(nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

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(nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Nikola D. Stepanovic le Jeu 12 Juil - 12:01

 
   

Sweet dreams turns into coffee in the morning

   helena & nikola
 
 
 
Un soupir, je jetai un oeil à la queue qui s’allongeait encore, mais qui n’avançait pas, alors que les minutes s’égrenaient. L’idée était bonne, au départ : profiter d’une réunion client dans Killingworth même, et de l’absence de l’interminable trajet en bus quotidien, pour passer un peu de temps avec Polina, profiter d’une heure d’avance pour lui offrir un petit-déjeuner sortant de l’ordinaire, profiter d’un peu de temps avant qu’elle n’aille en cours pour s’installer en terrasse autour d’un café et d’un chocolat. L’idée était bonne, mais j’étais trop peu habitué à ce genre de manoeuvre pour anticiper l’attente que ça allait impliquer, et le temps qui s’envolait dans mon impatience. Tu as déjà choisi ? Elle allait finir par cesser d’être polie, à ce rythme, voilà bien dix fois que je lui posais la question, sans m’en lasser, sans vraiment en écouter la réponse mais en inspirant et expirant profondément pour mieux oublier qu’une personne un peu plus loin monopolisait maintenant les serveurs depuis une dizaine de minutes, montre en main, en changeant d’avis toutes les deux minutes. Et quand elle changea encore d’avis, je ne pus retenir un soupir et un murmure exaspéré. Non mais elle plaisante… ? qui trouva des alliés autour de nous. Je me forçai à inspirer à fond pour mieux me détendre. J’avais du temps devant moi, l’important, c’était que Polina ait de quoi manger avant de commencer les cours. Et nous pourrons toujours nous voir ce soir, il n’y avait rien de dramatique, juste un petit désagrément… mes doigts pianotèrent sur ma cuisse, nerveusement. Je suis désolé, ma puce, on n’aura pas le temps de se poser… Et l’heure filait, vraiment. Je regardai à nouveau ma montre, pinçai les lèvres. Dès que tu as ta commande, tu files, d’accord ? Sinon, tu vas être en retard. Et avec l’affection d’un père plus que d’un oncle, je la serrai contre moi, l’embrassai comme toujours sur le haut du crâne, avant de lui chuchoter en croate On se rattrapera ce week-end, on aura plus de temps. Avec un pique-nique, ou un vrai petit-déjeuner en terrasse, de ces déjeuners que je rechignai à faire, les voyant comme un luxe, comme un caprice dont on pouvait se passer, de l’argent jeté par les fenêtres qu’on aurait plutôt dû donner à des personnes dans le besoin. Sauf qu’en l’occurrence, il s’agissait plutôt de me soucier de Polina, une dérogation, à n’en pas douter, à ce qu’on pouvait me reprocher comme étant un certain type d’avarice.

La queue avança légèrement, je lançai un nouveau regard en arrière pour jauger la file d’attente. Ecoutai pour patienter encore Polina me raconter le programme de sa journée, et… je tournai à nouveau la tête vers l’entrée du café. Et fronçai les sourcils, le souffle coupé, cherchant à détromper mon regard, à rectifier, à ne pas reconnaître la silhouette qui attendait, tout au bout. Polina tapota mon épaule pour attirer mon attention, je lui fis signe de commander son choix, avant de m’entendre dire dans un sourire songeur Un cappucino, s’il vous plaît. A emporter. Et un thé noir… Earl Grey, si vous avez. Je secouai la tête pour faire signe à ma nièce de ne pas poser de questions, me décalai sur le côté pour laisser les suivants passer leur commande en attendant la nôtre. Et m’adossai à une table, mains en arrière pour appuyer sur la surface vernie mes deux paumes grandes ouvertes, en essayant de ne surtout pas regarder en direction d’Helena.

Parce que c’était Helena, qui subissait désormais le supplice de l’affluence matinale. Et que sans réfléchir, j’avais ajouté à mon café un thé, comme je pouvais déjà le faire cinq ans plus tôt. Dans un soupir, je me mis à décortiquer pour la centième fois les différentes offres de café, les viennoiseries, les prix et les fautes d’orthographe, je passai ensuite à la publicité mise en évidence, notant des idées, avant de faire une moue à celles qui soulevaient ma désapprobation, et tombai à nouveau sur les yeux plein d’interrogation de ma nièce. Je l’y entendais presque me dire tu m’expliques ? avec curiosité. D’un mouvement de menton je désignai Helena. Il y a une de mes collègues dans la file, autant lui épargner l’attente. Inutile d’entrer dans le détail, inutile de préciser que si j’étais certain de ce qu’elle allait souhaiter boire, ce n’était pas parce que j’avais pris le soin de connaître les habitudes gustatives de mes subordonnées… l’appel de notre prénom m’offrit une distraction, je fis signe à Polina de m’attendre le temps que j’aille régler. Est-ce que vous pouvez y ajouter une tartelette aux fraises, s’il vous plaît ? je rajoutai même, d’une voix coupable, coupable de céder, coupable de craquer, alors que rien n’aurait dû me l’autoriser. D’une voix étranglée, j’en rajoutai un pain au chocolat, pour Polina. Récupérai maladroitement les trois gobelets, les deux viennoiseries, rejoignis ma nièce à la table qu’elle m’avait choisie et lui tendis son petit-déjeuner dans un sourire navré Je pensais vraiment que ça allait être une bonne idée… promis, on refait ça ce week-end ? Promis, je lui fis un nouveau câlin, avant de lui souhaiter une bonne journée. Et de croiser le regard d’Helena fixé sur nous. Je tournai aussitôt la tête, les joues désagréablement rougies ; trop tard, bien sûr.

Mettre de la distance entre elle et moi était dur, si dur. Les cinq, six ans passés depuis que je l’avais quittée avaient un arrière-goût amer, un silence et une sensation d’asphyxie surréaliste. J’oscillais constamment, en sa présence, entre la culpabilité, les regrets et la résignation, entre la nostalgie et le besoin de l’embrasser. Une nervosité constante dont elle était la première victime. Dans ma fixation de ne faire preuve d’aucun favoritisme en sa faveur, je me savais exigeant, trop, sûrement trop. Inconstant. Et fautif, toujours fautif. Prenant mon courage à deux mains, je me murmurai que maintenant que le thé était acheté, ce serait du gâchis que de le jeter. Et attrapant comme je le pus le thé et la tartelette, je pris mon inspiration et m’approchai d’elle. Pour les lui tendre. Tenez, c’est pour vous. Le service est extrêmement lent aujourd’hui, je ne voulais pas que vous soyez en retard pour la réunion.

Le vouvoiement était inconfortable, et d’expérience, je savais qu’il suffisait de quelques minutes pour que je le perde, mais je le plaçais malgré tout systématiquement entre nous, dans l’illusion débile de me tenir à distance. Vous… vous voulez venir vous asseoir ? Je désignai la table, un peu plus loin, où se trouvaient délaissés mon café et mon manteau. Je me mordis la lèvre. A court d’inspiration. Il fait plutôt froid aujourd’hui.

Comme tous les mois de février.
 
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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Helena M. Percy le Jeu 12 Juil - 21:58


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Courir. Courir pour fuir. Voilà tout ce que faisait Helena en ce moment, ça et maudire son patron auprès de toutes les oreilles qui pouvaient encore supporter ses complaintes énervées. Pourtant cela ne ressemblait pas à la belle blonde d'être hors d'elle à ce point, ni de ressasser quelque chose au point que ça l'empêchait de dormir jusqu'à tard dans la nuit et que ça la réveillait parfois avant même les premières lueurs de l'aube... Mais depuis des années, c'était aussi la première fois qu'Helena se sentait mal à son travail. Elle qui avait toujours eu l'habitude d'y trouver une certaine sérénité, un exutoire, loin de toutes ses histoires de famille et de santé... Elle qui refusait de compter ses heures et qui passait de loin bien plus de temps penchée sur son bureau qu'installée dans son appartement. Elle dont le métier, plus qu'un passe-temps et un gagne-pain représentait une réelle passion... Et malgré tout ses efforts, malgré tout son amour pour le dessin et la publicité, il avait suffit que d'une personne pour tout bazarder. Juste une et elle se tenait maintenant à quelques pas d'Helena, dans le café où elle venait parfois chercher un Earl Grey entre une course à pieds et le travail. Nikola, son nouveau patron. Tout droit débarqué d'elle ne savait trop où et semblait tout destiné à faire de sa vie un Enfer. Et pourtant ce qu'elle avait essayé de changer les choses ! Hel avait tenté de l'ignorer, elle avait usé et abusé de la patience, elle avait été conciliante, douce, elle s'était pliée à ses exigences, avait tenté d'être discrète, puis de s'imposer un peu plus... Mais rien n'y avait fait. Le démon à la gueule d'ange n'avait eu de cesse de la critiquer, parfois par l'intermédiaire de son travail, parfois directement. Il l'a rabaissait, la rabrouait et lui faisait comprendre sans cesse que la belle blonde n'était pas à la hauteur, qu'elle ne faisait jamais assez bien son travail. Jamais. Assez. Bien. Encore. Et. Encore.
Au point qu'il manquait de la convaincre, qu'il manquait de la faire tanguer dans ses certitudes. Elle qui pensait être faite pour le dessins et la communication, elle qui pensait avoir trouvé un moyen d'expression et de décompression. Mais à force d'entendre toujours le même son de cloche, on finissait par s'y habituer... Et à s'en rendre compte, Helena ne détestait Nikola que davantage. La jeune femme avait tenté de le comprendre, de saisir ses changements d'humeur, ses mots tantôt encourageant tantôt glaçants. Elle avait essayé de trouver une justification à la haine évidente qu'il semblait lui dévouer. D'analyser ses remarques admiratives puis rabaissantes, mais elle n'y avait trouvé aucune raison, aucune logique. Et encore maintenant, pressée dans la file d'attente dense, alors que la belle blonde voyait son supérieur, elle ne le comprenait pas. Il était là avec une jeune femme qui semblait être sa fille - elle avait un peu de ses traits d'ailleurs – et il paraissait être un tout autre homme.
Au début, Hel avait lancé des regards discrets au dessus de son portable qu'elle avait d'abord sorti pour patienter le temps que son tour de commencer ne vienne... Et puis elle avait baissé le petit objet pour se perdre dans une contemplation plus qu'indiscrète.
Nikola n'avait pas les mêmes expressions, pas le même regard et puis il souriait, si tendrement... Il semblait tellement plus doux, tellement protecteur, tellement plus... Et quand son regard fila dans la direction de la belle blonde, son cœur manqua un battement – de honte sûrement de l'avoir espionné avec si peu de discrétion... L'ainée des Percy avait tôt fait de baisser la tête, l'air de rien, les joues rosies et le regard fuyant. L'air de rien, c'est ça Helena... Alors la jeune femme s'empara de nouveau de son portable, trouva rapidement le numéro de Marcus et commença à taper ‹‹ Tu vas dire que je me répète, mais devine qui est venu me pourrir aussi mon petit dèj ? ›› et alors que son doigts allait frôler la touche d'envoi, une ombre se dessina au dessus de la jeune femme, manquant de la faire tomber son portable.

‹‹ Tenez, c’est pour vous. Le service est extrêmement lent aujourd’hui, je ne voulais pas que vous soyez en retard pour la réunion. ››

Incrédule, Helena leva des yeux plus qu'étonnés vers Nikola, s'attendant presque à une plaisanterie ou à une boisson empoisonnée. Elle y songea un instant, avant de saisir le gobelet qu'il lui tendait.

‹‹ Merci... ››

Du bout des lèvres, suspicieuse, attendant le revers de cette grâce.

‹‹ Vous… vous voulez venir vous asseoir ? ››

Malgré elle, par politesse et parce qu'elle lui devait bien ça, pour la boisson, la belle blonde réfléchit encore un instant avant de quitter la file pour rejoindre la table désignée par son patron. C'était trop inhabituel, c'était trop étrange. Helena avait envie de partir.
Condamnée, elle s'installa à la petite table où les attendaient déjà les affaires de Nikola. Ils n'allaient tout de même pas parler boulot maintenant !

‹‹ Il fait plutôt froid aujourd’hui. ››

Ah, bah oui, la météo, c'est mieux !
La jeune femme avait le choix, elle pouvait très bien laisser le silence pesant s'installer après avoir vaguement acquiescé et espérer que l'atmosphère tendu l'obligerait à la libérer ou alors...

‹‹ Oui, ils prévoient ça jusqu'à l'été... ››

Un peu ironique. Un peu trop ironique et un sourire vint ourler un tout petit peu les lèvres de la belle blonde avant qu'elle ne porte la boisson chaude à ses lèvres. Elle releva la tasse avec un peu d'appréhension, le liquide glissa contre son palais et...
Bordel, c'était de l'Earl Grey, son thé. Etait-ce un hasard ? Buvait-il la même chose ? Ou se renseignait-il sur toutes les habitudes de ses employée ? Ok, flippant.

‹‹ Comment vous savez pour le thé ? ››

Elle demanda vivement, presque dans une accusation. Parce que retenir sa langue et sa curiosité ne faisait pas partie des capacités de la jeune femme et que de toute façon : non, elle ne croyait pas au hasard.
Et puis de but en blanc, parce qu'une question ne suffisait pas et que de toute manière ils étaient en dehors du cadre de travail, elle continua sur son élan :

‹‹ C'était votre fille, avant ? ››

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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Nikola D. Stepanovic le Dim 22 Juil - 0:30

 
   

Sweet dreams turns into coffee in the morning

   helena & nikola
 
 
 
Je regardai Polina partir en cours, suivis sa silhouette sautillante si semblable à celle de sa mère, teintée de ma propre réserve, de ma propre discrétion, résidu de l’éducation que je m’efforçai de lui donner depuis des années maintenant. Je regardai Polina avec dans les yeux toute la fierté que je pouvais éprouver pour ce bout de femme si exemplaire, si irresponsable, dont il était de mon devoir de préserver innocence. Je regardai Polina franchir le pas de la porte, et mes yeux dérivèrent sans le vouloir vers Helena. Et croisèrent les siens. Aussitôt, je me sentis chanceler, chanceler de maladresse, chanceler d’incertitudes ; aussitôt me frappèrent les semaines écoulées depuis mon retour à temps plein dans les locaux de Newcastle, depuis que tous les matins, je devais faire des réunions avec elle, depuis que tous les midis, c’était dans la même pièce qu’elle que je prenais mes déjeuners – j’avais d’ailleurs fini par les prendre seul dans mon bureau dès que les conventions sociables me le permettaient –, depuis que chaque soir, c’était sa silhouette et son sourire que je voyais adressé à d’autres et quitter les locaux. Dès que nos regards se croisèrent, tout me percuta, y compris la tension installée entre elle et moi, devant l’attitude que j’avais choisi d’adopter, une attitude froide, distante, que je voulais impartiale et neutre mais qui se révélait plus injuste qu’autre chose, il fallait bien que je l’admette. Sauf que je ne voulais, ne pouvais pas l’admettre.

Je détournai aussitôt la tête, les joues rougies de malaise, les mains légèrement tremblantes, avec dans les yeux les souvenirs de nos quelques mois ensemble. Et ce besoin de sortir mon jeu de clé ne serait-ce que pour toucher du bout des doigts le métal glacé du porte-clé offert il y avait ce qui semblait être une éternité à présent. Je serrai les doigts autour du gobelet, le temps de respirer, le temps d’inspirer une fois, deux fois, trois fois, le temps d’aller au bout de la décision prise un peu plus tôt sur un coup de tête. Délaissant ma veste et mon propre café sur la petite table que m’avait réservé Polina, je me forçai à me diriger le plus normalement possible vers Helena. Et à articuler dans un sourire, comme si rien de particulier n’étant en train de se jouer, l’invitation à aller s’asseoir avec moi, couper cette file si dense et si lente, avec pour seule excuse de ne pas pouvoir la voir arriver à la réunion qui nous pendait au nez d’ici une petite heure. Le regard qu’elle me lança, incrédule, surpris, presque méfiant me brisa le cœur, j’inspirai à nouveau pour contrôler les tremblements de mes doigts. Et le libérer avec peine quand elle m’en déchargea. ‹‹ Merci... ›› Je me forçai à sourire pour mieux cacher la nervosité qui tremblotait sur mes lèvres. Et bégayai l’invitation répétée encore et encore dans mon esprit, avec un geste en direction de la table trop nerveux pour son propre bien. Elle ne réfléchit qu’un court instant avec de se décider, je lâchai sans le vouloir un soupir de soulagement et lorsque je me retrouvai face à elle, installé à cette petite table qui nous attendait, je me rendis compte que j’avais trop à lui dire, et en même temps si peu.

La météo s’imposa, comme le réflexe le plus primaire de toute personne ne sachant pas comment faire la conversation et tentant péniblement de la faire malgré tout. ‹‹ Oui, ils prévoient ça jusqu'à l'été... ›› J’hochai la tête, avec conviction. Le froid, la pluie, jusqu’à l’été, il ne fallait certes pas être avoir un doctorat en météorologie pour le deviner, mais ce n’était pas pour autant qu’il fallait prendre à la légère une telle affirmation : je me jetai sur le moindre prétexte pour paraître aussi enthousiaste, convaincu et à mon aise qu’il était possible en de telles circonstances. Avant de laisser poindre un peu d’inquiétude en la voyant porter le thé à ses lèvres, comme doutant d’un coup de mes souvenirs, des souvenirs aussi vivaces que les siens pouvaient être désormais inexistants. Mes doigts tapotèrent sur la table, de nervosité, alors que j’hésitai à avancer le papier contenant la tartelette aux fraises pour qu’elle la voie, qu’elle ne l’oublie pas, et… ‹‹ Comment vous savez pour le thé ? ›› La brusquerie de son ton fut comme de l’acier coulé dans mes poumons, les brûlant, glaçant, les figeant pour mieux m’asphyxier. Co… comment ça ? Je maudis mon regard et ma voix qui transmirent contre mon gré toute mon incertitude. C’est bien ce que vous prenez, non ? Je veux dire… j’ai… Et dans l’errance de mes propos, le véritable sens de sa question m’apparut, comme avec un temps de retard, et mes joues rougirent de plus belle, symptomatiques sans aucun doute de l’envie brutale de disparaître qui me saisit au même moment ; un silence dont Helena s’accapara sans me laisser le temps de me défaire de cette première question gênante avant de me prendre au piège dans une seconde, à la réponse tout aussi délicate : ‹‹ C'était votre fille, avant ? ›› Je lâchai mon gobelet pour cacher mes mains tremblantes sous la table, dans un mouvement trop peu discret pour passer complètement inaperçu. Comme par réflexe, je tournai la tête en direction de la sortie du café, comme si je pouvais y voir à nouveau la silhouette de Polina s’éloigner. Etait-ce ma fille ? Hum… non, pas vraiment. C’est ma nièce, la fille de ma sœur. Et lorsque je replongeai mon regard dans celui d’Helena, ce fut pour y chercher des traces d’émotions, le signe que… quelque chose subsistait. Je… je m’occupe d’elle en son absence, elle s’appelle Polina, c’est… c’est une chouette petite. C’était même plus que ça.  C’était le point de départ de tout, c’était la raison pour laquelle, en partie, Helena n’avait aujourd’hui aucun souvenir de moi, c’était la raison pour laquelle j’étais parti, c’était…

Je ne voulais pas y penser.

Je désignai le tête d’un mouvement de menton. Je me suis rendu compte que vous en preniez tous les matins. Rien d’étonnant de la part d’une pure anglaise, n’est-ce pas ? En huit ans, je ne m’étais pas fait humoriste, malgré tous mes efforts : je sentis ma tentative d’humour faire un plat ne serait-ce que dans ma voix hésitante. Je… je vous ai pris cela aussi. J’espère que vous n’avez rien contre. Ne vous inquiétez pas, tout sera facturé dans les frais de déplacement. Un mensonge, assurément, j’avais payé l’ensemble de ma poche et ne comptais pas faire passer mon confort sur les comptes de la boite mais de cela, elle n’était pas obligée d’être mise au courant. Aimait-elle encore les fraises ? Je me retins de lui poser la question. Cherchai un moyen de relancer la conversation sur un autre sujet, cherchai, même, un sujet de conversation de secours. Ne trouvai rien d’autre qu’un indiscret Et vous, vous avez des enfants ? que je regrettai aussitôt.

Je n’étais pas certain de pouvoir supporter une réponse positive.

 
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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Helena M. Percy le Mer 1 Aoû - 20:59


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Cet homme était un puzzle. Mais pas un de ceux qui passionnaient et qu’on ne pouvait plus lâcher jusqu’à la dernière pièce posée. Plutôt de ceux qui collaient un mal de crâne et qu’on abandonnait dans un coin. Et si Helena n’était pas du genre à abandonner facilement, dans ce cas là elle commençait tout de même à être à court d’idées. Comment retrouver l’ambiance qu’elle aimait tant ? Comment le rendre moins haineux ? Comment s’en sortir indemne ?
La jeune femme n’avait aucune de ces réponses parce qu’elle ne savait pas à qui elle avait a faire. À chaque fois que l’aînée des Percy croyait cerner son patron, son comportement prenait un angle droit et elle se retrouver de nouveau au point de départ. Il la félicitait, il l’encourageait, il la dévorait des yeux parfois et puis il lui jetait des paroles envenimées au visage, lui claquait presque des portes au nez et jetait au feu tout son travail durement achevé.
Alors quand elle avait croisé son regard fuyant dans le café, quand elle avait vu M Stepanovic tourner la tête si rapidement après qu’il l’ait regardée, Helena s’était dit qu’ils allaient s’ignorer, au moins encore le temps du café, et que tout irait très bien comme ça. Mais encore une fois il l’avait surprise, encore une fois il avait fait chanceler ses certitudes et maintenant, la belle blonde se retrouvait attablée avec son patron, boisson à la main. Peut être aurait elle du arrêter d’être surprise, mais c’était plus fort que la designeuse, elle qui n’arrivait jamais à anticiper les réactions de son supérieur, comment pouvait elle savoir comment travailler avec lui ?
Et puis la jeune femme avait porté la boisson à ses lèvres. C’était du thé. C’était son thé habituel. Comment avait il donc pu savoir ?

« Co… comment ça ? C’est bien ce que vous prenez, non ? Je veux dire… j’ai… »

Les yeux de la jeune femme sondaient son patron avec une expression mitigée. Elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir car elle n’était sûre de rien : peut être ne tenait il pas tout un registre d’informations personnelles sur tous ses employés.... mais elle était certainement perdue. Encore, toujours, incapable de construire des bases solides avec un château de carte. Et a la vue des joues rosies de son supérieur, Helena ne sut pas continuer. C’était la deuxième fois qu’elle le voyait rougir en même pas dix minutes. Hel détourna un peu le regard, un peu perturbée par cette vision, cherchant presque une issue quand la question sur la jeune fille qu’elle avait vue avant s’imposa, franchissant la barrière de ses lèvres avant même qu’elle ait réellement songé à la poser.

« Hum… non, pas vraiment. C’est ma nièce, la fille de ma sœur. »

Hel hocha doucement la tête. Elle avait retrouvé la partie douce du caractère de M Stepanovic, alors elle s’y adapta, comme un bon psychologue s’adaptait à son patient atteint de trouble de la personnalité multiple, mais avec un certain plaisir qui n’avait rien de professionnel. Quand il était comme ça, Nikola était vraiment plaisant. Mais pourquoi avait il l’air si nerveux ?

« Je… je m’occupe d’elle en son absence, elle s’appelle Polina, c’est… c’est une chouette petite. »

Ayant retrouvé un air un peu plus doux, bien que restant toujours sur la défensive - fort de ses expériences passées avec le beau blond - la jeune femme laissa s’échapper un sincère :

‹‹ Vous avez l’air très proches. ››

Donc son patron était également un parrain à plein temps. Hel tenta de rajouter cette idée à sa vision d’ensemble mais cela n’arrangeait pas grand chose...
Un patron, un bourreau, un parent, un bel homme. Froid, distant, doux, curieux... Cela faisait un peu trop pour un seul corps...

« Je me suis rendu compte que vous en preniez tous les matins. Rien d’étonnant de la part d’une pure anglaise, n’est-ce pas ? »

Sortant la jeune Percy de ses pensées en désignant la boisson devant elle, Helena considéra ses mots, la justification ne lui plut qu’à moitié, mais ne sachant pas dire pourquoi elle ne la satisfaisait pas totalement, Helena l’accepta tout du moins.

« Je… je vous ai pris cela aussi. J’espère que vous n’avez rien contre. Ne vous inquiétez pas, tout sera facturé dans les frais de déplacement. »

L’homme poussa un dessert sous ses yeux qu’elle n’avait même pas vu, trop occupée à essayer de le comprendre, lui et ses intentions.
C’était une part de tarte aux fraises. Hel adorait ça, mais elle était bien certaine cette fois qu’elle n’en prenait pas tous les matins au bureau.
Les questions se bousculaient dans la tête de la belle blonde. Il y avait quelque chose de dérangeant dans la situation. De terriblement frustrant, violemment agaçant. C’était comme si l’homme en face d’elle savait quelque chose sans vouloir le lui dire. Quelque chose de très important. Sa nervosité l’attestait, ses revirements d’humeur aussi, et même ses attentions. Comptait il lui annoncer son licenciement ? Là, avant même la fin du petit déjeuner ?
La belle blonde quitta la tarte aux fraises des yeux - Elle n’y toucherait pas - pour planter son regard clair dans celui de son patron :

‹‹ Pourquoi ? ››

S’échappa de ses lèvres un peu plus vigoureusement qu’elle ne l’aurait voulu face à son patron.
Pourquoi une pâtisserie ? Pourquoi cette pâtisserie là ? Comment savait-il ? Qu’est-ce qu’il attendait d’elle ? Mais ces questions là restaient encore en attente, retenues un instant de plus par la peur de perdre son travail.

« Et vous, vous avez des enfants ? »

De but en blanc.
Vous n’avez pas ça dans mon dossier ? manqua vraiment de passer ses lèvres. Mais Helena se ravisa, se radoucit un peu. Il n’avait rien dit de mal pour le moment, c'était son côté rancunier qui voulait la faire parler et elle ne devait pas le laisser faire...

‹‹ Non. ››

Si ça concernait son implication professionnelle elle rajouta :

‹‹ Et je ne compte pas en avoir de si tôt. ››

Pas dans ce pays, pas dans cet atmosphère de combat latent d'un humain contre un autre. Pas tant qu'elle ne serait pas émotionnellement stable non plus, mais ça c'était une autre histoire...
L'ainée des Percy tourna lentement le gobelet tiède entre les doigts et décida progressivement que puisqu'il en étaient aux questions bateau qui en disent long, elle pouvait bien en poser une de plus.

‹‹ Vous vous faites au climat Anglais, alors ? ››

Pour savoir si son humeur allait se faire au climat de pluie et les nuages continuels ou si le problème était ailleurs...

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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Nikola D. Stepanovic le Lun 20 Aoû - 23:22

 
   

Sweet dreams turns into coffee in the morning

   helena & nikola
 
 
 
Pendant une fraction de seconde, je me sentis paniquer. A son regard, à ses froncements de sourcils, à sa réaction lorsqu’elle trempa ses lèvres dans le gobelet, j’eus pendant une fraction de seconde, une éternité de rien, m’être trompé, m’être fourvoyé, m’être perdu et égaré dans des souvenirs que je croyais vivaces et qui pouvaient très bien s’être affadis avec le temps comme de vieilles couleurs passées sur une toile de nostalgie. Pendant une fraction de seconde, je ne pus qu’envisager le pire, je craignis m’être trompé, vraiment. Juste une fraction de seconde, un rien du tout… trop longtemps. Est-ce qu’elle n’aimait pas le thé, finalement, est-ce qu’elle ne l’aimait plus, est-ce que… la brusquerie de son ton me poussa à bégayer, à trébucher sur mes syllabes, sur une explication bancale qui aurait peut-être pu, avec plus d’assurance, justifier ma tentative de divination. Et devant l’expression qu’elle m’offrit, plus mitigée que convaincue, je ne pus que me mordre la lèvre, en proie au doute et au désarroi le plus terrible. Un désarroi qui n’allait certainement pas aller en s’arrangeant, lorsque loin de me prendre en pitié et de m’épargner les sujets les plus délicats, loin de me faire la compassion de nous laisser nous murer dans le silence le temps de quelques gorgées, elle me prit au dépourvu sur un terrain que j’aurais, pourtant, vraiment, dû voir venir. Mais qui me laissa muet le temps d’une respiration, le temps d’un regard et de joues rougies perdus en direction de l’entrée du café, le temps de la recherche d’un soutien, et de cette petite douleur dans la poitrine quand je ne pus m’empêcher de songer au point de départ qu’avait été Polina. Le premier domino d’une longue série. Qui avait laissé Helena, seule, en Angleterre. Et qui m’avait poussé dans les Balkans, loin d’elle, loin de tout ce que pouvait imaginer pour nous, même. Je me mordis la lèvre, comptant sur la petite pointe de douleur pour me rappeler que je ne voulais pas y penser.

Que ce n’était pas le moment, non plus, d’y penser. ‹‹  Vous avez l’air très proches.  ›› Une nouvelle crispation, pouvant s’interpréter autant comme une grimace que comme un sourire, frémit sur mes lèvres. Très proches, oui. Trop, peut-être, quand on comparait la complicité qui existait désormais entre Polina et moi, et qui n’était plus que ruines entre Polina et sa mère absente, encore une fois. Plutôt, oui., je me répétai : C’est une chouette petite, ne sachant que dire d’autre que ces quelques mots sans courir le risque de regretter tout ce qu’une maladresse risquerait d’impliquer comme quiproquos. Pourtant, un quiproquo la laissant penser que j’étais satisfait de mon rôle de père, n’était-ce pas ce qui serait le mieux, ce qui l’éloignerait le plus de moi, ce qui pourrait ne pousser qu’à… d’un raclement de gorge, je pris la trop lâche décision de changer de sujet, pour mieux nous écarter de moi, de ma famille, et nous concentrer bien davantage sur elle, sur cette boisson – et cette tartelette – que je lui avais prises. Tout en tentant de la rassurer, ou de prévenir du moins un refus, en interposant entre elle et moi le spectre de cette entreprise qui nous avait réunis. ‹‹  Pourquoi ?  ›› Mes lèvres s’entrouvrirent, pour se refermer sans avoir prononcer un mot. Je pressai doucement mes paumes sur la table, pour contrôler les tremblements de mes mains nerveuses. Pou… pourquoi quoi ? Mes yeux se firent inquiets, on devait pouvoir lire sur mon visage comme dans un livre ouvert. Pourquoi cet thé, ça… Je désignai le papier renfermant la pâtisserie, que j’avançai d’ailleurs dans un nouveau mouvement dans sa direction. Il est tôt, nous allons au-devant d’une réunion importante, je ne voudrai pas que vous me tombiez dans les bras… Et à cette expression aux deux sens, je me sentis pâlir, rougir, dans une respiration délicate, avant de me reprendre, précipitamment Je veux dire, tomber dans les pommes, un peu d’hypoglycémie, manque de sucre, hein… Devant le ridicule de mes propos, je me réfugiai derrière mon café, la fumée qui s’en dégageait encore un peu, et je détournai le regard pour mieux me pincer l’arête du nez de frustration.

Il fallait que je me reprenne, parce que l’heure avait beau tourner, sur cette horloge aux secondes traînantes, elle ne le faisait pas suffisamment vite pour mettre fin à ce qui n’était ni plus ni moins qu’un pénible calvaire. Et qui aurait pu être tellement mieux, en d’autres circonstances. Il fallait que je me reprenne, vraiment. Sauf que faire la conversation n’était pas mon fort, et ne l’avait jamais été. Repensant à Polina, repensant également à ce que les années avaient pu nous faire, à elle comme à moi, repensant à ce que pouvait, devait être sa vie désormais, je me fis malmener par une question plus qu’indiscrète. Que je regrettai sitôt posée, sans avoir le moindre moyen de revenir en arrière. Question indiscrète. Pire qu’indiscrète, au regard qu’elle me lança, juste avant que son visage ne se radoucisse dans cette gentillesse patience et humaine qui faisait d’Helena ce qu’elle était. Et la femme dont j’étais encore, et profondément, amoureux. ‹‹ Non. ›› Je m’aperçus que je retenais ma respiration au moment où je relâchai mon souffle. ‹‹ Et je ne compte pas en avoir de sitôt. ›› Deux réponses, coup sur coup, qui n’appelèrent qu’une seule et même question, une question que je retins avec force et détermination. Elle ne comptait pas en avoir de sitôt, ça me convenait. Plus ou moins. Et avec moi, tu en voudrais ?, les mots sonnèrent à mes oreilles, me poussèrent à rougir à nouveau, alors qu’une fois encore, une fois de trop, mon regard dérivait. Dans un seul commentaire, articulé du bout des lèvres. Ah, c’est bien, trop troublé pour être innocent, à n’en pas douter. Mais j’osai espérer qu’elle ne le remarqua pas, en me brûlant à une nouvelle gorgée de café pour mieux justifier le côté lapidaire de ma réponse.

Quoiqu’il en soit, le silence nous sépara l’ombre d’un soupir, moi buvant à ma tasse, elle, faisant tourner son gobelet entre ses doigts. Jusqu’à ce que la météo, vienne à notre secours. ‹‹ Vous vous faites au climat anglais, alors ? ›› Par réflexe, je relevai les yeux dans sa direction. Le… oh, oui. Vous savez, je suis né en Angleterre, donc… Le savait-elle vraiment ? J’eus un moment de doute, sur tous ces mensonges que j’avais pu sortir, ces silences que j’avais pu offrir en réponses aux questions trop intrusives, et tout ce que je n’avais pas maîtrisé. J’eus un moment de doute : le savait-elle, ou me pensait-elle complètement originaire des Balkans ? Et, même, n’était-ce pas une erreur que de rappeler que j’étais ici, à deux pas de Newcastle, et que nous avions grandi dans la même ville, peu ou prou ? Et arriverai-je un jour à passer outre tous mes doutes, et à cesser de m’angoisser à chacun de mes mots ? Mes mains fébriles portèrent la tasse à mes lèvres pour que je la termine, et que je la repose dans un mouvement un peu trop brusque qui résonna d’une porcelaine heurtée un peu trop durement à son support. De la même manière que chacun des regards d’Helena me heurtaient avec violence, et faisaient résonner en moins une ribambelle d’émotions et de sentiments inclassifiables. J’inspirai. Mais j’admets que quelques années dans le sud de l’Europe… ça change facilement toutes les habitudes climatiques qu’on a pu prendre, et que le soleil me tarde un peu. Et, inspiré sans trop savoir pourquoi, je choisis de poursuivre sur ce terrain-là, faisant écho à des questions que j’aurais pu lui poser, que je lui avais posées, d’ailleurs, quand nous évoquions dans nos promenades en bord de mer le pays de mes origines. Vous connaissez un peu, d’ailleurs ? Les Balkans, la Croatie, la Grèce… cette région-là ? Avant de me reprendre, de faire marche arrière, comme souvent, dès que je me sentais un peu trop à mon aise. Enfin… c’est peut-être indiscret. Peut-être était-ce un moyen de me punir, encore et encore, pour ce que j’avais pu lui faire subir, mais je ne pouvais m’en empêcher.

 
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(nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Helena M. Percy le Mer 22 Aoû - 10:13


♛ Nikola & Helena
my cup of tea

▼▲▼

 Si Helena n'avait pas reçu toutes les foudres de Nikola, elle aurait pu croire qu'elle lui plaisait.  Cette impression n'avait strictement rien à voir avec de la vanité ou du narcissisme, mais la belle blonde n'était pas aveugle : elle avait aperçu les regards qu'il lui coulait parfois, elle avait déjà vu ses joues se colorer comme aujourd'hui quand ils parlaient ensemble et Hel étant naturellement une personne attentive, ne pouvait ignorer ces signes... Et pourtant il y en avait tant d'autres tellement opposés. Tellement pleins de haine... Ou était-ce justement parce qu'elle lui plaisait qu'elle attirait tant sa colère ? Ca paraissait impossible tellement il avait été cruel avec elle, ça paraissait illogique, une fois encore.
C'était incompréhensible, ça la dépassait, ça la mettait mal à l'aise plus que supportable. Helena gigota sur sa chaise pour tenter de trouver une position plus agréable. Ca ne fonctionna pas.
Même le sujet de la nièce de Nikola ne semblait pas être un échappatoire. Lui qui ressemblait un instant plus tôt à un père aimant était de nouveau un homme sur ses gardes, semblant peser avec attention chacun de ses mots à venir.

‹‹ Plutôt, oui. C’est une chouette petite. ››

C'est tout ce que son supérieur lui répondit quant à sa proximité avec Polina, pas une explication de plus et toujours cet air si nerveux... Il s'agissait sûrement d'un sujet épineux comme les histoires de familles savaient l'être, mais quoi qu'il en soit, cela ne regardait absolument pas la jeune Percy qui préféra ne pas chercher à en savoir plus.
De toute façon, le charmant blond vint rapidement offrir une courte porte de sortie à Hel en poussant vers elle un nouveau problème sous la forme d'une tartelette aux fraises. Son dessert préféré. Sa boisson ET son dessert préféré. Ca faisait trop pour une non croyante. Ca faisait trop pour une opposante à la pensée de l’existence du Hasard ou de la Chance. Alors la question tomba. Une question globale, beaucoup trop globale, mais qui se voulait incisive, piquante et qui n'aurait pu l'être autrement qu'en était brève. Et face à elle, la belle blonde regardait celui qui devait être son supérieur en d'autres lieux se figer, se perdre, paniquer. C'était tellement incompréhensible, tellement surréaliste qu'Helena avait envie de se pincer pour savoir si elle n'était pas simplement dans un rêve sans queue ni tête. Si l'homme n'avait pas eu de telles réactions, si l'inquiétude n'avait pas pu être lue aussi clairement dans ses yeux, l'agitation d'Helena aurait sûrement parut démesurée, mais là... Là tout lui indiquait que cette scène n'avait rien de normal, quelque chose clochait, Stepanovic savait quoi, mais il tournait autour du pot. Il tournait autour du pot comme il semblait le faire depuis leur première rencontre, lui qui savait pourtant si bien lui envoyer les quatre vérités sur son travail au visage, lui qui ne prenait jamais aucun détour pour lui rajouter une dose incroyable de travail à abattre pour le lendemain aux aurores, lui qui savait lui dire en face que ses croquis sur lesquels elle avait travaillé pendant plusieurs jours d'affilés n'étaient de loin pas suffisant... Lui qui maintenant tremblait parce qu'Helena lui avait demandé pourquoi il lui avait acheté une pauvre pâtisserie. Cette pâtisserie là.

‹‹ Pou… pourquoi quoi ? ››

Les lèvres de la jeune femme était closes, elle attendait.

‹‹ Pourquoi cet thé, ça…››

Je ne veux pas de ça. Son corps semblait soudain s'être figé alors que l'homme avança de nouveau la tartelette vers la jeune femme.

‹‹ Il est tôt, nous allons au-devant d’une réunion importante, je ne voudrai pas que vous me tombiez dans les bras… ››

Et à ses paroles, les lèvres d'Helena s'entrouvrirent d'étonnement, tandis que les joues de son supérieur se coloraient vivement pour la troisième fois déjà.
Il vient d'évoquer la possibilité que je lui tombe dans les bras, là, non?
L'ainée des Percy allait de surprise en surprise, à vrai dire elle commençait vraiment à songer à ne plus chercher à tirer de conclusion car de toute façon à chaque fois il les faisait voler en éclats dans la seconde.

‹‹ Je veux dire, tomber dans les pommes, un peu d’hypoglycémie, manque de sucre, hein… ››

Difficilement, la designeuse réussit à refermer ses lèvres sans pouvoir cesser de sonder le visage du charmant blond. A quel point était-ce évident qu'elle avait compris que quelque chose ne tournait pas rond ?
La seule chose qui retenait encore la jeune femme de faire une scène en plein milieu du café était la mince possibilité qui existait encore qu'elle ait exagéré tout ça. Il allait falloir qu'elle considère la chose à tête reposée, qu'elle mette à part le fait qu'elle trouvait Nikola attirant et l'autre fait qu'il la traitait parfois comme une esclave du travail, alors pour l'instant elle ne pouvait juste plus rien ajouter. Elle était d'ailleurs prête à laisser l'homme là avec son café, son thé et sa pâtisserie quand il l'interrogea soudain sur sa vie privée d'une manière qui maintint encore un peu la jeune femme clouée d'étonnement dans son siège.
Et si la question de savoir si elle avait des enfants était loin de calmer ses interrogations, la résolution d'Helena de réfléchir à tout ça plus tard l'avait au moins un peu détendue, elle.
Ce fut donc sur un ton plus doux qu'elle répondit par la négative.

‹‹ Ah, c’est bien ››

Helena ne prit même plus la peine d'être surprise par la réponse et ne comptait plus non plus les fois où son supérieur rougissait. C'était la quatrième fois.
Donc je compte... Merde, Helena, qu'est-ce que tu fous ? Et pour ne rien arranger la franchise habituelle d'hélicoptères si longtemps retenue finie par faire son apparition, les yeux soutenant ceux clairs de son patron :

‹‹  C'est bien ?  ››

Ce fut donc à son tour de lancer un sujet et le premier qui vint à l'idée de la jeune femme pour creuser un peu de son côté à lui et éloigner un peu les précédentes conversations, fut l'Angleterre. Ca devait au moins être un sujet neutre.

‹‹ Le… oh, oui. Vous savez, je suis né en Angleterre, donc… ››

Non, je ne savais pas, je n'ai pas de détectives pour enquêter sur mes collègues, moi. Mais une chose était certaine : s'il était effectivement natif d'Angleterre, Edward aurait sûrement plus de facilité à trouver des informations sur lui et... Non. L'ainée des Percy devait concentrer leurs recherches sur Eleanor. Ses histoires professionnelles ne regardait qu'elle... C'était tout du moins ce dont elle se persuadait sans y croire alors qu'elle hurlait à tous ses amis et à longueur de journée sa colère si inhabituelle contre Stepanovic... Mais du coup, pour sa curiosité personnelle, elle décida qu’elle pouvait bien continuer à l'interroger.

‹‹ Et vous avez grandit où exactement ? ››

On ne savait jamais par où on pouvait commencer à trouver la solution d'un problème. Et si en en apprenant plus sur l'enfance de Nikola, Hel pouvait savoir pourquoi il agissait si étrangement avec elle, ça serait certainement le début de la fin des ennuis qui la rongeaient si profondément depuis l'arrivée de son nouveau patron dans sa vie.

‹‹ Mais j’admets que quelques années dans le sud de l’Europe… ça change facilement toutes les habitudes climatiques qu’on a pu prendre, et que le soleil me tarde un peu. ››

Malgré l'agitation du jeune homme qui ne semblait pas vouloir s'arrêter, Helena continuait à le sonder, observer ses gestes plus incontrôlés que jamais avec l'impression que l'éloignement du bureau la mettait dans une position toute différente. Ici elle pouvait prendre la main, ici la peur d'impacter son travail disparaissait avec l'impression inexistante de hiérarchie que Stepanovic ne semblait pas en mesure d'instaurer. A croire même qu'il n'y pensait absolument pas tellement l'inquiétude de source inconnue l'agitait.
Et comme la jeune femme continuait à le dévisager, elle continua aussi à l'interroger :

‹‹ Vous n'avez quitté l'Angleterre que quelques années encore ? ››

N'avait-il donc pas passé la majeur partie de sa vie sur le continent européen mais en Angleterre ? Cela pouvait changer tout un tas de choses. Comme cela ne pouvait rien changer du tout. Mais c'était une information et Hel prenait tout ce qu'elle pouvait. Il fallait garder en tête qu'il en allait de son métier et donc par extension de sa vie tout entière.

‹‹ Vous connaissez un peu, d’ailleurs ? Les Balkans, la Croatie, la Grèce… cette région-là ? ››

La discussion continuant, Helena faillit se détendre un peu quand son supérieur reprit.

‹‹ Enfin… c’est peut-être indiscret. ››

Qui rappelait qu'ils n'étaient pas amis, qu'ils n'était pas voués à l'être, que ce genre de conversation n'avait pas forcément lieu d'être entre eux. L'ainée des Percy resserra un peu le gobelet entre ses mains alors qu'un pincement au cœur la saisit douloureusement. Quelque chose n'allait pas.
La jeune femme secoua cependant la tête quant à l’indiscrétion mais répondit simplement, peut-être plus pas politesse qu'autre chose, avec une pointe de tristesse dans la voix, sans qu'elle ne sache plus si ça venait du sujet de la conversation ou d'autre chose...

‹‹ Je n'ai jamais quitté l'Angleterre. ››

Sans rentrer dans les détails, sans parler de son enfance compliquée et du nombre de liens beaucoup trop importants qui attachaient les Percy à ses terres les empêchant de lever trop le nez de leurs affaires sauf si c'était pour regarder sur un autre continent quelque chose qui concernait toujours leurs affaires... De toute manière, la belle blonde n'avait pas envie de parler de ça. Pas avec lui. Alors elle perdit son regard quelque part dans les dessins autour du gobelet qui renfermait son thé vert. Peut-être serait-il bientôt temps de fuir, car à mesure que les minutes filait, les questions qui serraient un peu plus tôt sa tête semblaient prendre toujours plus un tournant viscéral et pire encore, venaient par moments à enserrer douloureusement son cœur.

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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Nikola D. Stepanovic le Dim 2 Sep - 16:59

 
   

Sweet dreams turns into coffee in the morning

   helena & nikola
 
 
 
J’avais bien conscience du ridicule voire de la pitié que je pouvais inspirer, à cet instant. Entre mon incapacité à me calmer, entre ma fébrilité transparente, entre mes réponses aussi lapidaires que bégayantes, entre mes regards, nerveux, mes respirations, anxieuses, mes gestes, hésitantes, je ne devais pas offrir à Helena un tableau des plus convaincants. Pire encore, tout ça allait croissant, au fur et à mesure que les minutes de torture s’agglutinaient autour de nous, alors que je me rendais compte de la bêtise que j’avais faite en cédant non seulement à la tentation de lui acheter boisson et pâtisserie préférées, mais également à celle de les lui donner maintenant, sans signe avant-coureur, alors qu’elle n’avait reçu de moi que distance et exigence depuis janvier. Je tournais autour du pot, j’allais et venais dans des directions qui n’avaient pas le moindre sens, j’oscillais entre mon naturel qui me poussait à la prendre dans mes bras et à tout lui avouer, et ma certitude que bien au contraire, il fallait que j’élève le plus de barrières entre elle et moi, autant pour son bien que pour le mien, autant pour sa santé que la mienne, autant pour la paix de son esprit que pour ma culpabilité asphyxiante.

Je devais offrir un bien ridicule tableau. Et je ne pouvais pas m’en empêcher. Sans savoir où j’allais, je commençai à répéter sa question, ses questions ; sans même savoir ce que j’allais pouvoir lui offrir comme mensonge, je commençai à rassembler en quelques mots toute l’incohérence de mon comportement. Pour finir par y répondre par la distance, encore, et une neutralité somme toute relative. Ce ne devait déjà pas être monnaie courante dans les entreprises que les supérieurs achètent des pâtisseries à leurs employés, ce devait être encore plus rare lorsqu’on parlait de supérieurs infects et potentiellement tyranniques. Je me mordis la lèvre, préférant me rabattre sur une hypothétique hypoglycémie qui pourrait l’amener à me tomber dans les bras et… la formulation, ambigüe, me fit blêmir et me corriger immédiatement, m’efforçant de ne surtout pas interpréter d’une façon ou d’une autre la réaction qu’avait pu avoir Helena. Il fallait, impérativement, que je me reprenne. Il fallait, impérativement, que je cesse, que je cesse toute cette mascarade, que je trouve une solution qui me permette de conserver un travail me permettant de subvenir aux besoins de Polina, tout en m’offrant le luxe de ne pas foutre en l’air une seconde fois la vie de la designeuse qui se tenait face à moi et qui, tout comme moi, donnait l’impression de ne pas savoir exactement sur quel pied danser.

Un coup d’œil à l’horloge murale m’apprit que le temps traînait en longueur. J’enchaînai sans plus tarder sur un autre sujet, comme une fuite en avant, l’ouverture désespérée d’une porte de sortie qui se révéla plutôt comme étant un cul-de-sac des plus cruels. Je devais être stupide pour m’enfermer à ce point dans l’indiscrétion, et même si la perspective d’être face à une Helena célibataire, sans enfant et sans projet de famille ne pouvait que rassurer la part de moi plongée dans l’égoïsme, je me retrouvai bien bête, à ne pas savoir qu’en dire, à me perdre dans une remarque aussi ridicule que pitoyable, à l’instar de toute cette conversation jusqu’à ce point. ‹‹  C'est bien ?  ›› Mon regard se détourna, je saisis le prétexte d’un café brûlant pour ne pas avoir répondre et pour lui laisser le soin de combler le silence par un autre sujet, de son choix cette fois.

Ce fut donc à nouveau la météo qui s’interposa entre nous deux, sur fond de curiosité, d’allusion à son retour récent en Angleterre, aux consonnances de son nom de famille ; sur la surface d’un terrain voulut neutre, assurément. Ma voix trembla légèrement, m’offrit le soulagement de se raffermir, dans des doutes sains sur ce qu’elle pouvait savoir de moi, sur ce qu’elle pouvait connaître de moi, sur ce qu’elle pouvait savoir et connaître de nikola stepanovic. Le temps d’un soupir, je manquai de me faire aspirer dans des souvenirs, me raccrochai au présent en répondant. J’étais né en Angleterre, j’y avais grandi, à deux pas d’ici, à deux pas de chez elle, à… ‹‹ Et vous avez grandi où exactement ? ›› Mes yeux plongèrent dans les siens. Et le semi-mensonge me vint avec une facilité déconcertante, comme pour mieux cacher tout ça, comme pour mieux cacher que nous avions grandi ici, tous les deux. Mes parents habitent dans la banlieue de Londres. Puis vint le remord. Mais j’ai grandi ici, à Killingworth, du côté de l'ancienne mine de charbon. Un petit sourire, crispé, je repris sans tarder pour m’envoler dans les Balkans, écho de la fuite qui nous avait séparés bien trop tôt, comme pour mieux ne pas m’attarder sur le sujet. Rendu nerveux, toujours plus nerveux, par le regard d’Helena qui semblait me sonder, me disséquer, lire derrière mes regards, mes tics anxieux, derrière les battements sourds et précipités de mon cœur et la multitude de mots que je gardais confinés dans ma gorge mais qui se débattaient pour sortir.

‹‹ Vous n'avez quitté l'Angleterre que quelques années encore ? ›› Et encore une fois, sa question pointa le défaut de ces murs dressés entre notre passé commun et notre présent déséquilibré ; encore une fois, elle me prit au dépourvu. Encore une fois, je fus incapable de mentir, incapable de lui cacher ce qui pouvait passer pour quelques coïncidences. Incapable de lui cacher une seconde fois ce que je lui avais déjà tu avant de tout supprimer de ses souvenirs. Avais-je également supprimé les sentiments, se souvenait-elle d’avoir aimé quelqu’un, que quelqu’un l’avait aimé inconditionnellement ? Je fermai les yeux pour reprendre pied. Oui, à dire vrai… je ne suis parti d’Angleterre qu’en… 2010, si je compte bien. Ma sœur avait besoin de mon aide, notamment avec Polina, je les ai rejointes toutes deux en Croatie, le temps que ses problèmes se dissipent. Et ma langue se délia sans que je n’y prenne garde.  Soulagé devant cette opportunité de tout lui expliquer, ou peu s’en fallait ; de tout lui dire, de tout lui confier, enfin. De lui raconter, comme j’avais déjà pu lui raconter en pensée, les premières années, pour mieux m’excuser, alors que les yeux rivés sur le plafond d’un appartement insalubre, je me demandais ce que je faisais loin d’elle. Puis, Irina a eu de nouveau à voyager, pour son travail, et… on a convenu que ce serait mieux pour Polina et pour moi de rentrer. Et à la vérité sincère et enfin avouée se substitua le mensonge, pour mieux clore une histoire déjà suffisamment pétrie de demi-vérité. En Croatie, on trouvait mes origines, les origines de mes parents. Mais l’Angleterre avait définitivement mon cœur, et – je l’espérais tout du moins – mon avenir.

Plus détendu, incroyablement plus détendu d’ailleurs, je m’enhardis sans y penser dans une question nourrie de nos discussions, huit ans plus tôt, de nos projets de voyage, de vacances, d’avenir, justement. Depuis, avait-elle mis ses projets, nos projets, à exécution ? Ou faisaient-ils, eux aussi, partie des dommages collatéraux de mon ingérence de sa vie ? ‹‹ Je n'ai jamais quitté l'Angleterre. ›› Sa réponse sonna comme une sentence. Presque douloureuse. Et un point final à la discussion, par bien des aspects. Ah. La gorge brutalement sèche, je voulus prendre une nouvelle gorgée dans une tasse démunie de café depuis plusieurs minutes. Je pris le parti de me rabattre sur un ton amusé qui se fit dissonant, pour tenter d’alléger l’atmosphère devenue brutalement pesante, sans grand succès. Et bien, si l’occasion se présente d’organiser un voyage d’affaire dans ce coin-là de l’Europe, ou même simplement à l’étranger, je vous mettrai sur la liste prioritaire pour y participer.

Je considérai à nouveau mon café. Nous avons encore une bonne demi-heure devant nous. On peut y aller dès maintenant, si vous le souhaitez, en prenant notre temps pour parcourir les deux rues qu’il nous reste à faire Je désignai en parlant son thé, qu’elle n’avait peut-être pas encore fini, tout en me faisant la remarque que je lui offrais plus qu’une porte de sortie : mais également de quoi échapper à cette discussion aussi pénible que laborieuse. Je n’étais pas vraiment dupe : nous n’arrivions tout simplement pas à communiquer. Parce que je m’efforçai de jouer un rôle qui ne me ressemblait pas.

 
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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Helena M. Percy le Dim 9 Sep - 21:01


♛ Nikola & Helena
my cup of tea

▼▲▼

 

Tout cela devait être un rêve. Ou un horrible cauchemar. Cela ne pouvait pas être autre chose pour avoir aussi peu de logique. Helena avait du se perdre au pays des merveilles, s’endormir devant une tasse de thé et faire le plus long et le plus étrange rêve qu’elle n’avait jamais fait. Ou tomber dans les pommes en plein footing ? Mais en réalité, la jeune femme n’avait pas besoin de se pincer pour savoir qu’elle n’était pas inconsciente. Cette scène, aussi anormale soit elle se passait réellement. Et cela m’était l’aînée des Percy dans une situation d’inconfort toute particulière. 
Si elle était perdue, il ne l’était pas moins qu’elle. Et le visage de Nikola rougit par la gêne était ce qu’Helena avait vu de plus adorable depuis un long moment. Mais il y avait tout le contexte autour, il y avait ce qu’il lui avait dit, comment il l’avait traité. Comment la belle blonde pouvait elle trouver charmant une ordure pareille ? Elle qui pensait être autodestructice et non masochiste... Helena aurait bien voulu pouvoir affirmer que son patron n’avait rien de plaisant. Mais quand il perdait pieds, quand il paniquait, quand parfois dans la surprise il semblait s’exprimer sincèrement... Alors il lui plaisait. 
C’était un grand foutoirs, un beau n’importe quoi, puis comme la situation était déjà déjà assez inhabituelle, la discussion glissa sur les sujets plus personnels. Ils étaient entrain d’apprendre à ce connaître. C’était un rendez vous. C’était peut être quand même le pays des merveilles. 

« Mes parents habitent dans la banlieue de Londres. Mais j’ai grandi ici, à Killingworth, du côté de l'ancienne mine de charbon. »

La nouvelle fit à Helena l’effet d’une petite bombe. Il n’avait pas seulement habité en Angleterre, il avait grandit ici, dans sa ville de naissance, et Hel semblait se souvenir qu’ils n'avaient pas beaucoup d’années d’écart. N’auraient ils pas du au moins se croiser à l’école ? 

‹‹ Je pensais connaître tous les enfants de Killingworth... ››

Elle dit, comme suspicieuse, les yeux plantés dans ceux de Nikola. Est ce qu’elle tenait enfin mon bon bout ? Est ce que c’était ce sujet qui saurait enfin lever toute cette... bizarrerie ? Est ce qu’ils se connaissaient depuis plus longtemps qu’elle ne le croyait ? 
Alors elle voulait savoir : était il parti tôt ? Avait il longtemps voyagé ? 

« Oui, à dire vrai… je ne suis parti d’Angleterre qu’en… 2010, si je compte bien. Ma sœur avait besoin de mon aide, notamment avec Polina, je les ai rejointes toutes deux en Croatie, le temps que ses problèmes se dissipent. »

Donc non. Il avait longtemps vécu ici. Ils avaient dû se croiser. Ou bien avait il quelque chose contre sa famille ? Son père peut être ? 
Et l’avait elle déjà vu si loquace ? Il semblait se confier. Il semblait paniqué et soulagé en même temps. Et de pas ce qu’il disait il avait l’air d’être un homme bon... Qui ne collait absolument pas avec l’image qu’il lui avait donné jusqu’à là. Helena ne pouvait décidément plus cesser de l’observer, persuadée d’être témoin d’un changement important. 

« Puis, Irina a eu de nouveau à voyager, pour son travail, et… on a convenu que ce serait mieux pour Polina et pour moi de rentrer. »

Doucement, la fille aînée du Duc de Northumberland acquiesça. 
Il avait dû sacrifier des choses pour accéder ainsi aux besoins de sa sœur et de sa nièce... et maintenant encore pour accepter de la prendre en charge. 
Entre ses doigts, la jeune femme faisait tourner, dans l’observer, la tasse de thé à laquelle elle ne voulait plus toucher depuis un moment. 
C’était elle que concernaient ses questions maintenant. Elle et sa sédentarité. Elle n’avait jamais vraiment quitté sa ville natale. 

« Et bien, si l’occasion se présente d’organiser un voyage d’affaire dans ce coin-là de l’Europe, ou même simplement à l’étranger, je vous mettrai sur la liste prioritaire pour y participer. »

La belle blonde secoua immédiatement la tête. Mais cette fois ci, elle baissa la tête pour répondre. 

‹‹ Non merci. Je préfère ne pas quitter Killingworth.  ››

Je préfère ne pas risquer de partir avec vous. 
Je préfère ne pas laisser Sixtine seule. 
J’ai peur rien qu’à cette idée.

Trop de raisons pour refuser l’idée avant même qu’elle passe au stade de réelle proposition. Toute cette situation était gênante. Mais ils n’étaient plus à ca près. 

« Nous avons encore une bonne demi-heure devant nous. On peut y aller dès maintenant, si vous le souhaitez, en prenant notre temps pour parcourir les deux rues qu’il nous reste à faire. »

Un échappatoire. Enfin ! Bien qu’à y réfléchir, elle aurait préféré qu’il parte seul, avant elle, qu’ils n’arrivent pas ensemble au travail et surtout, qu’ils n’aient pas encore tout le chemin à faire ensemble... Mais comment refuser ? Ou bien peut être Hel ne voulait elle pas totalement refuser... pour une raison qui lui échappait totalement. 

‹‹ D’accord. ››

Glissa de ses lèvres alors qu’elle se levait rapidement, tout de même impatiente d’en finir avec cette histoire. C’était paradoxale. C’était sa vie depuis que Nikola était entré dedans. 
Pas moins rapidement, le gobelet à moitié plein dans sa main, Helena se retrouva à l’extérieur du café, le pas rapide, avec strictement aucun sujet en tête mais une soudaine envie de combler le vide tout de même. 

‹‹ Et vous, vous n’avez pas d’autre famille à part votre sœur et votre nièce ?  ››

Elle s’éclaircit la gorge, sans ralentir le pas. 

‹‹ Pas de copine ou de fiancée ?  ››

Au cas où ce n’était pas clair. Au cas où ils n’étaient pas encore rentrés dans le vif du sujet de la vie privée. 
Bordel, tu fais quoi là, Helena ?

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Re: (nikhel) Sweet dreams turns into coffee in the morning

 par Nikola D. Stepanovic le Lun 17 Sep - 22:25

 
   

Sweet dreams turns into coffee in the morning

   helena & nikola
 
 
 
Au moins, tout cela avait le mérite de me faire comprendre ce que j’avais eu, ce que j’avais perdu, et ce que je n’avais plus. Ce que je n’avais plus entre mes mains, ce que je n’avais plus le droit d’avoir, ce que je ne méritais plus. Ce dont je me languissais chaque jour un peu plus, comme un supplice de Tantale qu’on m’avait imposé et que je n’arrivais, de toute manière, pas à fuir. Helena était là, juste en face de moi, avec ses sourires, ses regards, les expressions de son visage qui m’évoquaient, chacune, des souvenirs différents. Elle était là avec son caractère, son exaspération face à mes incohérences, son malaise face à mon comportement, son silence face à mes indiscrétions. Elle était là parce qu’elle n’en avait pas vraiment le choix, et moi, j’étais là, à me noyer dans mes hésitations. A l’étourdir de mes hésitations. A nous perdre, aussi, dans des questions, dans des détails, qui ne nous regardaient ni l’un, ni l’autre, dans des… semi-vérités, des semi-mensonges, des réalités déformées, que je n’arrivais pas à maintenir. Rongé par le remord, par le malaise. Comment, pourquoi aurais-je dû, aurais-je pu lui cacher un détail aussi mince que celui de mon enfance ? J’avais grandi non loin d’ici, dans les quartiers martelés par l’histoire de la région, nous imprégnant davantage de la culture anglaise que quoique ce soit, dans des appartements, tout d’abord, puis des logements miniers aussi pittoresques qu’historiques. Pourquoi aurais-je dû lui mentir à ce propos, je protestais en mon for intérieur, alors que ce n’était, au juste, qu’une anecdote des plus banales ? Pourquoi m’angoissais-je d’un rien, de tout, craignant à ce point de faire un faux pas, tout en en accumulant sans m’en rendre compte, sans accepter de m’en rendre compte, sans me résoudre à couper court à la conversation pour mieux arrêter là ce qui ne s’apparentait, au final, qu’à un massacre des plus douloureux ?

Je me mordis la lèvre. Inspirant du mieux que je le pouvais au regard des circonstances, je voulus me reprendre, pour garder le contrôle. Un contrôle fragile, illusoire, inutile, maigre mais bel et bien là. Elle le déchira d’une remarque, presque suspicieuse. ‹‹ Je pensais connaître tous les enfants de Killingworth... ›› Et ma défense fut aussi injuste qu’agressive, aussi cruelle que futile : Peut-être n’était-ce tout simplement pas dans les habitudes de la haute de baisser les yeux vers des personnes en situation précaire. Des mots que je ne pensais pas, et que je regrettais aussitôt. Sans parvenir à les atténuer tout de suite, m’hasardant à ne serait-ce que les expliciter : Pardonnez moi, je voulais juste dire que... nous n’avons peut-être juste pas fréquenté les mêmes établissements scolaires… alors que je me maudissais d’une franchise agressive qui ressemblait trop au comportement que j’avais choisi d’adopter dans le cadre du travail, et pas assez à celui qui était le mien, juste le mien, celui de nikola, celui de l’homme amoureux, désespérément amoureux, nostalgique d’un passé, endeuillé d’un futur. Et irrationnellement odieux pour mieux se protéger. La protéger. Nous protéger.

N’aurais-je pas dû retenir mes mots ? Bien sûr. Les regrettais-je vraiment ? A quel point… bien sûr que je les regrettais, bien évidemment que je les regrettais, et la diversion que j’offris en parlant des Balkans, d’où je revenais, ne fut qu’une illusion jetée entre elle et moi, une illusion d’excuse, qui trouva miraculeusement preneur. Et me tendit, sur un plateau, l’occasion rêvée de ne pas mentir. De ne plus mentir. De lui offrir la vérité, franche, dénuée de tous faux-semblants, immaculées. Pourquoi étais-je parti ? Pour Irina. Pourquoi étais-je revenu ? Pour elle, pour l’avenir de ma nièce. A cause d’Irina, encore une fois, d’un fantôme jeté comme prétexte pour sauter dans un avion et retrouver le pays de mon cœur et de mon enfance. Elle acquiesça, je soupirai de soulagement, langue déliée sous la simplicité de la franchise, épaules apaisées du poids qui les alourdissait jusque-là. Tout ça ne servait à rien, elle ne souvenait pas de moi, j’avais lacéré ses souvenirs, je m’étais déchiré d’eux, les réduisant à un tissu lacunaire ; tout ça ne servait à rien, à rien d’autre que d’apaiser, si peu, ma conscience. Elle fit tourner la tasse entre ses doigts, je fis de même avec ma propre tasse, plus détendu, face aux questions, face à la discussion qui avançait, progressait, bon gré mal gré, péniblement et dans la souffrance. Avait-elle quitté l’Angleterre, avait-elle cédé aux voyages dans lesquels on s’était projeté ? Non, la réponse tomba comme un couperet, je voulus maladroitement la transformer en opportunité, sur un ton amusé qui sonna sans la moindre justesse, sans le moindre écho, qu’elle fit taire, lapidaire : ‹‹ Non merci. Je préfère ne pas quitter Killingworth.  ›› , comme une gifle que je méritais. Et qui doucha le peu d’enthousiasme que j’avais réussi à réveiller. Oh. C’est noté, dans ce cas…. Mes yeux dérivèrent ma montre.

Vers le temps qui se traînait. Vers la demi-heure qui s’effilochait devant nous et qui promettait d’être pesante. Plus pesante, encore, que celle qui venait de s’écouler. Désespéré, je lui proposais ce qu’elle devait, très certainement et de manière très justifiée, attendre depuis que je l’avais invitée à boire sa boisson chaude avec moi : une échappatoire. Et l’enthousiasme, la réactivité de ses gestes quand elle se fendit d’un ‹‹ D’accord. ›› , quand elle se leva, presque impatiente d’en finir, me planta un coup dans le cœur. Nous en étions donc là. Elle sortit comme un coup de vent, je pris, de mon côté, quelques secondes de plus pour inspirer. Cesser de chanceler. Cesser de me demander si elle n’était pas tombée amoureuse de moi que parce que j’avais été là, au bon endroit, au bon moment. Peut-être, même, avais-je inconsciemment profité de sa fragilité, et peut-être, même…

Je secouai la tête ne la rejoignant, fermant mon manteau, renouant mon écharpe légèrement élimée. Sursautant sous sa question, alors que je lui emboitai le pas vers le lieu du rendez-vous client qui nous pendait au nez. ‹‹ Et vous, vous n’avez pas d’autre famille à part votre sœur et votre nièce ? Pas de copine ou de fiancée ?  ››

Je m’immobilisai. Elle n’avait pas ralenti le pas. Je dus trottiner pour revenir à son niveau. Et la regarder, la regarder dans toute sa beauté, dans tout son naturel, sa grâce et son maintien, dans tout ce qu’elle était, avait, offrait. Avais-je d’autre famille que ma sœur et ma nièce ? Une deuxième sœur, plus petite. Elle travaille à Newcastle, au théâtre royal, en tant que costumière. Et mes parents vivaient à Londres, comme je le lui avais déjà dit précédemment. Quand à une fiancée ou une copine… Encore une fois, je me retrouvai pris au piège entre le mensonge et la vérité.

Entre la sincérité et l’aveuglement.
Avais-je une copine, une fiancée ? Pas de fiancée, non. J’ai… j’ai… Pour tout dire, et j’imagine que cela ne doit en réalité pas vraiment vous intéresser, il y a bien une femme dans ma vie. Belle, drôle, intelligente, terriblement sensible et incroyablement inspirante. Douce, attentive, elle… je l’aime beaucoup. Malheureusement… notre relation n’a pas survécu à mes voyages. Et aujourd’hui, je ne sais plus comment l’aborder.

Je jouais un jeu dangereux. Si dangereux. Et il y avait quelque chose de grisant, quelque part, à se croire protégé du brasier par la simple toile qui masquait ses souvenirs, et ces années qui nous séparaient désormais. Enfin bon, cela n’a que peu d’importance au regard de la réunion qui se profile. Vous avez de remarques, à ce propos ? Il va s’agir de défendre vos croquis et vos propositions de design pour ce parfum, et même si vous me les avez déjà vendus avec efficacité, un client n’est, par définition, jamais satisfait. Vous vous sentez d’attaque pour défendre votre bout de gras ?

 
 by marelle  
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