Patient Zero

Message par Swann Weavers le Dim 1 Avr - 1:46


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Un tintement me fait plisser les paupières, j'ouvre les yeux avant de rouler sur mon matelas, attrape mon portable. Vingt minutes avant mon réveil. Je geins doucement puis me hisse sur la rambarde de ma mezzanine en m'y accoudant, observe le coin cuisine depuis la balustrade. Ça va faire presque une semaine que j'ai rencontré ce type, et une semaine que je me réveille chaque matin avant l'heure programmée sur mon téléphone, et que le petit déjeuner m'attends. Au départ, j'ai trouvé ça plutôt cool, parce que la précédente j'étais de service pour les nuits, alors disons que se faire dolorter était assez agréable. Mais là, ça commence à sérieusement me gaver. Je commence à sept heures du matin, alors la moindre des choses c'est de me laisser dormir jusqu'à cinq heure.
Hell m'observe depuis le bas de mon lit, l'air blasé. Dirk est vautré sur une des marches de l'échelle, aux côtés de Leon. Depuis sa stérilisation, il a vraiment grossi. Je vais devoir penser à emmener Jack chez le vétérinaire bientôt, à ce propos, je tiens pas à ce qu'il pisse partout pour marquer son territoire. Aria semble avoir décidé d'élire domicile sur le sac de Harry – le fameux cuisinier matinal – quand à Nouchka, elle dort sur le clavier de mon ordinateur.

J'échappe un soupir et m'extirpe de ma couchette, descends précautionneusement de mon perchoir. Visiblement, je vais devoir régler ce problème avant d'aller travailler, même s'il est apparemment l'un des rares à supporter mes chats. Ça signifie que lorsque je rentrerais du taff ce soir, personne ne m'aura préparé à dîner. Cela dit, ce n'est peut-être pas plus mal, si son séjour doit s'éterniser je vais prendre aux moins cinq kilos.

Je me laisse tomber sur la chaise après m'être enroulé dans un peignoir moutonneux, observe l'homme qui s'active au fourneaux. Harry est tatoué du Lambda sur l'omoplate droite, j'ignore s'il a vu le sigle Kappa sur mon avant-bras, mais en tous les cas, il ne m'en a pas fait la remarque.

Une assiette est posée devant moi, composée d'une omelette et de morceaux quartiers de pommes découpées. C'est tellement mignon. Presque écœurant. Il s'installe devant moi, un large sourire aux lèvres. Évidemment, au vue de la nuit précédente, rien ne risque de lui mettre la puce à l'oreille quant à ce que je vais lui dire.

- Écoute Harry...
- Rory.

Je bugg. Oui, visiblement, il est temps d'en finir. J'ai même pas été foutu de retenir son nom en une semaine.

- Ça va pas marcher, faut que tu t'en ailles.

Ses couverts claquent dans un bruit aigüe sur la faïence, je ferme les paupières en attrapant la tasse de café fumante devant moi, en bois une longue gorgée en grimaçant. Au moins, quand j'arriverais au boulot, Patrice aura été me chercher un Starbucks, ce qui est largement meilleur.

- Mais... Pourquoi ?

Je soupire légèrement, repousse mon assiette et le toise. Il a la tête d'un chat qui aurait prit une douche. Je ne peux pas lui dire que je me suis seulement lassé et qu'il n'a plus aucun interêt pour moi.

- J'aime pas les omelettes.



Installé à la cafétéria, je sirote mon latte machiatto lentement, les prunelles rivées sur un dossier grand ouvert. Il m'a fallu presque quarante minutes ce matin pour rejoindre le travail, problèmes sur la voirie, à ce qu'il paraît. J'ai dû me débarrasser au plus vite de Rory, lui faire remballer ses affaires, avaler mon café et mon omelette, me doucher, enfiler quelque chose rapidement, nourrir mes chats, puis partir. J'étais à peine arrivé que mon bipeur sonnait depuis mon sac. Ma blouse enfilée et mes cheveux attachés, je fonçais dans les couloir pour rejoindre mon supérieur, Mr Carlson. De son prénom, Drax.

Assis derrière son bureau de chêne massif orné d'une plaque d'or, un cadre légèrement tourné à ses côtés. La parfaite photo de famille du parfait homme bien sous toutes les coutures avec sa parfaite femme et sa parfaite petite fille aussi blonde qu'eux, deux azures dans les yeux à l'instar de son père. Je me suis toujours demander si son épouse était au courant qu'il était infidèle. Enfin, je suppose que ça ne me regarde pas. Il m'a ordonné d'aller jouer les pigeons à l'entrée de l'établissement pour faire le service d’accueil auprès d'un intervenant. Comme si c'était mon rôle. Il y les aides soignants ou les employés de l'administration pour ça, des personnes sans grand intérêt dont on peut se passer facilement, comme Patrice. Toujours est-il que maintenant, je dois prendre mon mal en patience, éplucher le dossier du patient qu'il m'a remit en un temps limite, et guetter l'entrée de l’hôpital depuis la vitre de la cafet. Tout ce que je sais du fameux intervenant étant une vague idée de son physique et son nom. Merci à la petite note glissée entre deux papiers.

Le patient se nomme Andrew Brown, âgé de quinze ans. Il est arrivé il y a deux jours à l’hôpital parce qu'il souffrait de violentes migraines et de crises d'angoisses. A son contact et après examen, il s'est avéré qu'il possédait le gêne mutant, et il semblerait qu'il soit en mesure de matérialiser des illusions. Il n'a pas été dépisté, ce qui peut s'expliquer par son jeune âge. La plupart du temps, les mutations ont tendance à se révéler dans ces alentours. Dans le but d'éviter des problèmes, il a été installé dans une chambre seule.

J'inspire profondément. Avoir ce genre de don ne doit effectivement pas être simple à contrôler. Bien sûr, je suis mal placé pour en parler. Je n'ai aucun contrôle sur Sis. Je suis absolument incapable de gérer ses apparitions, et incapable de le faire agir comme je l'entends. Le seul lien que nous possédons est notre rapport aux sensations communes et le fait qu'une fois de retour dans mon corps, je revis ce qu'il a vécu à la manière d'un rêve, ou d'un coma. Jusqu'alors, ça n'a jamais excédé une journée entière. Mise à part sa présence, la plupart du temps gênante, il ne m'a jamais provoqué de grave problème, contrairement à ce gosse. Matérialiser des illusions, c'est bien joli comme formule, mais si concrètement il imagine un tigre dangereux est-ce qu'un fauve enragé apparaîtra dans la pièce où il se trouve ? Après réflexion, je me demande si Drax m'a confier le soin de ce patient parce qu'il a deviné la nature de ma mutation.

Je lève la tête vers l'entrée, observe l'homme qui vient d'arriver. La photo présente dans le dossier était minuscule et plutôt pixelisée, mais il a l'air de ressembler à ça. Du moins, ce serait possible.
Je termine mon café d'une traite et jette le gobelet, avant de sortir de la cafétéria, une main enfoncée dans la poche de ma blouse, l'autre tenant le dossier contre mon thorax. Je ne suis pas de nature timide en règle général, mais quand il s'agit d'être aimable et poli envers un parfait inconnu dans le cadre de mon travail, c'est autre chose. Surtout quand je suis censé l'assister. Je m'arrête face à lui, agrafe un large sourire sur mon visage avant de tendre la main pour me présenter.

- Mr Nikola D. Stepanovic ? Je suis Swann Weavers, je suis chargé de vous assister pour aujourd'hui.

J'espère que je ne me suis pas trompé de personne, si je dois recommencer cette salutation une nouvelle fois, je vais mourir de honte.

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Re: Patient Zero

Message par Nikola D. Stepanovic le Mar 3 Avr - 23:54

 
   

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« Docteur Stepanovic ? » Je mis un instant à comprendre ce que la personne voulait dire. L’appel m’avait surpris au saut du lit, la sonnerie s’était confondue avec celle de mon réveil, je l’avais presque manqué. Tout ça pour entendre ça. Docteur. C’était mon titre, bien sûr, en tant que détenteur d’un doctorat, mais… je n’étais pas médecin, loin de là, et les deux termes étaient trop associés dans bien des esprits pour qu’ils ne le soient pas dans le mien. « Allo ? » Je me secouai, assis au bord du lit, la tête encore endormie. Allo, oui, c’est bien moi, désolé… Vous êtes ? Mekoća vint poser sa tête sur mes genoux, attiré par ma voix et surtout satisfait de me voir réveillé, et donc autorisé à venir m’embêter. Je me levai, portable calé entre mon épaule et mon oreille, alors qu’on m’expliquait posément qu’on avait besoin de moi, qu’on avait eu mon contact via l’un de mes anciens enseignants à l’université, et que… Je m’interrompis dans la préparation du café que j’avais entamée en même temps qu’il parlait. Pardon ? On avait besoin d’un docteur en psychologie à l’hôpital ? Je fronçai les sourcils, reposai la tasse à moitié remplie et la cafetière, tout en m’appuyant au plan de travail. Vous devez faire erreur, je ne suis pas médecin ou quoique ce soit, juste… La voix s’accéléra de l’autre côté, avec angoisse et nervosité, avec inquiétude aussi et… il était démuni, il ne savait pas qui contacter du coup, et il était surtout désolé de m’avoir dérangé. Sans compter qu’il ne savait plus quoi faire, puisque le médecin venait de partir et qu’il n’était qu’un nouveau en période d’essai et que…

Je l’interrompis dans son monologue, pour lui assurer que oui, j’allais venir et que oui, il pouvait cesser de s’inquiéter. Même si c’était du coup à mon tour de ne pas vraiment savoir dans quoi j’étais en train de m’embarquer. Avaient-ils réellement d’un diplômé d’un doctorat en psychologie, ou avait-il confondu avec un docteur en psychiatrie, ce qui n’avait aucun rapport avec ce que j’étais ? Est-ce que je n’allais pas au-devant d’un quiproquo, d’une confusion, est-ce que je n’étais en pas en train de me faire complice d’une erreur médicale, d’un problème bien plus complexe et risqué, de problèmes tout simplement ? Probablement. Mais je ne pouvais pas laisser ce pauvre secrétaire perdu et anxieux, il fallait que je fasse quelque chose, que je réponde à l’appel comme je pouvais et que j’aille sur place, c’était aussi simple que cela. Un appel suffit pour l’instant à justifier mon absence au travail, je laissai un mot à l’intention d’une Polina encore endormie et courus presque pour ne pas trop le faire attendre.

Quand j’arrivai aux abords de l’hôpital, je n’étais honnêtement pas bien plus avancé. Certes, j’avais eu la confirmation que c’était bien un docteur en psychologie qu’ils avaient en tête, c’était déjà ça de pris, mais j’avais également eu la confirmation que je n’étais clairement pas le plus qualifié pour ce qu’ils souhaitaient. L’enseignant qui avait donné mon contact avait en tête l’élève que j’étais à l’époque, il y avait de cela bien trop d’années maintenant, et n’avait nullement conscience que je n’avais pas fait de psychologie pure depuis… et bien depuis mon master. Facilement. Consultant ma montre, je pris la mesure des quelques minutes d’avance que j’avais réussies à grapiller, et en profitai pour me regarder dans une des vitrines de de la cafétéria de l’établissement. Je n’avais pas vraiment eu, pris ?, le temps d’avoir une apparence soignée. A dire vrai, comme tous mes habits, ma chemise aurait eu besoin d’être un peu plus raccommodée, et mon pull également, élimé par l’âge et ses voyages en Bulgarie, en Croatie, en Europe de l’Est en somme. J’haussai les épaules, me résignai à paraître ainsi, puisque de toute manière, tout cela s’était dans la précipitation, une précipitation propre à me déstabiliser. Pourquoi avais-je accepté de venir, sans avoir pris le temps de réfléchir et de poser les pour et les contre d’une telle invitation qui ne me correspondait en rien ? Parce que je n’avais pas pu laisser mon interlocuteur dans la détresse.

Et même si j’étais bien évidemment incapable de regretter ma décision, je ne pus pas m’empêcher de la remettre, encore et encore, en question lorsque je vis un membre du personnel de l’hôpital se diriger vers moi d’un pas décidé. Un sourire, une main tendue, je la saisis après avoir vérifié que je portais bien mes gants, avec ce que je voulus être un sourire chaleureux. Mr Nikola D. Stepanovic ? Je suis Swann Weavers, je suis chargé de vous assister pour aujourd'hui. Assister ? Je ne m’y attendais pas, et en conséquence de ma surprise, je restai quelques secondes interdits, tout en continuant de serrer la main de l’infirmier. Swann. Avant de me reprendre, de la lâcher et de m’efforcer de détendre mes épaules. Enchanté, vous pouvez m’appeler Nikola, ce sera moins formel. Bien moins formel et c’était ce dont j’avais présentement besoin. Parce qu’honnêtement, je ne savais même pas ce que l’on attendait exactement de moi. On avait besoin de moi, oui, cela je l’avais bien compris. Pour aider une personne souffrant probablement d’un point de vue psychologique, cela également je l’avais intégré. Mais pour le reste… je n’avais ni le nom, ni le sexe, ni l’âge de la personne. Et encore moins la maladie dont elle était affligée. Et qui les avait poussé à m’appeler. Je jetai un coup d’œil en direction de la cafétéria.

Je… j’aurais bien besoin d’un café. Je vous en offre un ? Vous pourrez en profiter pour m’expliquer… un peu… ce qui m’amène ici ? Misère, que je me sentis ridicule en disant cela. De quoi avais-je l’air, à débarquer de cette manière dans un hôpital ? Qu’attendait-on de moi, au juste ?

 
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Re: Patient Zero

Message par Swann Weavers le Mer 4 Avr - 20:27


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Je reste quelques secondes interdit devant ledit Nikola, mon sourire figé. Il a l'air plus âgé que moi, à vue d'oeil, je dirais un peu plus que la trentaine. Pour être honnête, il a l'air assez perdu en cet instant. Plusieurs points positifs sont importants à souligner néanmoins. Tout d'abord, l'intervenant ne m'a pas prit pour une fille – ce qui en soit, est plutôt rare dans mon cas – cela m'évitera toujours d'avoir à rétablir les choses dans leur contexte. Du moins, rien n'a paru le prouver, après, je peux toujours me tromper, mais sa manière d'agir ne semblait pas démontrer de trouble à ce niveau. Habituellement, c'est quelque chose dont je me moque assez, mais dans un cas comme celui-ci, où le contexte touche à mon travail, c'est forcément mieux de ne pas avoir à se répandre en explication sur le sujet.

Ensuite, je ne me suis pas trompé de personne, et ça, c'est déjà beaucoup. Je n'ai aucune idée de la marche à suivre dans ce genre de situation, alors moins j'ai à le faire, mieux je me porte. Il semblait avoir tout de suite compris ce pourquoi j'étais venu à sa rencontre, et plus encore, il avait réagit très sympathiquement en me demandant de l'appeler par son prénom. Pour être honnête, ça m'arrange assez, j'ignore si j'ai correctement prononcé son nom de famille, alors si je n'ai pas à l'écorcher à nouveau – en supposant que je me sois monumentalement trompé – ça m'évitera de refaire la même erreur, Nikola, c'est beaucoup plus simple.

Pour finir, voilà qu'il me propose un café, et ça, ça c'est top. Qu'on me propose d'aller boire un café est plutôt sympa, qu'on me l'offre, c'est encore mieux. Les commissures de mes lèvres s'écartent une nouvelle fois, beaucoup plus grandement et sincèrement que quelques instant plus tôt.

- Dans ce cas ce sera Swann pour moi, Nikola. Je suis partant pour le café, j'ai eu le temps de lire un peu le dossier en vous attendant, je vais vous expliquer.

Resserrant le dossier contre mon thorax, je fais un signe de tête à l'intervenant pour lui indiquer de me suivre, puis tourne les talons vers la cafétéria que je viens de quitter. Je n'aime pas le café noir, même si je suis souvent obligé d'en boire le matin, faute d'avoir du lait chez moi. En revanche, j'aime beaucoup les cocktails chaud, c'est pourquoi le Starbucks à quelques mètres de la gare est un de mes lieux favoris de Newcastle, et un arrêt obligatoire pour faire passer le goût de l'amertume de celui du réveil. Cela dit, ça fait presque six mois que la grosse Patrice – l'employée de l'accueil qui semble me considérer comme son meilleur ami depuis que Sis lui à taxé une clope ; et que j'ai tenté de noyer le poisson en lui faisant croire qu'il était mon frère jumeau – se charge de me le prendre à son arrivée le matin. En soit, six, mois que je n'ai presque pas mit les pieds là-bas.
En revanche, je connais très bien la caféteria de l'hopîtal, et, quand je suis à défaut de latte machiatto lait de soja et sirop d'amande, le cappuccino vanille fait bien l'affaire. Un peu trop sucré, mais avec deux dose d'expresso, ça passe plutôt bien.

Je m'arrête près de la file d'attente, puis inspire profondément. Même si Nikola semble avoir compris ce pourquoi je me suis dirigé vers lui tout à l'heure, j'ai comme l'impression que personne ne s'est donné la peine de le briefer au sujet de sa présence ici. Drax peut bien me prendre de haut depuis son chaise confortable derrière son bureau, ou me charrier en m'affublant du petit surnom « d'infirmière » ; lui qui est clairement qualifié en temps que médecin n'a visiblement pas été foutu d'expliquer, à celui que la direction à appelé, le cas du patient dont je me retrouve en charge, avec mr Stepanovic. On me relègue au boulot d'hôtesse d'accueil, et maintenant, c'est aussi à moi d'expliquer le problème. Même si concrètement, moi, je ne suis pas beaucoup plus que le préposé aux sutures, prélèvements sanguins et posent de perfusion. Je ne fais pas que ça, évidemment. Mais autant dire les choses telles qu'elles sont, un médecin aurait été largement mieux placé.

La file avance un peu, je mordille ma lèvre nerveusement. De toute manière, je n'ai pas beaucoup d'autre choix que de lui dire ce que je sais sur le patient. En revanche, je peux toujours m'abstenir de lui dire ce pourquoi je pense que Drax m'a mit sur ce cas.

- Pour être honnête, j'ai appris que j'allais vous assister seulement à mon arrivée ce matin. J'ai eu le temps de parcourir un peu le dossier, mais je pense que les choses seront plus claires lorsque nous y seront.

J'entrouvre le dossier légèrement, y jette un œil avant le refermer, puis place une main sur mon épaule, enroule mon index dans une mèche de mes cheveux liés. Je me demande ce qui m'a prit de les nouer de cette manière. J'y ai fait des tresses. Rory à du me chambouler les idées plus que je ne le pensais. Il faut dire, aussi, que ça m'a plutôt bien occupé durant le temps de trajet.

- C'est un adolescent sujet à des crises d'angoisses. Jusque là c'est pas grand chose, mais il s'avère que c'est un mutant. Il semblerait que son don soit de générer des illusions, de les rendre tangibles en bref. Je ne l'ai pas encore rencontré, il s'appelle Andrew Brown et il a quinze ans. J'imagine qu'il n'avait peut-être même pas conscience de son don. Ce ne sont que des suppositions, mais lorsqu'il est arrivé aux urgences, il souffrait de migraines également. Donc en soit, on peut se demander si les crises ne sont pas plutôt une conséquence de sa mutation...

Je m'arrête face à la femme de la cafétéria, agite la main en guise de salutation.
- Re-bonjour Rosita, je voudrais un cappuccino vanille avec deux doses d'expresso et...

Je me tourne à nouveau vers Nikola, lui adresse un lèger sourire :
- Vous prendrez quoi ?

Il m'a proposé de me l'offrir, alors je peux au moins prendre sa commande. L'introduire, tout du moins. L'administration de l’hôpital et son organisation est vraiment douteuse, alors j'espère que je n'aurais pas à payer le prix de leur stupidité.

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Re: Patient Zero

Message par Nikola D. Stepanovic le Dim 15 Avr - 12:06

 
   

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Pendant une fraction de seconde, j’eus l’impression d’avoir fait une bêtise. Trop de familiarité dans mon attitude, peut-être ? Ou alors peut-être ma tenue était-elle trop guindée, pas assez, tout simplement inadéquate ? Etais-je en retard, avais-je sur le visage une marque involontaire, créée par mon usage inconscient d’une mutation ? Qu’est ce qu’il clochait actuellement chez moi, pour qu’il reste silencieux, pour qu’il me regarde avec cet air interdit, presque perdu, figé, en équilibre entre deux réactions ? Pendant une fraction de seconde, j’eus la certitude d’avoir fait une bêtise. Je tentai de me rattraper, proposai un café sans grande conviction, sans parvenir à me départir de cette impression confuse d’être parfaitement hors propos. Et ridicule. Misère, pourquoi donc avais-je accepté de venir, pourquoi donc m’étais-je jeté dans ce piège évident, dans le piège évident de cet altruisme que mes parents m’avaient inculqué dès le plus jeune âge ? Pendant une fraction de seconde, je me sentis me liquéfier. Guettant une réaction de sa part, guettant n’importe quoi, mais au moins une réaction. Je me mordis la lèvre. Et enfin, enfin mon interlocuteur se fendit d’un sourire, sincère, qui me permit de respirer à nouveaux. Dans ce cas ce sera Swann pour moi, Nikola. Je suis partant pour le café, j'ai eu le temps de lire un peu le dossier en vous attendant, je vais vous expliquer. Une main nerveuse passée dans les cheveux, j’articulai à mi-voix un merci qui n’avait pas vraiment de sens, le suivis vers la cafétéria qui nous attendait un peu plus loin. Le café s’avérait être plus qu’un bon moyen d’engager la conversation et de dissiper ma nervosité, le café s’avérait – et les premières odeurs fortes le confirmèrent- être une nécessité. Nous nous intercalâmes dans la file d’attente, je pris le temps de regarder autour de moi avec attention et anxiété, cherchant sans savoir quoi un moyen de me détendre, de trouver un équilibre précaire entre mes doutes et ma bonne volonté, entre cette volonté constante de supprimer ce qui me dérangeait et la crainte de le faire réellement. Le silence était à nouveau là, entre Swann et moi. Docteur en psychologie et incapable d’entamer la conversation, je n'avais aucune crédibilité et je me demandai de plus en plus ce que je faisais là. Réellement. Pourquoi donc m’avait-on appelé moi, hein, dans cette affaire ? Pourquoi moi, parmi tant d’autres ? Avait-on réellement confondu psychiatre et psychologue, n’était-ce qu’une vaste et pas vraiment drôle blague qu’on me jouait, ou une confusion et… mes doigts allèrent chercher un peu de monnaie au fond de ma poche, un prétexte pour ne pas rester bras ballant et justifier – ne serait-ce qu’un minimum, mon silence. Pas un grand bavard, non, je n’étais pas un grand bavard. Malgré tous mes efforts, les seuls sujets que je me voyais aborder pour le moment étaient liés à la météo, à la climatisation et au chauffage de l’hôpital et éventuellement le métier exercé par Swann. Des sujets que je n’osai même pas lancer, non. Finalement, alors qu’une personne devant nous commençait à prendre son temps pour choisir, revenant sans cesse sur sa décision et provoquant une vague d’agacement dans la file d’attente, Swann finit par rompre un silence de plus en plus gênant.

Pour être honnête, j'ai appris que j'allais vous assister seulement à mon arrivée ce matin. J'ai eu le temps de parcourir un peu le dossier, mais je pense que les choses seront plus claires lorsque nous y serons. Je fronçai les sourcils. C’est… inhabituel, comme précipitation ne pus-je que faire remarquer. Nous étions tous les deux pris de court, et même si je n’avais pas un bon instinct pour toutes ces choses-là, j’avais le pressentiment que toute cette affaire cachait autre chose. Quelque chose de plus qu’un simple besoin d’un docteur en psychologie. Parce que dans les faits, je n’allais pas l’ausculter, ce patient, j’allais simplement lui parler, mes compétences s’arrêtaient là, et pour ça, je n’avais pas vraiment besoin d’un assistant. Surtout d’un assistant aussi décontenancé que moi. Non ? Je fronçai les sourcils, et quand il entrouvrit le dossier pour y jeter un œil, je ne pus m’empêcher de faire de même, d’apercevoir le visage d’un enfant, d’un adolescent, pas majeur à n’en pas douter, ce que Swann ne tarda pas à me confirmer. C'est un adolescent sujet à des crises d'angoisses. Jusque-là c'est pas grand-chose, mais il s'avère que c'est un mutant. Je sentis ma gorge se nouer, quelque part dans mon dos, le tatouage que l’on m’avait apposé quelques mois plus tôt me brûla comme pour se rappeler à mes souvenirs. Savait-il ? Le professeur qui m’avait recommandé, savait-il que… Mutant ? Une question qui n’en était pas une, je ne me fis que l’écho de ses propos. Il semblerait que son don soit de générer des illusions, de les rendre tangibles en bref. Je ne l'ai pas encore rencontré, il s'appelle Andrew Brown et il a quinze ans. J'imagine qu'il n'avait peut-être même pas conscience de son don. Ce ne sont que des suppositions, mais lorsqu'il est arrivé aux urgences, il souffrait de migraines également. Donc en soit, on peut se demander si les crises ne sont pas plutôt une conséquence de sa mutation... J’hochai la tête, sans renchérir pour autant. Ce n’était pas le moment, ni le lieu, et encore moins… les circonstances ? Quoiqu’il en soit, que l’on ait fait appel à moi pouvait avoir plus de sens, tout en perdant en cohérence. Les mutants, leurs mutations, tout cela était consigné dans mon dossier, au DCRM, et normalement, on nous avait promis une confidentialité stricte de son contenu. Et je n’avais parlé de ma mutation à personne, seules Irina et Polina étaient au courant, et… Je secouai la tête pour cesser d’y penser. Pas le moment.

Re-bonjour Rosita, je voudrais un cappuccino vanille avec deux doses d'expresso et... Vous prendrez quoi ? Un coup d’œil aux possibilités, un coup d’œil aux prix surtout, de chaque produit. Par réflexe, mon regard et mon choix s’orientèrent vers le plus simple, le moins cher, le plus discret et normal : Juste un café, sans sucre. le plus simple me retins-je même d’ajouter, dans un sourire, alors que je sortais l’appoint et le tendais à la barista dans un merci et un sourire poli. Le bonne journée ! qui réceptionna et suivit notre commande ne fut pas bien plus marqué, prononcé de cette voix douce et presque inaudible qui était la mienne, et je nous dirigeai vers un angle de la cafétaria, un peu à l’écart et surtout à distance des autres. Pas une grande affluence à cette heure-là, nous pûmes trouver sans difficulté une table sans voisin direct. Et j’attendis que nous soyons assis pour reprendre et tendre une main interrogative vers le dossier qu’il tenait. Je peux ? Je sortis mes lunettes, les posais sur mon nez d’un geste lent et précis. Je comprends un peu mieux pourquoi on a fait appel à moi, je crois. S’il est un mutant, et si le responsable connaît mon ancien professeur, il a dû penser qu’un psychologue mutant serait le plus à même de le gérer. J’offris à mon vis-à-vis un sourire crispé, sans savoir si je guettais davantage de la crainte que du mépris dans son regard. S’il a quinze ans, il n’a pas dû être dépisté… Le DCRM est-il déjà passé ? j’imagine qu’on a dû l’envoyer du côté de l’antenne dépistage… Oui, très certainement. Mais… ce n’était pas l’important. Ça, ce n’était que des formalités au final. L’important, c’était plutôt de connaître le terrain sur lequel j’allais m’aventurer. Puisqu’il n’était vraiment plus question de faire marche arrière maintenant. Swann… je dois savoir. Est-ce que cela vous pose problème ? Ma question resta en suspens le temps d’une respiration, avant que je ne la complète. Que ce soit un mutant ?

 
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Re: Patient Zero

Message par Swann Weavers le Jeu 19 Avr - 16:44


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Je me redresse sur ma chaise en lui tendant son dû, puis pose les paumes autour du gobelet de carton, fumant. Nikola à l'air plutôt mal à l'aise. Je l'observe tirer le dossier puis l'ouvrir, apposant une paire de lunette sur son nez. Je n'ai jamais fais d'études comportementales, en revanche certains signes démontrent clairement qu'il est embarrassé. Sa voix, étonnamment faible comparativement à sa carrure, lorsqu'il a remercier et souhaité une bonne journée à Rosita, ou tout simplement son regard fuyant. Soit il manque d'assurance, soit il ne se sent pas à sa place. Je ne peux pas le blâmer pour ça, cela dit. Au final, je suis exactement dans le même cas que lui. On m'a confié la charge d'un patient dont les seules informations proviennent de quelques lignes sur un dossier, et la tâche d'accueillir et d'informer un intervenant, tout aussi perdu que moi.  Je ne peux que me demander ce pourquoi on m'a relégué, moi, sur cette intervention, et encore plus en sachant que le patient est un mutant.

Je porte la boisson chaude à mes lèvres, en avale une longue gorgée. Je ne suis pas un grand fanatique de café en temps normal, en vérité, je ne l'apprécie que dilué. Je suis capable d'en boire du noir, évidemment, mais dans des cas d’extrême nécessité. Comme celui que Rory m'a fait ce matin, juste avant que je le largue. Je n'aime pas les omelettes. J'aurais probablement pu trouver mieux si j'avais eu un café digne de ce nom, et non pas un mugg empli de liquide brunâtre au goût acre.

- Je comprends un peu mieux pourquoi on a fait appel à moi, je crois. S’il est un mutant, et si le responsable connaît mon ancien professeur, il a dû penser qu’un psychologue mutant serait le plus à même de le gérer. 

Je manque de m'étouffer avec mon cappuccino lorsque la phrase percute mes connexions. Je retiens une toux en posant mon café sur la table, un peu brusquement, toise l'homme en face de moi, décontenancé. A-t-il bien dit psychologue mutant ? Non, non j'ai dû mal entendre. Peut-être est-ce un psychologue pour mutant ? Après tout, ça pourrait être possible.
Je l'observe à nouveau, attentif, capte son regard. Il m'adresse un sourire crispé. J'ai très bien entendu. C'est bien la première fois que quelqu'un m'affirme de but en blanc qu'il fait partie de ma catégorie.

Mes yeux balayent la table un instant, ma bouche entrouverte dans son trouble, sa voix étant passée en sourdine. D'un sens, je suis plutôt rassuré d'entendre que nous en sommes tous les deux venus à la conclusion qu'il n'avait pas encore été dépisté, et devait avoir été rapproché de l'antenne de dépistage. Mais que dois-je conclure de tout ça ?
Lors de mon dépistage, il y a trois ans de cela, j'ai explicitement demandé au médecin en charge que ces informations restent confidentielles. Je ne tenais pas à ce que mes collègues soient au courant, et encore moins du personnel extérieur à l’hôpital, ou même qui que ce soit d'autre. J'avais certes, eut une mésaventure il y a quelques mois de cela, quand j'avais tenté d'aller plus loin avec mon supérieur, mais je n'étais pas vraiment certain que Drax ait réellement compris ce qui c'était passé, ou n'ait pas mis ça sur le compte de la quantité d'alcool ingurgitée ce soir là.

La voix de Nikola me sortit de mes pensées, je redressais vivement la tête vers lui.

- Swann… je dois savoir. Est-ce que cela vous pose problème ? 

Mes lèvres s'entrouvrirent un peu plus, j'inspirais un instant, m'apprêtant à lui répondre, lorsqu'il reprit :

- Que ce soit un mutant ? 

Je restais la bouche ouverte quelques secondes, comme un poisson béa en dehors de son eau, soudain privé de l'usage de la parole. Pourquoi me posait-il cette question ? Avais-je traduit quelque chose en expliquant la situation tout à l'heure, une aversion ou bien une marque de haine quelconque ? Je comprenais les risques liés aux mutants et la sphère qui se composait autour. De nos jours, on entendait beaucoup de choses, la création de groupuscules de traqueurs prêts à assassiner des mutants, d'autres rumeurs parlaient même d'endroits spécifiquement réservés aux mutants, présentation du tatouage oblige comme droit d'entrée.
Bien que Sis soit du genre à clamer que nous n'avions pas à nous terrer comme des animaux, et encore moins à dissimuler notre mutation, ce n'est pas mon cas. Je suis plutôt du genre à vouloir passer inaperçu et à tout faire pour ne pas m'expose. Il s'agit là même de la raison pour laquelle je porte toujours des manches longues, afin de dissimuler le tatouage présent sur mon bras. Si j'avais eu le choix, j'aurais fait autrement. Mais mon double ne me l'a pas laissé, et me voilà marqué comme un bovin à un endroit franchement pas des plus discret.
Alors que suis-je censé dire face à cet inconnu, qui m'affirme sans pincette qu'il est un mutant, et, de surcroît, me demande si le fait que le patient que nous traitons possède une mutation me dérange.

Je jette un œil autour de nous, comme pour vérifier si personne ne nous épie, puis échappe un discret soupir avant de me pincer les lèvres. C'est bien la première fois qu'une telle situation se présente à moi.

Après un instant d'hésitation, je pose mon bras droit sur la table, redresse ma manche. J'en dévoile le sigle Kappa, tatoué juste au dessous du pli de mon coude. D'un largeur et d'une longueur d'environ trois centimètres, exposé fièrement ; le signe de mutants classés comme chronologistes.

- Je suis dans le même cas que vous, Nikola. Je me suis également demandé s'il s'agissait de la raison pour laquelle on m'a mit sur ce cas. Bien qu'honnêtement, je doute d'être d'une grande aide, même si par miracle je parvenais à contrôler ma mutation, je ne vois absolument pas en quoi elle pourrait être utile.

Je rabats ma manche, passe rapidement la main dans mes cheveux pour dégager une mèche qui s'en est échappée, puis tente un sourire, plutôt crispé.

- Alors non, le fait qu'il s'agisse d'un mutant ne me dérange pas. Mais je mentirais si je disais que ça ne me touche pas. Moi-même je ne contrôle pas ma propre mutation, une part de moi se dit que j'aurais tout à fait pu me retrouver à sa place, bien que je n'atteigne pas un niveau aussi grave. Être capable de matérialiser des illusions ? Il y a de quoi être effrayé.

J'ignore ce pourquoi je m'exprime aussi sincèrement, tout à coup. Je n'avais encore jamais rencontré de mutant jusqu'à l'ors, tout du moins, si ça a été le cas, ils se sont bien gardés de me le dire. Je ne connais même pas cet homme. Il pourrait tout à fait me mentir pour me contraindre à avouer le fait que je suis différent. Cependant, je ne vois pas quel intérêt il y aurait à se prétendre mutant. D'autant plus quand on sait les problèmes que ça engendre, et les discriminations qui apparaissent progressivement.

Je me frotte la tête un instant, puis bois une nouvelle gorgée de café.

- Est-ce que vous pensez que nous avons été mis sur ce cas uniquement parce que nous sommes... différents ?

J'aimerais pouvoir me dire que si nous nous retrouvons tous les deux à devoir nous charger d'Andrew Brown, c'est parce qu'étant mutant, ils nous estiment plus à même de gérer la situation. Cependant, une part de moi à tendance à croire que la raison serait plutôt que deux mutants sont un bien maigre sacrifice contre une ribambelle de personnel humains lambdas.

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Swann Weavers
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