'es peut-être pas mon père, Calixte, mais je ne te connais pas assez pour savoir comment tu réagiras dans 9 mois, dans 2 ans, dans 10 ans... »

Et ce que je dis vaut aussi pour moi. Si je ne me suis jamais imaginée mère, ce n'est pas pour rien : je suis persuadée d'être la dernière personne sur Terre à pouvoir tenir ce rôle-là correctement. Je ne suis pas quelqu'un de raisonnable, encore moins de responsable, j'ai l'esprit d'une ado assoiffée de liberté, je suis en colère en permanence, je suis paumée et ça, Calixte n'en a vu que la surface. Mais c'est un fait : je ne serai pas une bonne mère ni un bon soutien et me rend terriblement triste. D'autant plus triste qu'à peine ai-je posé la main sur la poignée que je regrette déjà de fuir.

Je ne me suis jamais sentie perdue à ce point, jamais je n'ai eu le sentiment de ne pas avoir le choix et d'être confrontée à une solution qui ne me plaît pas tout en étant inévitable. Je n'ai pas envie que notre... histoire ? Relation ? S'arrête là. Je n'ai pas envie qu'en passant cette porte, ce soir le dernier souvenir que j'aurai de Calixte, je ne veux pas le voir me tourner le dos et pourtant, c'est moi qui le fais, à cet instant. Quand je me tourne vers lui, les yeux brillants de larmes de que je ne cherche même plus à contenir, je cherche dans les siens une réponse. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que tu va faire, Calixte ?

Si plus tard on devait me poser la question, je répondrais que c'est à ce moment-là que j'ai su. Le moment où, pour répondre à tout ça, à mes aveux honteux et inachevés, il m'a embrassée. Je sais que je parlerai de son parfum qui m'a tant manqué, de ses lèvres que je ne voudrais ne plus jamais quitter, que j'évoquerai avec un sourire aux lèvres son étreinte et le désespoir dans lequel nous nous sommes drapés pour mieux repousser au loin nos responsabilités. Et je sais que je dirai aussi que si ce moment avait pu durer plus longtemps, j'en aurais été heureuse. Dans ses bras, je m'agrippe comme je peux à sa chemise d'hôpital, sanglotant silencieusement alors que la fatigue et l'angoisse menacent de me faire tomber à genoux. Et lui aussi, lorsqu'il me lâche pour mieux me regarder avec des yeux qui appellent autant à l'aide que les miens, lui aussi n'arrive pas à achever ses phrases. Parce que j'ai la certitude qu'il a compris ce que j'ai voulu dire, tout autant que je sais, au fond de moi, que s'il n'éprouvait pas la même chose, il ne m'aurait pas embrassée. Alors je m'accroche à cette certitude, m'y cramponne pour ne surtout pas tomber. Parce que si je tombe, je n'arriverai pas à me relever.

Il est pieds et poings liés, lui aussi. Le poids d'un héritage, d'une famille, de traditions décennales, centenaires, peut-être millénaires... je sais pertinemment qu'entre lui et moi, ça sera toujours compliqué à cause de ce nom, de cette lignée à laquelle il appartient et pourtant, j'ai à peine effleuré la surface de tous les problèmes que ça va poser. Mais je sais aussi que si nous nous étions privés de tout ça pour quelques responsabilités à la con, nous l'aurions regretté. Je l'aurais regretté. Je repense à ces soirées, ces après-midi, ces moments passés ensemble, ces éclats de rire, ces discussions plus sérieuses, ces tirades passionnées autour de la musique, ces regards complices... quand j'y pense, ces deux mois ressemblent à une parodie étrange de film à l'eau de rose, tant nous sommes similaires et bien accordés par mieux bien des aspects. Seulement, dans un film à l'eau de rose, ça se finirait bien. Là... je ne suis pas certaine que ça soit le cas et pourtant, entre deux larmes, j'esquisse un sourire.

« Dans un monde idéal, on ferait nos bagages et on s'enfuirait loin de tout ça... »

Mais on n'est pas dans un monde idéal, on est dans la réalité, et la réalité est pleine de nids de poule et de troncs d'arbre sur le chemin. La réalité, elle fait mal. Et la réalité, elle a pris la forme d'une minuscule créature qui n'a rien demandé à personne mais qui aura bientôt besoin de nous. Peut-être aura-t-il les cheveux poil de carotte comme les miens, peut-être aura-t-il la tignasse brune de Calixte, mes yeux bleus ou les siens, plus sombres... je sais simplement que quoi qu'on fasse, il nous ressemblera. Et je n'ai pas envie, dans quelques années, de lui dire qu'il est un accident et une erreur. S'il est une erreur, autant s'arrêter là et lui épargner ça. Et alors que Calixte reprend, je me rends compte d'une chose : il se voit déjà père, a déjà intégré l'idée que nous soyons parents... moi non. Je suis restée figée dans l'idée que je ne pourrai jamais être une bonne mère et, par conséquent, n'ai pas verbalisé la chose de cette manière. Mais les mots de Calixte me touchent, me redonnent espoir, me font sourire au milieu des larmes qui coulent toujours. Je l'ai imaginé hautain, méprisant, en train de me dire que si je n'avortais pas, il me pourrirais la vie, je l'ai voulu monstrueux pour pouvoir mettre un terme à tout ça... et j'ai été terriblement ingrate. De nous deux, ce sera lui, le parent modèle, pas moi. Il aime l'idée d'un petit être qui l'appellera papa et je ne peux pas nier que ça me touche au plus haut point. Il est prêt à assumer la colère de son propre père pour pouvoir entendre le rire d'un enfant et lorsque mes doigts se glissent entre les siens, c'est pour approuver silencieusement ce qu'il dit. Il m'a rassurée, de toute les manières possibles et imaginables et soudain, je me sens enfin en confiance : j'ai le sentiment que sans ses obligations, Calixte aurait été le premier de nous deux à se réjouir de la nouvelle. C'est lui, l'adulte, clairement. Je l'ai réellement voulu ingrat mais je préfère cent fois la perspective d'en baver si nous sommes ensemble. Tous les trois. Bon sang... trois. Qu'est-ce que tu fiches, Pandora ? Lorsque la voix de Calixte se brise sur des larmes qu'il semble refouler ma main tremblante s'en va caresser doucement sa joue à la barbe plus longue qu'à l'accoutumée.

« Ce n'est pas grave... parce que tu m'as prouvé que sous les responsabilités d'un fils intègre, il y a aussi l'âme d'un futur père, Cal. Tu as bien plus de courage que je n'en aurai jamais et cet enfant, si petit soit-il, a bien de la chance de t'avoir. Je ne brandirai pas ce petit pour exiger quoi que ce soit de toi, je veux simplement qu'il puisse grandir avec un père. Ça m'est égal s'il ne porte pas ton nom, s'il n'est pas officiellement ton fils, parce que ce n'est pas un bout de papier qui comptera pour lui. Ce qui sera important, c'est s'il peut t'appeler papa, si tu lui apprends à faire du vélo ou je ne sais quelle connerie. Alors je... j'ai envie d'aimer cette idée autant que toi, j'ai envie que tout ça devienne concret... j'ai envie de l'accompagner lorsqu'il apprendra le piano ou la clarinette, j'ai envie de te voir lui apprendre à lire, je... je sais que j'ai l'air d'une idéaliste et que tout ça nous met plus dans la merde qu'autre chose mais je... si tu veux de cet enfant toi aussi, alors nous le garderons. »

Je sais que tout ça est surréaliste et que ça nous créer plus d'embarras qu'autre chose mais je sais aussi que nous le regretterons toute notre vie s'il en est autrement. Hein, Calixte ? J'ai tellement envie de croire que tout ce qu'il vient de dire est mûrement réfléchit, que ce ne sont pas les litres de calmants qu'il prend qui lui font dire tout ça, qu'il est honnête... que je suis honnête aussi.

« Mais je... je n'ai aucune idée de la façon dont on élève un enfant, je... j'ai peur d'être une mauvaise mère... »

Et à cet instant, j'ai envie de tout lui dire. Que je suis une mutante et qu'être mutant, dans ma famille, signifie aussi être malade. Que la mutation, je m'en fiche, mais que les effets secondaires peuvent être dévastateurs.

« Cal, je... », ça paraît si simple à dire, dans ma tête. « Je suis contente que tu ailles mieux... »

Je suis lâche mais je ne peux tout simplement pas lui dire ça maintenant. Trop de révélations d'un coup, ça serait le faire fuir alors même que de nous deux, il semble être le plus à même d'assumer tout ça. Alors je souris, me redresse et dépose un baiser au coin de ses lèvres. Je ne sais pas vers quoi nous nous dirigeons, mais nous y allons, c'est certain.
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Mer 26 Sep - 0:21

 
   

To my everlasting shame silence took me

   pandora & calixte
 
 
 
Il s’en souvenait avec une acuité accrue. Calixte avait toujours eu une bonne mémoire, entretenue par des précepteurs, entretenue par les exigences de Papa, exacerbée par ce qu’il ne cessait d’attendre de lui. Calixte avait toujours eu une bonne mémoire, et plus encore lorsqu’il s’agissait d’entendre. D’entendre les mélodies, les rythmes, les subtils changements de sons et de notes ; il retenait les morceaux, il retenait les voix, les intonations. Il n’avait pas l’oreille absolue, mais il avait cette oreille relative poussée à l’extrême, et cette mémoire auditive marquante. Et il l’entendait à nouveau, à cet instant. La voix de Papa le trouvant au lit avec une inconnue, pas pour la première fois, pas pour la dernière fois, malgré tous les efforts qu’il pouvait déployer à seize ou dix-sept ans pour échapper aux reproches du duc de Somerset. Tu me fais honte, Henry. Il entendait encore cette voix grave, si grave, si rauque, si directe et chargée de déception. Il est hors de question que tu déshonores les Seymour. Ne t’avise jamais de nous faire un bâtard. Il s’en souvenait avec une acuité accrue. Et lorsque Calixte regarda Pandora dans les yeux, lorsqu’il soutint son regard, ses reproches, ce fut en continuant d’entendre Papa lui répéter, encore et encore ne t’avise jamais de nous faire un bâtard, comme une mise en garde, comme une démarcation entre le trop et le définitif, une ligne rouge tracée dans le sang, le sang qu’il charriait dans ses veines, à l’héritage aristocrate, au futur guindé et bien-pensant. Leur enfant, et diable que ces deux mots étaient étranges à prononcer, sera un bâtard. Peu importait tout ce que Pandora pouvait dire, protester, peu importait, au final, ce voile qu’elle pouvait apposer sur son visage. Calixte avait grandi environné de principes d’un autre temps, étiqueté de mots et d’expressions aussi figés que fermés, et il était incapable, à cet instant, de s’en défaire. D’ignorer les mots de Papa, qui résonnaient un peu plus à chaque battement de cœur. « Et bien soit ! Si tu crains qu'il ne soit un bâtard Seymour, je vais t'épargner ça : il portera mon nom, ça sera bien plus simple pour tout le monde. » Il manqua un soupir, il retint un ça ne changera rien qui aurait jeté davantage d’huile que d’eau sur un feu déjà bouillant et étendu, Calixte se retint, préféra se calfeutrer derrière une raideur figée, et les évidences, dictées une nouvelle fois par la voix de Papa, par la voix du duc, par la voix du patriarche, par la voix de cette autorité qui le maintenait sur le droit chemin, ou du moins le chemin qu’il jugeait droit. Si, si, si, les si de Papa qu’il haïssait tant, Calixte, ces si chargèrent déjà leur enfant, tout juste conçu, encore bien ignorant du monde qui l’entourait.

Et Calixte se fit terrifié devant tout ce que ça impliquait. Se fit angoissé de voir à quel point, à quel point, bon sang, il reportait déjà sur leur enfant ce que Papa avait fait pesé depuis son adolescence sur ses épaules, ce si qui lui avait fait haïr un frère, envier un titre, délaisser une carrière, un si qui lui gâchait l’existence et qui la lui gâcherait encore longtemps, s’il en croyait – et il y croyait – les oppositions et les doutes qu’il venait de confier à Pandora ; des si, encore des si. Et quelque part, malgré tout ce que Pandora pouvait opposer à ses inquiétudes, Calixte avait la certitude qu’elle ne pouvait pas comprendre. Parce que n’était pas qu’un titre qui était en jeu, ce n’était pas qu’un nom qui était en jeu, c’était plus, bien plus que ça. Pouvait-il vraiment envisager de tenir leur futur enfant loin, très loin, trop loin de la Veille ? Non, bien sûr que non. Mais dans ce cas, pouvait-il tenir Pandora loin de ce secret familial ? Non, également. Sauf qu’il ne pouvait pas l’en informer sans qu’ils ne se soient liés aux yeux de l’Etat, aux yeux des Veilleurs et que… ce n’était tout simplement pas envisageable pour le moment. Pandora n’était qu’un plan cul. Qu’une amie. Que rien de plus que tout cela. Et… et Calixte songea, le temps d’un soupir, que le coma n’était peut-être pas si mal que ça, finalement, une fois mis en perspective avec une Pandora enceinte, un enfant à naître, et toutes les questions que ça pouvait soulever. Face à tout ce que ça allait provoquer, aussi.

Il n’avait pas envie de se disputer avec elle. Et pourtant, lorsqu’elle se leva brusquement et qu’il voulut faire de même, ce fut exactement ce qui se produisit, le début d’une dispute. Le ton qui se haussa brutalement, des reproches, une agressivité presque gratuite, déjà latente depuis trop de minutes pour qu’elle n’en vienne pas à émerger. « Mes angoisses ? Ce n'est pas toi qui le portes ! Tu n'es peut-être pas mon père, Calixte, mais je ne te connais pas assez pour savoir comment tu réagiras dans 9 mois, dans 2 ans, dans 10 ans... » Debout, chancelant, Calixte se mordit la lèvre pour retenir les remarques acerbes qui lui vinrent à la gorge, acidifiées par la colère et la détresse, deux émotions qui ne faisaient jamais bon ménage. Fais-moi confiance !, qu’il hésita à lui hurler, ne se taisant que parce qu’il était hors de question de complexifier davantage encore leur relation déjà bancale. Ne t’avise pas à nous faire un bâtard. Calixte détourna le regard quand Pandora posa la main sur la poignée.

Et chancela à nouveau quand elle se tourna vers lui. Bonté divine, c’était trop compliqué pour elle de partir en claquant la porte, et de mettre un point final à toute cette histoire qui ne pouvait mener qu’à… Je pourrais te dire sans rougir que je…. Est-ce qu’il l’aurait aimé si les choses auraient été différentes ? La question de Pandora lui parut stupide. Parce qu’il l’aimait. Il l’aimait cet enfant, il l’aimait déjà profondément. Calixte aimait, il aimait peut-être trop parfois, mais surtout… il s’était déjà projeté dans cette situation. Avec une autre. Des années plus tôt. Il avait déjà fait une fois ce cheminement qui transformait un jeune adulte en futur père, il avait déjà caressé cet avenir du bout des doigts en traçant de son index les courbes d’Abigaël, comme pour mieux s’imaginer la perfection que pourraient former leurs deux corps, leurs gènes… il avait déjà réfléchi à tout ça. Des années plus tôt. Et maintenant, aujourd’hui, avec la seule femme qui comptait, qui avait réussi à compter vraiment à ses yeux depuis Abi… bien sûr qu’il l’aimait. Qu’il l’aimait, cet enfant.

Et bien sûr qu’il l’aimait, elle aussi. Même s’il était incapable de le dire. Même si quelque part, il refusait de l’accepter, parce que plus encore que la grossesse, ça signifierait donner son cœur à quelqu’un avant de sacrifier encore son bonheur encore au nom de la Veille et au nom des Seymour. Il l’avait déjà fait deux fois, en abandonnant l’alto, en tirant sur Abigaël. Il ne pouvait pas aimer Pandora, parce qu’il le savait, il le savait déjà, qu’il ne pourrait se résoudre à tout sacrifier une troisième fois. Bien sûr qu’il l’aimait. Mais bien sûr, aussi…

Il l’embrassa. Parce que tout ce qu’il était incapable de dire, d’admettre, de reconnaître, tout ça, au moins pouvait-il le communiquer autrement. Il l’embrassa, désespéré. Il l’embrassa, avec avidité, avec tendresse, avec désespoir, avec détresse, avec douceur, il l’embrassa, et quand elle s’agrippa à lui, il se sentit mourir un peu. Ils s’étaient déjà embrassés, mais jamais comme ça. Et Calixte chavira un peu plus, fébrile. Il s’agrippa à son tour à Pandora, sans plus savoir qui des deux retenait l’autre.

Dans tous les cas, pour le moment, c’était elle qui le retenait, lui. Qui le soutenait. Il le poussait à tenter d’expliquer. A quel point il voulait, vraiment, que le monde idéal qu’elle évoquait soit réel. Qu’il soit le leur, aussi. Qu’il puisse cesser, un jour, d’entendre les reproches de Papa, les ordres de Papa, les attentes de Papa. Qu’il puisse être libre d’un nom qu’il adorait, d’un avenir et d’une cause qu’il chérissait. Qu’il puisse être libre de juste se laisser aller, vraiment. D’être égoïste, plus encore qu’actuellement, d’être véritablement égoïste au point de pouvoir faire comme sa cousine Theodora et de se proclamer maître de lui-même et de ses choix. « Dans un monde idéal, on ferait nos bagages et on s'enfuirait loin de tout ça... » Calixte enlaça Pandora. Dans un monde idéal, nul mutant, nul titre, nul héritage ne se mettraient entre eux deux, peut-être. A moins que dans ce monde idéal, Calixte ne l’ait jamais retrouvée.

Il l’avait su. Il l’avait su, après tout, dès le premier matin, qu’elle était spéciale. Qu’elle était unique. Et qu’elle était dangereuse pour lui, pour eux, pour tout. Et il était désolé, quelque part, Calixte, d’avoir à ce point joué avec le feu. Il était désolé, vraiment désolé. Mais il ne le regrettait juste pas, il était même incapable de le regretter. Il était désolé de ne pas pouvoir lui tourner le dos, simplifier leur vie à tous les deux. Il était désolé de l’aimer, cet enfant, il était désolé de ne pas arriver à se dire qu’il n’allait pas avoir le droit de se mêler de la vie de ce petit être, de ce petit humain, de ce petit cœur qui battait déjà, peut-être, certainement, entre eux deux. Il était désolé, Calixte, parce que pour lui, il était déjà là. Et il était déjà trop présent. Les larmes de Pandora trouvèrent leurs sœurs dans celles qui perlaient, une à une, au fur et à mesure de ses mots.

Calixte déglutit avec peine, dans un rire nerveux qui ne s’embarrassait pas de commentaires, les doigts entremêlés à ceux de Pandora. Il était désolé, vraiment désolé. Parce qu’il fallait être lucide : ils ne vivaient pas dans un monde idéal. Et ce petit, ça allait être compliqué pour lui de l’élever. Il le voulait, il le voulait tellement. De la même manière qu’il avait un jour voulu, tellement voulu, rejoindre le philharmonique de Londres. « Ce n'est pas grave... parce que tu m'as prouvé que sous les responsabilités d'un fils intègre, il y a aussi l'âme d'un futur père, Cal. Tu as bien plus de courage que je n'en aurai jamais et cet enfant, si petit soit-il, a bien de la chance de t'avoir. Je ne brandirai pas ce petit pour exiger quoi que ce soit de toi, je veux simplement qu'il puisse grandir avec un père. Ça m'est égal s'il ne porte pas ton nom, s'il n'est pas officiellement ton fils, parce que ce n'est pas un bout de papier qui comptera pour lui. Ce qui sera important, c'est s'il peut t'appeler papa, si tu lui apprends à faire du vélo ou je ne sais quelle connerie. Alors je... j'ai envie d'aimer cette idée autant que toi, j'ai envie que tout ça devienne concret... j'ai envie de l'accompagner lorsqu'il apprendra le piano ou la clarinette, j'ai envie de te voir lui apprendre à lire, je... je sais que j'ai l'air d'une idéaliste et que tout ça nous met plus dans la merde qu'autre chose mais je... si tu veux de cet enfant toi aussi, alors nous le garderons. » Il tentait un peu plus tôt de refouler ses larmes, Calixte laissa échapper un sanglot, en enfouissant sa tête dans l’épaule de Pandora. Il était incapable d’être comme Edward, il était incapable de maintenir au loin une sensibilité exacerbée par la fatigue, par les médicaments qu’on lui donnait, il était incapable d’exercer le moindre contrôle sur ce qu’il ressentait, à cet instant. Si tu veux de cet enfant, Bien sûr que je le veux, il n’est responsable de rien, il ne demande rien, il est juste là, il sera juste là, comme… Comme quoi ? Calixte se força à reculer, à lâcher Pandora, à reprendre contenance. Se passer une main sur le visage. Et regarder Pandora, encore, pour que ses prunelles puissent lui hurler ce qu’il voulait lui dire. Sans être capable d’articuler quoique ce soit. Il avait déjà du mal à respirer, du mal à rester debout. Il chancelait, il titubait.

« Mais je... je n'ai aucune idée de la façon dont on élève un enfant, je... j'ai peur d'être une mauvaise mère... Cal, je... » Il inspira. Et l’imagina sans peine tenir un enfant dans les mains, une petite fille aux cheveux aussi noirs que les siens, aux yeux aussi clairs et éclatants que ceux de sa mère. Ce n’était pas difficile de savoir que Pandora ne pouvait faire qu’une mère parfaite. « Je suis contente que tu ailles mieux... » Et avant qu’il ne réponde quoique ce soit, elle lui vola un peu plus d’oxygène d’un baiser au coin des lèvres. Il la retint, si jamais elle avait en tête la mauvaise idée de partir, et l’invita à s’asseoir à côté de lui, sur ce lit qu’il rejoignit avant de s’évanouir. Je vais mieux, oui.. Sa tête dodelina pour s’appuyer sur l’épaule de Pandora. Je suis heureux que tu ailles bien. Et prenant conscience du ridicule de la situation, il se redressa dans un raclement de gorge, en tendant la main pour se saisir du chien en peluche, pour mieux se donner contenance. Je n’arrive pas à savoir… je ne sais pas vers où on se dirige, Panda. Je veux dire… je veux être père, et… tu seras une mère formidable, j’en suis convaincu. On fera de notre mieux. J’espère qu’on sera à la hauteur mais…. Mais. Mais il y avait tellement d’écueils à prévoir. A anticiper. Des écueils qu’ils n’allaient pas pouvoir éviter. J’aimerais… je n’arrive pas à savoir si… Il n’arrivait surtout pas à finir sa phrase. Calixte se passa une main sur le visage, une main nerveuse. Ca va le faire. Ca va forcément le faire. Il faut juste que… il vaut juste peut-être mieux qu’on garde ça pour nous, pour le moment. Le temps qu’on… s’habitue à l’idée. Qu’on trouve un équilibre. Qu’on… Non, vraiment, il n’arrivait pas à formuler ses pensées : elles étaient trop confuses, même pour lui, pour qu’il puisse les organiser comme il se devait.

Et il partit à nouveau dans un rire des plus nerveux. Doux Jésus. Juste du sexe, une bonne entente, rien de plus, mais qu’est-ce qu’on a été con de croire qu’on allait pouvoir en rester là. Qu’est-ce qu’on a été con, Panda.

Et pour avoir été con… ils l’avaient été. Et pas qu’un peu. Il repartit dans un rire nerveux. J’étais en train de me demander comment, en même pas deux mois, deux mois et demi, tu avais réussi à devenir aussi importante pour moi. Tu… à bien y regarder, on ne se connait même pas tant que ça, et pourtant… Et pourtant, ils en étaient là. A parler d’avoir un enfant ensemble – même si là-dessus, ils se retrouvaient plus au pied du mur qu’autre chose – et s’avouaient à demi-mots que non, ils n’étaient pas restés qu’à du purement physique d’un point de vue relationnel. Emotionnel. J’ai demandé à Edward si tu étais dans la liste des victimes. A mon réveil. Il était là. Et je lui ai demandé. Qu’il concéda dans un murmure, sans y penser, dans la suite logique de ses rires nerveux.

Peut-être aurait-il dû se rendre compte, à ce moment-là, qu’il n’y avait pas que du charnel, entre Pandora et lui. Même s’il le savait depuis longtemps. Bien plus longtemps. Et sa voix se fit chuchotis, presque inaudible, lorsqu’il reprit. J’espère que tu ne regretteras pas. J’espère qu’on ne regrettera pas…

 
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par Pandora A. O'Sullivan le Dim 30 Sep - 23:08


To my everlasting shame silence took me
Pandora & Calixte






Je me suis souvent sentie perdue, en bientôt trente années d'existence. C'est normal, quelque part, de chercher des repères et de se sentir démunie à plusieurs moments de notre vie. Perdre mon père a été une énorme source d'angoisse, à base de « qu'ai-je fait ? » particulièrement égoïste, découvrir le vrai visage de Max également, comprendre que jamais je n'aurais de carrière sur la scène du MET... ce sont ces instants qui m'ont perdue et m'ont fait penser que j'allais perdre pied. Mais jamais je ne me suis sentie perdue comme à cet instant. Parce que là... je ne peux pas fuir. J'ai puis fuir l'académie de chant sans qu'elle s'écroule, j'ai pu inventer une histoire à mon père pour nier sa mort, j'ai pu disparaître, m'évaporer pour que Max ne me retrouve pas mais cette fois, je ne peux tout simplement pas. Je ne peux pas fuir cette petite chose, cet étrangeté, ce phénomène à la fois merveilleux et terrifiant qui est en train de se produire en moi. Je suis obligée de choisir pour lui et je trouve ça cruel. Je ne peux pas simplement enfouir ma tête dans le sable en attendant que l'orage passe, il faut que j'affronte la réalité et je n'en ai pas envie... pas seule... c'est pour ça que je m'accroche à ce point à Calixte, pour ça que sa présence me rassure, pour ça que je ne me vois faire face à tout ça qu'avec lui. Les paroles de Rosamund me reviennent en mémoire et je sais qu'elle a raison : si rien n'est possible avec Calixte ou si nous n'arrivons pas à nous entendre, je ne pourrai pas élever cet enfant seule. Il n'y a pas besoin d'être devin pour comprendre ça.

Seulement, lorsqu'il me dit que oui, bien sûr que oui il veux de cet enfant, bien sûr que oui il l'aime, je me sens soudain libérée d'un poids qui m'aide enfin à mieux respirer. Je ne dis pas que ça résout tous les problèmes, simplement que ça change beaucoup de choses. Ça change que malgré les difficultés... si je comprends bien, Calixte s'impliquera dans l'éducation du petit. Bon sang... les choses seraient bien plus simple sans un mini nous dans l'équation, vraiment. Là... ça rend notre relation concrète et réelle et surtout, ça la fait passer de plan cul sans lendemain à... autre chose. Je ne suis même pas certaine de savoir comment on peut appeler ça. Tout ce que je sais c'est que durant le laps de temps où il m'embrasse, j'oublie nos soucis. J'oublie qu'on est là, au milieu d'une chambre d'hôpital, que je suis enceinte d'un petit crapaud qui n'est pas prévu, que Calixte revient de loin, que dehors c'est l'enfer et que tout le monde a peur... j'oublie tout ça et ça me fait un bien fou. Et alors que je commence à me dire qu'il faudrait que je rentre, que je le laisse se reposer, il me prend la main et m'attire jusqu'au lit où je m'assois docilement à côté de lui. Malgré toute l'étrangeté de la situation, je préfère être là que dehors et toute seule. Sa tête vient se perdre sur mon épaule et, alors que je m'apprête à poser la mienne dessus, il se redresser, m'offrant malgré lui le creux de son cou pour y reposer ma joue. Je me tais, profite d'un moment de silence et l'écoute parler lorsqu'il reprend.

Il a raison... on ne sait pas vers quoi on se dirige. Oui il va être père, oui je vais être mère... mais je n'arrive pas à savoir si nous serons de bons parents malgré ce qu'il dit pour me rassurer. J'espère moi aussi que nous serons à la hauteur... que nous arriverons à nous entendre sur son éducation, que nous agirons pour son bien et non pour le nôtre... j'espère sincèrement tout ça. En revanche, garder tout ça pour nous me semble être une évidence, très clairement, et je hoche la tête.

« Il n'y a que mon frère et une amie qui sont au courant... à vrai dire, Marcus l'a découvert en même temps que moi. »

Et je me souviens de son regard, de mon effarement, de l'impression que le sol venait de se dérober sous moi, du rire nerveux, des questions... mais certainement pas de la joie et je m'en sens encore coupable. Parce que je devrais être heureuse, non ? Non. Y a que dans les films que les femmes sont toujours heureuses et resplendissantes à l'idée d'être mère. Moi je suis terrifiée. Je ne suis tout simplement pas prête et le temps vient de mettre une méchante droite dans la figure en m'imposant un rythme bien trop soutenu pour moi. Alors que Calixte bafouille et perd ses mots, je glisse mes doigts entre les siens pour le rassurer. On est dans le même bateau, de toute manière... en l'entendant rire, je me redresse. Un sourire gêné se dessine sur mon visage car à cet instant, je n'arrive pas vraiment à savoir si c'est un reproche déguisé ou une constatation amusée mais j'ai plus l'impression que c'est la seconde option. Lorsqu'il reprend, je comprends que c'est bien la seconde et baisse les yeux, les joues roses. Aussi importante pour lui ? C'est idiot, parce qu'on avait dit qu'on restait des sex friends ordinaires, mais sa remarque me touche, me plaît...

« Tu sais... j'ai le sentiment qu'on s'est trouvés, tous les deux... on a été au bon endroit au bon moment et... oui, on ne connaît pas tant que ça, y a pas mal de choses qu'on ignore l'un de l'autre mais est-ce que c'est vraiment important ? »

Oui, hein ? Est-ce que c'est vraiment important de lui dire que tu es une mutante malade, Pandora ? Est-ce que c'est important de lui dire que l'enfant peut s'avérer être une torche humaine ? Non. Non, pour le moment, ce n'est vraiment pas important, on va dire. D'autant qu'il reprend tout de suite, m'avoue en quelques mots qu'à son réveil, il a demandé à son frère si j'étais dans la liste des victimes. Et ça me touche. Parce que jamais aucun homme n'a eu autant de considération ou de pensées à mon égard. Du moins jamais aucun homme qui ne soit pas issu du cercle familial. Calixte est le premier à me sous entendre que mon existence a une réelle importance à ses yeux et ses plus fort que moi, les miens s'emplissent à nouveau de larmes. Seulement cette fois, ce sont des larmes plus sucrées, des larmes d'émotion. Je resserre un peu plus mes doigts autour des siens et repose mon visage contre son épaule.

« Je... merci, Cal. Tu fais preuve de bien plus de bienveillance à mon égard que la plupart des gens que je connais et je... je sais que la situation va être compliqué pour toi. J'ai demandé de tes nouvelles tous les jours, je me suis inquiétée et pas un seul instant je ne me suis dis que c'était ridicule. On ne se connaît que depuis deux mois mais j'ai l'impression que ça fait des années. »

Parce que dans un claquement de doigts, nous sommes devenus des amants, des complices, des amis, incapable de voir ce qui était en train de naître entre nous à notre insu. La tête posée sur son épaule, je ne réalise que j'aime Calixte comme jamais je n'ai aimé qui que ce soit. Le soulagement me fait sourire bêtement et, lorsque je me redresse à nouveau, c'est pour aller chasser une mèche de cheveux de son visage et la remettre délicatement derrière son oreille.

« Je l'espère aussi... mais je pense que si on s'y prend bien et si on affronte ça ensemble, on ne pourra pas regretter. Après tout, on ne sera pas trop de deux pour apprendre à Calixte junior à faire du vélo ! »

Je laisse échapper un léger rire et me recule légèrement pour m'asseoir en tailleur sur le lit. La question du prénom, c'est l'étape cruciale qui risque de voir la moitié de l'alphabet écarté en deux minutes.

« Tu as déjà songé au prénom que tu donnerais à un enfant si tu étais père ? »

Parce que moi, non. Jamais. Et en trois semaines, je n'y ai pas songé un seul instant pour éviter de me projeter.

« Mon père voulait absolument me donner un nom irlandais imprononçable... Aghaistin... Promis, on évitera ça ! »

Dans le pire des cas, on a neuf mois pour se décider, non ? Enfin non... sept mois et demi, en fait. Bon sang que ça passe vite. En parlant de choses qui passent vite, mon téléphone se met soudain à vibrer dans mon sac et, lorsque je l'en sors, je fais un bond qui m'éjecte hors au lit.

« Bordel de merde ! Désolée... je n'ai pas vu l'heure passer, je dois être à Killingworth dans moins d'une heure... Il faut vraiment que je file ! »

Et pourtant, je serais bien restée là toute la soirée, à discuter du nom que nous pourrions donner à notre petit asticot ou de choses qui n'ont rien à voir... reprendre nos interminables débats qui m'ont tant manqué pendant ces quelques semaines. Je me penche, l'embrasse par réflexe et me précipite vers la porte.

« Repose-toi, d'accord ? On rediscutera de tout ça ensemble, si tu veux. Et... la première échographie aura lieu dans un peu plus de trois semaines, tu voudras venir ? »

C'est étrange mais je ne sais pas quelle réponse j'attends. Peut-être qu'au fond de moi, je réalise que tout ça est trop beau... et qu'il n'y assistera pas, en réalité.
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Re: (Pandixte) | To my everlasting shame silence took me

 par H. Calixte Seymour le Mar 23 Oct - 23:49

 
   

To my everlasting shame silence took me

   pandora & calixte
 
 
 
Bien sûr. Bien sûr qu’il l’aimait. Bien sûr que Calixte le voulait, cet enfant, cet enfant qui n’était encore guère plus qu’un concept, il fallait bien l’admettre, juste une légère courbure, un petit cœur qui battait déjà, pourtant. Déjà là. Bien sûr que Calixte le voulait. Tout comme il s’en voulait. Bien sûr. Mais… Calixte se força à reculer, à prendre de la distance, à juste s’écarter, respirer, s’arracher à l’étreinte de Pandora pour se reprendre. Se passer les mains sur le visage et tenter d’oublier et de faire oublier les larmes et les sanglots qui venaient d’avoir raison de lui, quand le visage enfoui contre Pandora, il avait craqué. Craqué face à ce monde idéal qui n’était pas le leur, craqué face à toutes ces promesses qu’il pouvait faire, qu’ils pouvaient faire, à cet enfant déjà trop présent, trop concret. Trop… Calixte inspira du mieux qu’il put. Chancela, également ; Pandora reprit, verbalisant des doutes que Calixte n’avait pas, émettant des inquiétudes qui n’avaient que trop peu frôlé l’esprit du Seymour jusque-là, tiraillé qu’il était déjà entre des questions d’honneur, de responsabilité, de familles, de vocabulaire… J’ai peur d’être une mauvaise mère. Il secoua la tête. Calixte doutait de bien des choses, mais de ça… Il secoua la tête. Ne répondit pas tout de suite, asphyxié d’un baiser, nourri d’un goût doux-amer de pas assez lorsqu’elle s’éloigna. Il la retint, la tira à lui alors qu’il se rapprocha du lit pour ne pas s’écrouler.

Il dodelina de la tête. Et la situation devint plus étrange encore : il se rendit compte que c’était devenu naturel, trop naturel même, pour lui, que de s’appuyer sur Pandora. Métaphoriquement et littéralement. Il se redressa avec gêne, évacua un peu de sa nervosité en attrapant le petit chien en peluche, en recommençant à parler. Même si, quelque part, tout avait déjà été dit. Qu’avaient-ils donc à rajouter ? L’enfant n’était pas encore là, il était présent, dans leurs esprits, dans tout ce qu’il allait impliquer mais… Calixte était perdu. Comme trop peu de jours plus tôt, à son réveil, il était perdu. Il était dépassé. Il était… il ne savait tout simplement pas ce qu’il était supposé faire. Alors Calixte tenta de sombrer dans l’optimisme le plus fou, celui qui était lové dans son cœur, pas encore bâillonné par tout le reste. Ça allait le faire. Ils allaient s’en sortir. Ils allaient juste trouver un équilibre, ils allaient avoir quelques mois pour trouver cet équilibre, trouver même une définition à ce qu’ils étaient, tous les deux, l’un pour l’autre. Ils avaient juste à garder tout ça pour eux, pour que les seuls à avoir le droit de dire, de penser, de choisir quoique ce soit, ce soient eux. Et uniquement eux. Calixte ne voulait pas d’avis extérieur, il ne voulait pas que quiconque interfère, ou même les mettent devant le fait accompli de leur incapacité à élever un enfant à deux. Il ne voulait pas que d’autres personnes soient au courant, que… « Il n'y a que mon frère et une amie qui sont au courant... à vrai dire, Marcus l'a découvert en même temps que moi. » Ah. Il se raidit. Ah… Avant de se reprendre, de s’efforcer de ne pas s’inquiéter pour tout ça. Un frère, une amie… Calixte déglutit avec difficulté, imaginant sans peine les réactions conjointes d’Alice et de Cyrus s’ils venaient à découvrir une telle chose.

En aurait-il honte ? La question se fit saumâtre sous son indécision. Doux Jésus, qu’ils avaient dérivé loin, trop loin, du contrat initial. Juste de sexe, pas de sentiments. Juste du sexe, quelques bonnes soirées, un peu de complicité. Un enfant. Calixte partit dans un rire nerveux, né à n’en pas douter du mélange dangereux entre la surprise, l’hébétude et les médicaments qui lui avaient été donnés pour l’aider à se remettre. A se rétablir. Mais qui n’avaient, initialement, pas l’objectif de l’aider à gérer ce genre de choses. Calixte laissa le rire s’éteindre, alors qu’il reprenait, sans plus savoir à qui il s’adressait réellement, dans une confession étrange. Calixte n’était pas du genre à garder pour lui ce qu’il ressentait, le caractère introverti était l’apanage d’Edward. Mais Calixte ressentait trop, le plus souvent, pour parvenir à tout expliciter. Il ne communiquait que l’important, le prédominant, le superficiel, il n’allait que rarement creuser pour atteindre le cœur et le nœud du problème. Parce qu’il y avait bel et bien un problème, comme de ceux qu’il résolvait, enfant, à l’école. Un problème insoluble, un problème dont il ne savait que faire : comment Pandora avait-elle pu devenir aussi importante pour lui, en aussi peu de temps ? Les messages constamment envoyés, les rendez-vous de plus en plus fréquents, les clins d’œil, les fou-rires, les discussions enflammées… tout cela avait dû aider, certes, mais… « Tu sais... j'ai le sentiment qu'on s'est trouvés, tous les deux... on a été au bon endroit au bon moment et... oui, on ne connaît pas tant que ça, y a pas mal de choses qu'on ignore l'un de l'autre mais est-ce que c'est vraiment important ? » Il lui jeta un coup d’œil, sans savoir ce qu’il en pensait. Ni même s’il était à même, à cet instant, de répondre à la question de Pandora. Etait-ce important ? Je ne sais pas… Mais je crois que… quelque part… L’émotion lui noua la gorge, l’empêchant de terminer sa phrase du premier coup : il dût inspirer profondément pour dénouer sa respiration. J’ai envie que ce soit important. Parce qu’elle était importante pour lui. Et il noua ses doigts à ceux de Pandora, comme si ce simple contact allait résoudre tous les problèmes.

Importante, elle l’était depuis plus longtemps que ce qu’il ne pouvait s’en douter. N’avait-il pas demandé de ses nouvelles dès son réveil ? Il avait demandé à Edward. L’esprit embourbé, cotonneux et comateux, il lui avait demandé. Il l’avait regretté, bien sûr, mais… Pandora posa sa tête contre son épaule, Calixte se sentit sourire. Je ne mens pas, hein, je lui ai vraiment demandé, il se sentit obligé de préciser, sans savoir pourquoi, pourquoi, c’était aussi important pour lui qu’elle le croie. « Je... merci, Cal. Tu fais preuve de bien plus de bienveillance à mon égard que la plupart des gens que je connais et je... je sais que la situation va être compliquée pour toi. J'ai demandé de tes nouvelles tous les jours, je me suis inquiétée et pas un seul instant je ne me suis dit que c'était ridicule. On ne se connaît que depuis deux mois mais j'ai l'impression que ça fait des années. » Il hocha la tête. Parce qu’il avait la même impression, par moment. Cyrus le connaissait depuis des années, Cyrus était son frère de cœur, vraiment, c’était son ami le plus proche, son frère, son jumeau, son reflet. Mais Cyrus ne s’était pas imposé dans sa vie, ne s’était pas immiscé dans ses pensées. Pas à une seule fois. Alors que Pandora… Je ne fais preuve de rien du tout, c’est juste que je… T’aime ? Non. Je dis juste la vérité. Et… merci… Elle n’était pas la seule à s’être inquiétée. Mais elle était la seule qui… elle était la seule pour laquelle il s’était vraiment inquiété.

Quelques secondes, une dizaine, une vingtaine peut-être, ils restèrent immobiles, tête contre tête, main dans la main. Les yeux fermés dans le cas de Calixte, qui tentait, encore, de comprendre comment les choses avaient pu se complexifier de la sorte. Se simplifier de la sorte, aussi. Pourvu qu’aucun des deux ne regrette. Sa voix se fit presque inaudible, mais ne le fut pas assez : Pandora entendit, se redressa, les doigts de Calixte libérèrent la main de la violoncelliste, pour se remettre à jouer avec le ventre rebondit de la peluche. « Je l'espère aussi... mais je pense que si on s'y prend bien et si on affronte ça ensemble, on ne pourra pas regretter. Il acquiesça, puisant dans la volonté et la certitude de Pandora un peu plus que de l’optimisme. Si seulement. Après tout, on ne sera pas trop de deux pour apprendre à Calixte junior à faire du vélo ! » Et l’optimisme s’envola. Et Calixte se sentit prendre peur. Calixte junior. Deux. Etre deux, être trois, c’était de cela dont il était question, en fait… Calixte junior… hors de question… Parler pour ne pas dériver, parler pour ne pas perdre pied : il s’accrocha à la question du prénom pour ne pas laisser à la peur brutale le droit de faire éclater le rêve qu’ils tissaient tous les deux depuis quelques minutes. Pandora s’installa un peu mieux, Calixte s’efforça de faire de même. « Tu as déjà songé au prénom que tu donnerais à un enfant si tu étais père ? Mon père voulait absolument me donner un nom irlandais imprononçable... Aghaistin... Promis, on évitera ça ! » Calixte tenta de répéter les prénoms, avant d’éclater de rire. Pitié, évitons d’avoir à lui faire apprendre l’alphabet pour qu’il puisse juste écrire son prénom ! Pauvre enfant… Il était plus simple d’en rire que d’en pleurer. Et on évitera les prénoms trop… henriesque aussi, je t’en prie… Son sourire s’affirma, se fit complice, alors qu’il retrouvait de la stabilité.

Une stabilité bien éphémère : le téléphone de Pandora vibra, les rappelant à la réalité et au monde qui continuait à tourner à l’extérieur de cette chambre d’hôpital. « Bordel de merde ! Désolée... je n'ai pas vu l'heure passer, je dois être à Killingworth dans moins d'une heure... Il faut vraiment que je file ! » Quoi ? Elle bondit sur ses pieds, il tenta de faire de même, avec moins de réussite, ne put que réceptionner le baiser rapide qu’elle lui offrit, comme un réflexe acquis, une certitude. « Repose-toi, d'accord ? On rediscutera de tout ça ensemble, si tu veux. Et... la première échographie aura lieu dans un peu plus de trois semaines, tu voudras venir ? » Et Calixte retomba sur le lit, sans savoir… quoi répondre.

Oui, oui… je… Elle était déjà partie, trop en retard.

D’accord. Echographie.
Vraiment ?
Et une seconde fois, la peur l’étreignit devant ce que ça signifiait. Autant, que Pandora soit enceinte, ça ne l’avait pas effrayé sur l’instant. Qu’il puisse devenir père, non plus : il en rêvait depuis tant d’années… Mais la perspective d’un prénom, d’une échographie… Oh putain Le juron écorcha ses lèvres, comme une supplique. Je vais être père. Comment pouvait-on à ce point être partagé entre l’envie de hurler et de pleurer, d’être heureux et terrifié ? Calixte contempla la peluche. La chambre qu’il avait à tout prix voulu fuir quelques temps plus tôt, avant de tomber sur Pandora. Et il se rendit compte que maintenant, il n’avait plus envie d’en sortir. Il n’avait plus envie de sortir de ce cocon protégé. Qui avait le pouvoir de maintenir le monde à l’extérieur. Son portable vibra, pour mieux réduire à néant cette illusion : Cyrus arrivait, il avait été pris dans les bouchons…

Le monde continuait de tourner.
Et merde.

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