Edward | Stay by my side

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Edward | Stay by my side

 par Rosamund A. Fraser le Sam 21 Juil - 17:07


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La sensation d'étouffer. La bouche qui s'ouvre et qui se ferme, vainement, à la recherche d'un air inexistant. Les lumières aveuglantes de l'ambulance, les bruits stridents de la sirène des pompiers, les blouses fluorescentes qui s'agitent, les massages sur sa poitrine, puis le noir.
Rosamund sombra dans un profond sommeil sans rêves. Il lui semblait, de temps à autres, entendre des bruits, des cliquetis, parfois le son d'une voix qui appelait son nom, très loin d'elle. À tel point qu'elle doutait qu'il s'agisse d'un rêve ou de la réalité. Parfois, elle avait presque l'impression qu'on la touchait. Elle se rappelait, ou du moins, elle pensait se rappeler d'une main dans la sienne.

Elle avait ouvert les yeux, quelques fois. Dans l'aveuglement de la blancheur de sa chambre d'hôpital, elle se rappelait simplement de l'éclat des fleurs qui l'entouraient, et d'une odeur boisée. Peut-être une tache anthracite, semblable aux costumes d'une personne qui lui étaient familières. Plusieurs fois, dans un souffle gémissant, elle s'entendit appeler son nom.

Lorsque Rosamund ouvrit les yeux ce matin là, elle avait l'impression de sortir d'un sommeil profond. Elle saisit sa tête entre avec la sensation désagréable d'avoir la pire gueule de bois de sa vie. Ce fut à ce moment qu'elle prit conscience des cathéters qui parcouraient ses mains et du tuyau transparent qui pénétrait ses narines pour l'aider à respirer.
Tout lui revint comme un choc et elle se laissa retomber contre ses coussins. Combien de temps depuis le Cosmic Ballroom ? Qu'était-il arrivé aux autres ? Avait-on attrapé le coupable ?
Sa respiration s'accéléra. Elle avait un mal fou à reprendre ses esprits et sa poitrine était douloureuse. Soudain, tout dans cette chambre lui parut dangereusement froid. Seuls les bouquets de fleurs, tous impeccablement frais, créaient des points visuels auxquels elle se raccrochait pour se rassurer. Elle alla pour se lever lorsqu'une infirmière entra dans la pièce.

Ah, mademoiselle Fraser ! Contente de vous voir plus lucide ! Vous vous sentez mieux ? Tenez, je vous apporte votre déjeuner et vos médicaments.

L'avocate avisa le triste plateau et les gélules d'un air méfiant. Le pudding en carton ne lui faisait vraiment pas envie et les cachets rose vif lui inspiraient encore moins de confiance. Elle se détourna presque immédiatement de ce qu'on lui présentait pour reporter son attention sur la femme d'un certain âge qui lui faisait face.

Est-ce que vous pourriez m'expliquer ce qui se passe ? Depuis combien de temps suis-je ici ? Qu'est-ce que vous m'avez fait ?! J'ai un travail qui m'attends, je dois sortir au plus vite !

Alors qu'elle tentait de se lever, l'infirmière la plaqua d'une main ferme mais pas spécialement douloureuse avant de ravancer le plateau vers la patiente.

Vous êtes arrivée ici il y a deux semaines pour un collapsus pulmonaire, nous avons dû vous opérer. Vous garderez malheureusement une cicatrice à vie et vos capacités respiratoires ne seront jamais tout à fait les mêmes qu'avant.... Nous vous avons maintenu dans un coma artificiel pendant une semaine avant de vous traiter avec de la morphine, ce qui explique que vous vous souveniez peu des jours précédents bien que vous étiez consciente.

Rosamund ouvrit grand la bouche et se rencogna dans son lit avant d'écarter légèrement un pan de sa chemise d'hôpital, avisant alors avec horreur l'énorme pansement qui recouvrait le centre de son plexus. Sentant ses mains trembler légèrement, elle souffla pour tenter de se calmer et passa ses mains pleines de tuyaux sur son visage.

Bon sang, deux semaines... Mais... Et Calixte ? Et les autres ? Quel est le bilan ?? Et le coupable, l'a-t-on arrêté ?

Elle gigota pour tenter d'attraper son téléphone portable sur la table de chevet, sans succès. L'infirmière face à elle restait strictement professionnelle bien que ses yeux trahissaient une certaine compassion.

Mr Seymour est toujours dans le coma... Il me semble qu'il y a eu malheureusement quelques morts mais la plupart des victimes ont pu être soignées rapidement grâce aux pouvoirs des membres de la famille Cavendish. Cependant, comme vous êtiez inconsciente et que personne de votre famille n'a pu donner son accord pour l'utilisation de soins mutants, nous vous avons traitée de manière plus traditionnelle... Vous êtes une des dernières victimes encore ici.

La jeune femme se sentit pâlir encore davantage. Des morts ?? Elle sentit son coeur chuter à une allure folle. Et si Pandora figurait parmi la liste des victimes ? Elle devait savoir !! Comme pour répondre à sa question muette, l'infirmière poussa le plateau vers elle d'un air sévère.

Ne vous faites pas de mauvais sang inutile. Mangez, je vais vous apporter les journaux qui racontent les événements ainsi que la liste des malheureuses victimes. Une interne passera en début d'après-midi pour vous aider à vous laver et vous habiller, le médecin pense que vous pouvez rentrer chez vous dès ce soir.

A sa moue réprobatrice, on pouvait déduire qu'elle pensait que c'était bien trop tôt. Mais les nuits à l'hôpital coûtaient bien plus cher qu'une surveillance à domicile. Cela n'étonna pas Rosamund qu'on lui montre si délicatement la porte de sortie alors qu'elle tenait à peine encore sur ses deux jambes. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, elle se plia aux exigences du personnel soignant et avala sa purée en grimaçant. Les médicaments la firent somnoler pendant encore deux heures avant qu'une femme un peu plus jeune qu'elle ne la réveille pour l'aider à se préparer. On retira la plupart de ses cathéters mais on en laissa un dans ses narines, relié à une bouteille d'oxygène montée sur un petit sac qu'elle pouvait transporter. Après la toilette la plus humiliante de toute sa vie, elle passa avec peine une robe pull blanche toute neuve qu'elle ne se rappelait pas avoir acheté et tenta de mettre de l'ordre dans ses cheveux blonds avant de commencer à rassembler ses affaires;
Elle se rendit soudainement compte d'à quel point ce séjour de deux semaines à l'hôpital l'avait marquée de toutes les courbatures possibles et imaginables. En soupirant, elle abandonna la valise qu'elle tentait désespérément de faire et se laissa tomber sur le matelas, en relisant pour la troisième fois les articles qu'on lui avait apporté plus tôt. Elle avait constaté avec un plaisir qu'elle jugea coupable qu'elle ne connaissait aucune des personnes décédées. Bien qu'elle compatissait à la douleur des familles, elle ne pouvait que remercier le ciel d'avoir épargné ses amis.

Elle fronça les sourcils. Le coupable courait toujours et les tensions semblaient monter toujours plus. Rosamund craignait que des émeutes ne secouent la ville dans les prochaines semaines.

Après un long moment passé à soupirer et tenter de se lever, sans succès, elle se redressa pour s'approcher du riche bouquet qui se trouvait près de sa table de chevet. Les teintes jaunes, orangées et roses se mariaient à merveille. Elle sourit de plaisir en détaillant la finesse de la composition florale et se prit soudain à se demander qui avait pris la peine de fleurir sa chambre et lui apporter les vêtements de rechange qu'elle avait pu trouver dans la penderie.

En soupirant devant tout le désordre qu'il lui restait à ranger, elle n'entendit pas tout de suite la personne qui toqua à sa porte. D'une voix étouffée, elle tenta de descendre de son lit pour aller ouvrir.

Entrez, entrez... J'arrive !

Elle s'arrêta net lorsqu'elle reconnut la haute silhouette austère et l'air fatigué de la personne qui lui faisait face, dans son costume anthracite. La pâleur de son visage se rehaussa d'une légère teinte rosée qu'elle ne contrôla pas.

Edward... Bonjour.

Trop fatiguée pour réagir davantage, trop perturbée par cette apparition qu'elle n'attendait pas, elle ne trouva rien à dire de plus, bien que ses yeux trahissaient son soulagement de le voir ici.
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Re: Edward | Stay by my side

 par Edward T. Seymour le Jeu 2 Aoû - 0:06


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Les heures s'étaient muées en jours, puis en semaines et désormais, Edward avait davantage l'impression d'être un fantôme hantant les couloirs de l'hôpital qu'un véritable être humain. Par deux fois déjà, les infirmières l'avait mis gentiment mais fermement à la porte en lui ordonnant de se reposer. L'ennui, c'était qu'Edward ne trouvait plus le sommeil. Chaque fois qu'il fermait les yeux, il se retrouvait projeté dans le plus effroyable des songes qui soit : un charnier, empestant le souffre, la décomposition et le brûlé, des cadavres ça et là, les regards vitreux et sans vie des morts, l'angoisse qui l'étranglait... et puis Calixte, qu'il trouvait lui aussi au milieu de cet enfant, gisant dans une mare de sang. Il hurlait, cherchait Rosamund dont il percevait la voix au loin, mais chaque fois qu'il avait le sentiment de se rapprocher d'elle, elle lui échappait. Ce cauchemar ne le menait jamais qu'à une seule issue : le réveil brutal, le cœur battant à tout rompre et la sueur sur son front. Edward ne dormait plus, il s'effondrait lorsque l'épuisement se montrait.

Après les premiers jours, Edward avait fini par apporter quelques affaires et avait demandé à ce que l'on laisse un lit d'appoint dans la chambre de son frère, au cas où il se réveillerait. Malheureusement, les jours passaient et Calixte restait muré dans le silence, ce qui ne lui ressemblait absolument pas. Quant à Rosamund, la frustration et le dépit d'Edward grandissaient chaque jour : la porte de sa chambre restait désespérément close car il ne faisait pas partie de sa famille. Alors il déposait fleurs, livres et autres cadeaux aux infirmières tous les jours, trahissant ainsi les sentiments qu'il éprouvait à l'égard de la jeune, intentions qui, pour lui, étaient simplement de se racheter un peu. Il avait été odieux, plus qu'odieux, ces dernières semaines. Après un baiser et des promesses à moitié formulées, il s'était éloigné sans un mot, sans une explication... éloigné car, alors qu'il aurait souhaité se défaire de ses obligations envers Diana, il s'y était finalement un peu enchaîné en promettant à son père de lui apporter rapidement un faire-part de mariage. À présent pris au piège, il avait passé les dix derniers jours à passer de « je vais tout dire à Rosamund » à « mieux vaut ne rien lui dire ». Elle allait pourtant se poser des questions à sa son réveil, en découvrant les somptueux bouquets de fleurs qu'il avait fait préparer pour elle, les ouvrages de poésie et traités musicaux qui le trahissaient, la jolie robe qu'il avait fait confectionner pour et qui, il l'espérait, lui irait comme un gant... ses petite attentions trahissaient l'exact contraire de ce qu'il disait.

Mais ce jour-là, il avait appris que la jeune femme était réveillée et qu'il allait enfin pouvoir la voir. Qui plus est, il n'avait pas hésité une seule seconde lorsqu'une infirmière lui avait dit que Rosamund allait avoir besoin qu'on la raccompagne et qu'un peu de compagnie l'aiderait sûrement. Qu'il devait être risible, pataud comme il l'était... Il hésita à prendre des fleurs mais se souvint qu'il avait déjà largement abusé ces derniers jours, envisagea des chocolats avant de se souvenir qu'étant diabétique, la demoiselle n'y avait peut-être pas droit et opta finalement pour une solution très simple : il quitta la chambre de Calixte les mains vides pour se diriger vers celle de Rosamund. L'espace d'un instant, il hésita à frapper, se vit faire demi-tour et finalement, il entendit le tapotement de ses doigts sur la porte avant même d'y avoir songé. Cette fois, il ne pouvait plus faire marche arrière et lorsqu'il entra dans la chambre, il se raidit plus encore que d'habitude. Avec son teint pâle et sa stature rigide, il avait l'air d'un croque-mort.

Bonjour, Rosamund, je... je suis contente de te voir sur pieds.

Content était un bien faible mot en comparaison de ce qu'il éprouvait : le soulagement et la joie faisaient battre son cœur, cœur qui peinait à se faire une place dans une cage thoracique aussi rigide. Edward balaya la chambre du regard et remarqua les fleurs qui égayait toujours un peu la pièce.

Désolé pour l'avalanche de fleurs... je ne savais pas trop lesquelles te plairaient et... et la robe te va très bien.

Il n'avait pas besoin d'ajouter quelque chose pour qu'elle comprenne qu'il s'agissait aussi d'un cadeau de étrange prétendant. Edward ne savait véritablement plus où se mettre, il était figé près de la porte alors qu'il mourait d'envie de la prendre dans ses bras pour s'assurer qu'elle n'était pas un mirage.

Ne te préoccupe pas des frais d'hospitalisation, d'ailleurs... mes... ma famille a choisi de prendre tout en charge pour dédommager les victimes.

Il évite d'ajouter que dans le cas de Rosamund, il avait lourdement insisté pour qu'elle n'ait pas à payer quoi que ce soit. Il envisagea même de s'excuser, de tout lui dire pour Diana, pour son père... mais il y avait une chose qu'il avait encore plus besoin de dire :

Comment te sens-tu ?
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Re: Edward | Stay by my side

 par Rosamund A. Fraser le Jeu 9 Aoû - 16:58


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Déjà plus que pâle, l’avocate perdit encore une teinte de blanc lorsqu’elle se retrouva nez à nez avec la haute silhouette d’Edward Seymour. Elle trembla presque devant son allure, à la vue de ses joues creusées et de ses yeux gonflés par le manque de sommeil. On aurait dit un cadavre tout juste sorti de sa boîte, dans son costume de cérémonie. Et pourtant, pourtant elle ne pouvait s’empêcher de lui trouver quelque chose de terriblement attirant et singulier. Comme pour se protéger, elle recula d’un pas alors qu’il lui disait qu’il était ravi de la voir debout.
Elle avait encore en tête la violence avec laquelle il l’avait ignorée et écartée de leur affaire ces dernières semaines. Elle se rappelait de sa froideur et de son mutisme inattendus après leur étreinte dans ce petit bar. Elle en avait souffert, terriblement. Elle avait pensé que cette fois, ce serait différent, qu’elle ne serait pas blessée comme il y avait huit ans. Mais ces histoires qu’elle pensait mortes et enterrées étaient pourtant revenues la torturer avec plus de virulence encore.

Elle s’était maudite de s’être encore une fois laissée prendre au jeu. De s’être ouverte à cet insupportable noble pour se faire éconduire encore. Mais qu’attendait-elle ? Il était fiancé, au fond sa démarche ne pouvait qu’être compréhensible…

Rosamund avait nagé en eaux troubles avant son coma et le retour à la réalité rendait l’épreuve encore plus difficile. Elle haussa un sourcil quand il s’excusa pour les fleurs et la complimenta sur sa robe. Un instant de flottement la submergea, pendant lequel elle ne réussit pas à donner le moindre sens à cette remarque, jusqu’à-ce que la réponse ne vienne s’afficher en petits néons clignotants dans son esprit assombri.

- Je… Euh… Tout ça c’est toi ? Seigneur, il ne fallait pas… C’est…

La jeune femme passa ses deux mains sur son visage et fit un lent tour sur elle-même, comme pour redécouvrir cette chambre et réaliser l’ampleur des attentions que le futur duc avait eu pour elle. Ses yeux s’attardèrent enfin sur la robe blanche qu’elle portait. Il l’avait fait faire ?!
Un sourire mi figue mi raisin s’afficha sur son visage d’une pâleur lunaire. Elle ne pouvait nier l’évidence. Ces attentions la flattaient au plus haut point et elle était ravie d’avoir la preuve que cet incorrigible emmerdeur tenait à elle, plus qu’il ne voulait le dire. Et simultanément, elle sentit la colère monter, accentuée par le jeune prolongé et les médicaments. Pourquoi faisait-il cela après l’avoir éconduite ? Pourquoi prenait-il un malin plaisir à l’approcher, la mettre en confiance pour la rejeter et refaire surface lorsqu’elle était au plus mal ? Rosamund ne pouvait plus supporter ce petit jeu, alors même qu’elle commençait à toucher du doigt la raison pour laquelle l’attitude d’Edward envers elle lui importait autant.

Après un long moment de silence, elle se contenta d’un simple :

- C’est vraiment très gentil de ta part Edward. Toutes les fleurs son magnifiques. La robe me plaît beaucoup… Merci.

Elle croisa les bras et ne bougea pas quand il lui annonça que sa famille prenait en charge les frais d’hospitalisation cela la surprit un tantinet mais elle trouvait cela légitime, l’anniversaire de Calixte étant le déclencheur fortuit de cette tragédie. Elle hocha calmement la tête dans un geste d’approbation. Les Seymour faisaient partie de la noblesse mais restaient justes et conscients de leurs responsabilités, c’était appréciable. Elle espéra qu’en tant que Duc, son interlocuteur saurait prendre des décisions semblables.

- Ta famille est très prévenante… C’est très beau de leur part comme geste.

Elle ne savait pas quoi lui dire. Elle voulait le gifler, le harceler de questions, et en même temps elle ne pouvait que remarquer son air las et la profonde tristesse qui se dégageait de ses yeux. Son frère ne s’était toujours pas réveillé. Il devait sans doute se faire un sang d’encre pour lui, malgré leurs différents. Et s’il ne se réveillait pas ? Ce serait un désastre pour lui. Tiraillée entre l’envie de le réconforter et la rancœur, elle resta là, pantoise, jusqu’à-ce que sa dernière question achève de la désarçonner. L’air songeur, elle décroisa les bras et perdit son regard dans les tons roses d’un bouquet de fleurs.

- Comment je me sens… ? Je… Je viens de passer deux semaines dans le noir et j’ai l’impression d’avoir juste fait un affreux cauchemar… J’ai perdu quatorze jours de ma vie, entre les mains de gens que je ne connais pas, à cause d’un criminel que je n’ai toujours pas réussi à identifier et… Et...

Au fur et à mesure qu’elle parlait et mettait des mots sur son malaise, sa voix commença à prendre une intonation tremblotante. Ses jambes lui semblaient se ramollir de seconde en seconde.

- Je n’arriverai jamais à respirer comme avant, j’ai le torse complètement balafré et la morphine qu’ils m’obligent à bouffer me fait oublier chaque jour la moitié de ce qui s’est passé la veille… Je… Je suis furieuse, furieuse de ce qui m’est arrivé et, en même temps, je me trouve si ingrate quand je pense que d’autres n’ont pas eu ma chance…

Sa lèvre inférieure trembla furieusement alors qu’elle se recroquevillait un peu sur elle-même. Sa vision se troubla alors que ses yeux s’embuaient de larmes qui, pourtant, refusaient de couler.

- Je suis désolée, Edward, je…

Elle avait envie de hurler. De se jeter contre lui, de s’agripper à son costume anthracite et de déverser son chagrin sur son épaule. Chaque cellule de son corps lui réclamait son contact à grands cris mais elle se le refusa, par peur d’un nouveau rejet. Toutes ces pensées contradictoires se bousculèrent, tant et si bien qu’elle préféra garder le silence, alors que tous ses membres se mettaient à trembler.
D’un geste qu’elle trouva incroyablement faible, elle parvint à essuyer ses yeux et ravala douloureusement les sanglots qui menaçaient d’éclater. Elle n’avait pas le droit de s’apitoyer sur son sort. En rassemblant son énergie, elle s’approcha du noble, petit pas après petit pas. Sa respiration était encore sifflante.
Elle leva enfin les yeux vers lui, après avoir évité son regard pendant tout ce temps.

- Je sais que c’est difficile, pour toi aussi. J’espère que tout va s’arranger.

Elle fit un geste, comme pour poser sa main amaigrie sur son bras de costume, mais s’arrêta en plein milieu, par peur soudainement de commettre un impair ou de déclencher sa colère. Ses oreilles sifflaient et son cœur tambourinait douloureusement dans son sein meurtri.

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Re: Edward | Stay by my side

 par Edward T. Seymour le Ven 24 Aoû - 12:34


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Planté au milieu de la petite chambre d'hôpital, Edward se sentait bête. Profondément idiot, même. Durant deux semaines, il s'était demandé ce qu'il pourrait lui dire à son réveil, quels mots trouver pour tenter d'excuser son comportement passé... mais au lieu de cela, il venait de s'excuser pour le monceau de présents et fleurs que la jeune femme allait devoir ramener chez elle. C'était trop, beaucoup trop pour un simple collègue, beaucoup trop pour quelqu'un qui l'avait rabrouée, mise de côté et dont il s'était tenu à distance pendant des semaines, c'était tout simplement démesuré.

Oh je... non, c'est normal... les chambres d'hôpital sont généralement assez impersonnelles, alors...

Alors quoi ? Il s'était pris pour un fleuriste et un décorateur d'intérieur ? Lui qui n'avait aucune notion de décoration et dont l'appartement ressemblait à la photo d'un catalogue d'ébéniste ? Il avait eu peur, et le reconnaître restait coincé dans sa gorge sans qu'il soit capable d'exprimer ce qu'il ressentait. Il avait eu peur de la perdre, peur qu'elle ne se réveille pas, peur qu'elle l'oublie... peur de voir disparaître celle qui ne le comprenait que trop bien, celle qui savait que sous le costume de l'arrogant avocat, il y avait quelque chose de plus doux. Et sa peur, qui aurait pu se traduire par des mots doux murmurés à l'oreille et une étreinte ne s'exprimèrent que dans une crispation douloureuse de ses doigts. Il aurait voulu pouvoir lui dire que la robe sublimait sa silhouette, que malgré la pâleur de ses traits, elle était belle, mais les mots lui semblaient trop mièvres. Et elle, en quelques syllabes articulées avec une voix rauque, parvenait pourtant à trouver les mots pour les remercier, lui et sa famille. Elle aurait eu raison de le frapper, de le gifler, d'exiger de lui qu'il parle, qu'il se décide enfin, elle aurait eu mille fois raisons et il aurait volontiers tendu la joue sans discuter. Mais il se contenta de lui demander si elle allait bien et la réponse ne fit que fissurer plus encore l'épaisse carapace dans laquelle il s'était cloîtré ces derniers jours.

Parce qu'elle n'allait pas bien, c'était évident. Elle allait certes mieux que la veille, mieux que le soir de la fête, mais n'allait pas bien pour autant. À mesure qu'elle parlait, Edward sentait la détresse et l'envie de la prendre dans ses bras le gagner, en même temps que la colère enflait dans son regard. Il avait toujours été plus mesuré que son frère au sujet des mutants : pragmatique, Edward avait toujours pensé qu'un mutant, comme un humain, pouvait être une bonne ou une mauvaise personne. Un mutant pouvait sauver des vies, un mutant pouvait en ôter. Seulement, il avait réalisé un peu trop tard qu'un mutant, bon ou mauvais, était également armé. Des armes que le commun des mortels n'était pas apte à contre, des armes qu'aucun bouclier humain ne pouvait parer, des armes contre lesquels il se sentait impuissant. Edward était un orateur, excellent lorsqu'il s'agissait de défendre ou au contraire d'accuser mais qu'aurait-il pu faire face à ce mutant ? À aucun moment il ne s'était dit que s'il avait été là, les choses auraient été différentes, pour la simple et bonne raison qu'Edward avait conscience d'être impuissant face à ce genre d'individu. C'était bien ça qui lui faisait peur. Il savait qu'il avait le devoir de maintenir en place le fragile équilibre qui existait entre lui et les autres familles de Veilleurs mais si Calixte venait à mourir ? Si Rosamund faisait une rechute ? Il n'était pas certain de pouvoir garder son sang-froid dans une telle situation.

Alors, lorsqu'elle terminé, allant même jusqu'à lui présenter des excuses qu'il ne méritait pas, Edward ne réfléchi pas. Il franchit les quelques mètres qui les séparaient et la pris dans ses bras. Sa large paume glacée vint caresser ses cheveux et sa voix se fit murmure.

Tu n'as pas à t'excuser, c'est moi qui suis désolé. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si... si je t'avais perdu. Je suis désolé que ce monstre s'en soit pris à toi et je te jure, je te promets qu'il ira finir ses jours en prison.

Puis il pris son visage entre ses mains, détaillant longuement les traits tirés et livides de la jeune femme.

Tu n'es pas ingrate... d'autres n'ont peut-être pas eu ta chance mais tu n'es pas ingrate et... j'imagine que tu sais que mon frère est toujours dans le coma...

Lorsqu'il retira délicatement ses mains pour aller s'asseoir sur le lit, Edward avait l'air plus triste et las que jamais.

Les médecins me répètent que son état est stable, qu'il ne s'enfonce pas encore trop dans le coma mais ils n'arrivent pas à me rassurer pour autant. Je... si Henry meurt... bon sang... la dernière fois que nous nous sommes vus... la dernière chose que je lui ai dite a été un reproche, une brimade...

Et il en avait peur, terriblement peur. Peur de se dire qu'il était possible que Calixte parte en n'ayant plus le moindre souvenir positif de son aîné. Mais il n'y avait pas que son frère dans l'histoire.

J'ai ressenti la même chose pour toi.

En disant cela, il n'osa pas relever les yeux vers elle. En règle général, Edward avait du mal à s'excuser, rapport à son ego un peu trop présent, mais cette fois, il avait besoin de ça, besoin de dire à Rosamund qu'il avait eu tort.

J'ai été odieux avec toi ces derniers temps et je m'en excuse. Je... j'aurais aimé que ce que nous nous sommes dit au bar ne soit pas un rêve ni un mirage mais j'ai cru qu'en gardant mes distances, je te ferais moins souffrir. C'est... idiot, tout ça à cause d'une question de mariage, de lignée, d'héritage... je suis désolé de m'être comporté comme un parfait connard.

Quelque part, il aurait pu donner plus de détails, lui expliquer le pourquoi du comment mais... avait-elle vraiment envie de l'entendre ?

Tu veux bien me pardonner ?

On aurait dit un enfant cherchant le pardon d'un ami dans la cour de récré... et s'il avait l'air touchant, Edward ressemblait surtout à un type bien peu habitué à s'excuser de son comportement.
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Re: Edward | Stay by my side

 par Rosamund A. Fraser le Mer 29 Aoû - 15:35


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Edward Seymour était un con, doublé d’une énigme qu’elle doutait de parvenir un jour à percer. La jeune femme avait fait tout son possible pour rester calme face à lui, elle essayait de maintenir les distances dans lesquelles il l’avait envoyée alors que tant de choses lui brûlaient les lèvres et le corps.
Et alors qu’elle s’y attendait le moins, c’était lui qui était venu la chercher, pour l’envelopper dans son étreinte protectrice. Tout la heurta avec autant de force qu’un train lancé à pleine vitesse. Le frottement du tissus hors de prix de son costume contre sa joue, l’odeur de son parfum boisé mêlé aux effluves d’hôpital et à des relents de cigarette froide. Le poids de ses larges paumes sur ses cheveux et dans son dos.
Ce contact qu’elle s’était astreinte à fuir revenait soudain lui rappeler ô combien il était délectable. Tout doucement, les bras de l’avocate vinrent à leur tour enserrer le dos puissant de son confrère alors que les larmes qu’elle rejetait désespérément coulaient en cascade sur ses joues d’albâtre.
Son corps entier secoué de sanglots, elle était trop abattue pour saisir réellement les implications des paroles de l’aristocrate. N’importe qui d’extérieur aurait compris les tendres sentiments qui enserraient le cœur du rigide avocat, mais pas elle. Toujours agrippée à lui comme à une bouée de sauvetage, elle réussit à souffler quelques mots dans un souffle rauque.

- Edward j’ai eu tellement peur… C’était… C’était horrible là bas ! J’ai cru… J’ai cru que je ne reverrai plus la lumière du jour…

Le souvenir vivace de ses forces en train de la quitter était ancré tout au fond de son esprit et ne s’évanouirait sans doute jamais. Elle ne savait pas que le trentenaire connaissait lui aussi très bien cette sensation de poids, de vide et de froid qui vous saisissait d’un coup, comme le signal d’une fin proche. Elle ne savait pas qu’il la comprenait, bien plus qu’il n’aurait su le dire.
Lorsqu’il saisit son visage entre ses mains, elle pu à son tour examiner ses traits tirés et la pâleur jaunâtre de sa peau. On lisait sur chaque centimètre de sa peau tous les soucis qu’il devait se faire pour son frère.

Elle le suivit du regard lorsqu’il s’installa sur le matelas stérile. Rosamund fut soudainement heurtée par la profonde tristesse et la lassitude qui émanaient de lui. Elle l’avait connu méprisant, heureux, en colère, mais jamais triste.
L’avocate resta silencieuse mais elle le comprenait. Personne ne voulait quitter un être aimé sur une dispute et pourtant, ces drames étaient beaucoup plus fréquents que ce que l’on osait imaginer. Il était étrange de constater combien la mort nous paraissait étrangère, tant qu’elle ne nous frôlait pas du bout de sa cape.

Les mots qui suivirent, cependant, firent s’accroître ses yeux et son rythme cardiaque alors que le sang affluait soudain sur ses joues. Est-ce qu’Edward était en train de lui reconnaître une certaine affection ? Était-il vraiment sur le point de s’excuser ?
Elle n’en crut pas ses oreilles. Après tant de temps passé à la rabrouer et la dévaloriser, il ravalait enfin son orgueil !
Tout se bouscula dans l’esprit de la convalescente. Il lui parlait de ses fiançailles, de cette soirée au bar… Elle grimaça un tantinet lorsqu’il affirma que cela ne pouvait être qu’un mirage. Il avait raison, on ne pouvait ainsi se défaire d’engagements si importants, mais pourquoi se sentait-elle si malheureuse quand il lui en parlait ?
Pendant un instant, Rosamund resta interdite, avant de lui adresser un pâle sourire. Avec la lenteur d’une octogénaire, elle s’avança vers le lit en traînant ses fils et sa bouteille d’oxygène et s’assit à côté de lui en soupirant.

- Je… Je te pardonne, Edward. Même si je le voulais, je ne pourrais pas t’en vouloir de toute façon. Mais que cela te serve de leçon… Tu sais, on ne sait jamais pour combien de temps les personnes que nous aimons vont rester auprès de nous alors il faut essayer de toujours profiter des bons moments. Je compte sur toi pour rattraper cela avec ton frère lorsqu’il sortira du coma.

L’avocate ne réalisait pas vraiment que ce qu’elle disait pouvait également s’appliquer à elle. Le temps filait bien trop vite à son goût et le trou dans sa poitrine ne cicatrisait toujours pas. Très délicatement, elle s’approcha de lui et l’enserra dans ses bras, comme l’aurait fait une amie ou une sœur. Elle prit une longue inspiration et passa une main dans ses boucles sombres avant de se détacher.

- Edward, j’aimerais que tu m’expliques ce qui t’es arrivé pour te rendre aussi distant ces dernières semaines. Tu ne pourras pas toujours faire face seul aux difficultés et si vider ton sac peut te soulager un tantinet, je suis prête à t’écouter le temps qu’il faudra.

Elle lui adressa à nouveau un sourire maigre et soupira, incapable de déterminer la bonne attitude à adopter pour le mettre à l’aise. Elle se contenta de poser une main désespérément froide et tremblante sur son épaule, alors que sa respiration faisait siffler les tubes de plastiques qui entouraient son nez.

Longtemps, elle prit le temps d’entendre tout ce qu’il avait à lui dire, alors que le jour déclinait progressivement dans cette chambre blanche qui sentait le jardin. Leur quiétude ne fut brisée que par l’arrivée soudaine d’une infirmière, les bras chargés de linge, qui pensait trouver la chambre vide.

- Seigneur je vous pensais déjà partie !! Je suis désolée, je dois préparer la chambre pour les prochains patients… Votre valise est faite ?

Rosamund rougit soudain et avisa les affaires qu’elle n’avait pas encore trouvé la force de rassembler, à côté d’un sac de voyage ouvert qu’elle ne connaissait pas non plus.

- Oh, euh je.... Vous pourriez me donner un petit quart d’heure s’il vous plaît ? Promis je serai partie après.

L’infirmière haussa les yeux au ciel et referma la porte alors que la blonde descendait péniblement du lit pour aller vers ses affaires, laborieusement.

- Quelle galère... J’ai déjà l’impression d’être vieille.

Alors qu’elle pliait avec la lenteur d’un paresseux sa robe de soirée, imbibée d’alcool et déchirée dans l’urgence pour accéder à sa poitrine, elle sentit soudain le chagrin l’étreindre à nouveau. Comme pour échapper à ce souvenir désagréable, elle riva son regard dans le premier bouquet et s’exprima d’une voix chevrotante et faussement enjouée, comme pour se forcer à avoir l’air heureuse malgré les larmes qui menaçaient de poindre.

- Christ, je ne sais pas comment je vais pouvoir ramener toutes ces fleurs… Les infirmières vont me détester.

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Re: Edward | Stay by my side

 par Edward T. Seymour le Dim 9 Sep - 19:27


ft. edward & rosamund

Stay by my Side




Plus que compliqué, Edward était un homme irrationnel et illogique dans ses réactions. Dès lors qu'il était troublé, il ne fallait plus chercher le moindre sens chez lui, et c'était typiquement ce qui se passait lorsqu'il était en présence de Rosamund. La jeune femme le rendait tout chose pour une raison qu'il n'était pas encore parvenu à identifier mais une chose était certaine : la repousser, la fuir pour mieux la couvrir de fleur et de balbutiements ridicules, c'était le comble du ridicule. Il s'était persuadé que venir était la meilleure chose à faire, qu'il lui devait bien ça, qu'il... qu'il avait besoin de la voir, de l'entendre, de sentir son parfum pour avoir la certitude qu'elle allait bien. Il s'en était persuadé mais au moment où il avait frappé à la porte, il s'était rendu compte que c'était sûrement une erreur. Et malgré cette erreur, malgré l'angoisse de se dire que la jeune femme devait probablement le haïr, il s'était approché d'elle et avait enlacé son corps frêle et encore fragile de jeune convalescente. L'idée même qu'elle ait pu succomber à ses blessures arracha un frisson à Edward et, l'espace d'un instant, il en voulut amèrement à son frère. Sans la démesure de cette fête d'anniversaire ridicule et sans le talent de Calixte pour l'exubérance, Rosamund ne se serait pas trouvée à cette soirée et lui ne se serait pas senti si démuni. Mais sitôt le reproche pensé, Edward s'était souvenu de deux choses : d'une part, sans cette soirée, le responsable de cette mascarade aurait trouvé un autre endroit et une autre occasion pour sévir. D'autre part... Calixte était toujours dans le coma et Edward se sentit terriblement coupable d'avoir pu en vouloir ne serait-ce qu'un instant à son frère.

Le menton posé sur le crâne de Rosamund, il la berçait doucement pour tenter de calmer un peu ses sanglots. C'était terminé, cette soirée n'était plus qu'un désagréable souvenir, un mauvais cauchemar... il espérait sincèrement qu'elle pourrait aller de l'avant pour ne pas risquer de se perdre dans la terreur et l'hystérie d'un syndrome post traumatique.

Tout va bien... c'est fini... et je te promets qu'il ne s'approchera plus jamais de toi.

Il ou elle... ou quoi que ce soit d'autre. Au stade où en étaient les investigations, Edward commençait à se demander si la police n'était pas tout simplement perdue. On ne savait même pas s'il s'agissait d'un homme, d'une femme, d'un ado, d'un vieillard... Rien de tout cela n'avait de sens et lorsque Edward relâcha sa jeune consœur, il préféra changer de sujet plutôt que de retourner le couteau dans la plaie. Les excuses lui brûlaient la langue depuis trop longtemps, des excuses qui le soulagèrent bien plus qu'il ne l'aurait cru une fois qu'elles furent sorties. Ça c'était fait, plus besoin de demander pardon pendant deux ou trois décennies, n'est-ce pas ?

Dès que Rosamund ouvrit la bouche, Edward se souvint pourquoi il détestait s'excuser : souvent, les excuses étaient synonyme d'une morale derrière et le simple fait qu'elle lui dise que cela lui servirait de leçon le fit tiquer. Orgueilleux comme il l'était, le Seymour avait horreur qu'on lui prouve par A+B qu'il avait tort. Quant à rattraper les choses avec son frère ? Le regard rivé au sol, Edward serra les poings. Si Calixte se réveillait, il n'était même pas certain qu'ils puissent avoir une discussion normale entre frère. S'ils arrivaient à ne pas se chamailler pendant dix minutes, ce serait déjà un exploit. Il se contenta donc de hocher la tête, incapable de répondre quoi que ce soit sans être amer ou particulièrement sec. S'il n'avait pas vraiment réagit lorsqu'elle était venue s'asseoir à côté de lui, il sursauta lorsqu'elle entoura ses épaule de son bras. Tournant la tête vers la jeune femme, Edward se sentit rougir et se racla la gorge en faisant mine de trouver un bouquet de lys soudain particulièrement intéressant. Un long silence s'installa entre eux mais il n'était pas aussi gênant que les précédents. Il était même plutôt plaisant. Aussi, lorsque Rosamund reprit, Edward mit un long moment avant de répondre. Lui expliquer les choses simplement impliquait de reprendre les choses au début... alors il soupira et se passa une main sur le visage.

C'est... compliqué. Les familles nobles sont un peu comme de grosses entreprises. Elles ont des intérêts, communs ou non, et pour les mutualiser, plutôt que de se partager des parts, on marie les enfants les uns aux autres. C'est ce que mon père et le père de ma fiancée ont fait. Intérêts communs, le vieux Howard était sur son lit de mort, mon père et sa fascination maladive pour la pureté du sang noble... J'ai été fiancé il y a trois ans à Diana Howard et depuis, quand ce n'est pas moi qui repousse le mariage, c'est elle. Pour faire simple, si je me suis montré aussi distant c'est derniers temps, c'est parce que j'ai promis à mon père d'accélérer les choses avec Diana à condition qu'il fiche la paix à mon frère. Je sais, c'est tordu, mais... tu ne connais pas bien Henry... c'est une vraie plaie quand il n'a pas ce qu'il veut et je n'ai rien trouvé d'autre.

En formulant les choses à voix haute, Edward se rendait compte à quel point c'était idiot. L'ennui, c'était qu'il n'avait pas eu beaucoup d'autres alternatives. Pour pousser George Seymour à faire des concessions, il fallait lui proposer quelque chose de suffisamment précieux pour qu'il accepte de faire marche arrière.

Tu dois trouver ça complètement idiot... je me suis comporté avec toi comme un parfait idiot parce que je ne voulais pas faillir à ma promesse, je... je sais que ce qu'il s'est passé entre nous l'autre jour va à l'encontre de cette promesse, mais... le fait est que je vais rendre ma fiancée malheureuse, je le sais. Je... jure-moi que tu n'iras répéter à personne ce que je vais te dire.

Ce n'était pas grand chose, rien de honteux en 2018 et pourtant, c'était un sujet tabou dans un cercle aussi fermé et conservateur que celui de la noblesse. Il soupira une fois de plus en se pinçant l'arrête du nez.

Diana n'aime pas les hommes. Alors quoi que je fasse pour lui être agréable, ça ne changera rien et... ça me rend malade.

Lorsqu'il tourna la tête vers Rosamund, Edward se rendit compte qu'il avait parlé bien plus qu'il ne l'aurait cru. Il s'était ouvert à elle sur un sujet qu'il taisait car il ne pouvait ni l'aborder avec Calixte, ni avec Anthony. Sous ses airs froid et arrogant, Edward cachait tout de même une véritable considération pour les personnes qu'il respectait et Diana en faisait partie. Ce n'était pas un mariage, dont elle avait besoin, c'était d'une main tendue et d'un peu de compassion.

Compassion dont manqua cruellement l'infirmière qui fit irruption dans la chambre à cet instant. Quelque part, Edward ne pouvait que la comprendre. Elle faisait son travail, avait besoin de libérer la chambre... mais il serait bien resté là un peu plus longtemps pour discuter avec Rosamund. En un instant, il fut debout et se dirigea vers l'étagère où étaient posées les affaires de la jeune femme.

Reste assise, je m'en occupe.

Attrapant un sac de voyage, Edward entrepris d'y ranger les vêtements et autres affaires personnelles de la jeune femme, jusqu'à ce qu'elle ne désigne les fleurs. Edward haussa les épaules, comme si la raccompagner chez elle était une évidence à laquelle elle n'avait pas pensé.

Oh ce n'est pas grave, j'ai de la place dans le coffre de ma voiture.

Mais en voyant de le regard de la demoiselle, il se rendit compte que la raccompagner avait été une évidence à sens unique. Peut-être avait-elle prévenu quelqu'un d'autre, ou souhaitait-elle simplement être seule ?

Je suis désolé, je n'ai pas pensé à te demander si tu souhaitais que je te raccompagne. Tu... as sûrement quelque chose de prévu en sortant ?

La déception fut difficile à cacher et il devait bien avouer qu'il préférait repartir avec un tapis de pollen au fond du coffre de son Aston Martin plutôt que de repartir les mains vides. Bon sang qu'il se sentait maladroit, parfois...
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Re: Edward | Stay by my side

 par Rosamund A. Fraser le Mar 11 Sep - 20:26


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Rosamund écoutait, calmement. Elle attendait que le noble avocat veuille bien s'ouvrir à elle. Maintenant, ses yeux noisettes détaillaient calmement le profil aquilin de cet étrange individu qu'elle peinait de plus en plus à quitter à chaque instant qui passait.
Elle ne dit rien lorsqu'il lui parla des familles nobles et de leur petit commerce d'alliance entre leurs propres enfants. L'avocate était partagée, elle comprenait l'utilité de ces coutumes et leur trouvait des explications dans l'histoire. Mais, à présent, elle trouvait cela purement abject. Elle se rappela plus ou moins de ce que son confrère lui avait fait entrevoir lors du gala, en janvier. Une vie de luxe, les plus grandes écoles, les meilleures positions, le pouvoir de décision, en échange d'une vie qui pouvait souvent s'avérer malheureuse en ménage.
Au fond cette noblesse n'était rien de plus qu'un marché humain à grande échelle. Les parents décidaient de la vie de leurs enfants, jusqu'à-ce qu'ils puissent infliger la même chose à leurs propres descendants... Il ne fallait pas chercher midi à 14h pour comprendre la raison de l'air constamment désabusé du futur duc de Somerset.
Cependant, elle haussa les sourcils quand il expliqua qu'il faisait cela pour son frère. Pourquoi donc prenait-il de telles décisions si son frère semblait à ce point l'abhorrer ?

- Je ne sais pas de quelle nature sont les différents entre ton frère et toi, ou entre ton frère et ton père alors pardonne moi si je dis une énormité mais... Tu ne crois pas que tu pourrais essayer de vivre un peu pour toi ? Je veux dire... Ton frère est assez grand pour parler avec ton père et prendre ses propres ses décisions... Et si jamais les problèmes que vous avez tous les deux trouvent leur source dans la personne de votre père, ne serait-il pas plus judicieux que vous parliez à coeur ouvert et que vous vous épauliez face à lui, de façon franche ? Si Calixte ne sait pas les sacrifices que tu tentes de faire pour lui, ça n'ira jamais mieux... Vous tenez l'un à l'autre il semblerait mais vous ne le montrez pas...

Elle continua d'écouter, même si son coeur se serra sans qu'elle puisse réellement savoir pourquoi, lorsqu'il annonça qu'il rendrait sa fiancée malheureuse et que ce qui s'était passé entre eux allait contre tout bon sens. Elle le savait, cela ne pouvait mener nulle part et pourtant, pourtant cette perspective lui faisait si mal au coeur !
Ces pensées furent vite dissipées par un demi sourire lorsqu'il lui annonça l'homosexualité de la mannequin. Rosamund hocha la tête d'un air entendu.

- Oui, je l'avais deviné... Ma collègue avec qui Diana a passé la soirée est également homosexuelle. Elle n'a pas vraiment parlé de ce qui s'était passé entre elle mais il fallait être aveugle pour ne pas voir dans son sourire que c'était allé plus loin que l'échange de politesses.

Doucement, sa main effectua des ronds rassurants dans le dos de l'avocat alors qu'elle soupirait longuement.

- Je comprends... Honnêtement, je ne sais pas quoi te dire pour vous aider dans cette situation mais... Diana a l'air d'une personne fragile et vous vous tireriez mutuellement vers le bas, même en tentant de faire bonne figure dans votre mariage. Vos parents respectifs sont en train de vous enterrer vivants, c'est pitoyable...

Rosamund était littéralement en colère devant ces pratiques d'un autre temps et plus encore devant sa propre impuissance face à cette situation qui la dépassait. Il fallait également reconnaître qu'elle ressentait un profond désarroi à l'idée qu'Edward restait inévitablement coincé dans cette situation délicate et qu'elle n'avait rien à faire autour de lui. La roturière, l'ancienne ennemie, la némésis de toujours.
Ses réflexions, interrompues par l'indélicate infirmière, s'évaporèrent à son soulagement. Avec un sourire faible, elle accepta l'aide bienvenue du noble, qu'elle découvrit prévenant et serviable au possible.

Elle rougit même un peu lorsqu'il proposa de ramener toutes les fleurs chez lui à l'aide de sa voiture. Il réussit même à lui arracher un rire qui s'étouffa dans une quinte de toux quand il s'inquiéta de son désir, ou non, d'être raccompagnée dans la rutilante Aston Martin.

- Bien sûr que j'ai des choses de prévues... En fait j'avais prévu de courir un semi marathon dès ma sortie de l'hôpital, que crois-tu.

De peur que son humour caustique soit mal reçu par son grand et étrange confrère, elle s'empressa de préciser avec un sourire en coin.

- C'est une blague... Bien sûr, je serais ravie que tu me raccompagnes, ton coup de main est plus que bienvenu.

Elle l'aida tant qu'elle put à rassembler les fleurs mais dû bien vite se rendre à l'évidence : elle n'aurait pas été capable de soulever une feuille morte si elle l'avait voulu. D'un air contrit, elle attendit qu'il vienne la chercher dans la chambre une fois les bouquets débarrassés et la conduise au parking. Dans l'intervalle, elle prit le temps de ratifier tous les papiers administratifs nécessaires et alla chercher ses prescriptions, non sans pester sur la lenteur des ordinateurs et de la quantité faramineuse de papier gaspillé dans l'opération.
Lorsqu'enfin, elle entra dans la cage d'ascenseur à côté de la haute silhouette taillée dans le bleu marine, elle fut horrifiée par sa propre pâleur et son air de poupée désarticulée. Ainsi côte à côte, face au miroir pendant un bref instant, elle constata qu'ils faisaient autant de peine dans leur mise l'un que l'autre. Heureusement, le parfum entêtant des fleurs présentes dans la voiture d'accoutumée si austère atténua un moment ses préoccupations. Le trajet qui la ramena à Killingworth fut si paisible qu'elle s'assoupit, bercée par le ronronnement du moteur impeccablement révisé.

De longues heures plus tard, après que sa modeste maison fut transformée en jardin par les bon soins de son singulier collègue, ils se quittèrent sur une étreinte maladroite et des mots d'encouragements. Rosamund avait désespérément besoin de ses bras et de sa présence, mais pour l'instant encore, elle se refusait à imposer une présence trop proche au noble. Elle avait besoin de digérer les cruelles révélations et de recouvrer un semblant de santé.

Cependant, son torse était trop ouvert et la plaie de son coeur plus béante que jamais.
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