Blinded by prejudice // Chapter one

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Blinded by prejudice // Chapter one

 par Rosamund A. Fraser le Jeu 10 Mai - 22:03


Edward & Rosamund

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- Lord Alexander Fraser, le Très Honorable Lord de Saltoun, et sa soeur Lady Rosamund.

Lorsque le crieur annonça leurs noms, elle se sentit frémir. C'était la première fois que sa famille se rendait à Bath et participait à un bal mondain. Son frère, colonel de l'armée britannique, avait dû quitter la propriété familiale des Lowlands écossais pour rejoindre Londres, en vue d'une mobilisation prochaine en Galice. Les troubles causés par l'armée napoléonienne semblaient en cause, mais elle n'en savait guère plus. La blonde soupçonnait cependant son frère d'avoir manoeuvré un tel séjour afin de lui trouver un époux. La jeune femme allait déjà sur ses vingt-et-un ans et ne rajeunissait pas.

On avait coiffé ses cheveux blonds en un chignon aux boucles foisonnantes, à la grecque. Elle portait une robe en mousseline de soie bleue très simple qui lui seyait au teint. Au bras de son frère, fringant en uniforme d'officier, elle semblait à son aise. Et pourtant, c'était bien loin d'être le cas. Elle entendait déjà quelques murmures cachés derrières les éventails, qui lui firent froncer les sourcils.

-Fraser, Fraser... Ce nom me dit quelque chose... n'ont-ils pas perdu à la bataille de Culloden il y a 50 ans de cela ?

-C'est exact ma chère, mais vous confondez les deux familles... J'ai ouï dire que les jacobites étaient les Fraser de Lovat, un clan des Highlands, apparenté de très loin à la famille de ces jeunes gens.

-Oh, Highlands, Lowlands, quelle importance ? Un écossais reste un écossais ! Tous des rebelles aux moeurs indélicates si vous voulez mon avis.

Rosamund serra les poings. Elle aurait volontiers répondu sèchement à ces vieilles commères qui avaient davantage leur place dans un musée que dans une salle de bal ! Elle était sur le point de demander à son frère de faire demi-tour, mais celui-ci lui échappait déjà, en pleine discussion avec un officier. La jeune femme sourit en soupirant intérieurement. Si elle devait passer sa première soirée depuis des lustres à écouter son frère parler de stratégie militaire, elle ne se le pardonnerait jamais. Elle avisa un peu plus loin une femme dont elle avait fait la connaissance quelques temps plus tôt. Avec politesse, elle s'éclipsa pour aller la saluer.

- Lady Pelham, je suis ravie de vous voir !

- Mais que voilà notre jeune Lady Fraser ! Comment allez-vous chère enfant ? J'espère que tout ce monde ne vous effraie pas ! Venez, je vais vous présenter à quelques amis. Il est heureux que vous soyez à Bath, profitez-en pour vous faire connaître !

Et avant que la jeune femme ait eu le temps de dire la moindre chose, elle se trouva entraînée au milieu de la foule, vers un grand groupe composé de personnes de divers âges. Lady Pelham avait un cercle de relations étendu et parlait pour dix personnes à elle seule. Elle était loin d'être désobligeante mais qu'est-ce qu'elle pouvait être épuisante !

- Voici donc mes amis, venez Rosamund, ne soyez pas intimidée ! Laissez-moi vous présenter sa grâce Lady Seymour, duchesse douairière de Somerset, ainsi que ses enfants, dont sa grâce Edward Seymour, le plus honorable lord Cecil, marquis d'Exeter et les très honorables Lord et Lady Egerton, comte et comtesse de Wilton !

La jeune femme, visiblement très intimidée par autant de beau monde, pâlit en exécutant une révérence qu'elle semblait avoir répétée pendant des heures. Son frère avait beau détenir un titre de noblesse, les Lords du Parlement écossais étaient loin de valoir en prestige les gens qu'on venait de lui présenter. Le titre de son frère n'était guère plus que l'équivalent d'un baron anglais. Lady Pelham, la présenta avec l'enthousiasme qui lui était si cher.

- Lady Rosamund Fraser est la soeur d'Alexander Fraser, Lord de Saltoun et colonel des armées britanniques ! C'est la première fois qu'elle quitte l'Écosse. C'est la fameuse jeune fille que j'ai rencontré aux bains et dont je vous parlais tantôt ! Vraiment charmante, et mélomane avec ça, si raffinée ! On la croirait anglaise, ne trouvez-vous pas ?

La jeune femme rougit et sourit pour cacher son trouble. Lady Pelham était une femme qui n'avait pas de mauvaises intentions, mais elle se révélait vexante par certains côtés. De plus, entendre parler d'elle comme si elle n'était pas là la mettait dans une position très inconfortable, mais c'était, paraît-il, comme cela qu'il fallait être présentée en société. Elle en profita pour détailler l'assemblée, à la dérobée, jusqu'à-ce que son regard ne croise celui d'un jeune homme à l'oeil sombre, légèrement en retrait du groupe, qui semblait de l'âge de son frère. Soudainement figée, comme prise au piège, elle ne rompit le contact que lorsqu'on lui demanda ce qu'elle pensait de l'Angleterre. Question épineuse s'il en était.

- C'est très différent de l'Écosse. Je dirais que les deux ont des charmes différents et complémentaires...Je trouve l'Angleterre plus sophistiquée et vivante mais je dois avouer que le calme de notre propriété et mon pianoforte me manquent parfois.

Lady Pelham sourit à nouveau de toutes ses dents en agitant son éventail.

- Un pianoforte mais quelle idée fantastique ! Oh mais j'y pense, Lady Seymour, votre fils n'est-il pas lui-même musicien ? Peut-être pourraient-ils nous jouer quelque chose en attendant l'orchestre qui doit ouvrir le bal ? Ce serait fantastique j'en suis sûre !

La jeune écossaise rougit à nouveau. Elle ne savait pas qui des jeunes gens présents était le fameux fils de la duchesse. Une chose était sûre, elle souhaitait sincèrement que ce ne serait pas ce jeune homme morne dont elle évitait à présent le regard. Il avait l'air mauvais et elle n'aimait pas cela.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Edward T. Seymour le Lun 21 Mai - 16:31


Edward & Rosamund

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Edward se regarda dans la glace et se trouva fort mal arrangé. Dans un soupir, il entrepris de lisser le plastron de son costume puis d'ajuster les épaulettes de sa veste. Il était nerveux. Réellement nerveux. Après des mois passés enfermé dans le manoir Seymour, il consentait enfin à retrouver la civilisation humaine, au grand bonheur de sa chère mère. Edward Seymour n'avait jamais été un modèle de sociabilité. Taciturne, laconique et renfrogné, il préférait la compagnie des bêtes ou des écrits à celle de ses congénères. Par-dessus tout, il abhorrait les réceptions où ces dames s'adonnaient avec plaisir à l'art du potin et de la médisance, et où des hommes d'âge mûr lorgnaient sur de jeunes premières en quête de chair fraîche. Il détestait l'hypocrisie qui y régnait, à tel point qu'il surprenait souvent par sa franchise, jugée à la limite de l'irrévérence. Mais on ne changerait pas Edward Seymour, car il était ainsi fait, à l'image d'un père trop strict, trop froid, trop distant. Il avait peur du monde plus qu'il le détestait car il craignait sans cesse que l'on découvre qu'en réalité, c'était un petit garçon terrifié qui doutait d'être à la hauteur de la charge pesant sur ses épaules.

Après tout... à 23 ans, il était duc et n'arrivait pas à savoir s'il était trop jeune ou trop vieux pour cela. Tout s'était passé si vite, son père n'avait pas eu le temps de voir venir cette passation de titre et du jour au lendemain, Edward s'était retrouvé seul avec un domaine, une fortune et un rôle auquel il ne comprenait rien à tenir. À qui devait-il tout cela ? À cette ignominie qu'était la tuberculose. Elle avait frappé l'Angleterre avec la sauvagerie d'une armée et, en l'espace de quelques mois, avait emporté une partie de la population des villages voisins avant de jeter son dévolu sur le domaine. Plusieurs domestiques avaient périt mais par pur égoïsme aristocratique, Edward ne retenait véritablement deux décès : celui de son père au début de l'année, et celui de Diana, sa fiancée, deux semaines plus tard. La mort de la jeune femme, âgée alors d'à peine 20 ans, l'avait véritablement bouleversé. L'amour n'avait jamais lié les deux jeunes gens mais une amitié profonde s'était tissée entre eux et c'est un mariage timide mais heureux que l'on aurait dû célébrer quelques mois plus tard. Au lieu de cela, Edward avait enterré l'homme qu'il admirait le plus et la seule femme capable de voir au-delà du masque d'indifférence qu'il arborait au quotidien. Il s'était un peu plus renfermé sur lui-même, avec pris ses distances, s'était emmuré dans le travail, jusqu'à ce que sa mère ne s'inquiète et ne le force à sortir de sa tanière. Voilà donc où il en était, le Seymour : contraint à sourire devant un miroir pour s'assurer qu'il était encore capable de le faire.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle de bal, Edward se sentit immédiatement agressé par la démesure des décorations, chandelles à foison et toilettes coûteuses qu'il avait sous les yeux. Un peu plus loin, quelques Percy lui firent un signe de la main, un Howard lui adressa un simple signe de tête, ils croisèrent des comtes, des barons... et Lady Pelham, cette insupportable pimbêche qui faisait de la rumeur son plat favori. C'était une jolie jeune femme au teint rosé et à la belle chevelure dorée mais les mots qu'elle persiflait au quotidien la rendait hideuse aux yeux d'Edward. Il resta donc en retrait, silencieux, et se contenta d'un salut un peu raide en guise de bonjour. Il envisagea même de s'éclipser pour retrouver quelques visages connus et amicaux lorsque Lady Pelham leur présenta une nouvelle arrivante.

Edward ne se souvenait pas avoir jamais vu cette jeune personne. La peau très pâle, les cheveux dorés et vêtue d'une robe plus simple que ses consœurs, c'était elle qui sortait du lot et non les autres. Elle semblait aussi à l'aise que lui au milieu de toute cette foule et il ne put s'empêcher de la détailler. Elle était très belle, malgré la confection presque grossière de sa tenue et une coiffure qui devait faire pâlir la duchesse douairière. Mais elle était aussi écossaise et Edward était comme beaucoup d'anglais : particulièrement méprisant à l'égard de ses voisins. Aussi, lorsque Lady Pelham proposa qu'il se mette au pianoforte, Edward ne put-il s'empêcher de s'approcher de Rosamund avec une main tendue vers elle.

Il serait ennuyeux que je vole la vedette à notre jeune amie, Lady Pelham... Miss Fraser, si vous voulez bien... ?

Il saisit doucement ses doigts entre les siens et l'amena jusqu'au pianoforte. S'il avait une idée derrière la tête ? Parfaitement. Si elle risquait d'être déplaisante pour Rosamund ? Tout autant. Il l'invita à s'installer à droite du clavier et pris place à ses côtés. Sur le pupitre de l'instrument, quelques partitions de compositeurs plus ou moins récents qu'Edward parcouru rapidement jusqu'à trouver son bonheur en un quatre mains de Beethoven.

J'ose espérer que vous connaissez Beethoven et savez suivre un tempo, ma chère...

Son sourire se voulait avenant mais Edward n'attendait qu'une chose : qu'elle se trompe, se perde ou se mélange les pinceaux pour qu'il puisse la moquer devant l'assemblée en rappelant à tous que l'on ne pouvait égaler le savoir-faire anglais en matière de musique.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Rosamund A. Fraser le Jeu 24 Mai - 23:52


Edward & Rosamund

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Evidemment, il fallait que cela arrive. Rosamund détestait se donner en spectacle, surtout devant des inconnus. Elle avait espéré que le duc, quel qu'il puisse être, refuse. Mais au lieu de cela, c'était le jeune homme plein de morgue qu'elle avait remarqué précédemment qui fit un pas en avant pour la prendre par la main, avant qu'elle ne puisse objecter. Essayant de garder la tête haute, elle se laissa guider jusqu'aux aigus du clavier en essayant d'ignorer le petit attroupement qui se formait autour d'eux. Elle sourit en voyant la partition. Elle connaissait très bien le concerto en ré majeur de Beethoven, pour l'avoir énormément travaillé en compagnie de son professeur particulier. Un petit morceau d'agrément, enlevé et doux à l'oreille. Elle faillit presque sourire mais la phrase prononcée par le duc la rendit plus froide que le marbre. L'écossaise se fendit à grand peine d'un sourire hypocrite et disposa ses doigts au dessus du clavier.

- Je connais Beethoven. Suffisamment pour savoir qu'il faut, pour le jouer, autant d'émotion que de doigté. Mais j'imagine que ce ne sera pas un problème pour une personne aussi sensible que vous, Lord Seymour.

Douce ironie s'il en était. Elle était prête à sortir son plus beau jeu et se prit à espérer à son tour qu'il se tromperait. Après une inspiration commune, les premières notes s'égrenèrent en parfaite synchronisation. La tête délicatement courbée vers la partition, Rosamund effleurait les touches avec légèreté mais puissance. Les envolées qu'elle apposait sur la basse solide du Lord faisaient presque penser à l'envol d'un papillon.
Délicat mais non moins puissant lorsqu'il le fallait. La blonde disposait d'une certaine force dans le poignet qu'elle mettait au service de son jeu. Elle dû d'ailleurs reconnaître que malgré son air méprisant, le jeune duc jouait très agréablement et qu'elle n'éprouvait aucune difficulté à s'accorder à lui. Un mince sourire revint donner de la couleur à la pâleur lunaire de ses joues. Elle s'amusait à présent. Et déjà, le premier mouvement se terminait.

Une nouvelle respiration commune et ils entamèrent ensemble le rondo, tout en questions-réponses entre les deux voix. Elle ne parlait pas mais ses doigts le faisaient pour elle. Maintenant, elle jouait en allant chercher ses notes, avec une ponctuation très enlevée. Elle osa même lâcher des yeux la partition pour jeter un bref regard vers son compagnon d'infortune, ses yeux bruns pétillant du plaisir innommable que lui procurait la musique. Lorsque le second mouvement se termina et que la partition fut refermée, sous les applaudissements polis, la jeune femme lui accorda un salut de circonstance. Genoux à peine fléchis, dos droit, la nuque en arc, comme celle d'un cygne.

- C'était un réel plaisir, votre grâce.

Elle lui sourit, cette fois-ci d'un air plus sûr d'elle. Un homme ne pouvait pas être si méchant et jouer aussi bien. Il devait y avoir un brin de galanterie et de délicatesse, au fond. Alors qu'ils regagnaient le groupe qu'ils avaient quitté, ils furent arrêtés par une jeune femme aux boucles d'un brun profond, montée en chignon et agrémentée d'une plume d'autruche et de perles. Elle était accompagnée de ce qui semblait être sa mère. Avec un air mutin, la jeune femme sourit de toute la grandeur de ses lèvres ourlées.

-Edward mon cher vous m'impressionnez. Qu'un musicien d'aussi bon goût puisse passer outre notre histoire récente et consentir à faire jouer une écossaise ! Votre charité est tout à votre honneur.

Devant l'insulte à peine déguisée, la jeune blonde se sentit rougir jusqu'aux oreilles et fit un pas en avant, se désolidarisant du Duc. Avec un air aimable mais néanmoins décidé, elle fit une révérence avant de riposter.

- Pardonnez, mademoiselle, d'oser venir apporter quelques éclaircissements à votre culture que je devine étendue, mais ma famille n'est pour rien dans les tragiques événements de notre "histoire récente". Voyez-vous, nous sommes séparés des Fraser de Lovat depuis le 12e siècle et nos deux clans n'ont aujourd'hui plus rien en commun que le nom. Cela fait maintenant plusieurs générations que nous offrons nos frères, nos cousins et nos fils à l'armée de la Couronne en gage de fidélité.

Elle dirigea son regard en direction d'Alexander, son frère si fringant dans son uniforme d'officier, avant de reprendre.

- Cependant, puisque vous semblez si bien renseignée sur l'histoire, permettez moi de manifester mon étonnement vis à vis de votre familiarité envers sa grâce le Duc de Somerset. Après tout, il est de notoriété publique que le patronyme Seymour est une déformation du nom Saint Maur, une ville française si je ne m'abuse.

Rosamund laissait parler sa fierté d'écossaise. Non contente de rappeler à la jeune femme, qu'elle était très bien renseignée sur la noblesse britannique malgré son statut d'étrangère, elle montrait sa bravoure en associant ouvertement un des plus grands Ducs d'Angleterre avec ses lointaines origines françaises. Faire ainsi référence à l'ennemi, alors même que Napoléon menaçait chaque jour un peu plus leur pays relevait d'une énorme prise de risque. Elle décida stratégiquement de battre en retraite en profitant de l'effet de surprise. Elle effectua une nouvelle révérence, dédia son plus beau sourire au trio et s'excusa.

- Si vous voulez bien, je vais aller prendre l'air.

Elle tourna alors les talons, comme si de rien n'était, pour changer de pièce et se trouver sur un balcon encore désert. Sûre que personne ne la regardait, elle s'accouda sur la rambarde et essuya les larmes de rage qui coulaient sur ses joues. Il était incroyablement blessant de se dire qu'elle avait beau donner tout ce qu'elle avait pour être agréable, personne ne verrait jamais plus loin que sa patrie d'origine.
Alors qu'elle fixait le ciel et les lumières ténues de la ville de Bath, elle entendit l'orchestre s'installer.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Edward T. Seymour le Lun 28 Mai - 22:21


Edward & Rosamund

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Face à la répartie mesurée et à l'ironie à peine masquée de la jeune écossaise, Edward ne put qu'écarquiller les yeux, muet de stupeur. Il avait pour habitude que ses remarques fassent taire les moins sottes et rire bêtement les plus idiotes mais c'était bien la première fois qu'une jeune femme le remettait ainsi à sa place. Pinçant les lèvres avec une moue vexé, il se tourna vers la partition et, dans une respiration commune, ils joignirent leurs doigts sur le clavier du pianoforte. Il espéra qu'elle ferait une fausse note, souhaitant qu'elle ne puisse suivre le tempo, qu'elle se heurte à un rythme un peu trop complexe, il le souhaita malgré tout le plaisir qu'il avait à jouer enfin avec une musicienne digne de ce nom. Il l'espéra car alors, il aurait eu la certitude qu'elle n'était en rien différente des autres. Or, elle tint sans peine la battue exigeante des basses, faisant courir ses doigts fins sur le clavier en une mélodie virtuose et délicate. L'espace d'un instant, Edward s'autorisa à lâcher la partition des yeux pour l'observer. Le regard volontaire, elle était emprunte d'une grâce et d'une élégance qui donnait à ses doigts l'allure d'un duvet de cygne effleurant à peine les touches du clavier. Charmé par la musique, l'aristocrate se surpris à trouver cette étrange compagnie plaisante et, lorsque la musique cessa, il regretta presque les applaudissements qui vinrent gâcher en partie cet instant. Rigide, il s'inclina devant elle sans pour autant lui accorder le moindre sourire, gardant pour lui le plaisir de cet instant passé au piano.

Le plaisir est pour moi, miss.

Ce fut seulement à cet instant qu'il consentit à retrousser ses lèvres en un demi sourire plus timide qu'autre chose. Edward n'était pas spécialement mauvais, son arrogance découlait simplement d'une éducation et d'un rang qui lui faisait croire qu'il était normal de se comporter ainsi. Mal à l'ais en société, dédaignant les frivolités, il ne souriait que peu voire pas du tout par timidité mais aussi parce que rien ne parvenait à le dérider réellement. Si Edward s'ennuyait au quotidien ? C'était un euphémisme. Regagnant avec Rosamund le groupe qu'ils avaient quitté un peu plus tôt, Edward espérait pouvoir se fondre à nouveau dans la masse pour le reste de la soirée mais ce fut sans compter la jeune femme à la tenu outrageusement voyante qui venait de s'approcher de lui.

Ah... Lady Beauclerk... Quel... plaisir.

Un plaisir tel qu'il lui arracha la même grimace que s'il avait mangé quelque chose de particulièrement amer. La demoiselle était charmante, là n'était pas la question, simplement... elle devenait insupportable dès lors qu'elle ouvrait la bouche pour piailler, médire ou glousser. Ce qu'elle faisait la majorité du temps. Le compliment de la demoiselle lui passa bien au-dessus car il ne remarque qu'une chose : l'insulte faite à Rosamund. On ne pouvait pas dire qu'en quelques minutes il ait soudainement décidé d'apprécier suffisamment la jeune écossaise pour voler à son secours, mais elle restait tout de même plus agréable que l'insupportable pimbêche Beauclerk. La toisant un moment sous le regard réprobateur de sa mère, Edward ouvrit la bouche, prêt à jeter au visage de l'impudente une remarque cinglante, mais Rosamund le pris de court. C'était tout de même la deuxième fois en peu de temps qu'elle lui clouait le bec ! D'autant qu'elle le laissa à nouveau sans voix, avec son discours.

Pas un mot plus haut que l'autre, une politesse mesurée, un tact remarquable... et une tirade qui, si elle avait été prononcée deux siècles plus tard, se serait soldée par un « POPOPOOOOO ! » de l'assemblée. Mais ce n'était guère l'endroit ni l'époque pour se comporter ainsi la remarque de Rosamund ne fit que jeter un froid et un silence à la fois admiratif et gêné sur l'assemblée. La duchesse douairière de Somerset laissa échapper une exclamation outrée en entendant le sous-entendu grossier de l'écossaise mais Edward n'était pas certain que l'idée ait été d'insulter leur famille. Après tout, c'était vrai, et il était bien étonné qu'elle connaisse si bien l'histoire des patronymes d'Angleterre. Aussi, lorsqu'elle fut partie, Edward ne sut pas trop comment réagir. Il se tourna vers sa mère, qui regardait Rosamund s'éloigner en secouant la tête de désapprobation, tandis que sa sœur, Alice, lui faisait signe de se dépêcher d'aller rattraper la jeune femme. Se tournant à nouveau vers une Lady quelque peu désarçonnée, Edward la regarda avec un air navré.

Quel dommage que vous n'ayez que vos beaux yeux pour défendre votre nom, Lady Beauclerk. Il vous suffit d'ouvrir la bouche pour vous faire des ennemis. Apprenez donc à vous taire et peut-être trouverez-vous un jour un homme apte à vous supporter.

Sans avoir besoin de se retourner, Edward sut immédiatement que le rire maladroitement étouffé venait de sa sœur et le juron tout aussi étouffé de sa mère. Il était de notoriété publique que le duc était difficile à vivre, d'autant qu'il ne prenait jamais de pincettes pour parler à ceux qui lui déplaisaient. Aussi, conscient qu'entre sa tirade et celle de Rosamund, une vague de froid polaire s'était abattue sur le salon, Edward préféra s'éclipser en feignant de ne pas voir Alice qui lui désignait le balcon vers lequel l'écossaise s'était éclipsée. Après tout, quel intérêt aurait-il eu à aller la rejoindre, hein ? Ce n'était qu'une femme de basse extraction, elle aurait dû lui être reconnaissante d'avoir accepté de jouer à ses côtés... mais Edward n'arrivait même plus à se persuader de ses pensées ridicules et hautaines. Lorsqu'il fut sur le balcon, il fut à peine étonné de n'y trouver que Rosamund.

Vous avez l'air de bien connaître l'histoire des familles d'Angleterre, Miss Fraser. Je serais même curieux de connaître l'étendue de vos connaissances au sujet de la lignée Seymour.

Sous le sourire poli et la question innocente se cachait également la fierté d'appartenir à une si noble lignée. On comptait après tout une reine et un jeune roi chez les Seymour, ce n'était pas rien, et Edward chérissait cette généalogie comme s'il avait besoin de faire ses preuves.

Je ne suis pas assez idiot pour vous demander d'excuser Lady Beauclerk, mais... disons qu'elle n'a pas la moindre notion de tact.

Qu'il était mal placé pour lui dire ça... pourtant, il eut l'air d'un parfait gentleman lorsqu'il tendit la main pour s'emparer de celle de la jeune femme.

Vous vous appelez Rosamund, c'est bien cela ?

Puis, imitant son si exaspérant petit frère, si à l'aise en public, Edward s'inclina légèrement et effleura de ses lèvres la peau laiteuse de la jeune femme. Il se sentait ridicule...
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Rosamund A. Fraser le Dim 10 Juin - 20:45


Edward & Rosamund

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La jeune femme aurait désespérément aimé être ailleurs; Cette pimbêche dans sa richissime robe brodée lui avait fait l'effet d'un coup dans les reins. Elle se trouvait soudain elle-même misérable, malgré sa mousseline de soie bleue qui la seyait pourtant à merveille. Elle qui avait rêvé de la vie anglaise, elle se demandait soudain si ce monde était fait pour une personne comme elle. En pleine réflexion, elle n'entendit pas immédiatement le duc arriver derrière elle, aussi sursauta-t-elle lorsqu'il lui demanda jusqu'où s'étendaient les connaissances de sa lignée. Elle sourit en laissant s'échapper sa respiration, se sentant soudain bien bête d'avoir eu peur pour si peu de choses.

- Oh, eh bien... J'ai quelques vagues connaissance de l'arrivée des fondateurs de votre lignée sur le territoire anglais à l'époque de Guillaume le Conquérant mais je vous avoue que le point fort de mes connaissances commence avec le Trisaïeul de la défunte Jeanne Seymour.

Elle sourit un bref instant au lord qui lui paraissait soudain bien moins froid.

- Je l'ai beaucoup admirée pour la modestie et l'intelligence dont elle faisait preuve... Son idée de régenter les habits des nobles de la cour était également une manière brillante d'avoir la main mise sur eux. En réalité, toute l'histoire du règne d'Henri VIII et de la lignée Tudor est proprement fascinante, vous ne trouvez pas ?

Souvent seule dans le domaine familial, la jeune femme s'était nourrie des livres d'histoire de son défunt père. Sa mère avait eu à coeur de lui faire une tête bien remplie avant de la rendre propre au mariage et elle lui en serait toujours reconnaissante.
Elle sourit bien moins lorsque le jeune Duc évoqua la Lady qui l'avait prise à parti en mentionnant son cruel manque de tact. Rosamund savait que cette maladresse apparente était néanmoins révélatrice de ce que beaucoup de personnes pensaient tout bas. d'un petit geste de la main elle fit comme si elle balayait cette mauvaise histoire.

- Il est certain que Lady Beauclerck n'a pas mâché ses mots mais je ne lui en veut pas pour sa franchise. Au fond, elle n'a fait qu'énoncer ce que d'autres n'osent sans doute pas dire, malheureusement.

Elle le laissa saisir sa main pour la baiser avec délicatesse, se sentant soudainement rosir. Il n'y avait, au fond rien de bien inconvenant, mais ce contact lui provoqua un sentiment grisant qu'elle n'aurait su expliquer. Avec un doux sourire, elle s'inclina légèrement.

- C'est exact. Et vous vous prénommez Edward, si je ne m'abuse ?

Au delà du fait qu'il lui semblait avoir entendu Lady Beauclerck l'appeler de la sorte, Edward lui semblait un patronyme logique pour l'héritier des ducs de Somerset. Avisant à nouveau la vue sur Bath dont ils disposaient, elle se laissa un bref instant happer par le paysage nocturne, sans doute pour éviter de rougir à nouveau en le regardant dans les yeux.

-J'imagine que vous restez à Bath pour la saison estivale ? Si c'est le cas nous aurons peut-être l'occasion de pouvoir rejouer du piano, qu'en dites-vous ?

Rosamund regarda soudain ses pieds avant de sourire à nouveau, l'air un tantinet penaud. Sa proposition pouvait paraître bien cavalière mais elle ne savait pas vraiment ce qu'aurait dit une jeune femme anglaise. Est-ce que les aristocrates de sexe opposés discutaient seulement entre eux ??

-Pardonnez-moi, je ne suis pas extrêmement douée pour la conversation... J'imagine que je devrais vous entretenir de la pluie et du beau temps ou vous demander ce que vous pensez de telle ou telle personne, mais j'ai tendance à ne pas faire grand cas des affaires d'autrui.

Le Duc devait la trouver ridicule. Il devait penser qu'elle n'était rien de plus qu'une petite campagnarde incapable de se faire à la sophistication anglaise et beaucoup trop rustre pour être jolie. Cependant, elle releva la tête pour lui demander, sur un ton beaucoup plus enjoué :

-Quel compositeur préférez-vous ? Pour ma part, bien que j'adore Beethoven, je dois avouer mon faible pour Haendel, Telemann et Purcell. Bien que l'attrait de la nouveauté soit compréhensible, je continue d'apprécier énormément la musique du dix-septième siècle.

Elle n'osa pas avouer également qu'elle goûtait avec grand plaisir les compositions de Lully, Rameau, Couperin et autres français... Mieux valait garder pour elle certains petits secrets qui auraient pu froisser l'aristocrate.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Edward T. Seymour le Sam 7 Juil - 20:00


Edward & Rosamund

Blinded by prejudice // Chapter one



Une des raisons pour lesquelles Edward n'aimait pas les réceptions mondaines était l'impression qu'il avait de constamment se trouver en présence d'idiots dépourvus de culture, de connaissances et de curiosité. Il n'entendait parler que de la toilette d'une telle, de la moustache d'un autre, des conspirations que menaient certaines familles contre ou avec d'autres... le jeune duc ne goûtait définitivement point à toutes ces fantaisies. On le disait trop franc, mais c'était avec tout parce qu'il trouvait l'hypocrisie malsaine et pourtant, il était lui-même obligé d'en user au quotidien de part son statut. Envoyer balader une jeune fille de bonne famille lui avait fait un bien fou mais il savait d'avance qu'il en entendrait parler et serait contraint de s'excuser dans une longue lettre d'une platitude poétique absolument navrante. Beaucoup d'efforts pour une poignée de secondes de satisfaction, c'était bien cher payé. Alors en quoi cette Lady Fraser aurait-elle dû être différente ? Elle avait l'oreille musicale, la sensibilité des artistes et un sens du rythme impeccable, peut-être était-ce pour cela, finalement, qu'elle avait attiré son regard plus que les autres. En d'autres circonstances, nul doute qu'il ne lui aurait même pas accordé une seule seconde de son temps. Sa robe vaporeuse lui saillait mais il était évident qu'elle était d'une simplicité qui dénotait curieusement avec les toilettes choisies par les autres dames : il n'y avait qu'à voir Alice, sa petite sœur, dont l'opulente crinière rousse se mariait remarquablement bien avec l'émeraude profond de sa robe. Bien sûr que sans l'aide maladroite de Lady Pelham, Edward ne l'aurait pas remarquée. Mais à présent qu'il la voyait de près, seule et songeuse sur le balcon, il la trouvait d'autant plus belle qu'elle n'avait pas besoin de recourir à des broderies et perles pour se donner de l'allure.

Mais lorsqu'elle pris la parole, Edward en oublia son éducation et la fixa un long moment d'un air surpris et quelque peu ahuri. Allons bon... un rat de bibliothèque, comme lui. D'un côté, le jeune homme était agréablement étonné de voir que la demoiselle en connaissant autant au sujet de sa famille mais d'un autre... il était toujours un peu réservé lorsqu'il entendait une personne étrangère au cercle restreint des Seymour s'amuser à dérouler leur arbre généalogique avec une curiosité déplacée d'universitaire. Il était comme ça, l'apprenti duc : toucher de trop près à leur histoire, c'était toucher à son nom, à son honneur, et même si les mots de la jeune femme furent élogieux, il pinça les lèvres et son regard se fit plus froid.

Chose étonnante, la défunte reine ne savait ni lire ni écrire. Tout au plus savait être calligraphier son nom.

Il se rendit compte un peu trop tard qu'il avait marmonné tout cela à voix haute. Non seulement il se montrait méprisant avec son aïeul, mais il devait probablement donner l'impression que pour une femme, elle n'avait été bonne qu'à critiquer les chiffons de la cour. Il se racla la gorge et repris.

Mais c'était une fervente anglicane et une femme bien plus discrète que son prédécesseur, la reine Anne. Ma famille descend de son frère aîné, Edward. Un nom prédestiné, j'imagine.

L'éphémère héritier engendré par Jeanne Seymour avait lui aussi porté le même nom et parfois, Edward se demandait s'il n'était pas plus une malédiction qu'autre chose. S'approchant du bord du balcon, il pris appui sur la rambarde en pierre et regarda le ciel, songeur.

Les Tudor sont une lignée fascinante, c'est le mot... pardonnez mon vocabulaire, mais je suis toujours stupéfait lorsque je constate que c'est pour satisfaire les caprices d'un monarque orgueilleux que le pays a radicalement changé de position sur la religion. Qui sait... sans la folie d'Henry, peut-être serions-nous encore catholiques ?

Edward tourna la tête vers Rosamund avec un léger sourire. On ne pouvait s'y méprendre, ses mots n'avaient rien d'insultants, ils étaient une simple constatation logique des choses. Rosamund aurait pu le gifler pour avoir eu de tels mots mais une chose lui disait qu'elle était plus ouverte d'esprit que la plupart de leurs semblables.

Vous semblez bien connaître l'Histoire, Lady Fraser... une passion, peut-être ?

Puis la discussion dériva et il fut à nouveau question de Lady Beauclerck, l'impudente qui avait insulté Rosamund devant une assemblée, ce qui n'était ni poli, ni distingué mais pourtant très répandu dans ce milieu. Une fois de plus, Edward fut surpris par la réponse de la demoiselle. Il avait l'habitude de pimbêche toujours prête à se venger de façons bien cruelles et constater que Rosamund avait suffisamment d'intelligence pour ne pas s'en formaliser le surpris agréablement. C'est qu'il avait l'habitude d'être confronté à cela et lui-même, de part son éducation et son orgueil un peu trop prononcé, avait du mal à ne pas être trop rancunier ou à ne pas chercher à se venger à la moindre petite vexation.

Faisant les présentations avec un temps de retard, il hocha la tête lorsqu'elle lui demanda si Edward était bien son nom. Même en ne l'ayant pas entendu, elle aurait pu dresser une liste des prénoms les plus donnés chez les Seymour et aurait trouvé Edward ou Henry en tête. Et lorsqu'elle repris pour lui demander s'ils auraient à nouveau l'occasion de jouer du piano ensemble, le jeune duc se redressa en pinçant les lèvres et sentit ses joues le brûler désagréablement.

Je... je n'en sais rien, je... j'ai du travail, je ne pense pas rester toute la saison je... je ne sais pas.

Pris au dépourvu, il ne fut pas capable de trouver une excuse valable, d'autant que l'idée était plaisante mais totalement surréaliste. Que dirait-on si on les trouvait seuls, dans un salon, assit devant le clavier d'un piano ?

Vous... enfin, je ne sais pas trop comment les choses se passent chez vous, mais ici, il n'est pas bien vu pour une jeune femme célibataire de fréquenter un homme célibataire lui aussi. Enfin si vous l'êtes... pardonnez-moi, je suis indiscret.

Après tout, qui lui disait qu'elle n'était pas fiancée ? Auquel cas, il serait définitivement impensable de les voir à nouveau jouer du piano ensemble. Edward entendait déjà sa mère hurler que de toute son existence, personne ne s'était jamais comporté de la sorte, et des sermons, et des leçons de morale... que tout cela pouvait le barber ! Fort heureusement, Rosamund eut la présence d'esprit de changer radicalement de sujet pour les orienter vers la musique, sujet bien moins délicat.

J'aime beaucoup Purcell également... moins Telemann, je lui préfère Pergolese. Rien de très original, j'ai l'impression que nous aimons à peu près les mêmes musiciens. J'ai découvert des partitions d'un certain Marais, le mois dernier. Les folies d'Espagne, vous connaissez ?

Son français était impeccable, presque dénué d'accent. Edward n'était pas très friand de musique française, qu'il trouvait souvent trop pompeuse à son goût, mais il avait trouvé une certaine légèreté et un réel talent dans l'art de la variation chez ce compositeur au nom étrange. Il aurait pu continuer à discuter longtemps avec la jeune femme, qu'il trouvait bien plus intéressante que ce qu'il avait pu penser au premier regard, mais il croisa celui d'Alice, à l'intérieur, qui lui faisait signe de rentrer. Toujours la même rengaine. Ce serait mal vu, mal interprété, mal ceci ou cela et il fut tenté, l'espace d'un instant, de faire comme s'il n'avait rien vu. C'est la raison qui l'emporta, comme toujours.

Nous devrions rentrer, je pense. Votre... votre frère va vous chercher et je crois que les musiciens s'apprêtent à jouer, vous voudrez peut-être danser un peu.

C'est après avoir dit cela qu'Edward se rendit compte que sa remarque ressemblait presque à une invitation. Invitation à laquelle il n'était absolument pas préparé.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Rosamund A. Fraser le Jeu 26 Juil - 0:43


ft. edward & rosamund

Blinded by Prejudice




La jeune femme détaillait avec curiosité le jeune homme guindé qui lui faisait face, sur ce balcon. Sa réflexion sur Jeanne Seymour lui fit hausser un sourcil, et elle répondit par un sourire.

- Eh bien, je suppose que votre ancêtre prouve ainsi que l'esprit et la clairvoyance n'ont que peu de choses à voir avec l'instruction formelle...

Bien qu'elle-même très instruite, la jeune lady restait persuadée qu'une tête pouvait être emplie de mille et un savoirs mais rester vide si elle ne savait pas les exploiter. Elle écouta à nouveau son interlocuteur parler d'Edward Seymour, premier du nom. Elle sourit à nouveau devant ce trait d'humour léger. Les grandes familles se montraient bien peu inventives en matières de patronymes, préférant honorer la mémoire de leurs ancêtres par le sacre du baptême.
Un instant, elle repensa à son propre prénom. Sa mère aimait le latin et les roses. Malheureusement, elle n'avait pas survécu à son accouchement, c'était en mémoire d'elle que son père l'avait baptisée. Rosa Munda, la rose pure.
Une ombre passa devant ses yeux, sans qu'elle n'en laisse rien paraître. Elle sembla reprendre vie lorsqu'il lui parla de l'Histoire.

- Mon père avait des centaines de livres d'histoire. Il trouvait que les contes pour enfants ne serviraient jamais à rien, alors il s'amusait à lire Tite-Live avant que je m'endorme... J'imagine qu'il faisait ça pour son plaisir plus que pour le mien mais gageons que cela a eu une influence sur mes passions.

À nouveau, la jeune femme sourit. Malgré ses occupations militaires, son père avait toujours tenté de lui donner les outils nécessaires pour réfléchir par elle-même. Il savait élever des fils mais une fille restait trop étrangère à ses yeux... Alors il l'avait éduquée comme son frère par certains égards, malgré les réticences des gouvernantes.
Elle rougit presque aussitôt après lui avoir demandé s'il resterait ici l'été. Quelle idiote. Bien sûr qu'il ne resterait pas. Les jeux d'eaux, les cures, les villégiatures restaient des loisirs expressément féminins. Elle devait avoir eu l'air bête, si bête de lui poser cette question. La suite de sa réponse la fit rougir furieusement, de confusion. Elle n'avait absolument pas réfléchi à cet aspect des choses ! Bien sûr que cela serait honteux. Pour quoi devait-elle passer, à présent...

- Je... Non, enfin oui, vous avez raison. Je ne suis pas promise, en effet... Et, euh...

Pour couper court à ses balbutiements, elle décida de parler de musique et son regard s'éclaira à nouveau. Elle lui parla de Telemann, il lui répondit Pergolese. Elle sourit davantage encore lorsqu'il mentionna les Folies d'Espagne. Elle les avait étudiées lors de ses cours de musique et de danse. Avec l'air passionné qui semblait l'habiter continuellement, elle planta ses yeux dans les siens.

- Je ne connais pas Marais, mais les Folies d'Espagne ne me sont pas inconnues... C'est une danse traditionnelle du XVe siècle, La Folia. La partition a été remaniée par de nombreux compositeurs qui ont chacun proposé leur variation. Lully, Corelli, Jean-Henry d'Anglebert... Nous en avons notre version britannique grâce au Farinel's Ground de Michel Farinel. Un véritable classique de la danse, quel dommage que nous ne la pratiquions plus aujourd'hui... Excusez-moi, je parle beaucoup trop.

Rosamund avait du mal à se retenir lorsqu'un sujet la passionnait et elle se rappelait toujours trop tard qu'une jeune femme de son acabit devait rester discrète. Elle détestait cette façon d'agir qui allait à l'encontre de sa personnalité, mais elle ne voulait pas faire de tort à son frère.
Elle essaya de maintenir un sourire lorsqu'il indiqua qu'ils devaient rentrer. Le monde allait certainement jaser, en effet... Ou alors l'avait-elle barbé ? En rougissant, elle hocha la tête et s'arrêta sur la fin de sa phrase, ne sachant si elle devait le prendre comme une invitation ou une marque de politesse. Brusquement silencieuse, elle haussa à nouveau ses sourcils clairs lorsqu'elle aperçut son frère, en pleine discussion avec la petite soeur d'Edward. Il devait sans doute la chercher, elle l'avait inquiété...

Le fringuant officier la couva d'un regard soulagé et ne s'empêcha pas de détailler un instant le Lord Seymour. Il savait pertinemment à qui il avait affaire, connaissant sur le bout des doigts l'aristocratie anglaise. Ils échangèrent quelques politesses d'usage et le maître de cérémonie annonça soudain un quadrille, pour lancer la soirée. Galamment, Alexander donna sa main à Rosamund et observa les enfants Seymour qui restaient. Henry étant certainement déjà en grande conversation avec l'une des belles de la soirée

- Lord Seymour, Lady Seymour, nous ferez-vous l'honneur de danser avec nous ?

Rosamund rougit. Deux couples de frères et soeurs n'attireraient pas forcément l'attention mais elle se verrait ainsi danser avec le lord si sombre lors des changements de partenaires... Elle n'était plus très certaine de pouvoir soutenir son regard, persuadée qu'elle l'avait ennuyé. Cependant, elle suivit son Alexander et pris place sur le parquet, arborant un maintien naturel et délicat. Enfin, lorsque l'orchestre commença à jouer, elle sourit et exécuta avec brio et légèreté des ronds de jambe et autres petits pas proches de la danse classique que peu de jeunes femmes savaient maîtriser.
Elle se força à soutenir le regard du lord lorsqu'elle échangea sa place avec Alice au cours d'une figure. Elle savait pertinemment que baisser les yeux revenait à avouer une gêne causée par un motif peu chrétien et elle ne voulait pas donner de grain à moudre à l'assemblée.

Tout en tournant avec lui, elle se hasarda à lui décocher un petit sourire. Elle avait remarqué la dextérité remarquable avec laquelle il dirigeait ses propres pieds.

- Je ne pensais pas que vous aimeriez la danse... Vous semblez la pratiquer souvent, n'est-ce pas ?

Si tôt la question envolée, elle retourna prendre la main de son frère alors qu'Alice retournait vers le sien.

- Tu sembles t'être faite apprécier de cette jeune femme pour quelque raison... Elle vient de me souffler une idée qui pourrait t'être profitable.

Rosamund écouta tout en ayant, l'espace d'un instant, les yeux rivés sur leur couple de vis à vis. Alice et Edward semblaient parler eux aussi. Que se passait-il ? Tout en effectuant une allemande avec son cavalier, elle reprit la parole, sourcils froncés.

- De quoi parles-tu, Alexander ? Qu'est-ce que Lady Alice a bien pu te raconter ?

Son frère eut un sourire et la renvoya vers le centre du carré qu'ils formaient, où elle donna la main à ladite jeune femme avant de retourner tourner avec Edward. Elle ne disait plus rien, visiblement interloquée. Elle essaya de sonder son visage, qu'elle trouva désespérément figé, avant de refaire le chemin inverse vers son frère.

- Seigneur, je trépigne, vas-tu me dire ?

Son frère eut un petit sourire et glissa lui-même un regard en coin vers la jeune Alice avant de reprendre, sur le ton de la confidence.

- Lady Alice m'a laissé entendre qu'elle se trouvait très seule depuis quelques temps, dans la propriété de sa famille... Elle m'a exprimé la joie qu'elle aurait si tu devenais sa dame de compagnie.

Rosamund pâlit soudain et manqua un pas, se rattrapant néanmoins prestement sur le suivant.

- Comment cela ?! Et pourquoi as-tu donné ton accord ?

- Allons... Je vais être loin de l'Écosse pendant des mois. Tu n'auras personne en dehors des domestiques là haut. Cette place serait un bon moyen de resserrer les liens de notre famille avec l'aristocratie anglaise et tu pourras t'amuser ! Lady Alice te ressemble beaucoup et elle n'est pas beaucoup plus jeune que toi...

Rosamund hocha la tête et ne dit plus rien pendant le reste de la danse. Elle ne savait pas si elle avait peur ou si elle était au contraire exaltée de se dire qu'elle allait sans doute partager la même demeure que l'étrange aristocrate... Mais cette idée la faisait néanmoins tiquer. Elle était fière d'être écossaise et ce besoin que son frère avait de faire des ronds de jambe auprès des anglais ne lui plaisait qu'à moitié. Cependant, elle ne souhaitait pas le décevoir et elle ne pouvait que reconnaître qu'il avait raison sur quelques points. Seule en Écosse, elle finirait par dépérir d'ennui...

Lorsque la danse s'arrêta, elle effectua une délicate révérence et lissa nerveusement les plis de sa robe bleue. Elle n'osa pas regarder le duo de Seymour, trop soucieuse de laisser voir son trouble. Elle avait encore secrètement l'espoir, en même temps que l'appréhension, que la duchesse douairière refusât une pareille idée.
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Re: Blinded by prejudice // Chapter one

 par Edward T. Seymour le Ven 9 Nov - 22:15


Edward & Rosamund

Blinded by prejudice // Chapter one




Si Edward détestait à ce point les mondanités, c'était avant tout parce que l'hypocrisie qui y régnait l'horripilait et parce qu'il craignait qu'elle ne finisse par déteindre sur lui. Malheureusement, c'était déjà un peu le cas. Il avait horreur des minauderies des jeunes filles qui ne lorgnaient que sur son titre et sa fortune, fuyait leurs bêtises et avait du mal à se cantonner à des banalités quand une conversation un peu plus poussée ne pouvait être envisagée avec ce genre de pies bavardes et sans cervelle. La jeune écossaise venait de changer imperceptiblement sa vision des choses : elle était instruite, futée et n'avait pas sa langue dans sa poche. C'était tout à son honneur car enfin, Edward avait le sentiment de trouver chez la gente féminine une personne à sa taille. Assurément, l'arrogance et le machisme bien d'époque dont il faisait preuve lui aurait valu quelques claques, si Rosamund n'avait pas été si bien élevée. Élevée visiblement plus par un père qu'une mère ou une nourrice. Edward se surprit alors à éprouver une pointe de jalousie. George Seymour avait été un instructeur, un mentor, un modèle... mais par bien des aspects, son attitude envers ses enfants avait été davantage celle d'un général que celle d'un père. Il n'avait pas lu d'histoire, qu'elle soit faite pour les enfants ou non à la fratrie Seymour, il n'avait pas pris ses enfants dans ses bras. Plus d'une fois, Edward s'était fait la remarque que son père n'avait souhaité des enfants que pour assurer la pérennité de son nom, pour être certain qu'une descendance verrait le jour. Le reste, l'amour, l'affection, l'inquiétude, tout ça ne relevait que de l'accessoire et de l'inutile, pour un homme comme George Seymour. Du moins, c'était ce qu'Edward s'était toujours dit. Il n'avait jamais suffisamment observé son père pour voir toutes les marques d'attention qu'il avait à l'égard de ses enfants, trop occupé qu'il était à craindre son regard. Alors oui, aveugle qu'il était, Edward enviait cette jeune femme dont il savait finalement bien peu de choses.

Et tandis qu'elle parlait, il se laissa emporter par ce fascinait sujet qu'est la musique. Si la danse n'était pas le domaine favori d'Edward, il restait néanmoins un très bon danseur avec un sens aigu du rythme. C'était ce qu'on lui avait répété toute son enfance : soit digne de ta famille, honore les Seymour. Et cela passait par une connaissance parfaite de l'histoire d'Angleterre, un maniement impeccable de l'épée, un talent de cavalier nécessaire à sa condition et... la danse. C'était une chose qui le mettait souvent mal à l'aise, la danse. Il fallait s'y exprimer, laisser le corps prendre le pas sur le reste et Edward détestait quand sa mère lui rappelait qu'Henry, lui, savait ne faire qu'un avec la musique et ses partenaires. Edward était plus mécanique, plus métronomique mais bien moins sensible que son frère. En cela, il était moins bon danseur, moins bon musicien et même s'il se répétait souvent qu'aucun menuet n'avait jamais sauvé l'Angleterre, il ne supportait pas l'idée d'être détrôné en quoi que ce soit par son cadet.

Aussi, lorsqu'ils rentrèrent dans le salon où une chaleur moite et suffocante les pris à la gorge, Edward regretta de ne pouvoir s'éclipser à nouveau pour se faire oublier. Alice vint le prendre par le bras en faisant fi des protestations de son aîné tandis qu'Alexander revenait prendre place auprès de Rosamund.

Elle a l'air gentille, dites-moi ! Et très jolie, si vous voulez mon avis.

Oh je vous en prie, Alice, grogna Edward en levant les yeux au ciel, Ni l'une ni l'autre de ces qualités ne font d'elle une personne suffisamment respectable pour notre famille.

Peut-être... mais vous reconnaissez vous-même ses qualités !

Edward voulu protester, se défendre, mais déjà, Alexander et sa ravissante jeune sœur s'approchaient pour les inviter à danser. Raide à en avoir la colonne vertébrale douloureuse, Edward hocha la tête en signe d'acceptation. Avait-il seulement le choix, au fond ? Dès que la musique démarré, le jeune Duc effectua avec la rigueur de l'habitude les pas qui caractérisaient le quadrille. À ses côtés, Alice semblait beaucoup s'amuser, et cela même si elle se trompa par deux fois de pas en les confondant avec une autre danse. Elle était comme cela, Alice : elle ne s'était jamais embarrassée des regards qu'on lui jeta, même quand sa mère secouait la tête pour désapprouver son attitude. Elle s'était trompée, et alors ? La danse n'était-elle pas un loisir, un plaisir, une expression de soit ? Edward se rapprocha de sa sœur, lui glissa à l'oreille l'ordre des pas et lui désigna d'un discret signe de la tête la jeune Rosamund.

Essayez donc de suivre un peu, Alice... prenez exemple sur Lady Rosamund...

Loin de se vexer, Alice jeta un regard amusé à son aîné et obtempéra sans discuter. Il fallait avouer que la jeune écossaise maîtrisait parfaitement les danses de la cour, alors même qu'Edward l'aurait bêtement imaginée incapable de danser autrement qu'au son d'une cornemuse. Mais une fois de plus, il s'était trompé. Lorsqu'il se retrouva près d'elle, il se sentit légèrement rougir mais se repris suffisamment vite pour ne rien laisser paraître.

Je préfère les récitals à la danse mais en effet...

Et il se retint de lui dire que si elle avait vu son frère danser, elle l'aurait trouvé bien plus adroit et élégant. Mieux valait ne pas trop complimenter Henry, il était déjà si arrogant ! Entre deux ronds de jambe, Edward jeta un regard autour de lui, à la recherche de son incorrigible cadet. Sûrement planqué quelque part avec une jeune fille aux mœurs légères... il allait finir par ruiner la réputation de la famille. Reportant son attention sur ce qui se passait devant lui, il vit Alice sautiller dans sa direction avec un sourire mutin.

Qu'avez-vous, ma sœur ? Vous semblez bien satisfaite...

Tournant avec élégance, Alice se pencha vers son frère.

Le jeune Lord Fraser me disait tout à l'heure qu'il repartait bientôt pour l'étranger... il va laisser Lady Rosamund seule en Écosse, je trouve ça d'un triste...

Alice avait souvent des idées farfelues mais Edward ne voyait pas où elle voulait en venir. Il fronça les sourcils et l'invita à poursuivre.

Et ? Depuis quand la condition des écossais vous intéresse tant ?

Oh ce n'est pas la condition des écossais, qui m'intéresse ! Mais je m'ennuie, lorsque vous et Henry êtes loin du domaine. Alors j'ai proposé à monsieur Fraser d'inviter sa sœur pour la saison. Elle sera ma dame de compagnie ! N'est-ce pas excitant ?

Edward manqua de s'étouffer, perdit la mesure et faillit bien écraser le pied de Rosamund en tournant autour d'elle. Il en était hors de question ! Une Fraser chez les Seymour ? Tout le comté jaserait à ce propos !

Vous n'y pensez pas ! Pour l'amour du Ciel, Alice, vous êtes pire qu'Henry !

Mais la jeune femme ne l'écoutait déjà plus et continuait à tournoyer joyeusement. Il était vrai qu'Alice avait grandi avec deux frères, loin des exigences inhérentes à leur condition d'homme et futurs chefs de famille, plus proche des bals, des salons et autres activités frivoles. Alice avait grandi dans la solitude, tout simplement, et la perspective d'une amie la réjouissait, d'autant qu'elle prenait un malin plaisir à jouer les entremetteuses. Aussi, lorsque la danse fut terminée, Edward salua avec une rigidité telle qu'il aurait pu se briser le dos en courbant l'échine. Il n'espérait qu'une chose : que la duchesse douairière refuse cette proposition saugrenue et donne raison à son aîné. Après tout, il était duc, n'est-ce pas ? C'était à lui de décider ! Mais déjà, Alice se précipitait vers sa mère et Edward n'eut pas besoin de lire sur ses lèvres pour savoir de quoi il était question. Elizabeth se redressa, protesta, soupira... mais face à l'enthousiasme et au regard faussement triste que lui fit Alice, elle finit par céder. Edward aurait aimé que son père soit là, car alors, il aurait mettre un termes aux frasques de sa sœur. Mais lorsque Elizabeth fit signe à son fils de les rejoindre, Edward sut qu'il n'aurait définitivement pas le choix.

Et lorsqu'il se présenta à Rosamund et Alexander, il arborait un visage glacial et fermé. Une part de lui était surexcitée à l'idée de pouvoir côtoyer un peu plus cette charmante jeune femme. Enfin quelqu'un avec qui parler de musique ! Mais tout le reste de son être hurlait de détresse. Partagé entre une éducation qui lui répétait que la jeune femme était d'un rang bien trop inférieur à leur famille pour recevoir un tel honneur et la peur de voir Rosamund tomber dans les bras d'un Henry bien trop séduisant pour que qui que ce soit lui résiste, Edward aurait voulu se trouver n'importe où, mais certainement pas à cet endroit précis. Aussi, comme le voulait la tradition, ce n'est pas à Rosamund qu'il s'adressa, mais à son frère.

Lord Fraser... Alice, ma chère sœur, a dû vous entretenir d'un projet qu'elle nourrit depuis... une heure à peine, à vrai dire. La solitude au domaine Seymour lui pèse et elle souhaiterait convier votre sœur, Lady Rosamund, à passer la saison parmi nous... Bien sûr, je comprendrais que vous refusiez l'invitation.

Discrètement, il jeta un regard à Rosamund, sans trop savoir ce que cela pouvait bien vouloir dire. Après tout, il ne serait pas très présent durant la saison, qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? Agacé, le jeune noble avait envie de tourner les talons en exhortant la jeune au respect, qu'elle cesse un peu de l'ensorceler comme elle l'avait fait durant toute la soirée. Au fond, c'était de sa faute à elle, n'est-ce pas ? De sa faute si Edward se retrouvait si perturbé à l'idée de la savoir présente en son domaine durant la saison toute entière.
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