(pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Dim 25 Mar - 23:22

 
   

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Lorsqu’il se réveilla, midi approchait à grands pas, la lumière du soleil éclairait toute la chambre et surtout, surtout, Calixte était seul dans son lit. Pourtant, il était à peu près certain de s’être endormi avec quelqu’un la veille au soir – ou ce matin à une heure indécente, les souvenirs étaient plutôt flous dans son esprit – tout comme il était à peu près certain qu’à présent, cette personne était partie. Dans un grognement, l’esprit douloureux d’une foutue gueule de bois, la bouche pâteuse et – bonté divine – les yeux malmenés par un jour trop jour, Calixte tira les draps et se recroquevilla en chien de fusil, comme pour mieux tenter de se rendormir. De toute manière, si Pandora était partie, et bien… Pandora ? Un nom, qui lui était venu tout seul, lui faisant ouvrir les yeux, alors que les pièces de puzzle de la soirée de la veille se réorganisaient dans son esprit. Enfin. Pandora, le café, les thés, le bar, et des boissons un peu moins légères. Des discussions, des éclats de rire, et la suite qu’on connaissait si bien lorsqu’on parlait de Calixte, une suite qui s’était faite toute seule, découlant d’une bonne entente, d’une entente à bien y regarder quasi-instantanée entre les deux instrumentistes. Dans un grognement, Calixte ferma les yeux, entreprit de s’étouffer avec son oreiller. Et en entendant des pas dans les couloirs, se résolut enfin à se réveiller pleinement, s’extirper de son lit et remettre ses cheveux en ordre, à défaut de pouvoir faire de même avec ses pensées. Ce n’est qu’en regardant la partie du lit qui aurait dû héberger son amante d’un soir qu’il se surprit à sourire, parce qu’à présent qu’il se souvenait de tout, ou du moins du principal… bon sang que la soirée avait été bonne, la nuit excellente, de quoi lui donner envie de remettre le couvert et de revoir Pandora parce qu’elle avait été fabuleuse à chaque instant, et… un baillement particulièrement long le coupa dans ses pensées, il se dirigea sans réfléchir vers la salle de bain, cherchant sous la douche un moyen de se donner une claque et d’émerger complètement. Ce ne fut qu’en revenant, une bonne heure plus tard dans sa chambre, frais comme un gardon, qu’il vit le post-it, précieux post-it posé sur son bureau, en plein milieu de l’écran de l’ordinateur : il n’aurait pas pu le manquer plus longtemps. Merci pour cette soirée, monsieur Seymour, mais je dois filer si je ne veux pas finir au pilori disait-il, accompagné de précieux chiffres, particulièrement éloquents : elle voulait le revoir. Et Calixte avait – effectivement – envie de la revoir. Ses doigts froissèrent le post-it, en firent une boule qu’ils jetèrent dans la corbeille d’un geste brusque, que Calixte regretta instantanément. Mais qu’il n’effaça pas pour autant : quand il sortit de sa chambre pour laisser la femme de ménage se charger de la remettre en ordre, ce fut en laissant le numéro hors de sa portée.

Il avait envie de la revoir. C’était con : le courant était trop bien passé entre eux. Elle avait ce petit quelque chose dans le sourire, elle était musicienne, amoureuse de la musique, elle était irlandaise – c’était un plus – et elle savait apprécier le thé – ce qui était remarquable. A bien y repenser, quand Calixte descendit grignoter dans la cuisine de quoi rattraper un petit déjeuner et un repas sans rendre pour autant le tout dans la minute qui allait suivre, il n’arrivait pas à lui trouver de défaut. Il avait envie de la revoir. Et c’était quelque chose qui l’effrayait au plus haut point, parce qu’il valait mieux qu’il ne s’embarque pas là-dedans, il en était conscient. Et puis, à bien y repenser, ce n’était qu’un coup d’un soir, et ses souvenirs n’étaient que partiels, certains ayant été avalés par l’alcool qui avait coulé à flots, comme souvent. Sans compter que – Calixte se servit un verre de jus de fruit qu’il sirota prudemment – il ne savait presque rien d’elle. Et elle était roturière. Et ce n’était qu’un coup d’un soir, elle allait rentrer à Londres, si elle n’y était pas déjà à cette heure-ci. Sans compter qu’elle était partie avant qu’il ne se réveille, ce qui était le comble de l’impolitesse. Même s’il le faisait plutôt souvent, de son côté. Et… Du bruit dans l’escalier, la femme de ménage lui fit un signe de la main en portant les poubelles à l’extérieur. Calixte se sentit suffoquer : il aurait dû noter le numéro. C’était stupide de l’avoir jeté, c’était… Fuck. Il se prit la tête entre les mains. Mais quel con… mais quel foutu con… Il avait perdu le moyen de la revoir. Et il était condamné à ne se souvenir que d’un super coup, que d’une soirée de tonnerre. C’était pour le mieux, honnêtement, mais… Mais quel con.

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Cela faisait plus d’une semaine, déjà. Une semaine, à peine, et Calixte avait tourné la page sans trop de difficulté, comme les autres fois, comme toutes les autres qu’il n’avait pas pris la peine de recontacter, qu’il n’avait pas voulu recontacter de peur de se laisser entraîner dans quelque chose qu’il ne maîtriserait pas. Plus d’une semaine, dix jours même, on approchait fin janvier. Il aurait s’écouler davantage de temps avant qu’il ne songe à nouveau à la rouquine – le cadet Seymour aurait effectivement aimé que davantage de temps ne se perde – mais ce matin, il avait délaissé son costume pour un ensemble bien moins guindé, il avait tourné le dos à Asclépios pour se saisir de son alto, et il avait laissé derrière lui les chiffres et les comptes rendus pour récupérer tout un jeu de partitions. Parce qu’aujourd’hui, il avait le droit d’être altiste, il avait le droit d’aimer la musique, il avait le droit de jouer, aujourd’hui, il allait passer la journée au conservatoire de Newcastle, comme il le faisait une journée par mois, pour prêter main forte à son ancien professeur, pour initier les tout-petits à la musique, au doux son de l’alto. Au respect, aussi, qu’on pouvait porter à son instrument.

Lorsque Calixte arriva au conservatoire, il se sentit aussitôt chez lui. On entendait le soupir d’une trompette, là-bas, tandis que toute une formation de cordes s’accordait un peu plus loin, porte entre-baillée. Sans attendre, Calixte monta au premier étage, tourna une première fois à droite, passa deux couloirs avant de prendre le troisième embranchement, parvint à la salle Berlioz qui s’étendait tout en longueur sur un bon quart de l’étage, et où couraient déjà un peu partout une demi-douzaine d’enfants. Il y avait ceux qui venaient tous les mois, et qui le connaissaient bien, et il y avait les nouveaux, ces enfants qui bénéficiaient pour la première fois de ce programme de démocratisation de la musique, qui donnait la possibilité à des enfants défavorisés d’avoir gratuitement un contact avec des instruments et des professeurs de qualité – forcément de qualité, puisque Calixte en faisait partie. Cal’, Cal ! Le petit Benjamin lui sauta dans les bras, Calixte le réceptionna d’un bras, l’autre étant trop occupé à tenir son Vuillaume. Mais pas d’équilibre précaire pour autant, Benjamin savait s’accrochait au cou du Seymour pour ne pas tomber et patienta le temps que le Vuillaume soit déposé sur une table où – et les enfants l’avaient très vite appris – il ne devait surtout pas être dérangé pour le moment. T’étais pas là la dernière fois ! C’était trop nul du coup ! Tu as apporté Crincrin ? Crincrin, le surnom donné au Vuillaume malgré tous les efforts de Calixte. D’une main, il ébouriffa le petit, s’accroupit pour permettre à Mylène – qui tirait sur son bras pour réclamer elle aussi de grimper en hauteur – de s’accaparer le bras gauche désormais libéré. Désolé Ben ! Des trucs de grands m’ont retenu. Ta maman n’est pas là aujourd’hui ? Non, elle a pas pu rester. Janet a dit qu’on allait voir un nouvel instrument ? Calixte fronça les sourcils, se tourna en direction de Janet : il n’était pas au courant de ça, tiens. Bon, ce n’était pas dramatique mais…

Janet vint dans sa direction, Mylène se cala comme un koala, calant ses cheveux frisés et noir de jais dans la nuque du Seymour. Benjamin me dit qu’on a un nouvel instrument ? Tu ne… Jonas l’interrompit : un petit garçon à la peau colorée qui se débrouillait sacrément bien à la flûte traversière aux dernières nouvelles. Tu es en retard. Calixte étouffa un petit rire mais ne prit pas la peine de répondre au petit – il n’avait qu’à ne pas l’interrompre, tenta de reprendre le fil de sa question… Tu ne m’as rien dit ? Janet désigna à Jonas un petit nouveau qui restait dans son coin pour l’inviter à aller l’intégrer au groupe, Calixte déposa Benjamin pour qu’il se joigne à l’opération, attendit une réponse. Au moins, contrairement au Benjamin de onze ans, Mylène du haut de ses cinq ans ne pesait pas bien lourd : il avait juste à éviter qu’elle s’endorme dans ses bras. Oh, ça s’est fait assez rapidement. Il nous manquait un intervenant, Joshua a dû partir en vitesse et j’ai lancé un appel à l’aide. C’est une violoncelliste, tu verras, elle m’a l’air très sympathique.

Une violoncelliste ? Calixte eut un petit malaise. Ah ? Se pouvait-il qu’il ait poussé la chance à ce point ? A moins que ce ne soit de la malchance ? Oui, une irlandaise, du LSO. Tu… ah, et bien la voilà. Pandora ! Je te présente Calixte ? Janet fit un signe dans le dos de Calixte, qui hésita à se tourner maintenant.

Ahem. Malaise.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Mar 27 Mar - 19:47


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Les premiers jours, j'ai machinalement regardé mon téléphone. D'un geste inconscient, c'est devenu une obsession et je me suis rendue compte que j'aurais vraiment aimé qu'il me rappelle ou qu'il m'envoie juste un petit « salut » par sms. Mais rien. Que dalle. Néant. Je n'ai reçu que des sms plus ou moins importants de Marcus, la photo d'un chien hideux, avec une tête affreuse et peint en bleu et vert que Charlie a fait pendant un atelier à l'hôpital mais rien, rien du tout de Calixte Seymour, l'aventure d'un soir qui m'a turlupinée pendant plusieurs jours. Déjà, ça ne me ressemble pas de laisser mon numéro à un type rencontré le soir même. Je suis plutôt du genre à cultiver le mystère, à m'amuser un coup et à ne plus donner de nouvelles. Après tout, on voit bien ce que ça a donné avec le dernier à qui j'ai fait confiance, merci bien mais plus jamais !

Alors oui, c'est con. C'est débile mais je l'ai trouvé amusant, ce vrai-faux altiste à l'accent aussi péteux qu'il est plein aux as. J'ai espéré lui avoir fait le même effet et c'est plus mon orgueil qu'autre chose qui en prend un coup. Au bout de quelques jours, j'ai fini par mettre de côté cette si agréable soirée, allant jusqu'à oublier pourquoi je m'étais autant amusée. Tant pis, il faut bien tourner la page et je n'ai pas que ça à faire. Il y a plus urgent, comme par exemple un acheteur qui commence à s'impatienter et qui ne comprend pas pourquoi l'alto pour lequel il est prêt à payer n'est toujours pas en sa possession. Dois-je lui dire que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu ? Pourquoi pas. Dois-je lui expliquer pourquoi ? Mieux vaut pas.

Assise devant mon ordinateur, vêtue d'un vieux survêtement et des lunettes d'intello sur le nez, je soupire. Je n'ai pas eu le temps de scanner l'instrument ni de m'attarder sur le bois qui le compose et aucun de mes clichés n'est assez précis pour que je puisse me lancer dans la confection d'une copie. C'est peine perdue, il me faut l'original pour travailler. Et merde... vu comme Calixte couve son instrument du regard, je doute qu'il accepte de le prêter une fois de plus. J'ai loupé une occasion en or et je m'en mords les doigts. Pourquoi est-ce qu'il a fallu que je lorgne sur le million et demi que nous a promis le vendeur avant de me renseigner sur lui, hin ? Parce que mon frère a besoin de cet argent, ça oui, et parce que je suis irresponsable. Je soupire à nouveau, me passe une main dans les cheveux et ferme le logiciel de retouches qui ne peux plus rien pour moi. Je retire mes lunettes, me pince l'arrête du nez et jette un œil à mon téléphone. Sur l'écran, un unique sms de Janet, une vieille amie de conservatoire. Combien de fois m'a-t-elle accompagné au piano ? Excellente question. Nous avons fait nos cycles ensemble, collé des chewing-gum sous les tables de la classe de solfège, passés nos concours ensemble... elle s'est dirigée vers l'enseignement, sa passion depuis toujours, et moi vers l'orchestre. Ça ne nous empêche pourtant pas de continuer à nous faire de belles cuites régulièrement.

J'ouvre le message, y découvre un appel à l'aide urgent et esquisse un sourire. Son pianiste habituel vient de se choper une gastro foudroyante et il lui manque donc un musicien pour intervenir dans une classe d'éveil musical. Altruiste comme je suis, je réponds immédiatement : « ça marche, ma poule, mais tu me devras un verre ! ». Je jette un œil à l'heure : j'ai à peine soixante minutes pour me préparer, avoir l'air présentable et me pointer au conservatoire. Pas impossible mais risqué. Ce n'est que lorsque j'arrive devant le bâtiment, à moitié essoufflée, et que mes poumons me conspuent que je me dis que j'aurais peut-être dû réfléchir un peu plus avant d'accepter. Je me présente à l'accueil, on m'oriente vers la grande salle d'auditions du rez-de-chaussée et y entre après avoir frappé quelques coups inutiles, vu le barouf que font les petits monstres qui y courent. Lorsque j'aperçois Janet, un large sourire se dessine sur mes lèvres et j'approche à grands pas... jusqu'à ce que mon regard ne se pose sur le type à côté d'elle. Il est de dos et pourtant, j'ai une impression de déjà-vu. Un déjà-vu beaucoup trop récent, synonyme de trop de frustration et finalement, je me fige, à quelques mètres d'eux.

Lorsque Janet nous présente, je fixe le dos de l'individu. Calixte. Y a bien qu'un seul con sur Terre pour porter un nom pareil. Bordel de merde. Sur tous les musiciens qui peuplent cette foutue planète, pourquoi il faut que ça tombe sur lui ? Hin ? Et pourquoi est-ce que je m'énerve ? La balle était dans son camp, pas dans le mien, que je sache ! C'était à lui de... ok. Zen, Panpan. C'est ton nouveau collègue et tu vas appliquer ce que tu répètes toujours à tes petits élèves, à Londres : on est gentil avec ses petits camarades, on ne mord pas et on ne dit pas du mal des mamans. Je prends mon courage à deux mains, sent ma main de crisper sur la boîte de mon violoncelle lorsque je le pose et finis par tendre une main ferme et assurée à Calixte. Armée de mon plus beau sourire, je lui jette pourtant un regard brûlant de reproches.

Monsieur Seymour ! En voilà une surprise qu'elle est bonne !

Je lui serre la main et, aussitôt après, me détourne résolument de lui pour saluer chaleureusement Janet. Elle me demande avec un sourire malicieux si nous nous connaissons, je lui réplique que nous nous sommes déjà rencontrés, ce qui est vrai, mais n'entre pas dans les détails. Très franchement, elle n'a pas besoin de ça maintenant. Et moi non plus. L'espace d'un instant, j'envisage de me comporter comme une véritable garce avec Calixte, de me moquer de lui ou de lui envoyer des piques pendant une heure en sachant que face aux enfants, il devra rester calme. Mais c'est mesquin. Et c'est débile. En fin de compte, je ne lui dois rien et lui non plus. Alors bon... je me tourne vers lui, penche la tête sur le côté et désigne son alto d'un mouvement de tête.

On s'y met ?

Je m'approche alors des enfants attroupés autour de la boîte de mon violoncelle qu'ils cherchent à ouvrir comme les petits curieux qu'ils sont, et déverrouille la sécurité made by Cucus pour leur dévoiler mon violoncelle. Immédiatement, un petit se relève et interpelle Calixte.

Caaaal ! Viens voir ! On dirait Crincrin en plus grand ! Tu crois que c'est son grand frère ?

Avec un sourire, je sors l'instrument, tire une chaise vers moi alors que les enfants s'assoient par terre. Tandis que je tends les crins de mon archet, j'observe les petites bouilles innocentes qui me font face.

L'un de vous a envie de me présenter le groupe ?

Immédiatement, quatre ou cinq petites mains se lèvent, tandis que les plus timides cherchent à se planquer le plus rapidement possible derrière les autres.

Aller... monsieur Crincrin !

Le petit me regarde en ouvrant la bouche et la referme immédiatement en faisant la moue.

Moi c'est Benjamin ! Crincrin c'est le... le gros violon. Là c'est Jonas, avec le bonnet bleu c'est Maxime, là c'est James, elle c'est Sarah, à côté c'est Mary et dans les bras de Cal c'est Mylène.

Ah... Calixte... je l'avais presque oublié, ce con. Non. On a dit pas sans rancune.

Et toi, madame, c'est quoi ton prénom ? Ils sont joliiiis, tes cheveux !
Moi c'est Pandora ! Et lui c'est Monsieur Croche, dis-je en montrant mon violoncelle, nommé pour l'occasion en l'honneur de ce cher Debussy.

Janet s'approche de moi, se penche et me murmure qu'elle nous laisse, je lui fais un signe et entreprends alors d'accorder mon violoncelle. J'aurais pu continuer un moment si Benjamin ne s'était pas levé pour s'approcher de Calixte, les mains sur les hanches et la mine sérieuse.

Dis donc, Cal ! Pourquoi tu fixes Pandora comme ça ? T'es amoureux ?

Et là... c'est plus fort que moi. J'éclate de rire. Il est si mignon, ce petit, si dépourvu de tact et de barrière, si... spontané. En revanche, c'est un peu inquiétant si Calixte me fixe car lui tournant le dos, j'ignore s'il me regarde « normalement » ou s'il est en train de chercher un bon moyen pour me mettre en pièces. Pour le coup, je préférerais la normalité.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Dim 1 Avr - 10:41

 
   

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Une violoncelliste. Du LSO. Pandora. Il se crispa, tant et si bien que Mylène se redresse d’un air interrogateur : pourquoi donc son oreiller si confortable se transformait-il soudain en support bien trop rigide ? Calixte se crispa, ferma les yeux et se mordit la lèvre, hésitant entre un rire nerveux et un éclat de rire nerveux. Parce qu’il ne croyait à une simple coïncidence, parce que les chances pour qu’il existe une autre Pandora-violoncelliste-LSO dans le monde étaient minces, voire inexistantes, parce qu’il avait eu envie de la revoir, brutalement, et qu’il se méfiait au plus haut point de ce genre d’émotions. Et Janet, si fière, qui ne voyait rien puisqu’elle avait les yeux rivés sur l’autre musicienne. Dans un soupir, et parce qu’il fallait bien qu’il se décide, Calixte se retourna et fit naître sur ses lèvres un sourire chaleureux, parce qu’il fallait bien qu’il se comporte comme une personne respectable et bien élevée. Et que son malaise… il n’avait aucun intérêt à le montrer. Un sourire, donc, il considéra avec amusement la main tendue et se demanda comment ils allaient jouer cela. Faire comme s’ils n’étaient que deux inconnus, ou… Monsieur Seymour ! En voilà une surprise qu'elle est bonne ! Autant pour les deux inconnus, Calixte nota le regard lourd de reproches, y répondit par de l’insolence frôlant la provocation, serra la main avec vigueur et détermination Excellente, vous voulez dire ! Ils avaient abandonné le vouvoiement le temps d’une soirée et d’une nuit, mais il semblait de mise à cet instant aux oreilles d’un Calixte volontairement distant. Ou qui tentait de l’être, du moins. Elle se détourna de lui, il soupira de soulagement et préféra se concentrer sur Benjamin qui revenait dans le coin, tirant la main du petit nouveau. Calixte s’accroupit, s’efforçant de ne surtout pas écouter la conversation entre les deux femmes pour se concentrer sur ce qu’on lui disait. Benjamin lui présenta Maxime - le nouveau - auquel Calixte ébouriffa les cheveux d’un mouvement paternel, avant de les encourager à retourner jouer. Puis il eut le temps d’essayer par deux fois de convaincre Mylène de le libérer quand Janet attira à nouveau son attention d’un mouvement de main, le forçant à se relever, son koala personnel toujours accroché à son cou.

On s'y met ? Calixte ne put que sentir le ton impersonnel employé, il ne put sentir que la distance, une distance qui n’avait pas lieu d’être, et qui n’avait que trop lieu d’être en même temps. Franchement, avaient-ils réellement passé la soirée et la nuit ensemble ? Il en doutait, n’en doutait pas, ne put que réagir sur le même ton qu’elle, en attrapant son alto, dans l’idée de le sortir de son étui et l’accorder. Allons-y ! Janet, on n’attend pas d’autre petit ? Joséphine ne peut pas venir ? C’était bien plus simple de regarder Janet, de lui poser des questions, c’était bien plus simple d’exclure de la conversation une Pandora intruse, parce qu’il n’avait pas besoin de la regarder, de cette manière. Janet lui confirma que non, Joséphine ne pouvait pas venir aujourd’hui, et qu’elle en avait été bien triste, sans compter qu’elle… Caaaal ! Viens voir ! On dirait Crincrin en plus grand ! Tu crois que c'est son grand frère ? Le visage de Calixte se fit sévère : Et qu’est-ce que je t’ai dit sur le fait d’interrompre les adultes ? Sois patient, Pandora va vous présenter cet instrument, ne t’en fais pas. Et d’ailleurs, elle ne tarda pas à sortir son instrument après avoir tiré une chaise.

Aussitôt, tous les enfants accoururent pour observer cette source de curiosité. Calixte savait que dans le lot, Jonas et Sarah avaient déjà croisé un violoncelle, mais pour les cinq autres, c’était une réelle nouveauté. Et il ne put s’empêcher de sourire devant leurs visages innocents rayonnant d’émerveillement. En même temps : il ne pouvait pas le nier, Pandora, et bien évidemment son violoncelle, avait une personnalité plutôt attractive. Sans compter que… Janet tapota son épaule, lui demanda dans un chuchotis d’où il la connaissait, Calixte esquiva la question en répondant qu’ils ne se connaissaient pas vraiment, qu’ils s’étaient croisés, rien de plus. L'un de vous a envie de me présenter le groupe ? Avec amusement, il considéra du coin de l’oeil les mains qui se levèrent, il n’y avait guère que Maxime pour ne pas se démarquer. D’un mouvement, Calixte raffermit sa prise sur Mylène, et sur son bras qui n’allait pas réussir à sortir une note juste, à être engourdi de cette manière, pour mieux éviter qu’elle ne s’endorme : il avait déjà vu ça. Aller... monsieur Crincrin ! Benjamin sembla déstabilisé - un exploit notable - mais se reprit rapidement, à la grande fierté de Calixte. Il le connaissait depuis… oulah, depuis bien des moins maintenant. Moi c'est Benjamin ! Crincrin c'est le... le gros violon. L’alto, et tu le sais, Ben…, Calixte ne put s’empêcher de le rectifier, toujours avec la même sévérité dans la voix. Déformation née d’une éducation stricte, il n’aimait pas l’approximation, plus encore lorsqu’il savait que Ben connaissait le terme exact. Là c'est Jonas, avec le bonnet bleu c'est Maxime, là c'est James, elle c'est Sarah, à côté c'est Mary et dans les bras de Cal c'est Mylène. Et toi, madame, c'est quoi ton prénom ? Ils sont joliiiis, tes cheveux ! S’il n’y avait pas eu Mylène, Calixte aurait croisé les bras sur sa poitrine, avec un sourire goguenard pour mieux encourager Pandora à répondre aux questions. Et aux remarques. Parce qu’il était vrai que sa chevelure était notable - d’autant plus qu’il avait l’honneur de la voir directement en rousse cette fois-ci. Mais il y avait Mylène, donc Calixte se contenta aujourd’hui du sourire goguenard. Moi c'est Pandora ! Et lui c'est Monsieur Croche Monsieur Croche ? Le Seymour sentit ses fossettes se creuser sous son sourire. Fixa davantage Pandora, qu’il découvrait sous un nouveau jour - un nouveau jour tout à son honneur - ce qui n’allait vraiment pas lui simplifier la vie. Sans compter que Janet les laissait, et que si d’ordinaire il formait un duo bien rodé avec Josh’, aujourd’hui…

Dis donc, Cal ! Pourquoi tu fixes Pandora comme ça ? T'es amoureux ? Calixte hoqueta de surprise, remercia des années d’entraînement pour ne pas rougir de cette attaque particulièrement gratuite, remercia aussi Papa et Maman pour leur éducation qui lui permet de retrouver rapidement un équilibre, et une réplique Ben, ne dis pas de bêtise, je ne faisais que contempler ses si joliiiis cheveux. Il se tourna vers Pandora, qui semblait apprécier le spectacle d’un Calixte alpagué de cette manière, avant de rajouter d’une voix taquine Ce sont des vrais, ou une perruque ? qui, il le savait, aller piquer l’attention de Sarah. D’ailleurs, ça ne manqua pas, Sarah s’approcha immédiatement, leva de grands yeux en direction de Pandora, de grands yeux plein d’espoir, et une main tendue vers les cheveux qui passaient à proximité. Ce sont des vrais ou des faux, tu peux me les prêter ? Calixte éclata de rire, se décida à déposer Mylène, avec fermeté. La petite rechigna mais trottina tout de même rejoindre Mary en se frottant des yeux endormis, il s’étira et se dégourdit le bras, attrapa Crincrin pour faire résonner quelques notes, l’accorder rapidement.

Bon, Pandora, tu sais un peu comment faire ? Normalement, Janet a mis à notre disposition des… Jonas sautillait et désignait d’un index volontaire un angle de la pièce. Oui, voilà, merci Jojo. Janet a mis à notre disposition des instruments prêtés par le conservatoire. En général, on leur fait découvrir nos instruments, Joshua est au piano, et ensuite, ils choisissent par groupe de deux un instrument, on fait des groupes et on essaye de leur faire jouer une petite mélodie, reconnaître des comptines, etc… Son archet glissa sur les cordes, Calixte ne put s’empêcher de frimer dans une envolée de notes qui lui attira les regards admiratifs de Ben - décidément un futur altiste, son préféré - et de Mylène. Mais comme ils n’ont jamais vu d’instrument comme Monsieur Croche, tu peux commencer par le leur présenter en détail ? Normalement, Jonas et Sarah le connaissent. Jonas, tu te souviens de comment on l’appelle ? Jonas le foudroya du regard, croisa les bras sur sa poitrine, voulut paraître intimidant, sans grand succès. T’es arrivé en r’tard, et la dernière fois, t’étais pas là. Tu mérites trop pas que j’te réponde.

Et on s’étonnait après que Benjamin était son préféré.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Dim 1 Avr - 13:20


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Pendant plusieurs jours, je me suis dit que je ne le reverrais plus, que nous étions de mondes trop différents, que son refus de jouer en public le tiendrait sûrement loin des milieux que je fréquente au quotidien... et nous voilà dans la même pièce. Dans la même salle de ce petit conservatoire provincial. Si je n'avais pas un rôle à jouer, j'éclaterais de rire devant l'ironie de la chose. Bien sûr qu'il a fallu que ça soit lui ! Et c'est... bizarre. Vraiment. En l'espace d'une soirée, nous sommes devenus complices et amants, nous avons partagé le même lit, les mêmes baisers, les mêmes soupirs... et aussi vite que la passion est venue, elle s'en est allée, laissant derrière elle les carcasses de deux individus se connaissant à peine. Cette poignée de main que nous échangeons, la cordialité de mes mots et le vouvoiement qu'il nous impose à tous les deux, tout ça sonne détestablement faux. Je ne peux pas croire que l'alchimie qui nous a unis pendant une nuit se soit envolée de la sorte ! Pourtant, je lui en veux. Un peu. En quelque sorte. Parce que j'aurais aimé qu'il me rappelle, qu'il me donne de ses nouvelles et d'un autre côté, c'est bien plus facile qu'il ne l'ait pas fait. Je me sens moins obligée de me dire que je l'aime bien, ce grand con au sourire d'ange. J'improvise, souris, réponds, donne l'impression que nous ne sommes que de vagues connaissances et Janet n'y voit que du feu, comme les enfants – Dieu merci, je ne tiens pas à les traumatiser dès maintenant !

Je m'installe, sors mon violoncelle de son étui et regarde les bouches des enfants s'arrondir sous l'effet de la surprise. C'est que j'aime tant chez les petits : ils sont incapables de faire preuve de l'hypocrisie dont seuls les grands ont le secret. Ils sont entiers, directs, spontanés, et l'intérêt qu'il montre est le plus sincère qui soit. Pas étonnant que je préfère travailler avec des enfants dissipés qu'avec des adultes passifs. Tandis que j'applique un peu de colophane sur mon archet, Calixte répond avec sévérité au petit qui vient de l'interpeller. Je m'interrompt, me tourne légèrement vers lui avec un air franchement étonné. Ce n'est pas que je désapprouve ce qu'il dit, après tout, il faut que les enfants apprennent à patienter avant de prendre la parole, mais je le trouve soudain très abrupt. Il est ferme, sec, presque militaire dans sa façon de reprendre le petit Benjamin. Bien bien bien... je crois qu'on peut le dire, Calixte est un homme qui sait étonner son entourage. J'ignore tout à fait comment il est avec ses proches (a-t-il seulement des frères et sœurs ? Bizarrement, nous n'avons pas eu le temps d'aborder le sujet), mais en l'espace de deux rencontres, il a réussi à me prouver qu'il savait très bien s'éloigner de l'image qu'il cherche à donner au premier abord. Ça me rend d'autant plus curieuse !

Je propose alors aux enfants de me présenter leur petite troupe, et la nouvelle rectification de Calixte me fait pouffer de rire. Décidément, monsieur est carré et aime que les termes exactes soient employés. J'acquiesce, regarde tour à tour les enfants en leur souriant et tente de retenir du premier coup tous les prénoms. Décidément, le petit Benjamin me plaît bien. Il n'a pas la langue dans sa poche et j'éclate de rire tandis qu'il fait la morale à Calixte, me tourne sur ma chaise et regrette presque de ne pas voir mon compagnon d'infortune rougir sous la spontanéité du petit. À sa remarque, je fais mine de faire la moue mais mes yeux trahissent mon amusement.

Voyons... tu oserais douter du roux naturel de mes cheveux ? Moi qui pensais que tu avais eu la preuve que ce n'est pas une teinture...

Je maquille volontairement ma remarque pleine de sous entendus pour ne pas abîmer les chastes oreilles des enfants. Ils ont bien le temps d'apprendre ce genre de chose ! Je me penche vers la petite Sarah qui tend les doigts vers mes cheveux avec une lueur de fascination dans le regard.

Aah désolée, ma puce... ce sont des vrais et je ne peux pas te les prêter... mais tu peux les toucher, si tu veux !

La petite, qui a eu l'espace d'un instant l'air très déçu, s'approche un peu plus et passe les doigts dans les longues mèches rousses qui dégringole de mes épaules.

Ça sent le... heu... on dirait de la pomme !

Moui, si on veut... Je m'apprête à lui répliquer que pourtant je ne me suis pas râpé de la pomme sur la tête mais Calixte se penche vers moi. Je tourne la tête, recule légèrement en me rendant compte que je suis beaucoup trop près de son visage pour que ça ne soit pas louche et me contente de l'écouter en silence. Si je sais un peu comment faire ? Pas du tout, mais l'impro ça me connaît. Disons qu'en général, j'enseigne à des enfants dont les parents paient une fortune pour que j'en fasse des petits virtuoses. Je n'ai pas trop l'habitude de ce type de classe beaucoup plus détendue et bien moins tournée vers les résultats. Si Calixte a eu l'air sévère avec Benjamin un peu plus tôt, ils ne sont pas au bout de leurs peines avec moi.

Dis donc... tu as fini de faire le mariole ? Moi aussi je peux faire pareil !

Je reproduis alors un octave plus bas le trait qu'il vient d'esquisser à l'alto et lui lance un regard malicieux. S'il veut jouer à ça, c'est un combat de surexcités de l'archet qui nous attend.

Bon. Je vois l'idée. J'espère que ma méthode de travail t'ira, mais si jamais ça ne colle pas avec vos habitudes, tu me le dis !

Et je suis parfaitement sérieuse quand je dis pas. Ce n'est pas pour flatter son ego ni lui donner l'impression que c'est lui qui commande, simplement, je sais que les enfants ont besoin de régularité et de stabilité. Ma présence et l'absence de leur pianiste habituel doit suffisamment les déstabiliser. Présenter mon instrument, ça je sais faire. En revanche, je fronce les sourcils en entendant le petit Jonas répondre aussi durement à Calixte.

Jonas, ce n'est pas très gentil de dire ça ! Si tu ne veux pas répondre à Calixte, peut-être qu'il va être très triste et ne voudra plus revenir !

Aussitôt, le petit semble pris de panique et marmonne à tout de vitesse ce qui ressemble fortement au mot « violoncelle ».

Ah bah voilà ! J'aime mieux ça ! Vous avez vu l'alto avec Calixte, maintenant vous voyez tous ce qu'est un violoncelle. C'est encore plus grave que l'alto et comme il est grand, on ne peux pas le tenir sur l'épaule alors on joue assit. Mais Benjamin a raison, le violoncelle est un peu le grand frère de l'alto. Il a un son plus grave, plus... mince... on dit rond, mais je ne sais pas si voyez de quoi je parle...

Des froncements de sourcils me répondent et je comprends immédiatement que je vais avoir du mal à trouver mes mots. Timidement, une main se lève au milieu du groupe et le petit Maxime devient rouge pivoine lorsque je lui donne la parole.

Je... mais... ça veut dire que tu peux jouer de l'alto et Calixte du violoncelle ?

Question légitime que beaucoup de gens plus vieux que lui se posent régulièrement. Je fais alors signe à Calixte de s'approcher et de s'accroupir près de moi.

Et bien justement, pas forcément ! C'est assez facile de passer du violon à l'alto car la différence de taille n'est pas trop importante. Mais vous voyez la taille de l'alto face au violoncelle ? Tiens, Cal, tu peux poser tes doigts sur le manche pour me faire un ré ?

J'approche mes doigts des siens et les écarte comme si je voulais faire la même note mais sur le manche du violoncelle. Alors que ma peau effleure la sienne, je retire ma main, comme si j'avais peur de me brûler.

Vous voyez ? On ne place pas les doigts de la même manière et c'est pour ça que j'aurais bien du mal à jouer de l'alto.

Je lève un regard un peu gêné vers Calixte et, pour me faire pardonner, une idée me vient.

Ça vous dirait d'entendre un morceau ?

Unanimement, les enfants se mettent à piailler pour demander une chanson, comme ils disent. Je me tourne vers Calixte, marque un temps d'arrêt et me fait la réflexion que vu de près, il est encore plus beau, avec ce porte de tête presque arrogant et son fichu sourire de beau gosse. Merde... je m'égare. Il n'avait qu'à rappeler. Voilà.

Hum... heu... bon. Ça te va si on leur joue quelque chose ? On les fera pratiquer après. J'imagine que tu as déjà dû jouer 40 fois la petite musique de nuit de Mozart ? On peut toujours improviser quelque chose dessus à deux ?

En disant ça, j'esquisse les premières notes du morceau en question, tellement usé jusqu'à la corde que n'importe quel musicien l'a joué au moins une fois dans sa vie. Ça a le mérite de rester en tête, d'être joyeux et d'être assez connu pour que les gamins le gardent en mémoire. Mais il va falloir que Calixte se relève vite parce qu'il est beaucoup trop près et me donne vraiment envie de lui tirer les joues, avec ses fossettes de bienheureux.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Dim 1 Avr - 23:18

 
   

Don't fight it, it's coming for you, running at ya

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Il fallait l’avouer, Calixte n’était pas tout à fait à son aise. Oh, rien dans son comportement pouvait le laisser paraître, il était trop habitué à garder pour lui ses états d’âme dès lors qu’il avait un public, mais ça pouvait se sentir dans son regard. Dans le regard qu’il posait sur Pandora, qu’il ne pouvait s’empêcher de poser sur elle. Il ne croyait pas vraiment en la providence, ou dans un hasard coquace, non. Calixte avait hérité de la foi de ses ancêtres, et si elle avait été malmenée, durablement, le jour où il avait eu sur les mains le sang d’Abigaël et qu’il s’était avéré incapable de se le pardonner, et même d’imaginer que quelqu’un - même Dieu - puisse un jour le lui pardonner, il avait décidé de fermer les yeux sur le sujet. Sans pour autant cesser de croire. Alors non, il était incapable d’invoquer le karma, il ne pouvait que poser les yeux sur un malheureux concours de circonstance. Tous deux amoureux de la musique, elle musicienne de talent, lui homme avec de multiples contacts, tous deux pour une diffusion de la musique indépendante des carnets de chèque des personnes concernées, mis sur le papier, toutes les circonstances ne pouvaient mener qu’à des retrouvailles. Mais il n’était pour autant pas prêt, Calixte, à la revoir, à la revoir aussi rapidement. Et au-delà de son malaise, aussi palpable quand on le connaissait bien que déstabilisant, il ne savait qu’en penser. Il n’arrivait pas à savoir ce qui allait ressortir de ces retrouvailles, et le vouvoiement qu’il avait voulu poser en barrière entre eux s’était si fragile que Calixte sentait bien qu’une simple brise et faute d’inattention allait suffire pour le réduire à néant. Et à ce moment-là, il ne restera qu’un Calixte perplexe pour en ramasser les débris et tenter de colmater une brèche apparue dans le contrôle qu’il imposait sur lui-même.

Calixte était mal à l’aise et il ne pouvait rien en laisser paraître, tout d’abord parce que Janet était là, mais plus encore parce qu’il y avait accessoirement une demi-douzaine d’enfants à occuper, à initier à la musique. Une demi-douzaine d’enfants déjà forts intéressés par la nouveauté apportée par Pandora, par l’instrument qu’elle dévoilait sous leurs yeux médusés. Une demi-douzaine d’enfants qu’il connaissait bien, à force, en dehors du petit Maxime, et qui lui laissèrent le temps de se questionner sur ce qu’il allait faire de cette coïncidence. Les yeux sûrement un peu trop rivés sur la rousse, comme le lui fit remarquer Benjamin avec ce franc parler qui le caractérisait, un franc parler qui ne put provoquer qu’une seule réaction de la part du Seymour : une réponse amusée et maîtrisée. Et le rire de Pandora n’appela quant à lui qu’une seconde réplique, née sur les lèvres taquines de Calixte. Elle s’amusait ? Et bien lui aussi comptait bien s’amuser, et non rester à patauger dans un malaise qui, de toute manière - et Calixte venait de le décider - n’avait pas lieu d’être. Des coups d’un soir à qui il n’avait pas donné de nouvelles, il y en avait un certain nombre, et il en avait recroisé une bonne partie par la suite, alors bon, Pandora n’avait rien d’exceptionnel, il ne voyait donc aucune raison à se comporter différemment d’à son habitude. Voyons... tu oserais douter du roux naturel de mes cheveux ? Moi qui pensais que tu avais eu la preuve que ce n'est pas une teinture... Calixte la fixa, toujours sourire aux lèvres. Bon, certes, il y avait effectivement une bonne raison à se comporter différemment. Et cette raison, c’était que Pandora était effectivement différente des autres. Jetant un coup d’oeil à Sarah qui, déjà, avait mordu à l’hameçon et s’approchait, pleine d’espoir, dans l’idée de pouvoir elle aussi avoir des cheveux roux qu’elle affectionnait tant, Calixte se pencha vers la violoncelliste pour murmurer C’est vrai que là-dessus, je ne peux même pas me targuer de m’appeler Thomas... sans cacher une seule seconde le rire de sa voix, et espérant ne pas recevoir, de la part des enfants, de questions gênantes. Pas qu’il ne saurait pas s’en sortir, non, Calixte avait bien trop l’habitude des joutes verbales pour se laisser malmener par des enfants, mais ce n’était pas le sujet de la conversation. Et fort heureusement pour lui, le sujet resta centré tout d’abord sur les cheveux de Pandora : Aah désolée, ma puce... ce sont des vrais et je ne peux pas te les prêter... mais tu peux les toucher, si tu veux ! Ça sent le... heu... on dirait de la pomme ! pour ensuite se réorienter vers la raison initiale de leur présence à tous ici : la musique.

Pour être exact, ce fut Calixte qui réorienta de force la discussion, se penchant à nouveau vers Pandora - trop proche peut-être ? - après avoir déposé Mylène, histoire de mettre au clair le programme des heures à venir, tout en attrapant son alto pour commencer à se dégourdir le bras, et les doigts. Est-ce qu’elle savait commencer procéder ? A la vue de son regard concentré, et attentif, Calixte en déduisit que non, elle l’ignorait, mais qu’elle avait suffisamment de bonne volonté pour avoir l’humilité de l’admettre. Et bonté divine, il se recula précipitamment en se rendant compte qu’elle était bien trop attirante, et ce dans tous les sens du terme. Evoquant les comptines et mélodie qu’il entendait bien faire naître entre les doigts des petits, Calixte ne put se retenir de frimer, avec un regard de défi en direction de Pandora : il n’avait pas vraiment de public, il était dans un conservatoire et tous les professeurs d’alto du bâtiment savaient ce qu’il valait un instrument en main : en un mot comme en dix, Calixte n’avait aucune raison de se retenir. Dis donc... tu as fini de faire le mariole ? Moi aussi je peux faire pareil ! Et de toute évidence, c’était pour le mieux avec une complice telle que la violoncelliste. A sa réponse, il répondit par quelques notes joueuses. Bon. Je vois l'idée. J'espère que ma méthode de travail t'ira, mais si jamais ça ne colle pas avec vos habitudes, tu me le dis ! Que Pandora ne s’inquiète pas à ce sujet, Calixte n’était pas du genre à se taire lorsque quelque chose lui déplaisait, et plus encore lorsqu’il était le plus haut placé dans une hiérarchie, comme à cet instant. Ne t’en fais pas pour ça, Calixte piétina donc les vestiges du vouvoiement, se redressa une nouvelle fois, étira un dos légèrement contracté, relança la conversation. La discussion avec les enfants : autant continuer sur la lancée.

Et la réaction de Jonas lui fit l’effet d’une claque. Certes, il avait l’habitude de ce genre de remarque surtout venant de ce petit, mais allez savoir pourquoi, que Jonas se le permît alors que Pandora était là… Calixte sentit son visage devenir bien plus sévère qu’un peu plus tôt avec Benjamin : Pandora lui coupa l’herbe sous le pied, épargna au petit la colère Seymour. Jonas, ce n'est pas très gentil de dire ça ! Si tu ne veux pas répondre à Calixte, peut-être qu'il va être très triste et ne voudra plus revenir ! Mouais : Calixte préféra de loin le marmonnement à la provocation, mais garda un œil noir et désapprobateur sur Jonas, lèvres pincées. Histoire que le petit puisse comprendre qu’il était hors de question de poursuivre sur cette lancée. Et qu’à la prochaine récidive, Calixte ne laisserait pas passer aussi facilement que l’autre intervenante. Ah bah voilà ! J'aime mieux ça ! Vous avez vu l'alto avec Calixte, maintenant vous voyez tous ce qu'est un violoncelle. C'est encore plus grave que l'alto et comme il est grand, on ne peut pas le tenir sur l'épaule alors on joue assis. Mais Benjamin a raison, le violoncelle est un peu le grand frère de l'alto. Il a un son plus grave, plus... mince... on dit rond, mais je ne sais pas si voyez de quoi je parle... La voix de Pandora le dérida cependant, tout comme la pédagogie qu’elle était capable de déployer, et les premières barrières contre lesquelles elle commença à se heurter, tout comme lui s’y était heurté à ses débuts.

Oui, Calixte eut bien du mal à garder un air sévère, alors que l’enfant qu’il était encore au fond n’avait qu’une envie : pleurer de rire à s’en rouler par terre en pointant du doigt Pandora qui tentait de trouver ses mots. Oui, Calixte ne put s’empêcher de sourire, d’avoir les yeux riant, brillant d’amusement, légèrement moqueur, bien décidé à ne surtout, surtout pas venir en aide à celle qui subissait un plus ou moins baptême du feu. Et lança un regard attentif au petit nouveau qui osa prendre la parole, pour la première fois depuis le début. Je... mais... ça veut dire que tu peux jouer de l'alto et Calixte du violoncelle ? Question légitime, Calixte lui sourit en retour, manqua de sursauter en voyant le geste de Pandora et se rapprocha dans un haussement d’épaule : une fois encore, il la laissait gérer ça. Parce que c’était plus amusant que d’intervenir, mais aussi parce que ça lui permettait d’apprendre à mieux connaître la rouquine. Et bien justement, pas forcément ! C'est assez facile de passer du violon à l'alto car la différence de taille n'est pas trop importante. Mais vous voyez la taille de l'alto face au violoncelle ? Tiens, Cal, tu peux poser tes doigts sur le manche pour me faire un ré ? Yup Sans plus tarder il s’exécuta. Et sentit un frisson le parcourir quand leurs doigts se frôlèrent, avec un regard coquin en direction de Pandora. Un regard qu’il fit vite disparaître : il valait mieux pour lui, et pour eux, qu’ils n’aillent pas à nouveau dans cette direction-là, et qu’après cette session, ils en restent là. C’était pour cette raison, précisément, qu’il ne l’avait pas rappelée, après tout, non ? Heureusement que c’était elle qui parlait, parce que Calixte avait à cet instant les pensées trop confuses pour réussir à s’exprimer clairement.

Qu’est-ce qu’il savait de ce qui se passait dans la tête de la rousse, après tout ? Elle lui en voulait, bien sûre, elle avait été parfaitement claire, mais sa pique taquine sur la rousse de ses cheveux, et d’autres zones capillaires… aux oreilles de Calixte, cela avait sonné davantage comme un jeu que comme un reproche. Une piqûre de rappel, peut-être ? Ou… juste… Vous voyez ? On ne place pas les doigts de la même manière et c'est pour ça que j'aurais bien du mal à jouer de l'alto. Ou juste autre ? Ou alors il se faisait des idées. Ça vous dirait d'entendre un morceau ? Après, s’il se faisait des idées, ce n’était pas de sa faute, c’était de celle de Pandora, et de Janet qui les avait mis dans la même pièce pour ensuite les y abandonner sous la surveillance d’enfants surexcités qui recommençaient à piailler pour une raison qui échapper à Calixte puisqu’il n’avait tout simplement rien écouté des dernières mots de Pandora, sans que… que ? Calixte remarqua avec un temps de retard que Pandora le regardait. Lui avait-elle déjà posé une question ? Hum... heu... bon. Ça te va si on leur joue quelque chose ? On les fera pratiquer après. J'imagine que tu as déjà dû jouer 40 fois la petite musique de nuit de Mozart ? On peut toujours improviser quelque chose dessus à deux ? Calixte fronça les sourcils, esquissa les premières notes avec hésitation, avec un temps de retard sur Pandora qui avait eu la même idée. Je ne me trompe pas ? Non, il ne se trompait pas et il sentait venir le coup fourré. Parce que Pandora allait finir par l’avoir, son petit concert, son petit duo, et plus encore un public. Dans un soupir, et un sourire, Calixte hocha la tête. Avant de désigner de son archet un ensemble de chaise et – mieux encore – de coussins qui étaient entassés un peu plus loin. Je suis d’accord ! Alors les enfants, vous voulez entendre Crincrin et monsieur Croche s’amuser ensemble ? devant le concert de OUI ! qui résonna dans la pièce, Calixte agita l’archet : Alors allez chercher de quoi vous installer confortablement, et que ça saute ! Et profitant du branle-bas de combat qui s’en suivit, il se tourna vers Pandora. Tu veux guider, ou je prends la direction ? Dans mes souvenirs, t’appréciais que je donne le rythme, mais ça peut avoir changé depuis. N’aurait-il pas dû se taire ? Oui, peut-être. Mais il n’avait pas pu s’en empêcher, probablement la proximité avec Pandora avait dû jouer. Et c’était elle qui avait lancé le sujet la première, après tout.

Dans un fracas de chaises traînées, les enfants revinrent. Jonas, lui, se démarquait d’ailleurs en en traînant deux : il en déposa une à proximité de Calixte avec les lèvres pincées, et le regard fier. Calixte connaissait ce genre de regard, il fit un clin d’œil au petit en acceptant la chaise comme un équivalent à des excuses que le petit refusait de prononcer à voix haute, discussion silencieuse comme celles que Calixte aurait aimé avoir avec Papa. Et qu’il n’avait jamais eue puisqu’un regard de Papa suffisait à lui faire murmure des excuses et se taire, ou hurler pour se justifier. Quoiqu’il en soit, Jonas s’assit sur une chaise avec un demi-sourire, l’affaire était pliée, la page était tournée. Et Mylène voulut grimper sur les genoux de Calixte qui la laissa fait après un temps d’hésitation. Tout le monde est bien installé ? Vous savez qui est Mozart au moins ? Sarah leva la main : Moi je sais, moi je sais ! Oui ? C’est un monsieur drôle, et un pâtissier ! Calixte étouffa un éclat de rire. C’est vrai ! Mon grand frère, il a voyagé jusqu’au pays de Mozart, et il a ramené des boules de Mozart, et c’était des bonbons pas bons, mais qui faisaient rire les gens. Enfin je crois, parce que j’ai pas eu le droit d’en manger, mais quand il les donnait, il disait « tu veux une boule de Mozart ! » Et les gens ils riaient. Calixte éclata de rire, cette fois, sans pouvoir se retenir, laissant à Pandora le soin de répondre, espérant retrouver son calme avant de commencer à jouer. Mozart, comique et pâtissier, bien bien.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Lun 2 Avr - 20:57


Don't fight it, it's coming for you, running at ya
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Nous retrouver dans la même pièce si tôt après une première expérience éphémère a quelque chose de malaisant. Si nous nous étions contentés de boire un thé et nous étions souhaité une bonne soirée, comme l'auraient fait bon nombre de personnes, nous ne serions que deux musiciens à l'entente cordiale et au vouvoiement poli. Mais là... là il y a un plus non négligeable. Là il y a l'intime qui est venu foutre le bazar, il y a cette nuit passée dans ses bras qui vient tout changer et surtout, il y a son silence. Dans un sens, pourquoi lui en voudrais-je ? C'est bien plus simple comme ça, pas d'attache, pas d'habitudes, pas de sympathie déplacée... et puis il y a sûrement des milliers de raisons qui peuvent expliquer qu'il ne m'a pas rappelée. Nous n'appartenons pas au même monde et lui, avec son nom et ses manières d'aristo, est peut-être enfermé dans les rites d'une vieille noblesse qui ne supporte pas les changements ? Après tout, pourquoi ça ne serait pas ça ? Je soupire légèrement. J'ai envie de me convaincre qu'il n'y a vraiment pas de quoi me prendre la tête, mais je ne peux m'empêcher d'être vexée qu'il m'ait laissée sans une nouvelle. Ça touche mon ego et je n'aime pas ça, point barre.

Décidant que les enfants n'avaient pas besoin d'assister à une querelle digne d'adolescents pré-pubère, je me contente de lancer une petite pique à laquelle Calixte répond avec le même sourire amusé. Au moins, nous sommes sur la même longueur d'ondes à ce niveau. Ce cher Saint Thomas doit nous regarder d'en-haut en se disant qu'on est vraiment cons... quoi que non ! Il ne voit pas ! Quel humour, Pandora, quel humour. Je réponds à sa remarque par un sourire, tandis que la petite Sarah joue avec mes cheveux. Un regard, le voilà qui se fait trop proche, dangereusement proche, et que je déglutis en me disant que ça va mal finir s'il ne recule pas tout de suite. Je me racle la gorge, lui propose de me guider si je m'égare pendant le cours et nous voilà maintenant tournés vers les enfants pour entrer dans le vif du sujet. J'ai toujours eu une certaine aisance avec les enfants, le courant passe généralement bien. J'aime leur vivacité, leur spontanéité, je reprends leurs écarts et la plupart du temps, une relation respectueuse se met en place entre nous. Alors le cours se déroule, sans autre accroche que le contact de mes doigts sur ceux de Calixte. Non, décidément, c'est une très mauvaise idée, cette histoire. Je ne suis pas le genre de personne à croire au coup de foudre – manquerait plus que ça – mais je suis humaine. Calixte me plaît, visiblement je lui plaît, et si nous savons nous tenir comme deux personnes bien élevées, c'est toujours difficile de jouer la comédie et de retenir les remarques que les oreilles des enfants ne devraient pas entendre. Je préfère plutôt lui proposer un duo sage et respectable, bien loin de faire le lien entre une proposition qu'il peut difficilement décliner et le fait qu'il joue en public. Après tout, les enfants sont loin d'être des critiques musicaux.

Tandis que les petits se précipitent pour ramener des chaises et des poufs, je m'attelle nerveusement à accorder un violoncelle qui l'est déjà. Lorsque Calixte se tourne vers moi, je sursaute légèrement. Ça m'agace de ne pas savoir comment me comporter avec lui ni quelle attitude je dois éviter. C'est idiot, des histoires sans lendemain, j'en ai eu un paquet ! Mais c'est justement ça le problème : notre histoire à nous vient de voir un lendemain des plus incongrus se concrétiser. Et merde... Distraite, je regarde les enfants prendre place et ne relève pas tout de suite l'énormité de son sous-entendu.

Non non, tu peux diriger j'ai l'hab... oh le con... ça te fait rire, hin ? Et bien soit. Cette fois, mon chaton, tu vas suivre parce que c'est moi qui prends les rennes !

Un sourire triomphant se dessine sur mes lèvres. Il a voulu jouer au con ? Voyons lequel de nous deux l'est le plus ! Une fois les enfants installés et Mylène sur les genoux d'un Calixte qui va sûrement peiner à jouer au bout d'un moment, la leçon peut vraiment commencer. Qui est Mozart ? C'est une vaste question que Calixte leur pose là. On pourrait répondre sobrement qu'il était compositeur. On pourrait ajouter que c'était aussi un orchestrateur, un chef d'orchestre et un pédagogue, préciser également que c'était sans nul doute le plus grand génie de son siècle. C'était un merveilleux pianiste et violoniste, un enfant qui, à trois ou quatre ans, connaissait déjà les rudiments du maniement de l'archet rien qu'en regardant les élèves de son père jouer. Mozart était un musicien virtuose, un visionnaire, un compositeur qui savait à la fois utiliser la rigueur de l'harmonie et s'en émanciper pour créer une musique proche de la perfection. Si j'admire Mozart ? Quel musicien n'aurait pas au moins du respect pour lui ? Rien à faire s'il était aussi haut que large à la fin de sa vie, j'aurais volontiers pris la place de Constance à son époque. Mais trêve de pensées, ce n'est pas à moi de répondre à la question. Lorsque la petite Sarah lève la main, très sûre d'elle, je m'attends à ce qu'elle nous fredonne un petit air, ce genre de chose... pas qu'elle affirme haut et fort que Mozart était un pâtissier. Je pouffe de rire, sent mes joues rougir tant j'essaye de contenir le fou rire qui monte et n'ose même pas tourner la tête vers Calixte de peur que ça explose. Il faut dire qu'elle n'a pas tort : c'est ignoble, ces bonbons à l'effigie de Mozart ! Pauvre petite... elle est trop jeune pour comprendre pourquoi son grand frère et ses amis trouvent aussi hilarant le terme de boule de Mozart. En même temps, ça serait inquiétant qu'elle comprenne, justement. Tandis que Calixte éclate de rire, je me contiens du mieux que je peux pour ne pas donner l'impression à Sarah que nous nous moquons d'elle mais une larme causée par l'hilarité perle néanmoins à ma paupière.

Tu as bien raison, Sarah. Ces bonbons ne sont vraiment pas bons ! Mais en réalité, ce n'est pas vraiment Mozart qui les a fabriqués. Non, Mozart était un compositeur. Il écrivait de la musique, comme un écrivain écrit des livres.

Très sérieux, les enfants hochent la tête en m'écoutant, loin de partager l'hilarité qui nous animent toujours, Calixte et moi. Que c'est beau, l'innocence...

Mozart connaissait si bien la musique qu'il a écrit des opéras, des symphonies, des concertos... il était musicien, il dirigeait des orchestres... c'était un sacré personnage mais il n'a jamais été pâtissier.

Je hausse les épaules, jette un regard bienveillant à Sarah et me tourne vers Calixte. D'un geste du menton, je l'invite à placer son instrument, approche mon archet des cordes du violoncelle et, d'une respiration, donne le signal de départ. Aussitôt, le frisson de la musique m'envahit. Mon cerveau analyse les données acoustiques que mes oreilles lui transmettent, mes doigts courent sur les cordes et tout mon esprit se perds dans une partition dont ni moi, ni Calixte n'avons besoin. Je retrouve cette impression de communion qui m'a saisie la première fois que nous avons joué ensemble mais cette fois, rien ne vient nous interrompre. C'est beau, propre, mesuré. Ses pianissimo accompagnent les crescendo du violoncelle, mes pizzicati amènent ses solos et, sans avoir besoin de nous concerter, nous improvisons sur le thème de la musique avec une aisance déconcertante. On pourrait croire qu'on a répété le morceau pendant des heures mais c'est faux. Ça semble inné et c'est aussi surprenant qu'agréable. Alors, inévitablement, l'image de Max s'impose dans mon esprit. Il n'y a qu'avec lui que je me suis sentie aussi bien, en parfaite harmonie avec la musique. Tandis que je songe à cela, mon visage s'assombrit : Max aussi avait l'air gentil et parfait, au début. Sauf que Max est un sociopathe. Mon regard glisse vers un Calixte animé par la musique et la question se pose. Es-tu simplement un prince charmant de dessin animé, Calixte Seymour ? Ou caches-tu en toi l'âme d'un potentiel tueur en série ?

D'un simple regard, nous nous concertons, la musique ralentit et, sur une cadence absolument parfaite, le morceau s'achève. Pendant un instant, le silence se fait dans la salle, hanté simplement par la réverbération de nos notes. Les enfants nous fixent avec de grands yeux et je me sens obligée de prendre la parole, légèrement mal à l'aise.

Hum... ça vous a plu ?

À peine ai-je eu le temps de prononcer cela que des applaudissements patauds d'enfants me sautent au visage. Ils cherchent tous à parler en même temps, dans un brouhaha absolument incompréhensible.

Oula ! Pas tous en même temps, d'accord ?

Benjamin joue des coudes, passe devant les autres et se plante devant Calixte et moi en sautillant comme un petit singe.

On peut apprendre à jouer ça, hin ? Vous allez nous apprendre, hi ?

Amusée et ravie, je me tourne vers Calixte.

Qu'est-ce que tu en dis ? On essaye ?

Même si à la fin de la séance ils ne doivent retenir que les cinq premières mesures, ça sera déjà un énorme travail de fait. Dans un vacarme de chaises raclant le sol, les enfants se précipitent vers une une pièce au fond de la salle que j'ai d'abord prise pour un placard mais qui s'avère en réalité être la réserve d'instruments du conservatoire. Jonas et Sarah s'emparent d'office d'un violoncelle, mais le petit Maxime, plus timide, semble hésiter. Je m'approche alors de lui, le prend par la main et l'accompagne jusqu'au local pour lui présenter les instruments. Après un moment d'hésitation, il choisi le violoncelle lui aussi. Les quatre autres jettent leur dévolu sur deux altos et deux violons, et nous voilà divisés en deux petits groupes de travail.

Bon et bien hum... bonne chance !

C'est vraiment bizarre, comme situation... Pendant un long moment, je prends les trois apprentis violoncellistes avec moi, leur installe chacun une chaise puis réfléchis un moment. Pupitre ? Pas de pupitre ? Je finis par opter pour la seconde option et les laisse s'installer. De toute manière, je n'ai pas la partition avec moi et j'ai toujours trouvé que le travail à l'oreille valait cent fois plus qu'une bête lecture de notes. Je m'installe avec eux et leur joue le début du morceau, lentement, en détachant bien les notes et en ôtant tout ce qui pourrait ressembler à un ornement. Je repose mon violoncelle, laisse les enfants se familiariser avec la mélodie et la fredonne en passant entre eux. J'ai beau avoir cessé de chanter sur scène depuis des années, il est toujours là, le vibrato maîtrisé de la soprano déchue et je fais tout pour l'ignorer. Je pose mes mains sur les épaules de Jonas, lui intime fermement de se redresser et délaisse alors la sympathique Pandora pour adopter le comportement de la pédagogue. S'il y a un aspect strict dans l'éducation que j'ai reçue, c'est bien la musique. On se tient droit, on place correctement ses mains, on n'a pas peur d'appuyer sur les cordes. La bienveillance se mêle à l'exigence et plusieurs fois, je reprends Sarah et Jonas sur leur tenue. Alors que je me tourne vers Maxime pour commencer à lui apprendre les bases de l'instrument, il m'avoue timidement que pour son premier cours, il préfère regarder les autres pour mieux appréhender la pratique. Avec un sourire, je lui ébouriffe les cheveux et relève les yeux vers l'autre groupe. Je me rends alors compte que Calixte s'est approché de moi, laissant son petit groupe travailler tranquillement de son côté. Flûte, ça aussi c'est gênant ! Depuis combien de temps m'observe-t-il ?

Je me mords la lèvre, fais mine de n'avoir rien remarqué et retourne corriger le placement de la main de Sarah sur les cordes. Je suis toujours gênée quand on m'observe ainsi car je redoute plus que tout qu'on critique mes méthodes d'enseignement. C'est que j'ai déjà eu affaire à une mère, hystérique, qui me hurlait que je ne pouvait pas demander à son fils de jouer tous les jours, que la musique devait rester un loisir mais que je devais tout de même en faire un petit virtuose pour qu'elle puisse l'exposer fièrement autour d'elle. Autant dire que ce jour-là, j'ai remis pas mal de choses en question. Je finis par me relever, m'approche de Calixte et penche la tête sur le côté.

Il y a un souci ? Je préfère que tu me le dises si c'est le cas car... pour être tout à fait honnête, j'ai du mal à concevoir l'apprentissage de la musique sans un minimum de rigueur mais il arrive qu'on me trouve trop sévère, alors...

Je hausse les épaules, esquisse un sourire et désigne les enfants d'un mouvement de la tête.

Ils ont vraiment l'air concentré, c'est adorable..., dis-je avec un regard affectueux.

Je me suis toujours jurée que si un jour j'avais des enfants, ils apprendraient à faire des gammes avant de savoir lire. M'enfin comme ça ne risque pas d'arriver dans les mois à venir, j'ai encore le temps de changer d'avis.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mer 4 Avr - 21:37

 
   

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C’était gênant. Mais quelque part, Calixte devait bien reconnaître qu’il y avait quelque chose de fascinant et d’appréciable. Un mélange étrange entre les deux, assurément, voire les trois, sentiments. Gênant, fascinant et appréciable. Se retrouver ainsi avec son amante d’un soir, à peine plus qu’une connaissance, et retrouver aussi en un temps record une certaine harmonie et complicité avec elle… oui, vraiment, c’était gênant. Et fascinant. Et appréciable. Et malaisant. Et assez sympa. Et… il n’en avait pas fini de se prendre la tête avec tout cela, il commençait tout juste à s’en rendre compte. Ce n’était pas la première qu’il en rappelait pas, ça ne serait même pas la dernière, mais Calixte devait bien admettre que c’était la première qu’il regrettait, vraiment de ne pas avoir rappelé. Sans qu’il ne sache – ou accepte d’admettre mais cela revenait au même – pourquoi. Le fait était, au final, que ce n’était pas le moment d’y réfléchir, que c’était le moment de jouer. Avec elle. Devant les enfants. Il se sentit pris au piège, une fraction de seconde, quand elle ne lui laissa pas le choix de jouer avec elle, de jouer à nouveau avec elle, il se sentit pris au piège le temps que son cerveau assimile que ce n’était pas vraiment devant un public qu’ils allaient jouer, mais que c’était, tout au contraire, le cours normal des choses dans un cours d’initiation tel que celui qu’ils étaient supposés donner. Voilà. Aucun souci à se faire, aucune angoisse à avoir, il jouait tous les mois avec Joshua, pourquoi est-ce que les choses allaient-elles être différentes cette fois-ci ? Même contexte, partenaire différente, il faisait ça tous les mois dans le cadre de la musique, et un peu plus souvent dans un autre cadre… Calixte finit par se reprendre au bout d’un temps interminable en envoyant ses ouailles se chercher des sièges plus confortables que le sol, et surtout plus adéquat pour la suite. Chaises et coussins dispersèrent un instant les enfants, lui offrant un peu de répit pour demander à Pandora, sans que le sous-entendu ne soit, bien évidemment, volontaire – tout le monde le croyait n’est-ce pas ? – qui des deux allaient donner le ton, le rythme, bref qui des deux allaient diriger. Non non, tu peux diriger j'ai l'hab... oh le con... ça te fait rire, hin ? Si ça le faisait rire ? Son regard et son sourire étaient explicites, éloquents, le trahirent sans qu’il n’y puisse rien faire. Absolument pas, je ne vois pas de quoi tu parles Il articula dans un petit rire. Et bien soit. Cette fois, mon chaton, tu vas suivre parce que c'est moi qui prends les rênes ! Ses mains ouvertes l’invitèrent à les prendre, les rênes, il n’allait pas vraiment se battre ni rechigner, les deux positions lui allaient, après tout. Et… et Calixte se força à redevenir sérieux le temps d’une conversation silencieuse avec Jonas, et le temps également de trouver comment avoir Mylène sur les genoux, et un alto dans les mains, tout en pouvant jouer dudit alto.

Cela l’occupa bien suffisamment pour que lorsqu’il releva la tête, tout le monde était bien installé. Le moment était venu pour une petite question introductive, aux yeux de Calixte, tous les prétextes étaient bons pour donner aux petits quelques éléments de culture musicale et au vu de la réponse qu’il obtint à sa question pourtant simple, ce n’était pas du luxe. Mozart était bien des choses. Un génie, avant tout, un prodige, un virtuose, un musicien plus sobrement. Un violoniste, un pianiste, un compositeur, un autrichien – ou un allemand, il y avait litige sur la question – et bien d’autres choses encore. Mais un pâtissier et un comique ? Calixte ne put se retenir : il finit par lâcher l’éclat de rire qu’il contenait, sans parvenir à se reprendre, sans parvenir à dire quoique ce soit de plus. Il n’osa même pas jeter un coup d’œil en direction de Pandora pour lui dire de répondre à sa place. Riait-il parce que… et bien… la mention des boules de Mozart faisait rire le mec qu’il était, ou riait-il aussi parce que depuis l’arrivée de Pandora, un surplus de nervosité bouillonnait et ne demandait qu’à être évacué d’une manière ou d’une autre ?

Aucune idée. Calixte lui-même n’en savait rien, mais tout ce qu’il savait pour le moment, c’était qu’il fallait qu’il se reprenne sans quoi Sarah allait réellement finir vexée. Ce qui serait bien dommage. Alors qu’il éteignait petit-à-petit son fourire, Calixte écouta Pandora être bien plus forte et courageuse que lui, et expliquer posément que non, Mozart n’avait jamais fait de croissant, même si on venait de parler d’une petite musique de nuit. Tu as bien raison, Sarah. Ces bonbons ne sont vraiment pas bons ! Mais en réalité, ce n'est pas vraiment Mozart qui les a fabriqués. Non, Mozart était un compositeur. Il écrivait de la musique, comme un écrivain écrit des livres. Le Seymour respira, récupéra une petite larme sous le regard inquiet de Mylène, inspira profondément. Et évita également de croiser le regard de Sarah qui, il le sentait, le scrutait intensément. Mozart connaissait si bien la musique qu'il a écrit des opéras, des symphonies, des concertos... il était musicien, il dirigeait des orchestres... c'était un sacré personnage mais il n'a jamais été pâtissier. Pâtissier… Calixte se mordit les lèvres le temps d’étouffer un nouveau fourire qui ne demandait qu’à partir, inspira et expira avec concentration, et lorsqu’il releva la tête pour se tourner vers Pandora, il eut la satisfaction de parvenir à garder une certaine maîtrise de soi.

Admirable. Son bras enveloppa Mylène, pour que son archet puisse se poser sur les cordes, il lui chuchota dans le creux de l’oreille qu’elle pouvait rester sur ses genoux à condition de ne pas trop bouger et la sentit se figer et de coller contre son torse, comme pour se faire plus petite et ne surtout, surtout pas perdre son précieux fauteuil. Et lorsque la première note résonna, plus rien, vraiment plus rien n’exista autour de Calixte. Plus rien en dehors du violoncelle, qui s’accordait parfaitement avec l’alto, et de cette communion et complicité qui les renoua immédiatement, comme s’ils n’avaient pas joué qu’une seule fois ensemble avant cela, mais bien, bien plus. C’était instinctif, c’était intuitif. Calixte, s’il était profondément indépendant par bien des aspects, n’appréciait pas plus que cela les sports collectifs et s’avéraient être un sacré mauvais perdant, avait toujours aimé jouer avec d’autres musiciens. Les instruments ne s’additionnaient pas selon une logique mathématique simple, un alto plus un violoncelle ne donnaient pas deux cordes, mais une troisième composante naissait de la rencontre, et cette troisième composante émergea naturellement entre les deux musiciens. Il le sentait, Calixte, et il sentit également un frisson dégringoler sa colonne vertébrale. Et une certaine frustration à ne pas jouer parfaitement, du fait de la petite Mylène qui faisait tout son possible pour ne pas le gêner. Il n’avait pas besoin de regarder Pandora, il sentait dans sa manière de jouer ses intentions. Ses improvisations. C’était enivrant, d’une certaine manière. Pas besoin d’être timide -de toute manière il ne l’était pour ainsi dire jamais – et pas besoin non plus de se retenir, de se brider stupidement, pas besoin de maintenir un niveau simple pour ne pas perdre les enfants. Calixte joua comme il n’avait pas joué depuis des années, depuis la dernière fois qu’il n’avait pas joué avec un autre musicien – Joshua ne comptait pas, l’alto et le piano n’avaient jamais vraiment dialogué avec eux deux.

Et ils ralentirent bien trop tôt, la musique et le morceau s’éteignirent bien trop vite à son goût, le laissant presque hors d’haleine, comme surpris par ce qu’ils avaient produit, quand bien même ce n’était qu’une simple pièce de Mozart qu’il avait su jouer avant même d’avoir dix ans. Le silence vibra des regrets des notes achevés – c’était du moins ainsi qu’il l’avait toujours ressenti, et Calixte, loin de le rompre, se fit complice d’une Mylène qui cherchait son oreille. Pour lui murmurer que ça avait été très joli et qu’elle aimait bien. Ah, bah si Mademoiselle Mylène aimait bien… Calixte lui chuchota en retour qu’il en était très content, tout en étant coupé dans un premier temps par Pandora : Hum... ça vous a plu ?, dans un second par le tonnerre d’applaudissements qu’on leur offrit et le brouhaha d’interventions qui s’en suivit immédiatement. Oula ! Pas tous en même temps, d'accord ? La voix de Calixte se superposa, bien plus autoritaire : Oh ! On se calme. Aussitôt, un nouveau silence, bien plus bref, que Benjamin s’empressa d’ailleurs de piétiner en sautillant, surexcité et trop enthousiaste pour son propre bien, au grand plaisir et amusement de Calixte. Il adorait définitivement ce gosse. On peut apprendre à jouer ça, hin ? Vous allez nous apprendre, hi ? Un coup d’œil vers Pandora : Qu'est-ce que tu en dis ? On essaye ? Et Calixte rendit des armes qu’il avait, de toute manière, déjà déposées. Bien sûr qu’ils allaient essayé. Allons-y gaiement dans ce cas ! Confiant son alto à une Mylène définitivement impressionnée, il tapa dans ses mains pour attirer l’attention. Allez zoup, allez chercher un instrument et vous revenez avec en marchant, ça ne l’intéressait pas vraiment que l’un des ouistitis trébuche et abime un des instruments du conservatoire. Surtout pas un violon ou un violoncelle. Et il ne pensa même pas à l’hypothèse d’un alto blessé. Tous partirent, Mylène avec un temps de retard après avoir rendu Crincrin à son propriétaire, Calixte en profita pour se lever se dégourdir les jambes.

Bon et bien hum... bonne chance ! Bonne chance, oui. Jouer l’avait détendu, le malaise n’était presque plus suffisant pour que Calixte ne puisse regarder Pandora : il la fixa avec un sourire, avant de s’étirer.

Et de faire face à ses quatre énergumènes personnelles – Dieu merci Jonas n’était pas du lot. Benjamin, bien évidemment, avait droit au Vuillaume, comme à chaque fois, et entreprit de réviser ses gammes pendant que Calixte s’occupait des deux violonistes en herbe et de la nouvelle altiste. James et Mary, d’ordinaire au piano, tentèrent d’imiter un Benjamin concentré. Mylène, elle, baillait aux corneilles, sans trop de surprise. Au bout de quelques minutes, les premières notes résonnèrent, particulièrement douloureuses. Calixte rectifia avec patience les positions, délaissant les archets pour commencer et faire pincer les cordes le temps qu’ils comprennent comment placer leurs doigts, jouer leurs premières notes. Benjamin l’appela, Calixte oublia Pandora, oublia tout le reste. Comme lorsqu’il jouait, il avait tendance à poser à côté de lui toutes ses pensées parasites pour ne se concentrer que sur l’important, et actuellement, l’important, c’était de transmettre, au moins un peu, de sa passion pour la musique. Dix, quinze minutes. Benjamin en était à essayer de retrouver à l’oreille le début de la Petite musique de nuit quand Calixte se souvint que c’était la première fois que Pandora avait une telle initiation à faire et s’intéressa enfin à elle. L’observa rectifier des positions. Placer correctement des mains. Chantonner l’air pour qu’ils le retrouvent. Sans s’en apercevoir, Calixte se rapprocha. Et s’immobilisa lorsqu’il croisa le regard de Pandora, comme un stalkeur pris la main dans le sac, relâcha son souffle quand elle se détourna pour rectifier une fois de plus le placement de main de Sarah. Et sa respiration se coupa à nouveau quand elle s’approcha de lui. Il y a un souci ? Je préfère que tu me le dises si c'est le cas car... pour être tout à fait honnête, j'ai du mal à concevoir l'apprentissage de la musique sans un minimum de rigueur mais il arrive qu'on me trouve trop sévère, alors... Ils ont vraiment l'air concentré, c'est adorable... Suivant son regard, il ne put qu’acquiescer. L’avantage, dans ce genre de séance, c’était non seulement qu’il y avait peu d’enfants, mais également qu’ils étaient tous là pour faire de la musique et pour apprendre. Aucun n’avait été amené de force, pour ainsi dire. Tous étaient volontaires. Et tous avaient envie de bien faire. Les yeux de Calixte dérivèrent sur le groupe des violonistes et altistes, sourit davantage encore en voyant que Benjamin montrait à son tour -de manière un peu brouillonne – comment faire un do. Et un ré. Bien trop adorable, oui. C’est ça que j’aime chez eux. Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, à chaque fois, et… oh, attends… James ! Attends un peu, je vais te montrer… Délaissant Pandora quelques minutes, Calixte se précipita après des apprentis violonistes, parce que l’alto et le violon avaient beau se ressembler, ce n’était pas tout à fait la même chose. Patiemment, il rectifia ce que Benjamin tentait d’expliquer, remercia d’ailleurs le petit, les laissa réessayer et revint vers Pandora. Désolé, je ne voulais pas qu’ils prennent de mauvaises habitudes, même si ça se rectifie encore. Et donc… Tu gères, t’inquiète. Je suis moi-même exigent… je crois. Non, il ne faisait pas que croire, il le savait très bien que son exigence était assez haute, souvent trop à ce que ne cessait de lui répéter Joshua. Les yeux rivés sur les apprentis musiciens, qui discutaient, se donnaient des conseils et se corrigeaient les uns les autres, Calixte s’autorisa à une petite digression après un temps de silence. Je ne m’attendais pas à te revoir. Tu es partie tôt… la dernière fois. C’était sympa. Si ça sonnait comme des excuses ? Grand Dieu, non ! Ou peut-être un peu, mais ce n’était clairement pas l’intention de Calixte. Il prit son inspiration. D’où tu connais Janet ? Il garda les yeux obstinément rivés sur les violoncellistes. Se rendit compte d'un détail. Maxime ne joue pas ?

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Dim 8 Avr - 18:05


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C'est vraiment étrange... même entourée d'enfants, dans une situation inédite, j'ai l'impression de connaître Calixte depuis des années et non une semaine. C'est complètement idiot car en réalité, je ne sais pas grand chose et lui et la réciproque est valable. Les plaisanteries fusent d'elles-mêmes sans que j'ai le sentiment que nous puissions nous en vexer et c'est... non vraiment, c'est étrange. Je dois sûrement me prendre la tête pour des broutilles. Lorsque nous nous séparons en deux groupes, je pousse un léger soupir de soulagement. Ce doit être l'harmonie que nous parvenons à trouver quand nous jouons ensemble, qui me fait penser que nous sommes vraiment sur la même longueur d'onde. J'ai toujours été persuadée que la qualité de la musique doit forcément dépendre que l'alchimie qui existe entre les musiciens et le duo que nous formons en est la preuve vivante. Ce qui est perturbant, c'est que cette alchimie est née entre deux parfaits inconnus. Je balaye l'étrangeté de la situation d'un revers de la main et me concentre sur le plus important : apprendre à trois petites têtes blondes comment changer le douloureux grincement d'un archet sur une corde en un magnifique son de violoncelle. Quelque chose me dit que ça va prendre du temps mais bon. Ne jugeons pas trop hâtivement. Patiente, je les observe poser l'instrument contre leur épaule, rectifie le placement de Sarah qui tient son épaule trop en arrière, assure à Jonas que s'il appuie un peu plus fort sur les cordes il ne va pas les casser et écoute ce qui ressort de ces brèves explications. Ils ont déjà touché à un violoncelle, ça se sent : le phrasé est un peu hésitant mais les notes sont assez justes. Il n'y a que Maxime qui reste en retrait et qui regarde avec attention ses petits camarades. Quelque part, il a raison : on apprend beaucoup en regardant les autres faire. Lorsque je me relève et m'approche de Calixte, soucieuse de savoir s'il faut être d'un laxisme que je désapprouve totalement avec les enfants ou s'il faut au contraire les recadrer façon entraînement paramilitaire. Il y a beau y avoir un gouffre entre les deux, j'ai connu les deux écoles. Seulement, à voir comment Calixte rectifie le moindre placement de main hésitant, il a plutôt l'air partisan de la seconde des deux écoles.

Je pense qu'il y a un monde entre tout laisser passer au risque que les lacunes ne s'installent et une rectification directe mais bienveillante. Regarde Sarah... son épaule part naturellement en arrière et si personne ne la corrige, elle finira avec une scoliose dans cinq ans.

Du coin de l'œil, je surveille la posture de mes petits violoncellistes en herbe et observe avec tendresse Sarah qui montre à Maxime comment tenir un archet. Timidement, le petit finit par prendre l'instrument et effleurer de la pointe du crin la première corde. C'est à croire qu'il peur de l'abîmer ! Lorsque Calixte reprend, je ne peux m'empêcher de me tourner vers lui avec un haussement de sourcils. Il me prend pour une idiote, ou quoi ?

J'avais bien remarqué que tu ne t'y attendais pas. Mais on sait tous les deux que ça n'aurait rien changé que je reste.

Au contraire, ça aurait sûrement rendu les choses plus compliquées. Les au revoir, les « ne te fais pas d'illusions, c'était un coup d'un soir », qui aurait forcément jeté un malaise entre nous, quand bien même les choses auraient claires depuis le début. C'est inévitable.

Mais c'était sympa, oui !

J'ajoute ça avec un sourire parfaitement détaché, histoire qu'il se rassure sur une chose : je ne vais pas lui courir après ni lui faire un procès pour n'avoir donné aucune nouvelle. Ça serait hypocrite, seulement... considère-t-il notre nuit passée ensemble comme une erreur ? C'est ça qui me gêne le plus dans cette histoire : si erreur il y a, à quoi est-elle due ? C'est vraiment con et j'en ai conscience, mais j'ai déjà côtoyé un type avec une moitié de sang bleu dans les veines : ils n'ont que quelques expressions en magasins, à savoir « c'est compliqué » et « on n'est pas du même monde ». Le genre de phrase qui vous rabaisse à votre condition de « simple » roturière parmi tant d'autre. La discussion se poursuit, s'égare du côté de Janet et je laisse échapper un petit rire.

Oula, grande question ! On se connaît depuis l'enfance, on a fait une partie de nos classes au conservatoire ensemble. On s'est un peu perdues de vue quand elle a choisi d'enseigner ici... comme j'ai rejoins l'orchestre assez jeune, la distance a fait que nous nous sommes vues moins souvent. Et... toi ? Tu viens souvent animer ce genre d'atelier, monsieur « je ne suis pas altiste » ?

Je prononce ça sur le ton de l'amusement mais ma remarque ne se veut ni accusatrice, ni vexante. C'est simplement étrange de voir l'énergie qu'il déploie pour ne pas jouer en public alors même qu'il se prête au jeu de l'enseignement avec de potentiels futurs musiciens. La remarque au sujet de Maxime me fait alors tourner la tête vers lui. Il a de nouveau posé son archet et semble hésiter.

Il préfère regarder les deux autres pour apprendre, je n'ai pas voulu insister pour ne pas lui faire peur mais... je pense qu'il est intimidé. C'est le genre d'enfant à qui un cours particulier conviendrait d'avantage. Là, il a peur du regard de Sarah et Jonas parce qu'il ne les connaît pas. Enfin je suppose.

J'en ai vu, des enfants, en une décennies de pédagogie ! Il y a ceux qui veulent toujours jouer en public pour montrer ce qu'ils savent faire, ceux qui sont irrémédiablement sourds parce qu'ils ne veulent pas faire le moindre effort, les génies que l'on devine en quelques semaines et les timides. Les timides, ce sont ceux qui, s'ils le pouvaient, se cacheraient sous un pupitre pour être certains qu'on ne les voit et qu'on ne les entend pas. Ils ont tellement peur de la fausse note qu'ils se limitent involontairement et s'empêchent de jouer, c'est vraiment triste.

Tu sais s'ils ont aussi des cours en individuel ? Je pense qu'il prendrait un peu plus confiance en lui en n'ayant qu'un professeur devant l... ah on dirait bien que le cours est passé plus vite que prévu.

À travers la petite lucarne creusée dans la porte, j'aperçois Janet qui nous fait signe et qui désigne sa montre. L'heure est passée à une vitesse affolante et j'ai l'impression que nous n'avons pratiquement rien fait !

C'est l'heure, les petits Mozart !

Aussitôt, une vague de protestation me répond, mais lorsque la porte s'ouvre sur des parents naturellement angoissés et pressés de récupérer leur progéniture, les petits s'activent et se dépêchent de remettre les instruments à leur place. Il n'y a que Benjamin qui s'approche de Calixte, portant son alto comme s'il tenait les joyaux de la couronne. Il me jette un regard et tire sur la manche de Calixte pour pouvoir lui murmurer à l'oreille quelques mots que je n'entends pas.

Dis Cal... elle reviendra ? Parce que c'était trop cool, aujourd'hui !

De mon côté, je m'approche de Maxime et l'aide à ranger le violoncelle dans son étui.

Si je reviens, on travaillera tous les deux, d'accord ?

Le petit hoche la tête avec un sourire timide, se lève et tire la lourde boîte avec son instrument jusqu'au local de rangement. Pendant quelques minutes, le brouhaha s'intensifie, les parents posent des questions à Janet, les enfants piaillent et puis d'un coup, plus rien. Nous nous retrouvons tous les deux dans une salle qui semble soudain bien vide et froide. Alors, en silence, je récupère mon violoncelle et commence à détendre les crins de l'archet pour le ranger. Ce n'est qu'au bout d'une bonne minute de silence que je me redresse et me tourne vers Calixte.

Y a une question que j'me pose. C'est parce que tu n'en avais pas envie ou parce que cette nuit était une erreur, que tu n'as pas rappelé ? Enfin je... je ne t'en veux pas, les choses étaient claires de mon côté c'est juste que... ça me chiffonne.

Et merde... pourquoi il a fallu que je dise tout ça à voix haute, hin ? Je n'ai pas envie qu'il me dise que c'était une erreur. Mais je ne veux pas non plus qu'il me dise que c'est parce qu'une soirée lui a suffit. Ce n'est pas une question de coucherie, c'est plus une question de compatibilité psychologique. Il y a eu d'autres choses au cours de cette soirée, d'autres moments qui me font croire qu'on ferait de bons compagnons de beuverie ou de partenaires musicaux. C'est plus ça qui me perturbe et à ce moment-là, j'aimerais pouvoir faire deux choses : savoir lire dans ses pensées et l'empêcher de répondre à la question. Soit je lui colle ma main dans la figure, soit je l'embrasse, ça fera le même effet mais pas sûr qu'il apprécie.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mar 10 Avr - 22:49

 
   

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Son archet et son alto entre les mains, agenouillé pour se mettre au niveau de ses petits protégés, Calixte était dans son élément. Et comme un peu plus tôt, des notes au bout des doigts, des rythmes au bord des lèvres, il était perdu dans son univers, dans cette atmosphère addictive et apaisante qu’on avait prétendu un jour lui refuser et qui était son oxygène. Comment pouvait-il continuer à se soucier du regard de Pandora en de telles circonstances ? Comment pouvait-il ne serait-ce que se perdre en doute, en remord et en culpabilité stérile alors que cette matinée était sa bouffée d’air dans le mois, une matinée loin des chiffres, loin des finances, loin des secrets et de la pression qu’on exerçait constamment sur lui ? Comment pouvait-il ne serait-ce que tâcher la sérénité de l’instant en songeant à des futilités ? Vraiment, Calixte s’isola, se détacha de tout le reste, se perdit progressivement dans ses explications, avec ce regard attentif et sévère du professeur qu’il avait hérité de Papa. Un regard marqué d’attentes et de sérieux, de rigueur et d’exigence. Benjamin progressait bien, il le notait à chaque séance, malgré l’irrégularité de leurs rencontres. Mylène papillonnait, à son habitude, n’étant là que pour… étant là pour des raisons qui la regardaient et qui restaient au bout de huit mois particulièrement obscures pour Calixte. James et Mary quant à eux tentaient de retrouver des repères, loin de leur piano habituel mais se concentraient avec intensité pour suivre les mouvements de Benjamin, poser correctement l’archet, tenter de reconnaître des notes. Les minutes filèrent sans que Calixte ne cherche à les retenir, filèrent tant et si bien qu’il ressentit une pointe de culpabilité en se rendant compte qu’il avait laissé Pandora livré à elle-même, déterminé comme il l’avait été à ne surtout pas penser à elle et à cette gêne qui risquait de se réinstaurer entre eux. Les yeux rivés sur la violoncelliste, Calixte se fit happer par tout cela, extraire violemment de la bulle dans laquelle il s’était enfermé. Se détachant des apprentis musiciens placés sous sa responsabilité, il l’observa. Prit le temps de l’observer. De faire la part des choses entre ce qu’il ressentait, ce dont il avait envie, ce dont il avait le droit et même ce qu’il pouvait se permettre. L’harmonie de leur musique était tangible, palpable, elle vibrait encore en lui, même alors que son Vuillaume n’était plus entre ses doigts. Des années qu’il n’avait pas réellement joué avec un autre musicien, mais ça ne justifiait pas, n’expliquait pas l’entente presque innée qu’il y avait eue entre eux. Une entente dont il savait pertinemment devoir se méfier, Calixte, parce qu’une part de lui savait exactement vers quoi ça risquait de le mener. N’avait-il pas connu une expérience similaire dix ans plus tôt, avec Abigaël ? Sa respiration se coupa à cette pensée, il se sentit suffoquer et le regard que Pandora lui lança en rajouta une couche : Calixte se sentit comme un voleur pris sur le fait et quand elle se rapprocha pour lui demander s’il avait un reproche à émettre, il ne se fit pas prier pour fuir et gagner quelques secondes, le temps de rectifier la position de James. Le temps de prendre sa respiration, de continuer à mettre au clair ce qu’il pouvait bien penser, pour aborder la suite le plus sereinement possible.

On pouvait dire bien des choses, et il était le premier, sur l’éducation qu’il avait reçue et le cadre qu’on lui avait imposé, parfois dure, souvent rude, clairement fermé, mais Calixte avait appris une chose : compartimenter et avoir sous contrôle ses pensées, ses mots, ses dires et ses actes, ce n’était pas un luxe dont il pouvait se passer, c’était une nécessité. Et quand il revint auprès de Pandora, il eut pendant un instant la satisfaction d’avoir trouvé le juste équilibre. Entre distance et familiarité, entre complicité et détachement. Un équilibre permettant un dialogue sans risque, espérait-il. Je pense qu'il y a un monde entre tout laisser passer au risque que les lacunes ne s'installent et une rectification directe mais bienveillante. Regarde Sarah... son épaule part naturellement en arrière et si personne ne la corrige, elle finira avec une scoliose dans cinq ans. Hochant la tête, sage sur ce terrain connu, stable et pavé de leurs similitudes, Calixte ne se fit pas prier pour acquiescer. Nous sommes bien d’accord. J’ai l’impression qu’on est sur la même longueur d’ondes, c’est… c’est assez agréable je dois dire… Et ça l’était. Ca l’était réellement. Un nouveau silence, Calixte s’interdit le moindre regard en direction de Pandora, couva plutôt les enfants concentrés. C’était agréable d’être sur la même longueur d’ondes question pédagogie, c’était agréable également d’avoir réussi à trouver un équilibre entre leur rencontre une dizaine de jours plus tôt, et leurs retrouvailles inopinées, c’était rassurant, dans un sens.

Mais ce n’était pas fait pour durer. Parce que le détachement, l’impassibilité, la compartimentation des émotions, tout ça était la spécialité de Papa, était celle d’Edward. N’était pas celle de Calixte. Il trébucha. A l’instant où il s’autorisa à dire quelque chose qui n’avait pas de lien direct avec la musique, Calixte se sentit trébucher, regretta d’avoir parlé. Ne le regretta que davantage en sentant du coin de l’œil le mouvement de Pandora dans sa direction. Le regretta bien plus encore lorsqu’elle répondit. J'avais bien remarqué que tu ne t'y attendais pas. Mais on sait tous les deux que ça n'aurait rien changé que je reste. Et se demanda ce qu’il lui avait pris de dire cela quand elle l’acheva : Mais c'était sympa, oui ! Il se mordit la lèvre, sentit ses épaules se crisper, son sourire se crisper, tout son être se crisper, jusqu’à son arrogance, son aristocratie latente et sa façon d’être. Bien il commenta d’une voix détachée. Bien, oui… et sans se laisser le temps de respirer, de crainte que Pandora ne rajoute quoique ce soit, il changea complètement de sujet, pour mieux retrouver un terrain des plus stables, une autoroute même. Celle de la facilité. D’où connaissait-elle Janet ? La réponse ne l’intéressait que peu, tout ce qu’il voulait, Calixte, c’était étouffer dans l’œuf ce malaise croissant qui revenait à la charge, qui piétinait sa journée du mois, qui réduisait en morceau sa bulle de liberté, son jardin secret qu’était cette initiation. Qu’elles se connaissent depuis l’enfance, Calixte s’en fichait au fond. Qu’elles se soient perdues de vue, il était bien trop concentré sur sa petite personne pour s’en soucier ou s’y intéresser. Mais au moins cela avait-il le mérite de faire la conversation, une conversation polie. Une conversation sans risque.

Presque sans risque. ... Et... toi ? Tu viens souvent animer ce genre d'atelier, monsieur « je ne suis pas altiste » ? Aux derniers mots, il ne put s’empêcher de tourner brusquement la tête dans sa direction pour la foudroyer du regard. Sans répondre pour autant, non. Il ne répondit pas tout de suite, Calixte, préférant noter que le petit nouveau, Maxime c’était bien ça ?, ne jouait pas et se contentait de regarder, attentivement, et d’hésiter avec un instrument trop grand pour lui. Un bref instant, Calixte crut se reconnaître dans ce Maxime qui avait envie mais qui hésitait, sans trop savoir pourquoi. Sauf qu’au contraire de Maxime, Calixte n’était pas un homme timide, loin de là. Très loin de là, même, pouvait-on dire. Mais… mais. Voilà. Maxime et ses hésitations, Maxime et ses tentatives maladroites, Maxime et son regard scrutateur, curieux, méfiant, défiant et attentif, il avait un petit quelque chose qui ressemblait au regard que Calixte lui-même venait de poser sur Pandora. Un regard de celui qui ne parvenait de toute évidence pas à avoir les idées claires. Il préfère regarder les deux autres pour apprendre, je n'ai pas voulu insister pour ne pas lui faire peur mais... je pense qu'il est intimidé. C'est le genre d'enfant à qui un cours particulier conviendrait davantage. Là, il a peur du regard de Sarah et Jonas parce qu'il ne les connaît pas. Enfin je suppose. Calixte hocha la tête. Un cours particulier, oui, je suis d’accord…. Oui, tout à fait, Maxime aurait grand besoin d’un cours plus cadré, plus confiné. Et lui aussi, Calixte, ne cracherait pas sur un cours particulier avec Pandora. Et Calixte, aussi, devait sans plus tarder contrôler ses pensées. Stupides. Dangereuses. Provocantes. Il retint un sourire coquin, se para d’un sourire songeur bien plus adéquat. Tu sais s'ils ont aussi des cours en individuel ? Je pense qu'il prendrait un peu plus confiance en lui en n'ayant qu'un professeur devant l... ah on dirait bien que le cours est passé plus vite que prévu. Ah ? Suivant Pandora, il regarda successivement sa montre et Janet qui s’agitait à l’extérieur de la pièce. D’un geste de la main, il l’invita à entrer et à ouvrir les portes aux parents, avant de se tourner vers la violoncelliste pour répondre à ses questions et…

Et surtout, avant de se rendre compte qu’elle n’avait pas attendu les réponses. Déjà, elle rassemblait les enfants, organisait le rangement des instruments… Calixte se sentit stupide, bien évidemment, chassa bien vite cette sensation des plus déplaisantes, se concentra sur l’instant présent et sur l’alto que Benjamin lui tendait. Marchant dans la pièce jusqu’à l’étui de l’instrument, pour que Benjamin puisse en prendre soin avant de le ranger – ce qui était aux yeux de Calixte presque aussi important que de savoir jouer un quelconque morceau – ils discutèrent des progrès du petit – trop lents progrès et du désir qu’il avait d’en jouer plus. Plus souvent, plus intensément… Calixte ne pouvait pas se permettre d’être un professeur particulier du petit, son travail d’abord l’en empêcher, et l’ombre de Papa le lui interdisait, mais il promit à Benjamin de voir ce qui lui serait possible pour cela. Le sourire lumineux du petit lui répondit, un regard vers sa mère qui l’attendait timidement à l’entrée de la salle, et il tira la manche de Calixte pour attirer son attention. Dis Cal... elle reviendra ? Parce que c'était trop cool, aujourd'hui ! Je… Il avait eu envie de répondre sous l’impulsion, d’offrir à Ben une réponse toute faite, conventionnée et stérile, mais en tournant la tête vers Pandora qui parlait à présent avec Maxime, il s’interrompit dans son élan. Prit le temps de réfléchir. Je ne pense pas, ou alors exceptionnellement. C’est Joshua et moi qui vous encadrons, tu sais. Et il ne fallait pas non plus que ça se reproduise. Tu m’apprendras plus en détails le morceau que vous avez joué ? Je saurais jouer comme ça un jour ? A cette question, la réponse lui vint plus rapidement, Calixte ébouriffa le petit. Bien sûr, j’en suis certain. Si tu travailles sérieusement une fois qu’on t’aura trouvé des cours plus réguliers. Allez, va rejoindre ta mère. Sans se le faire dire deux fois, Benjamin courut en sautillant – une démarche des plus énergiques – vers sa mère, qui fit un signe de la main discret à Calixte. Excessivement timide, comme dame, mais aussi excessivement reconnaissante, il le savait.

Bien vite, toutefois, elle disparut, tout comme l’ensemble des parents, et Janet. Et Calixte eut brutalement l’impression que la température de la pièce venait de chuter de plusieurs degrés, notamment engloutis dans le silence qui prit la place du brouhaha enfantin d’un peu plus tout. Lèvres pincées, gestes précis et raides, il acheva de fermer la fermeture éclair de l’étui, se demandant s’il pouvait s’esquiver de là avant que Pandora n’ait l’idée saugrenue de… Y a une question que j'me pose. C'est parce que tu n'en avais pas envie ou parce que cette nuit était une erreur, que tu n'as pas rappelé ? Enfin je... je ne t'en veux pas, les choses étaient claires de mon côté c'est juste que... ça me chiffonne. … de rompre le silence. Calixte se tourna vers elle, délaissa ses affaires pour s’approcher de la violoncelliste. Mains dans les poches. S’il avait bien des défauts, il ne pouvait pas la laisser sans réponse, pas à une question posée aussi directement. Pourquoi ne l’avait-il pas rappelée ? Parce qu’il n’avait pas envie ou parce que c’était une erreur, n’y avait-il donc aucune autre possibilité acceptable à ses yeux ? A ceux de Calixte, il y en avait des centaines, toutes plus capillotractées les unes que les autres tout en étant valables. Pas que deux. Dans un soupir, il tira une chaise, envisagea de s’y asseoir, revint sur sa décision et commença plutôt à errer dans la grande salle désormais dépeuplée. Presque dépeuplée. Ce n’était pas une erreur. Ce qui était un mensonge, bien sûr, indécelable par son ton assuré et son regard franc. Il y avait déjà eu d’autres filles, aucune d’elles n’avaient été une erreur, ou du moins pas plus que cela, après tout. Alors pourquoi aurait-il, partant de cela, considéré cette nuit avec Pandora comme une erreur ? La capacité qu’avait Calixte à se trouver des excuses lui valait assurément un Oscar. Et je ne t’ai pas rappelée parce que je n’en ai pas envie, crois-moi. Il avait bien regretté, ça oui, sa décision impulsive de dégager le numéro de téléphone. Tout en s’en félicitant. Un nouveau soupir, il s’arrêta dans ses cent pas pour se tourner totalement vers elle. Le courant était bien passé, mais je voulais pas non plus que tu te risques à faire des suppositions, ou quelque chose dans le genre. Pas de mauvaises idées, tu vois… Si elle voyait ? Peut-être que oui, peut-être que non, Calixte ne savait même pas pourquoi il prenait la peine de lui dire ça. Disons que j’ai appris à devenir méfiant vis-à-vis de ça. Je ne suis pas du genre à… envisager… Pouvait-il vraiment lui dire qu’il cherchait plus des amitiés améliorées et des plan-cul qu’une relation amoureuse bordée de guimauve ? Après tout… il était Calixte Seymour, le cadet des Seymour. Pas l’aîné. Dans un haussement d’épaule, Calixte eut un petit sourire. Bref, je suis plutôt du genre plan cul et sex friends qu’autre chose, tu vois. Donc quand le courant passe bien avec une fille, et qu’en plus elle me file son 06, on va dire que voilà. Je préfère prendre mes distances plutôt que d'aller au devant d'une déception pour elle. Et moi. Après le mensonge, la franchise trop brutale : Calixte se demanda si l’un comme l’autre avaient été une bonne idée.

Et finit au terme d’une longue délibération d’une fraction de seconde par se faire la remarque qu’il s’en fichait, au final. Qu'il devait cesser de se poser ce genre de questions vaines et futiles. Après, si tu insistes pour aller boire un verre, je ne suis pas contre. Il faut juste qu’on soit clair sur ce que ça implique. Histoire que... Quels avaient été ses mots, déjà ? Histoire que les choses restent claires des deux côtés. N'est-ce pas ?

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Jeu 12 Avr - 14:06


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Lorsque Calixte commence à affirmer avec un certain soulagement que nous sommes sur la même longueur d'ondes et que c'est… agréable, je me tourne vers lui avec l'essentielle mine étonnée qui sied à ce genre de situation. C'est un test, c'est ça ? Si j'avais répondu que je préférais materner les enfants en les écoutant massacrer Mozart, j'aurais eu des points en moins ? Alors oui, c'est sûr, pour que nous puissions travailler ensemble, il vaut mieux que nous soyons d'accord mais je trouve sa réaction… étrange. Il y a vraiment des moments où j'ai mal à cerner ce type.

Heu… Oui… c'est heu… cool…

J'ai marmonné quelques mots pour ne pas le laisser sans réponse mais je me rends compte que j'aurais peut-être dû ne rien dire. Au fur et à mesure que l'heure avance et que la discussion s'effiloche en un millier de sujets différents, vois tantôt Calixte se plonger dans un mutisme tendu, tantôt son visage se teinter de colère lorsque je tente de faire un peu d'humour. Oook… c'est naturel d'être susceptible à ce point ou bien il a ses règles ? Voire les deux parce qu'il me faut toute l'énergie du monde pour ne pas en rajouter une coucher et risque de le vexer plus encore. De toute manière, lorsqu'il est question du petit Maxime, la discussion redevient sérieuse. J'ai beau avoir la fâcheuse et détestable habitude de rire de tout pour éviter de dramatiser, je sais quand même être sérieuse.

J'irais bien voir les parents pour savoir quel programme il suit pour le moment…, je lâche, songeuse.

Il a vraiment l'air d'avoir envie de jouer, d'essayer, mais sa timidité le bloque et me peine. Lorsque vient le moment de ranger, je n'ai malheureusement pas l'occasion de voir les parents du petit, qu'une nourrice est venue récupérer à la fin du cours. Cette première expérience me laisse un goût étrange en bouche. D'un côté, c'était passionnant, enrichissant, rafraîchissant, et j'ai pris un réel plaisir à jouer avec Calixte mais d'un autre, il y a ce malaise ambiant qui ne veut pas nous lâcher. J'ai le sentiment qu'on pourrait former un magnifique duo de musiciens et pédagogues mais qu'un fossé nous sépare. Un fossé qu'on pourrait traverser en faisant un petit effort mais que ni lui ni moi d'envisageons de franchir. Alors quoi ? C'est quoi le souci ? Parce qu'il semble vouloir plier bagages sans un mot et le plus rapidement possible, je me sens obligée d'intervenir. Avons-nous fait une erreur ? A-t-il estimé qu'en une soirée et une nuit il avait fait le tour de notre… relation ? Je n'arrive pas à savoir ce qui me vexerait le plus mais ce qui est certain, c'est que je meure d'envie de poursuivre nos discussions restées en suspens. Malheureusement, j'ai l'impression que ça n'est pas réciproque, alors je laisse le silence s'installer, continue de ranger mes affaires et me tourne vers lui. Lorsqu'il se décide enfin à parler, je n'arrive pas à être rassurée, et encore moins quand il poursuit. Les bras croisés, je hausse un sourcil, perplexe.

Hum… je veux bien te croire mais ta phrase peut être interprétée de deux manières et l'une des deux est franchement plus vexante que l'autre…

S'est-il seulement rendu compte que sa réflexion pouvait passer pour un "non ce n'est pas parce que j'ai pas envie de te revoir que je ne t'ai pas rappelée" et un "oui tu me soûles, casse-toi". Bon ok, j'exagère. Un peu. Aussitôt après, je me tais, le laisse s'empêtrer dans ses excuses et analyse chaque terme, chaque mot employé en écarquillant les yeux au fur et à mesure. Doux Jésus, bonté divine et que sais-je encore… en fait, il s'est totalement monté la tête tout seul ! Le mec est parti dans un délire et est rendu si loin qu'à mon avis, il ne va pas tarder à nous annoncer qu'il a découvert une nouvelle planète. Il n'est pas du genre à envisager ? Mais à envisager quoi ? Qu'on se marie, qu'on est six enfants et qu'on finisse nos vieux jours ensemble à supporter l'incontinence ou la perte d'audition de l'autre ? Je suis partagée entre l'envie de rire nerveusement et celle de partir en courant parce qu'il me fait peur, avec ses remarques. Peut-être n'ai-je pas été assez claire avec lui, lors de notre première rencontre ? Qu'il se rassure, je ne cherche pas à me poser ni à entretenir une relation longue et sérieuse avec qui que ce soit. Il est gentil, hin, et il est plutôt carrément mignon, mais… mais non. On n'est pas du même monde, on finirait pas se mettre sur la tronche et de toute manière, ce n'est pas pour moi. Je crois qu'au fond, je ne suis toujours pas guérie de Max… son ombre me hante et quelque part, ça commence à être inquiétant. Aussi, quand Calixte achève son petit discours entrecoupé de silences gênés et gênants, je reste un moment silencieuse… et finis par éclater de rire. C'est plus fort que moi, je ris nerveusement.

Wow… désolée… ahaha… c'est nerveux… fiou !

Je me passe une main sur le visage, chasse les larmes qui perlent à mes yeux et lui lance un regard à la fois amusé et désolé.

Désolée, hin… j'me moque pas, c'est juste que j'ai l'impression qu'on s'est tous les deux pris la tête pour des conneries et qu'au final, on s'est comportés comme deux andouilles avec deux pieds gauches par peur de laisser croire quoi que ce soit à l'autre.

D'un geste, je ferme la boîte de mon violoncelle, en verrouille la sécurité et m'approche un peu de Calixte.

Je ne t'ai pas laissé mon numéro pour que tu m'invites dans un restau chic et me fasse ta demande, hin… j'ai jamais eu l'intention de te dire qu'avec une série de chiffres j'te passais la bague au doigt et t'emprisonnais. Au contraire, tu n'as pas idée d'à quel point je fuis le sérieux d'une vraie relation. En fait je… le courant est bien passé, on a des choses à se dire mais j'ai pas envie que tu crois qu'avec une nuit passée dans les mêmes draps j'me fais des idées.

Je me passe une main dans les cheveux, me mordille la lèvre et cherche à mon tour les mots les moins vexants et les plus précis.

Je ne fais aucune supposition, je ne m'attends à rien de ta part et je n'envisage rien du tout non plus. Alors y a pas de déception. La seule qu'il pourrait y avoir c'est purement orgueilleux. Quand tu ne m'as pas rappelée, j'ai eu l'impression d'avoir été la seule à apprécier ce moment passé ensemble. En fait je… j'ai pas envie qu'à cause d'une partie de jambes en l'air ça menace notre bonne entente, tu comprends ? Tu disais tout à l'heure que c'était agréable qu'on soit sur la même longueur d'ondes… bah dans notre façon de concevoir ces choses-là, c'est aussi le cas. Alors on se monte pas la tête, d'accord ?

J'esquisse un sourire qui se veut rassurant, hésite un instant à poser une main sur son bras pour sceller cette discussion par un geste mais me ravise au dernier moment. Je fais demi-tour, attrape mon violoncelle, mon sac, et me dirige vers la sortie de la salle. Pourquoi est-ce que j'ai le sentiment qu'en enfermant notre relation dans cette dynamique, nous allons tout faire pour en sortir ?

Et j'accepte volontiers ta proposition, j'ai soif ! Maintenant que tout est plutôt clair entre nous, on peut passer à autre chose. Tu choisis l'endroit, je choisis ?

Et merde… les explications ont été plus malaisantes que je l'aurais cru. En fin de compte, c'est en mettant les choses au clair que je comprends pourquoi la plupart des gens passent ça sous silence : c'est bien plus facile à assumer.

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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mer 18 Avr - 0:03

 
   

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Calixte aurait bien aimé, à cet instant, aborder la chose avec un détachement fiable, solide et surtout réel. Calixte aurait bien aimé, également, ressembler peut-être un peu plus à Edward, peut-être un peu moins à lui-même, parce qu’il avait la sensation que le caractère froid, renfermé et surtout - surtout ! - totalement dénué d’émotions visibles de son grand frère aurait mieux convenu. Non mais… il fallait l’entendre ! Il avait presque l’impression, en articulant un maladroit , de donner des bons points à une Pandora qui n’en avait que faire. Il avait presque trente ans, que diable, et à presque trente ans, il n’avait plus l’âge de ne pas assumer son comportement, ses choix et ses décisions, il n’avait plus l’âge de craindre le regard des autres et de douter de son propre discernement. Ne pas rappeler Pandora avait été une excellente réaction, des plus matures et lucides, se retrouver si peu de temps après dans la même pièce avec elle relevait de la simple coïncidence et un Seymour n’avait pas, bonté divine, à se laisser malmener comme un enfant ou un vulgaire pékin, à s'aplatir et à s’excuser. Ce n’était même pas une question d’assumer. C’était une question d’aplomb, de charisme et de crédibilité. Et de crédibilité, Calixte se sentait manquer. Sans compter qu’il se sentit plus ridicule encore face à la réponse hésitante d’une Pandora incertaine. Étonnée ? Heu… Oui… c'est heu… cool… Calixte se pinça les lèvres, se fendit d’un rictus gêné à défaut de trouver de quoi renchérir, préféra se reconcentrer sur la raison première de leur présence ici, à savoir ces enfants qui découvraient la musique et qui touchaient avec maladresse des instruments nouveaux pour certains, familiers pour d’autres.

Calixte se pinça les lèvres, préféra ne pas répondre à la pique qu’elle s’octroya - à tort - le droit de faire quant à l'appellation d’altiste qu’il avait si fermement refusée la dernière fois. Calixte se pinça les lèvres, préféra rester muet, les yeux rivés sur les enfants dont il avait la charge, que de répondre à cette provocation. Susceptible ? Oui, peut-être un peu. Mais surtout incertain, incertain réellement quant à l’attitude qu’il pouvait adopter, et celle qu’il souhaitait adopter. Incertain, réellement, quant à ce qu’il voulait, espérait et osait faire, dire, croire ou penser. Dans une torture qui s’éternisa, l’initiation musicale se poursuivit, s’acheva et ce fut non sans soulagement - et un peu de déception aussi - que Calixte aperçut Janet. Voltigea entre les parents venus chercher leurs rejetons, prit le temps d’une petite discussion avec Benjamin. Qu’avait dit Pandora à propos de Maxime ? quel programme il suit actuellement ? Calixte n’avait pas eu, ni pris, le temps de répondre à cette question mais la réponse lui avait semblé évidente : aucun. Ce rendez-vous mensuel était le seul contact qu’avaient ces enfants avec l’instrument, la musique et le monde des notes, des rythmes et des émotions. Et même si Calixte ne pouvait que soutenir la mise en place de rencontre plus fréquentes, dans les faits… les choses étaient bien plus compliquées. Des cours plus réguliers, c’était ce dont Benjamin avait besoin. Des cours plus personnels, c’était ce dont Maxime avait besoin. Mais était-ce de la faute de Calixte, si ce n’était pas encore mis en place ? Il était trop nerveux, Calixte, pour maintenir au loin ce que son orgueil et sa susceptibilité naturelles concevaient comme étant des reproches et des agressions. Il était trop anxieux, également, d’être seul avec Pandora, pour maintenir à distance des pensées volubiles et excessivement marquées. De celles qui le menaient directement sur le chemin de la méchanceté gratuite. Avec des gestes brusques, Calixte enferma son alto dans son écrin. Avec des gestes raides et un silence affecté, il entreprit de ranger ses affaires et il aurait pu s’esquiver de cette manière sans dommages supplémentaires sans la question de Pandora. Hésitante. Incisive. Une question qu’il ne put ignorer. Il avait un certain nombre de défauts, Calixte, mais il n’avait malheureusement pas celui-là.

Hum… je veux bien te croire mais ta phrase peut être interprétée de deux manières et l'une des deux est franchement plus vexante que l'autre… Son regard se fit sévère, le cadet Seymour considéra Pandora un instant. Avant que son visage ne perde de son impassibilité raide. Avant qu’il ne rende les armes. Pourquoi ne l’avait-il pas rappelée ? Parce qu’il avait eu envie de la revoir. Parce qu’il avait eu peur de l’encourager dans une voie qu’il ne pouvait emprunter décemment. Bien sûr, il était hors de question d’évoquer cette interdiction implicite que Papa avait posé sur sa vie sentimentale dès les fiançailles d’Edward, bien sûr il était hors de question d’évoquer Abigaël. Mais ce n’étaient pas les seules raisons, et Calixte ne se sentait pas capable, sous le regard de Pandora, de garder complètement pour lui ses raisons. Surtout si elle se sentait vexée - quelle susceptible ! - par ses premières remarques. D’autant plus que… Calixte soupira, inspira, tenta de s’expliquer. Avec une maladresse qu’on ne lui connaissait que fort peu, monsieur beau parleur. Sans compter que les yeux écarquillés de Pandora, qui s’agrandissaient un peu plus à chaque tentative de Calixte, ne l’aidaient clairement pas à ne pas se sentir ridicule. Il aurait aimé qu’elle soit aussi gênée que lui, ou du moins qu’elle comprenne, qu’elle le coupe avant qu’il ne doive aller trop dans de détails. Quelque part, Calixte n’avait qu’une envie : qu’elle l’interrompe, qu’elle lui dise non mais c’est bon, j’ai compris, aucun engagement, on couche ensemble parfois, on va au ciné et bouffer des glaces à d’autres occasions et basta, histoire que lui, n’ait pas à le dire. Mais non : Pandora resta silencieuse. Et quand Calixte céda et parvint à dire clairement les choses, elle…

Explosa de rire ? Aussitôt, les traits du Seymour se figèrent dans une moue surprise. Puis se fermèrent. Vexés, bien sûr. Plus que vexés. Calixte était un homme susceptible, Calixte était un enfant capricieux, Calixte plus que tout n’aimait rien de moins que d’être tourné en ridicule lorsque ce n’était pas voulu. Calixte, enfin, avait grandi au contact d’un Cyrus plus susceptible encore, plus capricieux encore, et plus orgueilleux encore : il avait appris auprès d’un maître à se renfrogner à la moindre déconvenue. Et pour se renfrogner, il se renfrogna. S’il avait eu vingt ans de moins, on aurait pu appliquer qu’un seul adjectif aux traits de son visage à cet instant : boudeurs. Seulement, il avait presque trente ans, et à trente ans, un autre adjectif était à choisir : ridicule. Calixte était ridicule. Et Pandora eut beau dire Wow… désolée… ahaha… c'est nerveux… fiou ! et renchérir avec un regard amusé, désolé et un Désolée, hin… j'me moque pas, c'est juste que j'ai l'impression qu'on s'est tous les deux pris la tête pour des conneries et qu'au final, on s'est comportés comme deux andouilles avec deux pieds gauches par peur de laisser croire quoi que ce soit à l'autre. , Calixte ne se dérida pas une seule seconde. Prit seulement sur lui pour ne pas céder à la tentation de ramasser ce qu’il restait de son orgueil et de sa dignité pour s’en envelopper avant de sortir de la pièce. Au lieu de quoi, il haussa un sourcil, se détourna et alla chercher son alto : voulut faire cela mais ne put que rester immobile, attentif, quand Pandora s’approcha de lui.

Je ne t'ai pas laissé mon numéro pour que tu m'invites dans un restau chic et me fasse ta demande, hin… j'ai jamais eu l'intention de te dire qu'avec une série de chiffres j'te passais la bague au doigt et t'emprisonnais. Au contraire, tu n'as pas idée d'à quel point je fuis le sérieux d'une vraie relation. En fait je… le courant est bien passé, on a des choses à se dire mais j'ai pas envie que tu crois qu'avec une nuit passée dans les mêmes draps j'me fais des idées. Calixte plissa les yeux. Lèvres toujours pincées de vexation. Dieu qu’il était susceptible, et Dieu qu’il était ridicule. Et qu’elle était adorable, à chercher ses mots. Et diable qu’il avait fait fausse route, qu’il s’était couvert de ridicule, encore une fois, face à une fille qu’il ne connaissait pour ainsi dire pas, puisqu’il n’avait même pas pu voir au-delà du prévisible, de l’attendu et du raccourci évident qu’il s’était imposé. Des deux, peut-être était-ce lui qui s’était fait le plus d’idées, en voyant cette suite de numéro laissée à son intention. Peut-être était-il, finalement, le plus fautif, presque le dindon de la farce, presque le ravi de la crèche qui avait espéré, honteusement, une connerie, pour mieux la repousser au loin. Pandora se passa une main dans les cheveux, Calixte soupira en réponse. Immensément mal à l’aise. Et con. Elle enfonça le clou de sa stupidité, de ses raccourcis faciles et de ses présupposés erronés. Je ne fais aucune supposition, je ne m'attends à rien de ta part et je n'envisage rien du tout non plus. Alors y a pas de déception. La seule qu'il pourrait y avoir c'est purement orgueilleux. Quand tu ne m'as pas rappelée, j'ai eu l'impression d'avoir été la seule à apprécier ce moment passé ensemble. En fait je… j'ai pas envie qu'à cause d'une partie de jambes en l'air ça menace notre bonne entente, tu comprends ? Tu disais tout à l'heure que c'était agréable qu'on soit sur la même longueur d'ondes… bah dans notre façon de concevoir ces choses-là, c'est aussi le cas. Alors on se monte pas la tête, d'accord ? Il haussa les épaules, oscilla, opina du chef, un peu. Ouip N’était-ce pas ce qu’il voulait ? Ca me semble un bon plan., bon plan, bon plan… c’était elle le bon plan, ou c’était juste l’idée de mettre les choses au clair comme ils venaient de le faire, et de poursuivre malgré tout pour aller boire le foutu verre qu’il s’était entendu lui proposer ? Excellente question, à laquelle il crut avoir une réponse quand elle se décida la première à rompre le silence - gênant - et leurs retrouvailles - gênantes aussi - en se dirigeant vers la sortie. Il hésita même à lui demander si elle ne voulait pas le sien, tiens, de numéro, avant de se casser, mais encore une fois - pour la combientième fois déjà ? - elle le devança, le forçant à admettre qu’il était trop silencieux, trop calme, trop perturbé pour son propre bien. Et j'accepte volontiers ta proposition, j'ai soif ! Maintenant que tout est plutôt clair entre nous, on peut passer à autre chose. Tu choisis l'endroit, je choisis ? Calixte se mordilla la lèvre.

Il aurait dû être satisfait de la tournure des choses. Outre son orgueil douloureusement froissé - le pauvre petit, tout avait pris une magnifique direction. Non seulement il gagnait au change une amie - amie ? une connaissance plutôt, pour le moment - avec qui les choses étaient pour une fois aussi claires qu’avec Cyrus, mais en plus, il n’avait pas de question à se poser quant à la suite de sa journée. Et il allait avoir l’opportunité de parler de compositeurs, et concerts, d’orchestres et d’instruments à corde avec une interlocutrice de son acabit, ce qui n’était pas si courant que ça. Calixte aurait dû être satisfait, oui. Mais non : il boudait encore, quelque chose le chiffonnait encore. Un nouveau soupir, ça l’agaçait. Et il se donna une claque - mentalement, bien évidemment, il tenait encore à sa santé mentale - pour se secouer. Et réagir enfin : Choisis, surprends-moi. concéda-t-il enfin avec un temps de retard, et une mauvaise humeur attardée dans la voix, lentement repoussée par son tempérament naturel (tempérament qui le poussait davantage à aller en soirée et à aller s’amuser qu’à rester bougonner dans son coin, contrairement à d’autres, n’est-ce pas Cyrus ?). Une nouvelle inspiration, un nouveau soupir. Calixte en vint à la conclusion qu’il était stupide et que oui, vraiment, il n’avait aucune raison de ne pas être satisfait de la tournure des choses. Chose qu’il ne parvint à verbaliser qu’à grand renfort d’hésitation. Je me suis vraiment monté la tête pour rien, non ? Si. Désolé, vraiment. Vraiment ? J’aurais dû te rappeler. Oui, il aurait dû. Ou alors, tant qu’à ne pas l’avoir rappelée, il n’aurait pas dû lui proposer un verre. Un peu de cohérence, que diable. M’enfin. Sinon, outre ma stupidité et ce quiproquo… Et sa susceptibilité, et cette mine renfrognée qui laissait encore des traces sur son sourire chafouin, Qu’est-ce que tu as pensé de l’expérience ? Je veux dire… Il la rejoignit enfin, se tournant vers la salle vide, rangée, dont il avait les clés dans les mains, et la main sur l’interrupteur pour mieux éteindre les néons. ... c’était nouveau, non ? Oui, je suis bête, je t’ai déjà posé la question. Bref. Tu sais t’y prendre avec les gosses. Avait-il d’autres banalités à dire ou avait-il fini de donner en spectacle son incapacité à faire la conversation, à cet instant ? Bon sang, il avait presque l’impression de ressembler à Edward, ce qui était extrêmement dérangeant.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Mer 25 Avr - 22:16


Don't fight it, it's coming for you, running at ya
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Je l'ai vexé ? Merde, il a l'air vexé... c'est quoi un air vexé ? Nan parce qu'il me regarde noir comme s'il était vexé, arbore une magnifique moue vexée et surtout, il ne prononce pas un mot. Fais chier, je l'ai vexé. Quelle idée d'être aussi susceptible ? Mais en même temps, il est mignon avec sa moue mécontente, ça lui fait des joues rondes qu'on a envie de tirer et... non non non Panda. Calixte n'est pas un chiot, Calixte ne t'a pas rappelé de la semaine et tu n'iras pas lui faire des bisous sur le nez sous prétexte qu'il a une bonne bouille. Et si j'arrêtais de penser, tiens ? Ça serait un bon plan, pour commencer. Je débit mon discours sans trop réfléchir, suis incohérente, peine à finir mes phrases et malgré tout, je me rends compte que je suis incroyablement soulagée de savoir que ce n'est « que » parce qu'il craignait que je me fasse des idées qu'il ne m'a pas rappelée. Il peut se rassurer, c'est bien la dernière chose à laquelle j'aurais pensé ! L'engagement, c'est... compliqué, c'est se faire des plans sur la comète, envisager des choses, se projeter... du haut de mes 28 ans, j'ai la maturité d'une lycéenne pour ça. S'engager, c'est accepter de s'ouvrir, de se mettre à nu face à l'autre autrement qu'en retirant une poignée de fringues pour s'envoyer en l'air, c'est être froidement honnête, c'est accepter les défauts de l'autre sans chercher à les gommer... s'engager, c'est prendre des décisions que je ne suis pas encore en mesure de prendre. Comme si dix-huit années de trahison me pesaient sur les épaules tout en ayant le fantôme de Max au-dessus de la tête. S'il n'y avait pas eu Max, d'ailleurs, j'aurais pu me réconcilier avec mes propres démons et tenter de m'engager avec quelqu'un, mais il a provoqué une véritable rupture en moi. Alors que Calixte se rassure, il n'y aura rien de plus entre nous que des éclats de rire, des brides de discussion et des caresses libertines. Le reste, ce n'est visiblement pas fait pour nous. Alors maintenant que tout est clair, si on allait boire un verre ? Il reste un long moment silencieux, me faisant douter de sa proposition, d'un coup, et quand finalement il se décide à ouvrir la bouche, j'esquisse un sourire.

Hum... vendu ! Je vais t'emmener dans un de mes coins préférés !

Un coin qui va sévèrement dénoter par rapport au très chic salon de thé où il m'a emmenée la dernière fois. Lorsqu'il finit par me demander s'il ne s'est pas un peu pris la tête avec un air presque penaud, je me mords la lèvre en rosissant.

Nan mais... je... 'fin c'est pas grave, hin, y a pas mort d'homme. Puis je me suis pris la tête aussi, à me vexer que tu ne me rappelles pas, alors... c'est pas grave, au final, la preuve ! On s'est expliqué et tout va bien, hein ?

Hein que tout va bien, Calixte, hein ? Aller, rassure-moi au lieu de me faire ces yeux de merlan fris... J'ouvre la bouche, prête à répliquer du tac au tac qu'il n'est pas stupide quand je me rends compte que je suis prête à le défendre alors que je ne le connais pas si bien que ça. Pour ne pas dire pas du tout. Outre le fait qu'il soit talentueux, qu'il ait bon goût et une culture musicale incroyable riche, je ne sais rien de lui. Je sais que c'est un aristo et c'est tout. À vrai dire, je ne suis même pas allé me renseigner à son sujet parce que je trouve ça profondément glauque. Qu'il soit le cinquième fils d'un Baronnet du fin fond de l'Angleterre ou l'aîné d'un riche Duc, qu'est-ce que ça peut me faire ? Si un jour il veut me parler de ça, il le fera. Il faudra simplement que je me retienne de ne pas être cynique, tant le sujet de l'aristocratie britannique me fait grincer des dents. Pourtant, maman m'a toujours raconté que j'avais une grand-mère issue de ce milieu mais bon... troisième ou quatrième enfant, vieille famille sans le sou, la grand-mère un peu trop têtue s'était barrée avec son fiancé roturier et adieu la famille ! Alors bon...

Nous sortons du conservatoire, plongés dans une conversation un peu gênant et qui peine à redémarrer. Ce que j'ai pensé de l'expérience ?

C'était vraiment chouette. Tu sais... j'ai donné beaucoup de cours à Londres et en général, les parents qui peuvent payer à leur enfant des cours particulier à domicile avec un musicien professionnel appartiennent à une certaine catégorie de la population. Je ne critique pas ça, hein, mais ce sont souvent des enfants pour qui ça va de soi, pour qui c'est normal d'avoir accès au savoir musical. Les petits que nous avons eu pendant une heure ont sûrement bien plus conscience de la chance qu'ils ont, ça les rend plus... je ne sais pas, en fait.

En réalité, je ne peux pas vraiment me projeter à leur place. J'ai mis longtemps à comprendre que j'avais une chance inouïe d'avoir des parents capables d'assumer financièrement ma formation. Alors voir un petit conservatoire de province proposer un programme d'éveil gratuit, c'est tout simplement ahurissant.

Et puis c'était vraiment bien de pouvoir rejouer ensemble. Enfin... un peu plus que les trois notes de la dernière fois.

Je lui fais un clin d'œil, lui désigne une petite rue qui s'engouffre vers le centre historique et hausse les épaules sans répondre à la dernière partie de sa remarque. Si je sais m'y prendre avec les gosses ? Faut croire... J'aime beaucoup les enfants mais je ne peux pas m'empêcher de jalouser ceux qui se précipitent dans les bras de leurs parents à la sortie de l'école. Ma mère a fait ce qu'elle a pu avec 3 enfants mais après la disparition de mon père, c'était Marcus ou Charlie qui venait me chercher à l'école, c'était différent. Si je sais m'y prendre avec les enfants, c'est parce que je décalque ce comportement que j'aurais voulu qu'on ait avec moi, c'est... un peu con, quelque part. Mais bon ça, inutile que j'en parle à Calixte, on est pas franchement assez proches – je ne vais pas dire intime parce que ça serait mentir vu la dernière soirée qu'on a passée – pour ça.

Je tourne alors à gauche dans une petite ruelle aux pierres sombres et tâchées de suie, le genre d'endroit où on a pas franchement envie de mettre les pieds, qu'importe l'heure. Pourtant, la ruelle débouche sur une petite place isolée et particulièrement chaleureuse, avec un petit restaurant avec une terrasse où pousse une dizaine de tables aux couleurs acidulée, une boutique de vêtements particulièrement kitch et enfin, l'endroit où j'entends bien traîner Calixte : Paddy and the Leprechauns, où le pub irlandais par excellence. Devanture verte, énormes tonneaux en guise de tables sur la terrasse, des groupes qui discutent gaiement dehors en buvant une pinte de Guinness ou de Killian's et surtout, de la bonne musique.

Tadaaam ! Voilà mon QG ! C'est moins classe que le salon de thé de l'autre jour mais le barman est un copain, la bière y est bonne, l'ambiance y est chouette et ça coûte trois fois rien.

En réalité, je n'ose même pas me tourner vers Calixte pour voir quelle tête il fait. Est-ce qu'il connaît et va se sentir comme un poisson dans l'eau ? Est-ce qu'on reste dans les métaphores aquatiques en se disant qu'il va se fermer comme une huître à l'idée de mettre les pieds là-dedans ? Instinctivement, je lui prends la main et l'entraîne vers l'intérieur où je salue le barman avec de grands gestes avant de nous trouver une table. Au fond du bar, sur une petite scène chaleureuse, trois musiciens sont en train d'interpréter une balade en gaélique avec voix, violon et bouzouki. Aaah... ça me rappelle Galway, tiens !

J'espère que ça te va ? On est en fin d'aprèm, c'est plutôt calme, pour le moment.

À peine ai-je tu le temps de finir ma phrase que le barman vient nous voir, deux pintes à la main et un torchon sur l'épaule. Sans nous demander notre avis, il pose les boissons devant nous et dévisage Calixte un long moment avant de se tourner vers moi.

Dis donc, ça fait des siècles qu'on ne t'a pas vue ici, toi ! C'est qui, cui'là ?

Rooh, sois gentil, un peu... C'est Calixte, un ami ! Calixte, je te présente Artur !

Ah si c'est un ami, alors..., dit-il avec un grand sourire en tendant la main à Calixte pour lui serrer la sienne.

Lorsqu'il repart vers le bar, je me penche vers Calixte.

C'était un vieil ami de mon paternel. Ça fait bien trente ans qu'il tient ce bar, ça a succès fou ! Tu connaissais ?

Alors la discussion se poursuit, je bois une gorgée de bière sans savoir d'où elle vient et ne vois plus les minutes ni même l'heure passer. Comme la dernière fois, quelque part, il faut croire qu'on a vraiment beaucoup de choses à se dire. Les verres commencent à se vider lorsque je tends l'oreille à l'écoute de quelques notes qui me sont familières. Aussitôt, je me lève et prends Calixte par la main.

J'adore cette chanson ! Aller, viens danser !

J'entraîne Calixte vers le petit espace qui sers de piste de danse et fait signe à Artur de garder un œil sur nos instruments.

Tu as déjà dansé sur un reel ? C'est à 4 temps, on doit se mettre l'un en face de l'autre et en gros, c'est un peu comme si tu avais des claquettes aux pieds.

Incapable d'expliquer les choses simplement, je joins le geste à la parole en alignant mes pas sur la musique et en faisant claquer les talons de mes bottines sur le parquet à défaut d'avoir de vraies claquettes. C'est un peu maladroit au début car je n'ai pas dansé depuis des années mais c'est un peu comme le vélo : ça ne s'oublie pas. Au bout d'une trentaine de secondes, deux autres couples se joignent à nous et nous voilà bientôt 6 à tenter de ne pas nous rentrer dedans tant l'espace est étroit. Je dois avoir l'air d'une andouille finie, avec mon sourire jusqu'aux oreilles mais ça m'a effroyablement manqué. Faisant fi de la construction de ce type de danse, j'attrape les mains de Calixte tandis que mes pieds continuent de s'agiter en rythme sur le parquet. J'ai les yeux pétillants quand je le regard et j'ai le sentiment que lui aussi commence à s'amuser.

C'est quand même drôle, on dirait Rose et Jack à bord du Titanic. Sauf que c'est lui, le riche héritier et c'est moi qui mène la danse. Et je n'ai pas l'intention de faire ma dramaqueen en me jetant du haut du pont. Et notre bateau n'est pas prêt de faire naufrage non plus.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mar 1 Mai - 11:58

 
   

Don't fight it, it's coming for you, running at ya

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Hum... vendu ! Je vais t'emmener dans un de mes coins préférés ! Calixte considéra l’enthousiasme de Pandora avec un sourcil des plus circonspects, hésitant entre se laisser totalement porter ou se méfier de ce qu’elle allait bien pouvoir lui proposer. Pas qu’il regrettât une seule seconde sa décision de lui laisser le choix – il avait l’esprit bien trop occupé par leur discussion pour cela – mais après tout, il avait bien trop en tête non seulement le décalage entre Pandora et le salon de thé où il l’avait emmenée la dernière fois, mais également celui, un peu plus confus désormais, qu’il pressentait entre elle et lui. Un décalage à peine entamé par la franchise de leurs attentes, la franchise de leurs sentiments -pouvait-il réellement parler de sentiments, quand il venait d’établir avec clarté leur absence complète ? – et de leurs rapports à venir. Oui, Calixte était encore perdu, vexé, hésitant, songeur et agacé par la tournure des choses, une tournure dont il était, a fortiori, le principal responsable. Si ce n’était l’unique responsable, pour être honnête. C’était bien simple : alors que tout concordait pour le voir satisfait de la conclusion – il gagnait à tous les niveaux – Calixte restait à fleur de peau, d’une susceptibilité malmenée par l’éclat de rire et de l’humiliation latente d’un ego peut-être un peu trop sensible. Il s’était pris la tête, il s’était ridiculisé, il était désolé… le Seymour ignorait combien de temps encore il allait devoir s’excuser et se justifier pour que le malaise passe complètement, surtout que Pandora, de son côté, semblait bien moins troublée, bien moins gênée, bien moins stupide. Nan mais... je... 'fin c'est pas grave, hin, y a pas mort d'homme. Puis je me suis pris la tête aussi, à me vexer que tu ne me rappelles pas, alors... c'est pas grave, au final, la preuve ! On s'est expliqué et tout va bien, hein ? Il se fendit d’un sourire, d’un sourire imposé, forcé, qu’il voulut malgré tout le plus naturel possible, dans une inspiration alors qu’il éteignait la lumière, verrouillait la pièce et les dirigeait vers le hall d’entrée. Oui, bien sûr, tout va bien. Le mensonge et sa capacité à en énoncer faisait partie intégrante de sa personnalité, à cet instant, il ne lui fit pas défaut une seule seconde, la sincérité suinta jusque dans son regard franc. Bien sûr que tout allait bien. Bien sûr. Un ou deux verres, quelques minutes de discussion sans intérêt, et tout allait aller parfaitement bien, Calixte en était convaincu – ou n’allait pas tarder à s’en convaincre avec la force de sa volonté.

Ils rejoignirent le hall d’entrée, Calixte se contraignit à relancer la conversation pour dissiper ce malaise persistant et tenace, reportant leur attention sur l’expérience nouvelle pour Pandora qu’était un cours de musique improvisé pour des enfants aussi candides que motivés. Tout en parlant, il rendit les clés à l’accueil du conservatoire, tout en écoutant la réponse de Pandora, qui lui tira un sourire, il confia également son alto – trop encombrant lorsqu’il s’agissait de sortir avec une connaissance, avec l’ordre express de le rapatrier sous bonne garde et le plus rapidement possible à la demeure Seymour de Newcastle. C'était vraiment chouette. Tu sais... j'ai donné beaucoup de cours à Londres et en général, les parents qui peuvent payer à leur enfant des cours particulier à domicile avec un musicien professionnel appartiennent à une certaine catégorie de la population. Je ne critique pas ça, hein, mais ce sont souvent des enfants pour qui ça va de soi, pour qui c'est normal d'avoir accès au savoir musical. Les petits que nous avons eu pendant une heure ont sûrement bien plus conscience de la chance qu'ils ont, ça les rend plus... je ne sais pas, en fait. Un nouveau sourire, il remercia d’un ensemble de syllabs soufflé la secrétaire qui emmena l’alto dans une pièce sécurisée et promis de lui ramener une assurance à signer, un numéro de téléphone à contacter, et se tourna vers Pandora tout en arquant un sourcil. Des parents suffisamment fortunés pour payer des précepteurs ? Une certaine catégorie de la population ? Un enfant pour qui avoir tout cela semblait aller de soi ? Nul doute que Calixte se reconnut instantanément, mais il ne parvint même pas à y voir une critique : c’était précisément pour cette raison qu’il adhérait tant et si bien à la démarche initiée avec Janet. Ca les rend plus reconnaissants, et donc bien plus polis, volontaires, attentifs et adorables ? Si tu veux déposer ton violoncelle, c’est le moment. compléta-t-il ses propos avec un sourire moqueur et complice, bien moins forcé que le précédent. Parler de musique, dévier le sujet de conversation loin d’un terrain miné, avait été une riche idée et Calixte se réjouissait de voir que Pandora était bien d’accord avec lui. Je fais partie des privilégiés, et je dois dire qu’en comparant mon propre comportement les premières années face à mon précepteur, et la volonté de faire et de bien faire de Benjamin, je contemple deux mondes complètement différents. Ajouter cela, c’était concéder deux choses : qu’il comprenait parfaitement ce qu’elle voulait dire, et qu’il avait conscience également que ses propos précédents, sans être une critique visée, étaient fondés sur une réalité tangible. Et c’était le moins qu’il pouvait faire, à cet instant. Signant le reçu, écriture déliée d’une main gauche soigneuse, il glissa le document dans la poche intérieure de sa veste, sortit du bâtiment, la conversation se poursuivit.

Et puis c'était vraiment bien de pouvoir rejouer ensemble. Enfin... un peu plus que les trois notes de la dernière fois. Et elle glissa à nouveau sur un terrain qu’il maîtrisait bien moins. Celui des émotions, il fallait croire. Le clin d’œil de Pandora l’encouragea à ne pas se renfermer à nouveau dans une susceptibilité malvenue, Calixte répondit avec un temps de retard, le temps nécessaire à réagir correctement. C’est vrai, le courant passe vraiment bien. Je ne sais pas si c’est lié au fait que ça faisait longtemps que je n’avais joué avec autre chose qu’un piano, mais… Mais voilà : il avait encore les doigts vibrants et tremblants d’une envolée de notes. Quand Edward peinait à réellement s’investir émotionnellement dans ce qu’il jouait au piano, Calixte, lui, avait toujours eu tendance à peut-être trop s’investir. Sûrement parce que dans les exigences de maintien, de distance, d’apparence de Papa et de Maman, il fallait bien trouver une échappatoire ? Sûrement. Mais… Calixte allait rajouter quelque chose, ses sourcils froncés par la rue qu’ils allaient emprunter pour rejoindre une place, une rue, ou qu’en savait-il encore ? Son pas ralentit, Pandora le distança légèrement. Calixte prit le temps de considérer la rue dans son ensemble – vraiment pas engageante – avant de rattraper son retard en deux ou trois petites foulées. Pas qu’il n’aimait pas les petites ruelles, pas qu’il n’aimait pas les petites ruelles aux pierres sombres, tâchées, qui menaçaient de ruiner son costume s’il avait le malheur de les effleurer, pas qu’il n’était pas fan des espaces lui donnant l’impression d’être confinés, mais Pandora avait bien de la chance que la journée soit à ce point exceptionnellement ensoleillée, parce qu’avec un peu plus de nuages, et un peu moins de luminosité, avec la lourde pluie qu’ils avaient eue ces derniers temps et tout particulièrement le week-end dernier… Calixte n’aurait tout simplement pas mis un pied là, c’était une certitude.

Et il prit une grande bouffée d’oxygène lorsqu’ils débouchèrent enfin sur une petite place isolée, gracieusement ornée de quelques lampadaires que Calixte nota immédiatement, et sur une terrasse, des tables, une boutique, deux boutiques, et un pub irlandais. Bon sang ne saurait mentir. Commenta le Seymour dans un demi-sourire : les cheveux roux et l’accent ne mentaient pas, Paddy and the Leprechauns voilà comment se nommait le lieu où elle l’avait mené. Musique, pinte, tout en faisait le pub irlandais par excellence. Tadaaam ! Voilà mon QG ! C'est moins classe que le salon de thé de l'autre jour mais le barman est un copain, la bière y est bonne, l'ambiance y est chouette et ça coûte trois fois rien. D’un geste de la main, il chassa le moins classe autant que le coûte trois fois rien tant ni l’un, ni l’autre, n’avait la moindre importance à ses yeux. Ce qui était important, dans l’ensemble, c’était que Calixte Seymour, adepte de bons plans, de bonne bière, de bons endroits où passer de bonnes soirées, ne connaissait pas ce QG. Et bien, j’ai hâte de découvrir ça. Et il voulut instiller dans sa voix autant d’enthousiasme que celle de Pandora pouvait héberger. Hâte de découvrir ça, oui, hâte et curieux de découvrir ça, même. Il la suivit à l’intérieur, lui offrit sa main – en tout bien tout honneur naturellement – sans hésitation et se laissa guider avec l’étrange conscience que c’était un domaine dont il n’était pas le propriétaire et encore moins le fils prodigue. Etrange sensation. C’était son domaine à elle, son territoire à elle, et si elle n’en était peut-être pas la reine, avec son assurance, cette étincelle dans le regard, ce naturel et ses cheveux flamboyants, elle en était au moins une princesse. Calixte répondit par un sourire et un geste à la salutation du barman faite en réponse à celle de Pandora – définitivement aussi introvertie que pouvait l’être Calixte – et la rejoignit à la table choisie. J'espère que ça te va ? On est en fin d'aprèm, c'est plutôt calme, pour le moment. Calixte s’apprêta à la rassurer – oui, c’était parfait – mais l’arrivée du barman le coupa dans sa lancée, il préféra le laisser parler, plutôt que de le couper. Et soutenir son regard interrogateur.

Dis donc, ça fait des siècles qu'on ne t'a pas vue ici, toi ! C'est qui, cui'là ? Ah. Calixte ouvrit la bouche pour rétorquer du haut de sa morgue que cui’là était un client, Pandora le devança. Rooh, sois gentil, un peu... C'est Calixte, un ami ! Calixte, je te présente Artur ! Ne pas mordre, se contenter de sourire. Il était le client, mais le barman était celui qui servait la bière et c’était typiquement le genre de personne avec qui il fallait être en bon terme, surtout en fin d’après-midi. Enchanté Artur, il saisit la main tendue, répondit au Ah si c'est un ami, alors... par un autre grand sourire, des plus courtois. Et le suivit du regard alors qu’il repartit vers le bar, se penchant dans un mouvement en direction de Pandora. C'était un vieil ami de mon paternel. Ça fait bien trente ans qu'il tient ce bar, ça a succès fou ! Tu connaissais ? Ah… si c’était un ami du paternel… Calixte considéra la pinte, goûta une gorgée, volontaire et téméraire, se fendit d’un sourire.

Le plus honnête et sincère sourire depuis qu’ils avaient quitté le conservatoire. Oh, bonté divine, tu n’as pas menti, la bière est plus que bonne., ce fut sa première réaction. Avant de prendre le temps d’observer réellement le reste du pub. Je ne connaissais absolument pas, et crois-moi ou pas, je connais pourtant un sacré paquet d’endroits dans Newcastle comme dans Killingworth. C’est un bon choix. Malgré le chien de garde. Il lança un coup d’œil rieur en direction du barman occupé à faire la conversation avec d’autres, des habitués également assurément. Calixte se détendit, s’adossa au dossier du siège, but une nouvelle gorgée et entreprit d’apprécier, tout simplement, l’instant présent. Et de relancer la conversation. Avec naturel. Les minutes défilèrent, se transformèrent en heure et les éclats de rire commencèrent également à naître, enterrer définitivement la gêne d’un peu plus tôt. Calixte avait toujours eu la conversation facile, mais avec Pandora, elle avait le mérite d’être plus facile encore. Après tout, il ne connaissait pratiquement rien d’elle, tous les sujets – légers bien évidemment – étaient bons à aborder et ce n’était pas avec tout le monde qu’on pouvait commenter et comparer des pièces de musique de siècles différents, de compositeurs aussi disparates que méconnus. Les connaissances de Calixte en le domaine étaient comme on pouvait s’y attendre, aussi pointues que ce que l’éducation Seymour pouvait exiger. Devoir savoir parler de tout, à tout instant, creuser un sujet pleinement, ne jamais se contenter de rester en surface… il n’y avait qu’à voir la passion avec laquelle Calixte pouvait parler de la biographie de Rossini, ou encore celle avec laquelle il décrivait, sans qu’on le lui ait demandé, la moindre des batailles navales de Lord Nelson, pour comprendre que c’était un homme de passion, Calixte, et que sitôt qu’on abordait un sujet qui l’intéressait, il pouvait en parler des heures durant sans se lasser, peut-être bercé par le son de sa voix. Dans tous les cas, l’heure se dispersa autour d’eux sans qu’il n’y fasse attention, l’atmosphère du bar les enveloppa, les verres se vidèrent, se remplirent à nouveau aussi. Et au détour d’un silence, reposant, et de quelques notes envolées, Pandora décida de mettre fin au statisme d’une conversation pour faire basculer la soirée sur un terrain bien plus… intéressant. J'adore cette chanson ! Aller, viens danser !

Il n’y pas le choix Calixte, et il ne chercha même pas à l’avoir : il quitta tout simplement sa veste pour terminer en chemise, chemise aux manches par ailleurs retroussées au niveau du coude, à peu près certain de ce que Pandora allait attendre de lui. Tu as déjà dansé sur un reel ? C'est à 4 temps, on doit se mettre l'un en face de l'autre et en gros, c'est un peu comme si tu avais des claquettes aux pieds. Des claquettes aux pieds, quatre temps… Il lui lança un regard aussi amusé que perdu : A dire vrai, ça va être une grande première et… oh ! Elle n’avait pas attendu, il prit le parti de l’observer, un peu, et de recopier ses mouvements, aussi. Chaotiques pour commencer. Mais Calixte, s’il était particulièrement susceptible, n’était pas non plus du genre à craindre le ridicule. Surtout dans un contexte où il se savait capable d’assimiler rapidement les bases. Pour cela, il fallait simplement lui faire confiance : son ego surdimensionné et son assurance le poussaient à faire de son mieux, quand l’absence de progrès dans les vingt prochaines minutes promettait de le braquer définitivement. Mais le goût du défi, lui… Calixte recopia les mouvements de Pandora. Ce fut maladroit, dans un premier temps, laborieux également… mais il savait danser, Calixte, il connaissait son corps, parfaitement, Calixte. Les pas maladroits devinrent de plus en plus fluides au fur et à mesure que la musique prenait de l’ampleur, et s’il était loin d’égaler la maîtrise de Pandora, au moins ne faisait-il absolument pas pâle figure aux côtés des deux autres couples qui les avaient rejoints. Yeux pétillants, sourire jusqu’aux oreilles, Calixte se laissa complètement aller, prenant des libertés quant aux codes de ce type de danse, les mains liées à celle de Pandora, tentant de se laisser guider quand tous ses instincts de danseur exigeaient de lui qu’il mène la danse. C’était saisissant de voir à quelle vitesse Pandora et lui étaient devenus complices. Saisissant, particulièrement dangereux, mais Calixte était persuadé et se le répéta intérieurement, que tout pouvait être gardé sous contrôle avec un peu de volonté. Les choses avaient été mises au clair, c’était pour le mieux, aussi, n’avait-il pas à culpabiliser pour chaque sourire qu’il ne pouvait retenir, et cet éclat de rire qui jaillit de ses lèvres quand la musique cessa brutalement, qu’il se surprit à applaudir et à attirer Pandora vers lui pour la prendre dans ses bras, sans réfléchir, puis la libérer dans un mouvement l’invita à tourner sur elle-même, qu’il acheva en semi-révérence, s’extrayant de l’Irlande pour retrouver ses marques.

Grand Dieu, c’est quelque chose ! Tu danses super bien ! Il se sentit suffisamment assuré pour faire à nouveau claquer ses talons, avant de froncer les sourcils. Mais les claquettes, malheureusement, n’ont pas fait partie de l’éducation de base d’un aristocrate anglais, j’espère que je ne t’ai pas trop marché sur les pieds… Un regard aux musiciens, Calixte regretta d’avoir laissé son alto au conservatoire, mais soit, s’il mourrait d’envie de se perdre dans ce répertoire musical, apprendre à danser était tout aussi bien. On recommence ? ? Pandora connaissait peut-être le Calixte mélomane, le Calixte amateur de thé, le Calixte amateur de bonne bière, elle allait découvrir le Calixte danseur. Mondain. Remplissant scrupuleusement toutes les cases du fils de bonne famille un peu rebelle qui se plaisait à progresser davantage en danse et en alcool qu’en économie et en finance quand il était à l’université. C’est ton père qui t’a appris à danser comme ça ? Il eut un éclat de rire en imaginant Papa lui apprendre à bouger sur le rythme d’un violon.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Mar 1 Mai - 19:30


Don't fight it, it's coming for you, running at ya
pandora & calixte






Je déteste être comprise de travers. Le sentiment d'avoir fauté, d'avoir dit un mot ou une expression qui pourrait être mal interprété, la nécessité de devoir revenir à des explications plus poussées et potentiellement gênantes... cette conversation à laquelle nous avons dû nous livrer est l'exemple parfait de que je m'empresse de fuir au plus vite. S'il y a bien une chose que je craint, c'est qu'il s'imagine que je me suis fait des idées. Et s'il y avait cru et avait à son tour imaginé quelque chose ? Si de son côté il y avait eu une attente ? Au final, tout est bien qui se finit bien mais avec un quiproquo pareil, il y aurait pu y avoir un déçu. Je n'aime pas ce sentiment, ça me fait peur, quelque part. Voir Calixte acquiescer sans renchérir me rassure et le débat se clôture d'une façon aussi bancale qu'anarchique mais au moins, on n'en parle plus. Je préfère songer à des discussions plus passionnantes qui nous attente, me forgeant de Calixte l'image d'un potentiel ami à la culture et au débit de parole proches du mien. C'est plus simple, c'est plus naturel, c'est plus... j'ai le sentiment que je me pose trop de questions. Ce n'est pas le premier homme dont je partage le lit dès le premier soir, ça non... ce n'est pas le premier et ce n'est certainement pas le dernier, étant donné mon incapacité à me fixer. Seulement, c'est le premier avec lequel je me sens vraiment sur la même longueur d'ondes. Habituellement, je gomme mes passions, affiche une personnalité toute en contrastes, camoufle la folle furieuse amoureuse des notes pour ne pas faire fuir ceux qui me font face. Maintenant que j'y pense, j'ai été fausse avec la quasi-totalité des hommes que j'ai croisé dans ma vie. Pour leur épargner des conversations ennuyeuses pour eux mais aussi pour me protéger et... et Calixte a brisé ça en quelques mots, en quelques gestes seulement. D'un regard, il a ouvert ce que je me plaît à garder pour moi et, avec un naturel désarmant, m'a poussée à discuter de ces choses que seuls les musiciens peuvent comprendre. C'est ça, la différence. Y a ceux avec qui tout n'a été que physique et sexuel, ceux que je n'ai eu aucun regrets à rappeler, et il y a Calixte. Il a su toucher un point sensible et me faire regretter de n'avoir pas noté son numéro de téléphone. Merde... je n'arrive pas à m'empêcher de superposer le visage de Max à celui de Calixte et ça me fait peur, terriblement peur. Max aussi était charmant, Max aussi était issu d'un milieu où élégance et galanterie riment avec arrogance et suffisance, Max aussi était un musicien talentueux... mais Max est aussi un foutu psychopathe et mon instinct ne peut s'empêcher de m'alerter là-dessus. Es-tu aussi un grand malade, Calixte Seymour ? Merde, c'est quand même la deuxième fois que je me pose cette question, c'est que ça doit vraiment me travailler.

Une fois sortis de la salle, nous nous dirigeons vers l'accueil et je ne peux m'empêcher d'être frustrée de voir l'alto disparaître à nouveau loin de mon regard d'experte. Encore un problème qu'il va falloir résoudre et vite si je ne veux pas que l'acheteur me tombe dessus. Ou plutôt nous tombe dessus car Marcus est dans le même bateau. La remarque de Calixte me fait pourtant sourire mais je n'en retire pas pour autant mon violoncelle de mes épaules.

Voilà, ce sont les mots que je cherchais. Et merci mais je ne me sens jamais très sereine quand il est loin de moi.

C'est idiot, je sais, après tout la secrétaire a l'air d'avoir l'habitude, mais je me sens nerveuse dès que mon violoncelle n'est pas soit avec moi, soit bien en sécurité dans mon appartement. Il a cette valeur émotionnelle qui surpasse largement sa valeur financière, c'est dire, si bien que le laisser à quelqu'un c'est un peu comme abandonner mon enfant, si on veut schématiser les choses grossièrement. Alors que Calixte poursuit, je ne peux qu'acquiescer à ses propos. C'est si facile pour un enfant de se montrer égoïste quand on a l'impression que l'apprentissage n'est en aucun cas un sacrifice du reste de la famille !

Il a vraiment l'air reconnaissant, c'est vrai... et il a visiblement envie de te prouver qu'il peut bien faire. Tiens ! Tu es gaucher, toi aussi ! Je remarque avec un sourire.

Je me demande d'ailleurs s'il n'a pas eu, comme moi, des difficultés à se faire à un monde musical entièrement fait et régit par des droitiers. Je me souviens avoir naturellement pris mon violoncelle à l'envers la première fois, avoir tenté d'inverser les cordes sous l'œil scandalisé de mon professeur et avoir dû composer comme n'importe quel musicien avec un instrument pour droitier. Après tout, vous avez déjà vu un gaucher têtu dans un orchestre à cordes ? Non. Parce que ça provoquerait des accidents d'archet regrettables.

Nous sortons, la brise hivernale me surprend mais le soleil est agréable. Ça change de la pluie ! Je sens encore chez Calixte une certaine crispation mais il faut dire qu'à rire comme une idiote un peu plus tôt, j'ai dû le vexer.

Altiste, pianiste... y a-t-il des talents que tu ne possèdes pas ?

Je lui fais un clin d'œil malicieux, cherchant avant tout à détendre l'atmosphère pesante qui s'accroche à nous sans vouloir nous lâcher. Une atmosphère qui finit finalement par s'estomper lorsque nous mettons les pieds dans le bar, après qu'Artur soit venu nous apporté de quoi boire, après que nous ayons pleinement abandonné la gêne du conservatoire. Calixte me fait toujours autant sourire avec ses expressions à base de « bonté divine », « doux Jésus » et autres termes qu'on a davantage l'habitude d'entendre dans la bouche des personnes âgées. Chez lui, c'est prononcé avec cet accent aristocrate qui lui donne un air hautain et terriblement séduisant à la fois.

Il est un peu rustre mais Artur a bon fond... disons qu'il a ses raisons.

Il fait partie de ces rares personnes qui, comme moi, refuse d'admettre la version officielle, concernant mon père. Seulement, contrairement à moi, il est persuadé qu'il n'est pas parti, que jamais il n'aurait fait ça, blablabla... alors quoi ? Il s'est volatilisé ? Des conneries, oui... Artur a cette attitude paternelle à la fois touchante et étouffante à mon égard, c'est sûrement pour ça qu'il s'est montré aussi méfiant face à Calixte. Je sirote tranquillement ma bière, regrettant que la quasi-totalité des bars du coin ne servent que de la pisse de mouton quand on voit ce qui se boit ici et la discussion dérive, tranquillement, naturellement. Elle dérive jusqu'à ce que la musique m'interpelle, que j'entraîne Calixte jusqu'à la piste de danse et le mette devant le fait accompli. Allons, un aristocrate qui se respecte sait danser, non ? Tandis que mes neurones cherchent à retrouver le rythme, mes pieds semblent se souvenir naturellement des pas, des temps à marquer, des mouvements à exécuter. En quelques refrains, j'ai l'impression d'avoir fait ça toute ma vie et ne réfléchis même plus, joignant mes mains à celle de Calixte pour guider ses pas. Et il s'en sort bien, le bougre ! S'il a hésité au début, ça n'a été que le temps de comprendre le rythme pour le suivre. Il y a de l'amusement dans son sourire, de la joie dans mon regard tandis que le violoniste presse un peu le tempo pour nous mettre à l'épreuve. J'éclate de rire et, dans un final retentissant, les musiciens s'arrêtent. Je sursaute lorsque Calixte m'attire à lui, sens mes joues rougir d'une proximité que je pensais désormais exclue entre nous mais retrouve finalement mon sourire lorsqu'il me fait tournoyer pour me rendre ma liberté. À l'aise en toutes situations, le Seymour ! À nouveau, ses expressions me font rire et je me passe une main dans les cheveux, le souffle court.

Oh tu devrais voir de vraies danseuses irlandaises, elles envoient du lourd ! Mais justement, je t'ai appris à danser sur un reel, la prochaine fois, il faudra que tu m'apprennes à danser la valse ou la polka !

Et là, on verra qui marchera sur les pieds de l'autre... Je n'ai jamais vu une salle de bal de près ou du moins, pas pendant un bal, justement. Comme toutes les gamines, j'ai regardé un paquet de films historiques où de belles demoiselles faisaient leurs débuts dans des robes somptueuses, attendant qu'un beau duc ou un charmant comte ne les invite à danser, mais jamais je n'ai moi-même mis les pieds dans ce genre d'endroit. Max a bien essayé à plusieurs reprises de m'y invitée, mais j'ai toujours refusé. Pas envie ? Non, plutôt par honte et par peur de me ridiculiser. Il faudrait me prendre en traître pour que je m'y rende, tiens ! Ou que je me décide un jour à apprendre à danser ce qui se fait hors des frontières d'Irlande, au choix. Derrière nous, les musiciens posent leurs instruments, s'approchent du bar et viennent prendre une collation bien méritée.

Aller ! On recommence dès qu'ils auront fini !

Ça me fait plaisir de le voir se fondre avec autant d'aisance dans un univers qui n'est pas le sien et qu'il ne maîtrisait certainement pas avant d'entrée ici. Calixte est ce caméléon qui sait être à l'aise là où il pourrait être déstabilisé et je ne peux qu'admirer cette capacité. J'ai eu peur de le voir se fermer dans un tel endroit mais je l'ai finalement sous-estimé et ça, c'est un trait de personnalité qu'il ne partage en aucun cas avec Max. Aller ! Un bon point pour le Seymour ! Tandis que nous retournons vers notre table pour nous réhydrater à grands renforts de bière avant d'y retourner, Calixte me pose cette question innocente, lâchée dans un éclat de rire. Ce sont quelques mots qui prouvent qu'il s'intéresse à ce que je lui dis, qu'il écoute, qu'il est attentif... et ce sont quelques mots qui poignardent sans la moindre compassion la bonne humeur qui m'habitait jusque là. Mon sourire se fane, mes sourcils se froncent et je m'assois en silence pour boire une gorgée de ma bière. Si c'est mon père qui m'a appris à danser comme ça ? J'ai envie de rire amèrement, de cracher au visage de ce presque inconnu que mon père ne m'a rien appris d'autre que la sempiternelle douleur de l'abandon, qu'il continue, par son absence, à creuser un gouffre dans mon cœur, gouffre que je n'arrive pas à combler malgré les années, que mon paternel est un connard sans âme ni foi qui s'est barré dès qu'il l'a pu, abandonnant ainsi une femme aimante et trois enfants à peine en âge de comprendre.

Mais je ne peux pas lui dire ça. Je ne peux pas déverser ma haine, ma colère et mon chagrin sur Calixte car il n'a rien fait d'autre que poser une innocente question qui a toute sa place dans la conversation. Je ne peux pas m'emporter comme je le fais d'habitude mais je peux difficilement tout lui raconter pour autant. Je repose mon verre, pousse un léger soupir et relève les yeux vers Calixte.

Ce n'est pas mon père qui m'a appris à danser comme ça, c'est ma grand-mère maternelle. Mon père était anglais, je ne suis même pas certaine qu'il ait enfilé une paire de claquette une fois dans sa vie. De toute manière, il s'est barré, s'est volatilisé, utilise le mot que tu veux bien avant d'avoir le temps de m'apprendre quoi que ce soit.

C'est faux. C'est injuste et j'en ai parfaitement conscience. Mon père m'a appris des choses essentielles comme maîtriser une mutation dont je ne connais toujours pas les limites, être fière de ce que je suis, réaliser mes rêves... je peux lui cracher dessus autant que je le veux, je ne peux nier qu'il est en grande partie responsable de ce que je suis aujourd'hui. Je pourrais m'arrêter là, ne rien ajouter, mais en ouvrant la boîte de Pandora, Calixte a réveillé une mal-être que je pensais avoir enfouit au plus profond de moi. C'est un sujet que je n'évoque pas, que je fuis, que je ne peux évoquer qu'avec Charlie et Marcus, lesquels refusent catégoriquement d'adhérer à ma thèse du père qui abandonne sa famille et... je n'en parle pas. Jamais. Alors que j'en ai besoin.

On est venus s'installer en Angleterre quand mon père a commencé à bosser un scientifique, un certain Mercy ou Percy, quelque chose dans ce genre. Mon père n'a jamais voulu me dire précisément sur quoi ils travaillaient mais toujours est-il que du jour au lendemain, il s'est barré et on ne l'a plus jamais revu. Vu tous les secrets qu'il y avait autour du projet, j'suis même pas certaine que le scientifique en question existe.

Et à vrai dire, je m'en fiche. Ou plutôt j'aimerais n'en avoir rien à foutre. Marcus s'acharne à le retrouver, moi je préfère ne pas m'user la santé à ça. Pourtant, en expliquant très succinctement les choses à Calixte, je suis loin de me douter que le Percy en question existe et qu'il est en plus son patron. Alors je me force à sourire, à décrisper un visage bien trop fermé et hausse les épaules.

Désolée... tu n'y es pour rien, je suis juste... amère.

Au fond du bar, les musiciens se lèvent et entreprennent de reprendre leur concert, me donnant ainsi une idée.

Par contre, il y a une chose qu'il m'a apprise et que je peux te montrer.

Je me lève, m'approche des musiciens et chuchote le nom d'une très vieille berceuse écossaise au violoniste. Il acquiesce, me désigne un siège et je m'y installe. À côté de moi, le violoniste entame la chanson, avec cette justesse approximative propre aux techniques de jeu traditionnelles. On a quitté l'allégresse de tout à l'heure pour la mélancolie de la plupart des mélodies gaéliques. J'aime bien cette nostalgie, cette suspension dans la musique, toujours propice à l'évocation des regrets et chagrins. J'aime cette atmosphère, j'aime le silence qui s'est fait autour de nous et c'est en fixant un point vers l'horizon que j'entame le premier couplet dans un gaélique marqué par mon accent irlandais. Elle est claire, ma voix, claire et timbrée et pourtant, je me revois petite, quand je la chantais assise sur les genoux de mon père. La petite voix fluette accompagnée d'un cheveux sur la langue s'est muée en quelque chose de plus grave, légèrement voilé et, à mesure que couplets et refrains s'enchaînent, le vibrato de ma voix se teinte de celui des sanglots qui menacent d'étrangler les dernières notes de la chanson. Tout comme les pas de danse de tout à l'heure, le texte et la mélodie me sont revenus après des années sans la chanter, comme si elle était restée gravée dans un recoin oublié de mon esprit. L'émotion m'étreint, la voix tremble et je baisse la tête pour dissimuler avec pudeur mes yeux rougis des larmes que je contiens depuis trop longtemps. Ça m'apprendra à vouloir me croire plus forte que je ne le suis en réalité. Elle est pourtant jolie, cette berceuse, innocente, pleine d'amour et de mélancolie mais elle me laisse à cet instant un goût si amer en bouche que j'en frissonne.

Une dernière note de violon s'éteint dans l'écho d'une pièce plongée dans un silence religieux, et les applaudissements ne se font entendre que lorsque chacun est persuadé que la chanson est terminée. Je me force à sourire, remercie le violoniste et cherche dès lors une échappatoire, une occasion de m'enfuir et de ne surtout pas croiser le regard de Calixte. Lorsque enfin je parvient à m'échapper de là, c'est pour mieux me retrouver sur une terrasse désertée et fort heureusement vide. Bon sang, qu'est-ce qu'il m'a pris de faire ça ?
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Jeu 10 Mai - 0:55

 
   

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Voilà, ce sont les mots que je cherchais. Et merci mais je ne me sens jamais très sereine quand il est loin de moi. D’un mouvement de main, Calixte rassura Pandora : il était bien placé pour comprendre la répugnance qu’elle pouvait éprouver à remettre son instrument dans les mains d’une tierce personne, inconnue de surcroît, surtout un instrument fait par un maître luthier comme c’était le cas ici. Lui-même, s’il ne s’était pas agi du conservatoire et des interlocuteurs qu’il connaissait désormais très bien, n’aurait pas accepté de laisser son Vuillaume aussi facilement. Aussi sereinement. Amusant comme on peut tenir à de vieux bouts de bois comme à la prunelle de nos yeux commenta-t-il en patientant, appuyé au bureau de la secrétaire avec nonchalance et élégance - un mélange qu’il avait pris bien soin de perfectionner au fil des ans - avant de revenir au sujet principal de leur conversation : le cours qu’ils venaient de donner. Et les enfants, volontaires, demandeurs et travailleurs. Dissipés, bien évidemment, maladroits, aussi, mais curieux. Et reconnaissant. Lorsqu’on lui apporta les documents à signer, Calixte s’appuya au bureau, entreprit de relire soigneusement les quelques lignes qu’il connaissait par coeur, de renseigner nom, prénoms, adresse, contact, tout le nécessaire. Il a vraiment l'air reconnaissant, c'est vrai... et il a visiblement envie de te prouver qu'il peut bien faire. Tiens ! Tu es gaucher, toi aussi ! Il haussa un sourcil, ne put que relever le aussi dans un Oh ? Toi aussi ? ravi et complice. Gaucher, oui. Mais fort heureusement, cela faisait des années que l’on avait bien compris que c’étaient les mutants dont il fallait se méfier, et non des gauchers, qui avaient le malheur d’utiliser leur main gauche et non leur main droite. Une méfiance qui persistait dans l’hégémonie droitière présente dans le monde de la musique, d’ailleurs. En sortant du conservatoire, Calixte se demanda naturellement si Pandora, tout comme lui avait pu le faire, avait un jour envisagé d’inverser les cordes de son violoncelle, juste pour voir, mais la question resta silencieuse parce qu’une fois encore, la conversation s’était poursuivie d’elle-même. Et une fois encore, Calixte ne put qu’acquiescer. C’était différent de jouer avec Joshua, l’accord alto-piano lui semblait bien trop scolaire pour qu’il l’apprécie à sa juste valeur, alors qu’un duo avec un autre instrument à cordes… Altiste, pianiste... y a-t-il des talents que tu ne possèdes pas ? Calixte sursauta, repassa ses propos, saisit l’ambiguïté et entreprit de la rectifier dans un petit rire. Ah, non, je voulais dire que d’ordinaire, Josh, celui que tu as remplacé, est pianiste… Après, oui, j’ai commencé par le piano, comme bon nombre d’enfants… mais de là à parler de talent… Y avait-il des talents qu’il ne possédait pas… Il lui fit un clin d’œil malicieux en retour J’ai bien le défaut de n’avoir aucune maîtrise du violoncelle, malheureusement…. Et finit par se laisser entraîner dans une partie de la ville qu’il connaissait moins bien, et une ruelle qu’il connaissait encore moins. Et pour cause : jamais Calixte ne l’aurait franchie de son plein gré, c’était une certitude.

Il aurait manqué quelque chose. Sitôt qu’il aperçut le pub, Calixte comprit non seulement dans quel milieu elle l’avait emmené, mais également qu’il allait effectuer une plongée en apnée dans un monde dont il ignorait certains codes et une atmosphère qui était loin de lui être familière. Si c’était un problème ? Pas vraiment : Pandora aurait pu choisir pire, bien pire. Et il aimait l’idée de la connaître davantage. Sans compter qu’il commençait vraiment à avoir soif, envie de se poser – un peu – et de mettre définitivement derrière eux la tension ressentie. Monde inconnu : cela fut confirmé dès qu’ils mirent les pieds dans le pub, dès que le barman salua Pandora avec familiarité dérangeante. Si Calixte était lui-même prompt à s’imposer, à aller vers les autres dans une sociabilité et une assurance qui pouvait déranger, il n’était pas suffisamment parfait pour accepter que d’autres fassent de même, surtout avec une telle agressivité. Susceptible et prétentieux, Calixte ? Si peu. Quoiqu’il en soit… il parvint à sourire, il parvint à se retenir de mordre avec l’acidité dont il se sentait pourtant capable, par égard pour Pandora tout simplement, Calixte fut poli, il saisit la main tendue, laissa l’homme partir, Pandora s’excuser, effaça tout ceci d’un mouvement de main et d’une gorgée de bières qui pardonna l’ensemble. Même le chien de garde. Il est un peu rustre mais Artur a bon fond... disons qu'il a ses raisons. Un haussement d’épaule signifia que tout était oublié et qu’en grand seigneur, Calixte ne lui en tiendrait pas rigueur. J’en suis certain. rajouta-t-il même dans son plus grand sourire, sincère. Il en était certain, c’était un rustre. Mais il devait avoir ses raisons. Et Calixte n’était pas stupide : si Pandora appréciait cet Artur, c’était qu’il était appréciable. Il avait juste du mal à voir en quoi il pouvait bien l’être à l’heure actuelle mais soit, personne ne lui avait demandé de s’en faire un ami, et Calixte avait bien mieux à faire que de se perdre en bisbille futile, son énergie méritait d’être dédiée à autre chose.

Comme à cette discussion qui dévora les heures, comme à cette main tendue, enthousiaste, qui le tira dans la partie du pub où résonnait depuis le début de la soirée des airs irlandais de plus en plus propices à la danse. Avait-il déjà dansé sur un reel ? Jamais, absolument jamais, mais lorsqu’il s’agissait de danse, Calixte n’était pas le dernier à accepter de se prêter au jeu. Parce qu’il était tout simplement convaincu d’y arriver, d’une part, parce qu’il aimait ça, d’autre part. C’était aussi simple que cela. Et devant le fait accompli, ses pas se firent hésitant au début, chaotiques mêmes, puis de plus en plus assurés au fur et à mesure que Pandora le guidait, tenait ses mains, le regardait droit dans les yeux, dans cette complicité croissante. C’était dangereux, cette affaire, mais les choses étaient claires, pleinement maîtrisées, ses doutes s’envolèrent dans un éclat de rire et dans une pitrerie supplémentaire, quelques pas de danse qui n’avaient plus rien de celtiques, Calixte retrouva ses marques, les laissant essoufflés tous les deux. Et s’appuyant au support le plus proche, à la recherche de vivres et surtout de boissons, il se perdit en compliments – mérités. Ce n’était pas qu’elle dansait juste bien, c’était qu’elle dansait vraiment bien, avec une grâce et une élégance qu’il savait apprécier à sa juste valeur tout comme il parvenait, parfois, à faire preuve d’un peu d’humilité : il espérait vraiment ne pas avoir heurté trop de fois les pieds de Pandora, dans l’affaire. Oh tu devrais voir de vraies danseuses irlandaises, elles envoient du lourd ! Mais justement, je t'ai appris à danser sur un reel, la prochaine fois, il faudra que tu m'apprennes à danser la valse ou la polka ! Lui apprendre à danser la valse, la polka ? Mais avec plaisir ! C’est quand tu veux, il faut bien que l’échange d’informations soit juste, entre nos deux pays. Accord de recherche, partenariat diplomatique oblige... je vais être o-bli-gé d’obtempérer. Et si sa voix se fit sentencieuse, l’éclat qui brillait dans ses prunelles depuis trop longtemps maintenant démentait tout sérieux dans les propos du Seymour. Allez ! On recommence dès qu'ils auront fini !Dans un nouvel éclat de rire, Calixte ne put que confirmer et renchérir, encore une fois : Profitons-en pour reprendre des forces dans ce cas ! et il la suivit jusqu’à leur port d’attache, où trônaient déjà deux pintes remplies : voilà qui faisait un point pour le Artur. Un bon point. En se réinstallant, et réajustant ses manches retroussées, Calixte se fit curieux.

Le regretta tout aussitôt. Parce que son éclat de rire n’eut en réponse, de prime abord, qu’une crispation évidente. Palpable. Qu’il n’aurait pu prédire. Son sourire se fana, ses sourcils se froncèrent, Calixte hésitat. J’ai dit quelque chose de mal ? S’inquiéta, même. S’il brillait le plus souvent par son nombrilisme et son arrogance, lorsqu’il blessait quelqu’un et que ce n’était pas intentionnel, Calixte ne pouvait s’empêcher de se sentir mal. Surtout lorsqu’il s’entendait vraiment bien avec cette personne. Le silence qu’elle lui imposa manqua même de le mettre mal à l’aise. Et le légère soupir qu’elle laissa échapper en relevant les yeux vers lui le rendit interrogateur. Ce n'est pas mon père qui m'a appris à danser comme ça, c'est ma grand-mère maternelle. Mon père était anglais, je ne suis même pas certaine qu'il ait enfilé une paire de claquette une fois dans sa vie. Etait. Ce fut évident lorsqu’elle le prononça, Calixte hésita à s’excuser mais elle ne l’en lui laissa pas le temps. De toute manière, il s'est barré, s'est volatilisé, utilise le mot que tu veux bien avant d'avoir le temps de m'apprendre quoi que ce soit. Sa bouche s’entrouvrit dans une réponse qui ne vint pas, dans un ah resté coincé quelque part entre l’étonnement et un semblant de compassion.

Ce n’était pas que Papa avait disparu lui aussi, c’était certain. Mais c’était que Calixte avait vraiment envie de compatir. D’empatir. De sympatir ? Aucun de ces mots ne convenaient – il doutait même qu’ils existassent – mais l’idée était là. Et Calixte resta, de surcroît, silencieux. Songeur. On est venu s'installer en Angleterre quand mon père a commencé à bosser un scientifique, un certain Mercy ou Percy, quelque chose dans ce genre. Mon père n'a jamais voulu me dire précisément sur quoi ils travaillaient mais toujours est-il que du jour au lendemain, il s'est barré et on ne l'a plus jamais revu. Vu tous les secrets qu'il y avait autour du projet, j'suis même pas certaine que le scientifique en question existe. Percy. Il ne put ni ne voulut cacher la surprise qui l’agita, sous ce nom de famille ô combien familier . Percy ? Car pour travailler chez les Percy, il n'y avait guère de possibilité : toutes les entreprises où se situaient les grandes pontes de cette famille de veilleurs ne ramenaient qu’à une seule et même structure : Asclepios. Et si le père de Pandora avait travaillé pour eux… Calixte fronça les sourcils, chercha dans sa mémoire. O’Sullivan. Non, ça ne lui disait rien, mais ce n’était pas non plus étonnant, Calixte ne pouvait connaître tous les employés d’une entreprise presque multinationale, par bien des aspects. Sans compter que… Désolée... tu n'y es pour rien, je suis juste... amère. Calixte agita la tête. Ce n’est rien, je comprends. Enfin… il comprenait ce qu’il pouvait bien comprendre. Mais il faisait des efforts. Vraiment. Il cogitait juste, Calixte, se retenant de poser davantage de questions, se retenant même de fouiller davantage. Se retenant tant et si bien qu’il était en train de finir sa bière lorsque les musiciens rejoignirent leurs instruments.

Par contre, il y a une chose qu'il m'a apprise et que je peux te montrer. Ne pouvant répondre à l’instant, il ne put que l’observer se lever, les rejoindre, chuchoter quelques mots au violoniste. Calixte se tourna dans leur direction, sans pour autant se lever à son tour, intrigué par les notes et la mélodie qui s’élevaient à présent, bien plus douce, bien plus mélancolique que les précédentes. Tout le pub fit brutalement pris d’une certaine léthargie, et surtout plongé dans un silence respectueux, et attentif. Et soudain, Pandora commença à chanter. Et Calixte s’en trouvait déstabilisé. Surpris. Vraiment surpris. Les choses étaient claires entre eux, tout ne pouvait que bien se passer tant qu’il gardait le contrôle et la maîtrise de la situation, c’était ce qu’il s’était dit. Et pourtant… pourtant, en se laissant porter la voix pure et posée, maîtrisée, contrôlée, travaillée, il sentit son propre contrôle, sa propre maîtrise osciller. Vraiment. Il se sentit déraper. Amoureux. Une fraction de seconde, infime, suffisamment infime pour que soudain, sa présence ici lui paraisse insupportable. Insoutenable. Le temps d’une respiration, Calixte se sentit réellement fondre. Se perdre dans cette mélodie celtique, assurément, gaélique, dont le sens lui était étranger mais les émotions, bien palpables, ne pouvaient que le toucher, le transpercer, l’impacter comme jamais.

Calixte était un homme sensible, bien trop sensible selon bon nombre de critères. C’était ce qui faisait de lui un artiste remarquable, un musicien doué, si différent d’Edward qui ne parvenait pas à exprimer ce qu’il ressentait. Calixte, lui, était pleinement perméable. Et quand la mélodie prit fin, quand Pandora s’échappa sur la terrasse désertée, lorsqu’il y eut quelques applaudissements, discrets et timides, puis bien plus assurés, il resta immobile. Tétanisé. En équilibre entre l’hésitation et l’effroi, entre cette incapacité de retrouver sa sérénité et l’envie, pressante, de céder à la tentation. Calixte resta immobile. Se décida à se lever parce qu’il ne pouvait, sciemment, la laisser seule, parce que toute son éducation de gentleman le lui interdisait, bien malheureusement. Et parce que, également, il avait réellement besoin de mettre les choses au clair. Son pas se ralentit lorsqu’il prit conscience que la nuit était déjà tombée, mois de janvier oblige, mais se força à se rassurer sous l’éclairage constant, et suffisant, qui lui épargnait les moindres ombres suspectent, se força à la rejoindre, tout en gardant une distance respectable. Calixte s’adossa à un mur, restant le plus près de l’entrée du pub, et également sous un éclairage : on n’était jamais trop prudent. Et de toute manière, ils étaient seuls, le froid, l’humidité de l’air, le léger vent qui n’allait pas tarder à leur glacer le sang, tout cela aidant à faire fuir le moindre badaud.

Il t’a appris à chanter, ou à transmettre à ce point et si parfaitement ce que tu ressens ? Sa voix douce le surprit, Calixte musela ce que lui, ressentait. Pour préférer s’enfermer dans le rôle, distant, vraiment distant, de la connaissance de surface et du coup d’un soir qu’il estimait encore être pour le moment. Bien plus sûr. C’était très joli. Rajouta-t-il, dans des mots trop sobres pour ce qu’il ressentait, là encore, qu’il voulut compenser dans une voix amusée. Complice. Volontairement légère. Violoncelliste, soprane, danseuse… y-a-t-il des talents que tu ne possèdes pas ? Ne pas se laisser emporter, ne pas se laisser impacter, ne même pas se laisser excessivement toucher par ces yeux rougis qu’il n’avait pas manqué d’observer. De remarquer. Sans se détacher de son support, alors que de jour il l’aurait assurément rejointe, Calixte déroula ses manches retroussées pour recouvrir ses bras, qui commençaient à se couvrir d’une chair de poule. Plus sérieusement, c’était vraiment très beau. Ton père t’a transmis quelque chose de bien, même s’il t’a fait du mal. Et pour tout dire lorsqu’on parle de père méritant de le titre de père de l’année, je pense que le mien peut concourir également. Il avait encore en travers de la gorge son précédent séjour à Maiden Bradley, Calixte. Il avait encore en travers de la gorge les reproches de Papa. Parfois, on se dit qu’une absence vaut mieux qu’une présence toxique. souffla-t-il sans y penser, avant de se reprendre, se souvenant que Papa allait mourir. Et qu’il ne voulait pas ça. Vraiment pas. J’ignore sincèrement ce qui est le pire, mais il n’y a pas de comparaison à faire, désolé. Et pour être désolé, il l’était.

Surtout qu’il était hors de question, maintenant, de poser des questions sur le Percy qui avait embauché son père. Et que Calixte doutait désormais pouvoir les poser un jour. Mais soit… Il lui tendit une main amicale, gardant les yeux rivés sur elle pour ne pas voir la nuit. Ne pas paniquer. Ne pas songer au trajet de retour qu’il n’avait pas envisagé et qu’il allait être incapable de faire sans commander un taxi, taxi ne pouvait pas venir jusqu’ici. Sa respiration s’accéléra à cette seule pensée, à la seule idée de la ruelle, transformée en coupe-gorge. Sa respiration s’accéléra, Calixte laissa retomber sa main, se colla contre le mur. Il était ridicule. Et il peina, aussi, à articuler un trop guindé Tu ne veux pas rentrer, il fait froid, tu vas attraper la mort. Et nous avons des bières à finir. Et une danse à honorer. D’une voix trop crispée.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Mar 15 Mai - 23:10


Don't fight it, it's coming for you, running at ya
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C'est amusant, tous ces points communs que nous avons, Calixte et moi. Amusant, oui... les fleurs bleues diraient que nous sommes fait l'un pour l'autre mais hè ! J'ai l'air d'une fleur ? Non, c'est juste amusant. Tout comme j'aurais pu trouver amusant que nous pensions à la même chose à cet instant : bien sûr que j'ai tenté d'inverser les cordes de mon violoncelle, non pas pour voir, mais parce que j'étais terriblement têtue quand j'étais gamine – d'après Marcus, ça n'a pas changé. Après m'être faite incendier par un professeur livide de peur à la vue de mon violoncelle martyrisé, j'ai vite remis les choses à leur place et me suis pliée de mauvaise grâce à la tyrannie des droitiers. Quelle idée, aussi !

Nous avons marché, j'ai découvert que comme moi, Calixte a appris le piano et décidément, ça commence à faire beaucoup de points communs. Je me retiens même de lui demander si lui aussi à tendance à tout faire cramer dès qu'il entreprend de faire à manger.

Oh tu sais, ce genre de maîtrise vient avec l'expérience. Je pourrai t'apprendre, si tu veux...

Un clin d'œil, j'assume parfaitement le sous-entendu lourd de sens que je viens de murmurer avec un sourire mutin aux lèvres tout en guidant Calixte à travers les rues de Newcastle. Elle s'annonce bien, cette fin de journée, à base de discussions passionnantes, de musique, de danse et d'un nouveau départ sur des bases saines pour nous deux. J'ai le sentiment que maintenant que les choses sont claires, nous n'allons plus nous prendre la tête et c'est un réel soulagement. Le précédent quiproquo est à ce point oublié que les minutes et les heures défilent sans que nous en ayons conscience, l'alcool se tarit dans nos verres, pas nos discussions et je découvre un personnage plus passionné et passionnant que je ne l'aurais cru. Calixte ne prend pas de pincettes avec ce qu'il est. Il est entier, direct, aime l'art sans concessions et je crois bien ne pas avoir vu de type plus convaincu par la beauté de la musique de toute mon existence. Je me surprends à apprécier sa présence, sa conversation, le rythme de ses mots et le timbre de sa voix, à trouver son accent aristocratique séduisant et son regard envoûtant... malgré tout, mon cerveau reste figé sur une chose : il est plaisant à regarder et à écouter, mais c'est tout, point barre. N'allons pas ruiner une potentielle amitié naissante ! D'ailleurs, tandis que la musique s'arrête et que nous achevons une danse effrénée dans un éclat de rire, une simple question innocente de Calixte vient doucher mon enthousiasme.

Comment pourrais-je lui en vouloir, après tout ? L'espace d'un instant, j'ai eu l'impression de le connaître depuis toujours, d'avoir partagé des moments importants avec lui, tout ça pour me rendre compte que c'est une chimère et qu'en réalité, nous ne savons rien l'un de l'autre. Mon père, c'est le sujet tabou, vicieux, traumatisant pour moi, c'est un mal dont je ne guérie pas, une blessure qui suinte et s'agrandit chaque fois que je pense à lui. Comment expliquer simplement à Calixte que je suis toujours une enfant, que je suis perdue, que j'avance à tâtons en détruisant une partie de mon existence par pure rébellion infantile ? Comment lui dire que la Pandora qui sourit, qui s'extasie, qui rit et qui danse n'a rien à voir avec le monstre de colère et de chagrin qui s'acharne depuis des années sur le fantôme d'un éternel absent ? S'il découvrait ça, n'aurait-il pas simplement l'impression que je suis pathétique ? Pourtant, c'est l'émotion et un besoin de m'ouvrir à Calixte qui me poussent à aller m'asseoir au milieu des musiciens pour chanter cette berceuse qu'il me murmurait chaque fois que je faisais un cauchemar. C'est l'émotion qui fait trembler ma voix, l'émotion qui fait battre mon cœur dans ma poitrine, l'émotion que je suis trop pudique pour dévoiler, habituellement. L'émotion qui fait briller mon regard de larmes contenues lorsque je m'aventure à relever la tête vers Calixte. Je me fiche bien que d'autres nous regardent, j'aurais préféré qu'il soit le seul à l'entendre. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi mais lorsque mon regard croise le sien, j'ai envie de lui faire confiance pour calmer ma peine et panser mes blessures. C'est idiot, il me connaît à peine... peut-être me prend-il pour une folle ? Je détourne le regard, le rose aux joues, et lorsque la musique s'arrête, je n'ai d'autre choix que de fuir la chaleur étouffante du bar pour respirer un peu d'air frais et cacher avec gêne ma peine.

La soirée est fraîche, la nuit est déjà tombée et je lève les yeux vers le ciel à la recherche de quelques étoiles ou constellations à suivre pour trouver mon chemin au milieu de tout ce merdier. Je ne repère qu'un point lumineux et c'est visiblement la loupiote d'un avion. Autant dire que je suis paumée jusque dans mes métaphores. Adossée au mur, je prends soudain conscience des larmes qui coulent sur mes joues lorsque le vent se lève et balaye mon visage. J'avais pourtant juré de ne plus pleurer pour lui, mais force est de constater que je ne guéris vraiment pas. Et merde, je suis ridicule... je chasse mes larmes d'un geste rageur et sursaute en entendant la voix de Calixte.

Il est là, adossé au mur lui aussi, sous une petite lanterne qui dessine un halo au-dessus de son visage et lui donne un air d'ange. Je me surprends à le trouver véritablement beau, plus encore que le type séduisant que j'ai rencontré une semaine plus tôt au musée, plus également que le pédagogue soucieux de l'apprentissage des enfants... la douceur de ses mots chasse le sanglot qui m'étreint la gorge depuis quelques minutes et j'esquisse un sourire peu convaincu.

Mon père a fuit sa famille avant la naissance de mes frangins... il n'a jamais voulu nous dire pourquoi, mais il était en désaccord avec les traditions familiales alors il a fichu le camp. Il a toujours eu à cœur de... disons... d'encadrer une liberté totale pour ses enfants. Alors que je lui ai dit que je voulais faire de la musique, il m'a fait jurer de toujours y mettre mon âme et mes tripes.

Pourquoi est-ce que je lui confie tout ça, hin ? Il n'a pas à le savoir, et peut-être même qu'il n'en a rien à cirer mais... après des années à me taire et à refuser de parler de tout ça, je me rends compte que j'ai besoin de partager mon fardeau, besoin d'en parler et même s'il préfère garder le silence, il m'aura peut-être un peu écoutée.

Merci...

Son unique et laconique commentaire me suffit car sa sincérité sonne juste à mes oreilles. Il a aimé et c'est tout ce qui compte. Lorsque je le regarde à nouveau, mon sourire se fait plus franc.

Disons que la maîtrise de l'alto ne fait pas partie de mes talents, à mon grand regret...

J'ai soufflé ça avec amusement mais c'est une invitation. Une invitation à ce qu'il m'apprenne ce qu'il sait, à le découvrir, à apprendre à le connaître davantage car j'apprécie sa présence à cet instant. Là où j'opte généralement pour l'agressivité et la fuite dans ce genre de situation, j'ai envie de me blottir dans ses bras et de m'abandonner à son étreinte. C'est idiot et je ne dois pas, je le sais bien mais... c'est difficile de résister dans une situation pareille. Alors je l'écoute, en silence, et serre les poings en me retenant de lui hurler qu'il ne sait pas ce que c'est que de grandir en ayant le sentiment d'être responsable de cette absence et de vivre en ne sachant pas ce qu'il s'est passé. Mais ça ne servirait à rien d'autre qu'à le braquer, à me braquer et à mettre un terme à une soirée qui s'annonçait pourtant si bien. De toute manière, il a l'air de lire dans mes pensées lorsqu'il se rattrape et s'excuse. Penaude, je me mords la lèvre et fais un pas dans sa direction, les yeux rivés sur mes chaussures.

Je ne sais pas ce qui est le pire moi non plus... disons que son absence rend sa présence passée toxique mais j'imagine que par bien des aspects, il vaut mieux qu'il ne soit plus là plutôt qu'il ne me pourrisse la vie.

Je lui ai confié bien des choses, ce soir, mais je ne peux me résoudre à lui dire qu'en réalité, mon père est bel et bien un fantôme et qu'il n'existe aucune trace de son existence en dehors des souvenirs de ceux qui l'ont connu. Officiellement, il est mort...

Et je... je suis désolée que tu aies toi aussi à subir l'influence d'un père que tu voudrais différent. C'est drôle, ça nous fait un paquet de points communs, en fait..., j'ajoute dans un petit rire pour détendre l'atmosphère.

Je relève les yeux vers Calixte, souris avec un peu plus de conviction et croise les bras pour me protéger un peu du froid. La curiosité me pousse à me demander pourquoi ce fils d'aristocrate si propre sur lui, si lisse, si parfait parle ainsi de son père et me demande alors si c'est si beau, la vie d'un garçon de haute société. Est-il un aîné sur les épaules de qui repose l'honneur de la famille ? Bien sûr, que j'ai envie de savoir, mais je ne me sens pas suffisamment légitime pour lui demander plus de détails. Au lieu de cela, j'ignore les signaux d'alerte que m'envoie mon instinct de survie et franchis les derniers mètres qui nous séparent pour le rejoindre sous la lanterne. Ce n'est pas du gui mais hè... on n'est pas non plus à Noël. La main qu'il m'a tendue un instant plus tôt, je la saisis, y glisse mes doigts gelés et lève le visage vers celui qui a pris la peine d'écouter mes sanglots d'enfant perdue. Ils sont beaux, ses yeux, lorsque je me perds dedans et elle érafle ma peau, sa barbe, lorsque j'y pose mon autre main. Pendant un instant, je jauge sa réaction, m'attends à ce qu'il me repousse puis, doucement, me hisse sur la pointe de pieds pour embrasser du bout des lèvres ce si beau sourire. Il est bien plus doux, bien moins empressé que les précédents, ce baiser... bien moins alcoolisé aussi. Mes doigts glissent jusqu'à ses cheveux, mes yeux se ferment et je fais odieusement durer ce baiser pour ne pas rompre le contact. C'est à contrecœur que je m'écarte, pose une main sur son torse et lui jette un regard faussement désolé.

Désolée... je sais qu'on avait dit pas de fausses idées, rien... mais c'était spontané et...

Et quoi, Pandora ? Tu avais besoin de ça ? Besoin d'embrasser un type que tu as sûrement mis mal à l'aise ou qui va te traiter de folle furieuse ? Étrange car pour le moment, nous sommes toujours sous la lanterne, serrés l'un contre l'autre et je n'ai vraiment pas envie de rentrer ni de partager la présence de Calixte avec qui que ce soit d'autre. Mais il faut pourtant bien rentrer... Car il a l'air d'avoir froid et, ignorant tout de la phobie qui doit lui pourrir l'existence, je ne remarque pas que c'est en réalité la terreur qui lui fait à ce point plisser le front.

Tu as raison... rentrons...

Je m'écarte mais ma main reste nichée dans la sienne lorsque je l'entraîne à nouveau à l'intérieur du bar. Au calme et au froid de la terrasse succède l'étouffante chaleur d'une piste de danse ou fête et musique sont à l'honneur. Je décide de chasser de mon esprit l'épisode de mélancolie qui a bien faillit nous pourrir la soirée et fais signe à Calixte de me suivre jusqu'à la piste de danse. Après tout, comme il dit, nous avons une danse à honorer !

Toi qui dois savoir danser la valse, la jig ne devrait pas trop te dépayser !

Je lui fais un clin d'œil et nous voilà de nouveau partis dans une danse effrénée et rythmée par les claquement de nos talons sur le sol. Il ne nous faut finalement qu'une ou deux ritournelles pour oublier ce qu'il vient de se passer et céder à nouveau au rire.

Quelques heures plus tard, ce ne sont ni la fatigue ni les ampoules aux pieds qui nous font quitter la piste mais bien Artur qui nous chasse pour pouvoir fermer son bar pour la nuit. Oups... je n'ai vraiment pas fais attention à l'heure et en jetant un œil à mon téléphone, je me rends compte qu'il est presque deux heures du matin et me fais la remarque que j'ai bien fait d'envoyer un message à Marcus pour chaque heure passée dans le bar. Au moins, il ne pourra pas me reprocher de ne pas l'avoir prévenu, cette fois ! Lorsque nous nous retrouvons à nouveau sur la terrasse et qu'Artur verrouille la porte derrière nous, ma main n'a pas quitté le refuge de celle de Calixte. Seulement, cette fois, lorsque je m'avance vers la ruelle par laquelle nous sommes arrivés, je sens une résistance derrière moi. Fronçant les sourcils, je me tourne vers Calixte le trouve figé au milieu de la terrasse, le visage livide. Inévitablement, c'est l'inquiétude qui prend le dessus.

Cal ? Est-ce que ça va ? Tu es tout pâle...

Bon sang mais qu'est-ce qu'il a ? Trop de danse, trop d'alcool et il a envie de vomir ? J'ai presque envie de lui mettre une petite claque en lui sortant une vacherie mais son expression me fait finalement plus peur qu'autre chose. Mon regard se fait interrogateur, je me rapproche et pose ma main libre sur son bras. Que se passe-t-il ?
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Jeu 17 Mai - 22:14

 
   

Don't fight it, it's coming for you, running at ya

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De toute évidence, à mentionner ainsi le père de Pandora - qu’elle avait introduit dans la conversation un peu plus tôt, pourtant - Calixte avait fait une erreur. Une véritable erreur, dont il n’était pas responsable, mais qu’il regrettait malgré tout. Comment aurait-il pu savoir que c’était à ce point un sujet sensible ? Comment aurait-il pu même deviner cette amertume crachée en quelques mots, ces reproches et cette rancune contre un père absent, un père qui, selon les dires de la violoncelliste, ne lui avait rien laissé, rien laissé d’autre qu’un peu de musique, beaucoup de colère et une voix aussi pure que chargée d’émotions ? Calixte n’était pas omniscient, Calixte n’aurait rien pu deviner de tout cela. Et pourtant, en la voyant quitter la pièce d’un pas vif, d’un pas qui tenait à ne surtout pas croiser ses prunelles, il regretta, vraiment, de ne pas avoir pu anticiper tout ça. Pendant de trop longues secondes, transformées en minutes évaporées dans un soupir, il oscilla, il hésita, il dérapa, se rattrapa de justesse, avant de plier aux exigences de son éducation qui réclamaient de sa part un peu de politesse, de bienveillance et d’inquiétude pour Pandora. Calixte se le répéta intérieurement : ce n’était nullement parce qu’il se souciait d’elle qu’il allait la rejoindre, c’était uniquement parce que c’était ce que l’on attendait de lui, parce que c’était ce qu’il devait faire et peu importait, au final, l’affection naissante qu’il pouvait avoir pour une amie, une amie à laquelle il ne verrait aucun problème à offrir son corps, ses bras et son lit, mais une amie, et uniquement une amie.

Pas ralentis par la nuit tombée, Calixte trouva refuge sous un des éclairages qui avait le double intérêt de l’aveugler suffisamment pour qu’il ne distingue que fort peu l’obscurité environnante, mais également de le garder dans une zone où il pourrait contenir la panique qui croissait à chaque seconde passée à l’extérieur, à s’imaginer devoir rentrer, à pied, chez lui, sans pouvoir exiger de Leopold qu’il vienne se perdre dans un lieu malheureusement inaccessible aux véhicules. Le cadet Seymour se contraignit à la lucidité : il n’avait pas à y songer pour le moment. Sa priorité, devait rester la silhouette devant lui. Et ce qui venait de se produire, le faux pas qu’il avait fait sans le vouloir, les conséquences qu’il avait eues… Prenant son inspiration, il se donna l’impression de sauter dans le grand bain lorsqu’il rompit l’immobilité du silence, d’une voix douce qui le surprit. Mon père a fuit sa famille avant la naissance de mes frangins... il n'a jamais voulu nous dire pourquoi, mais il était en désaccord avec les traditions familiales alors il a fichu le camp. Il a toujours eu à cœur de... disons... d'encadrer une liberté totale pour ses enfants. Alors que je lui ai dit que je voulais faire de la musique, il m'a fait jurer de toujours y mettre mon âme et mes tripes. Un sourire s’étira sur ses lèvres, un sourire rieur à l’idée d’un Papa en désaccord avec les traditions familiales, d’un Papa lui offrant la liberté totale de pouvoir faire de sa vie ce qu’il souhaitait qu’elle fusse… Un sourire songeur, qui le poussa à se perdre dans son égoïsme latent, et une jalousie mordante qui couvait constamment, deux sentiments qui lui permirent de reprendre une distance secourable, de mettre autant de légèreté que de sobriété dans ses mots. Merci... Son regard se voulut complice, distant mais complice : il s’embrasa lorsqu’elle saisit la perche qu’il lui tendait, celle de l’humour désinvolte pour désengager une situation de crise.

Parce que oui, le coeur qui battait à tout rompre dans sa poitrine présentait toutes les caractéristiques d’une situation de crise.

Disons que la maîtrise de l'alto ne fait pas partie de mes talents, à mon grand regret... Dans un éclat de rire, à l’expressivité exagérée, Calixte secoua la tête, souffla les mots exacts qu’elle lui avait rétorqué un peu plus tôt dans l’après midi : Oh, tu sais, ce genre de maîtrise vient de l’expérience. Je pourrai t’apprendre, si tu veux, qu’il confirma d’un clin d’oeil et d’un sourire mutin. Comme elle un peu plus tôt. Pour rester dans le distant. Pour rester dans le maîtrisé. Pour se tenir loin d’un nouveau dérapage. Vain souhait : sitôt qu’il reprit, toujours rongé de jalousie, toujours hanté par sa dernière visite à Maiden Bradley, Calixte retrouva son égoïsme, encore. Et sentit aussitôt, une fraction de seconde avant de faire marche-arrière, que ce n’était pas une bonne idée : elle avait serré les poings, son regard s’était durci ; il recommença à respirer en la voyant se détendre sous ses excuses. Et s’approcher, enfin. Je ne sais pas ce qui est le pire moi non plus... disons que son absence rend sa présence passée toxique mais j'imagine que par bien des aspects, il vaut mieux qu'il ne soit plus là plutôt qu'il ne me pourrisse la vie. Et je... je suis désolée que tu aies toi aussi à subir l'influence d'un père que tu voudrais différent. C'est drôle, ça nous fait un paquet de points communs, en fait... Son petit rire, Calixte s’en saisit pour ne pas avoir à renchérir, pour clôturer une discussion trop dérangeante à son goût, puisque parler de Papa en des termes aussi francs n’était pas acceptable hors du cercle de l’intime, puisque parler de son père, à elle, ne semblait également pas être toléré. C’est drôle oui Et plus que drôle, c’était dangereux.

Aussi dangereux que de rester dehors la nuit tombée, aussi dangereux que cette obscurité et ce vent qui sifflait, qui enflait, qui le glaçait et le projetait à cet instant, cet instant maudit, où il allait devoir ressortir du bar, sans avoir assez bu pour transformer sa peur et son angoisse en quelque chose de gérable. A cette pensée, à ce coup d’oeil maladroit en direction de la ruelle, Calixte se sentit flancher, manquer de tomber dans l’une de ces crises de panique qui le prenaient en traître dans de pareilles situations, articula difficilement, d’une main tendue, qu’ils valaient mieux qu’ils rentrent maintenant. Elle saisit sa main, Calixte eut un soupir de soulagement. Elle effleura sa barbe, Calixte perdit son souffle. Elle se hissa sur la pointe des pieds, comblant cette poignée de centimètres qui les séparaient, Calixte entendit tonner à ses oreilles les alarmes et les alertes, ces voyants qui se parèrent d’un rouge écarlate. Elle l’embrassa. Et Calixte se sentit mourir un peu.

Il devait la repousser. C’était si simple, si facile. Il ne s’agissait que de poser ses mains sur les épaules de Pandora, d’exercer une petite pression. De rire, aussi, de lui répéter, aussi, qu’elle n’avait pas à piétiner ce qu’ils avaient pourtant mis au clair. C’était si simple, si facile. Il pouvait détourner la tête, pour que ses lèvres se perdent sur sa joue, il pouvait esquiver, la laisser en plan, il pouvait mettre fin à tout ça, rapidement. Il pouvait, et il devait, Calixte. Mais il en fut tout simplement incapable, il en put que se perdre dans la douceur, dans ces bras qu’il referma autour d’elle, comme pour l’inviter à continuer. Il devait la repousser, il aurait dû la repousser, mais Calixte ne put s’y résoudre, et préféra se perdre dans des justifications. Il était terrifié par la nuit, il n’y avait aucune ambiguïté entre eux, ce n’était pas la première, ce ne serait pas la dernière, c’était exceptionnel, c’était elle qui avait fait le premier pas, c’était elle qui en avait besoin, il ne l’encourageait pas, c’était… Elle s’écarta, Calixte rouvrit les yeux, se mordilla la lèvre. Et se sentit mourir un peu plus encore de se dire qu’il n’aurait pas dû, vraiment pas dû, se jeter dans ce petit jeu stupide. Désolée... je sais qu'on avait dit pas de fausses idées, rien... mais c'était spontané et... D’un geste de la main, il balaya ses excuses : Pandora n’avait pas à s’en faire, il s’en était trouvé une bonne douzaine de son côté. Et ça ne veut strictement rien dire. Même si tu sais sacrément bien t’y prendre. Il se mordit une nouvelle fois la lèvre, coeur affolé. Coeur ficelé. Coeur qu’il prit le temps de ne pas écouter davantage. Calixte ne savait pas exactement comment réagir, mais il savait que même rester silencieux, immobile ou les yeux rivés sur l’obscurité de la place, c’était déjà une réaction. Et que ce n’était pas la bonne. Autant rentrer, autant retrouver l’atmosphère du pub, la musique, autant s’évader à nouveau. Tu as raison... rentrons... Calixte se fendit d’un nouveau sourire, jeta un dernier regard anxieux en direction de l’extérieur, retrouva avec jouer la musique. La sécurité des lumières. Et la fraîcheur d’une bière. Retrouva de quoi se changer les idées : Toi qui dois savoir danser la valse, la jig ne devrait pas trop te dépayser !

Elle ne l’avait pas dépaysé, ça non, bien au contraire, elle n’avait pas manqué d’avoir l’effet désiré, de lui changer les idées et de le pousser à mettre de côté un baiser mal interprété, une sensibilité exacerbée, des confidences échangées. Elle n’avait pas manqué de l’aider à faire passer le temps, de faire à nouveau claquer ses talons sur le sol, d’observer toute l’adresse de Pandora et cette complicité – grand Dieu – cette complicité entre eux qui allait croissante et qu’il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à enrayer, à contrôler. Était-ce possible d’à ce point s’en vouloir d’être heureux ? Était-ce possible d’être bête au point d’oublier ses réserves, d’oublier de garder le contrôle et de se laisser aller, dans des discussions et des rires à n’en plus finir, dans des danses qu’il ne connaissait pas mais qu’il apprenait à connaître avec joie, et adresse ? Quand l’heure vint de quitter la piste de danse, pour laisser les musiciens se reposer, quand l’heure vint de quitter le pub, mis à la porte par le tenancier, Calixte avait mis de côté ses doutes, définitivement. Il avait cessé de réfléchir, pour ne se concentrer que sur la discussion, que sur la danse, et il ne pensait même plus à cette main lovée dans la sienne, cette main qu’il aurait peut-être dû refuser. Il ne pensait même plus à…

La nuit.

Calixte s’immobilisa, le souffle coupé, comme s’il venait de se prendre un coup dans le plexus solaire – et connaissant parfaitement l’effet que cela pouvait faire, il se sentait totalement légitime à faire cette comparaison. Immobile, il sentit Pandora s’écarter, il crispa par réflexe ses doigts autour des siens, peu enclin à la laisser partir. Peu enclin à se retrouver seul, là, alors que les éclairages s’éteignaient peu à peu, alors qu’il devait lutter pour ne pas supplier Artur de laisser un ou deux lampions d’allumés. Juste pour… le dernier s’éteignit, Calixte dut prendre son inspiration. Il pouvait contrôler, vraiment. Il connaissait la ville, il en connaissait les bruits, il n’était pas seul et ce point là, ce dernier point, était particulièrement décisif. Cal ? Est-ce que ça va ? Tu es tout pâle... Il détourna les yeux le temps de souffler, d’endiguer cette crise de panique qui le titillait, qui pressait contre ses tempes, contre sa cage thoracique, presque rendue douloureuse par les sanglots qui commençaient à s’y loger et qu’il ne pouvait pas se permettre. Quel idiot avait-il fait, à ne pas anticiper cet instant. Quel idiot faisait-il encore, à ne pas pouvoir passer outre sa terreur, à ne pas résister à ces sursauts qui le prenaient aux crissements de pneus sur l’asphalte d’une rue parallèle. Quel plus grand idiot qu’il fit encore, lorsqu’un chat miaula un peu plus loin et qu’il perdit, une fraction de seconde, toute capacité à respirer. Qu’est-ce qu’il allait bien ? S’il était tout pâle ? Il eut un petit rire, un rire anxieux. Et se souvint qu’il était Henry Calixte Seymour, et qu’il n’avait pas – pour l’amour du ciel – à se comporter de manière aussi ridicule. Il se fendit d’un sourire crispé. Juste la fatigue, je pense. Piètre mensonge. Il désigna d’un mouvement vif du menton, la rue, plus loin. De l’autre côté de la ruelle. Comment rentres-tu chez toi ? Je vais… je vais appeler mon chauffeur, tu voudras qu’il… tu voudras qu’il te ramène ? Ses doigts serrèrent ceux de Pandora. Il se força à avoir l’air détendu, sachant pertinemment que plus il prendrait sur lui dans les minutes qui venaient, plus il allait avoir besoin de décompresser, parvenu en sécurité à la résidence de sa famille. Une certitude qui le poussa à souffler, presque honteux : Mais si tu veux, tu peux dormir à la maison.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Lun 21 Mai - 16:32


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Je me suis sentie rougir lorsqu'il a repris mes mots à la lettre dans un sourire malicieux. Je me suis sentie rougir parce que dans cette poitrine que je pensais hermétique au sentiments, il y a un cœur qui vient de marquer une sursaut et une accélération incontrôlable : j'ai envie qu'il m'apprenne l'alto. Pas seulement pour la beauté de la musique, pas pour le plaisir de changer d'instrument, mais pour partager quelque chose avec lui. Je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite, mais j'ai envie de vivre ce genre d'instant avec Calixte et je refuse d'admettre ce que cette envie, que j'espère passagère, peut bien vouloir dire. Cette envie naissante d'apprendre à le connaître alliée à la détresse que j'éprouve m'ont poussées à saisir sa main, à me rapprocher, à détruire le dernier rempart sécurisant qui nous sépare, à monter à l'assaut et à laisser libre court à ce que je veux à cet instant : l'embrasser. Montrer dans un geste doux et presque timide une affection que je refuse de verbaliser parce qu'elle impliquerait trop d'engagement. Sous ses mains, je me suis raidie puis, lorsqu'il m'a prise dans ses bras, me suis pleinement laissée aller à son étreinte.

Je n'aurais pas dû. Nous n'aurions pas dû. Mais il n'y a eu ni contrainte ni regret dans nos regards lorsqu'ils se sont croisés, juste la gêne de se dire qu'en effet, c'était une bêtise, mais que nous l'avons tous deux savourée. L'excuse qu'il nous trouve me rassure et, dans un sourire, je lui fais un clin d'œil. Ça ne veut rien dire, non. Pourquoi ça pourrait vouloir dire quelque chose, hin ? Ce n'était qu'un baiser, un seul et unique baiser, ça ne veut rien dire. Rien. Alors pourquoi ai-je besoin de me rassurer ainsi ? Qui pourrait croire que ce baiser vient probablement de sceller le début d'une belle histoire mais surtout le commencement des ennuis à la pelle ? C'est avec l'innocence de deux adolescents que nous regagnons le bar, main dans la main, pour oublier ce qu'il vient de se passer en quelques pas de danse.

C'est avec la même innocence que je sors du bar, alors que la panique enfle dans l'esprit de Calixte, et c'est avec inquiétude que je m'arrête pour contempler son visage soudain bien trop pâle pour que ça soit normal. J'ai même soudain l'impression qu'il va faire un malaise, tant il tremble. Peut-être est-ce dû au fait que nous avons bu, dansé, mais pas mangé ? Le voilà qui m'affirme que c'est la fatigue et mes sourcils se froncent davantage. Ça, c'est ce qu'on appelle un mensonge. Seulement, je n'ai ni la légitimité, ni le temps de lui demander pourquoi il me ment car déjà, il désigne la ruelle du menton. J'acquiesce, lâche sa main pour partir en expédition dans mon sac à main et en extirpe une petite lampe de poche que l'allume afin que nous évitions de nous casser la figure en regagnant... merde, en regagnant quoi ? À la question de Calixte, je me sens soudainement très bête. Je suis venue en métro, pas en voiture... et la perspective de me faire les kilomètres séparant Newcastle de Killingworth à pieds avec mon violoncelle sur le dos ne me motive absolument pas. Avant que je ne puisse m'en rendre compte, ma main est de nouveau lovée dans celle de Calixte et je me tourne vers lui avec un air un peu penaud.

Je... je veux bien que tu me raccompagnes, oui. J'avais totalement oublié le détail du retour, il faut croire qu'on s'est un peu trop amusé !

Oups, je n'aurais pas dû dire ça... on a dit distance, sobriété, tout ça... pas de sentimentalisme, Pandora ! Réfléchissant rapidement à la situation, je coince la lampe de poche entre mes lèvres, attrape mon téléphone et commence à envoyer un message à Marcus pour lui dire que comme prévu, je rentre tard. Un message toutes les heures, il a dit ! Seulement, la dernière remarque de Calixte m'interrompt au moment où je m'apprête à envoyer le message et je me tourne vers lui, avec l'air probablement ridicule d'un poisson hors de l'eau qui aurait gobé une lampe torche. J'efface le message sans m'en rendre compte, reprends la lampe et le regarde sans trop savoir quoi répondre. C'est lui qui m'a dit de ne pas me faire d'idées, lui qui a le premier parlé de distance... est-ce un test ? Une question piège pour me jauger ? Si je réponds oui, est-ce qu'il va me laisser là, toute seule, en me disant que je suis vraiment naïve ? Merde... son air de chaton triste et son sourire vont m'achever avant la fin de la soirée, je pense. En effaçant le texto pour Marcus, ma décision était déjà prise : j'ai envie de le suivre, envie d'accepter sa proposition, même si nous savons tous les deux que passer la nuit ensemble – qu'il se passe quelque chose ou non – signifie que nous allons prendre un rythme, une routine dangereuse pour lui comme pour moi. Et pourtant...

Oh heu... maintenant que tu le dis, ça serait irresponsable de ma part de te laisser tout seul alors que tu es tout pâlot !

J'esquisse un sourire qui se veut amusé mais qui est plus crispé qu'autre chose. Ce que je suis en train de faire ? Une connerie mais bon... quitte à y plonger, autant y aller à deux ! On sait tous les deux comment ça va se passer, comment ça va se finir et je n'aime pas du tout ce sentiment de joie qui m'anime. Pas que j'adore être malheureuse, ça serait du masochisme, mais le fait que je suis aussi contente qu'il me le propose me prouve une chose : en une poignée d'heures, je me suis bien plus attachée à lui que je ne l'aurais cru. Et merde... y a un petit voyant lumineux « danger » qui vient de s'allumer dans mon esprit et ça ne me plaît paaas ! Pour rompre cet instant un peu bizarre, j'entraîne Calixte en direction de la ruelle et, à mesure que nous nous en approchons, je le sens ralentir et tirer sur mon bras. Et bien quoi ? Il a peur qu'un type surgisse de derrière un mur pour nous demander notre téléphone ? Si ça sent le vécu ? Un peu. Ça m'est arrivé une fois à la Londres. Un type m'a demandé mon sac, sans savoir qu'il s'agissait en réalité d'un gaufrier. Autant dire qu'il a dû garder longtemps la marque de l'appareil sur la figure. Du faisceau de ma lampe de poche, j'éclaire le sol de la ruelle devant nous et lève soudain les yeux vers le ciel. Dans cette partie de la ville un peu moins éclairée, on repère bien mieux les étoiles et une fois arrivés au bout de la ruelle, je désigne le ciel du doigt.

Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer tous les tableaux marins et livres sur les navires qui trônent dans ta chambre... toi qui dois t'y connaître en navigation, tu sais ce qu'on a au-dessus de nos tête ?

On m'a toujours dit que pour se repérer, un bon marin a besoin d'un compas et des étoiles. Au-dessus de nous, je distingue sans peine la grande ourse, mais c'est bien la seule que je sois capable de reconnaître. Je connais bien deux ou trois noms d'étoiles, mais ça s'arrête là, et comme j'ai l'impression que Calixte est tendu comme un arc, autant tenter de le détendre un peu en attendant son chauffeur. Si l'espace qui nous entoure est plongé dans une obscurité angoissante tout juste éclairée par le faisceau de ma lampe de poche, le ciel est, quand à d'une clarté remarquable. La lune forme un beau croissant et des dizaines d'étoiles brillent au-dessus de nous avec une violence majestueuse.

Oh tiens ! Cette constellation là, c'est quoi déjà ? Ce n'est pas Orion ? Je suis tellement mauvaise à ce jeu-là...

Tellement mauvaise que c'est le Taureau que je lui désigne. Pourtant, ce petit jeu consistant à énumérer chaque boule de lumière présente au-dessus de nos têtes à le mérite de faire passer le temps et je sens petit à petit Calixte se détendre à mes côtés. Bon il n'en est pas non plus au stade de la guimauve, mais lorsque je tourne les yeux vers lui, il est moins pâle et surtout inarrêtable dans son discours. Dans la voiture, les explications se poursuivent, s'enchaînent, les éclats de rire aussi et je me tais la plupart du temps pour le laisser m'abreuver de connaissances auxquelles je n'aurais jamais songé mais qui, dispensées avec autant de passion, me semblent soudain indispensables.

Lorsque nous arrivons devant la « maison » de Calixte – qu'il conviendrait de renommer manoir, domaine, truc immense avec bien trop de couloirs pour être précis – on nous attend sur le perron. Un majordome à la droiture exemplaire s'empresse de venir ouvrir la portière de Calixte tandis que le chauffeur se charge de la mienne puis, une fois à l'intérieur, je me retrouve comme une idiote devant un majordome qui tend la main vers moi. Ne sachant pas quoi faire, je la lui serre. Je sens son corps se raidir et le voit froncer les sourcils, me toiser de haut en bas et répliquer dans un souffle quelque peu dédaigneux.

Votre manteau, miss ?

Ah... ok... c'était ça qu'il voulait. Super. Je me suis ridiculisée et je n'ose même pas regarder Calixte qui doit être en train de se payer ma tête à cet instant. En tout cas, son majordome est aussi aimable qu'une porte de prison. Pour la peine, je vais le renommer Igor parce qu'il à tout – à l'exception de la bosse – du serviteur de roman d'épouvante. Je lui tends donc mon manteau puis croise les bras en faisant ostensiblement la tête. Pour qui il se prend, non mais ? Ce n'est pas parce que je n'ai pas mangé ma bouillie d'enfant dans ses assiette en porcelaine que je suis une pouilleuse, non ? Lorsque nous nous retrouvons seuls, j'ose à peine regarder Calixte.

Ça m'énerve de me sentir aussi étrangère à tout ça... j'ai l'impression d'être débile...

Et ce n'est qu'après avoir prononcé tout ça que je me rends compte que je n'ai pas fait que le penser. Je me force à sourire, m'approche de Calixte lui jette le regard le plus innocent qui soit.

Bien bien bien, monsieur le prince de ces lieux... me montrerez-vous mes appartements ou dois-je les chercher moi-même ?

Et par mes appartements, j'entends bien sûr les siens. Qu'il ne me fasse pas croire qu'il s'attendait à faire chambres séparées parce qu'on a encore des tas de trucs à se dire ! D'un geste, je viens chercher le contact de sa main et le tire vers moi en direction de l'escalier.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mar 29 Mai - 23:13

 
   

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Calixte s’immobilisa. Percuté en pleine face par l’obscurité extérieure, induite non seulement par les ombres imposantes des bâtiments, par la nuit tombée depuis bien trop d’heures, par ces nuages qui masquaient sporadiquement le ciel et ses étoiles, mais également par l’absence de luminaires, par l’intimité de la petite place, par le côté confiné de l’ensemble. Calixte s’immobilisa, et la légèreté de la soirée qu’il venait de passer s’envola, s’évapora, disparue complètement sous la panique. Brutale. Sa main lovée dans celle de Pandora, serrée, crispée, pour qu’elle ne le lâche pas ; réflexe d’enfant, réflexe qu’il ne savait toujours pas combattre. Est-ce qu’il allait bien ? La voix de la violoncelliste le força, le poussa, le contraignit à se reprendre, à gérer l’angoisse, croissante, à déglutir péniblement et à rester droit, quand tout le pousser à s’effondrer, à aller se recroqueviller sous les résidus de lumière et se rouler en boule dans un coin, en priant pour que le temps se dilapide en quelques respirations et que personne ne le voie. Dans des moments comme celui-là, Calixte avait à nouveau cinq ans, à nouveau six ans, à nouveau sept ans ; dans des moments comme celui-là, il était à nouveau cet enfant terrifié qui voyait en chaque ombre, sitôt la nuit tombée, une menace horrifique. Il n’avait jamais cessé de l’être, il avait juste appris à s’enivrer suffisamment pour ne plus les voir, il avait juste appris à masquer l’être par le paraître, avec le succès que l’on connaissait. Mettant le trouble induit par le surnom, naturellement venu aux lèvres de Pandora, sur le compte de sa panique, il détourna les yeux, chercha un peu de volonté pour ne pas tituber. Ce n’était pas qu’il avait honte de sa phobie, Cyrus ne lui avait-il pas répété trop de fois que les phobies étaient irrationnelles par définition ?, c’était qu’il connaissait trop bien Papa et ses attentes pour savoir que même s’il n’avait pas pu guérir son fils de cette terreur enfantine, même s’il avait fini par ne même plus essayer de le faire, il ne l’acceptait pas. Ne le tolérait pas. Et tout comme il n’était pas bon que l’on sache l’état véritable de la relation entre les deux frères Seymour, il n’était pas bon que sa terreur ridicule se fasse connaître. Et il devait prendre sur lui.

Quitte à se laisser imprégner de terreurs, quitte à laisser son imagination se charger d’image, faire le plein d’objets à mettre en scène dans des cauchemars. Quitte à… Calixte inspira. Justifia son malaise par un sursaut de fatigue dans un sourire crispé, un sourire qui ne reçut en réponse qu’un froncement de sourcils éloquent de la part de Pandora, qu’il choisit d’ignorer sans plus de cérémonie. Pour abréger tout ça, pour ne pas empirer sa situation. Calixte, désignant d’un mouvement de tête la sortie de la ruelle, les voitures passant de l’autre côté dans la lumière semi-rassurante des feux. Il était plus que temps de rentrer, de mettre fin à tout ceci. Et puisque Calixte allait appeler sans tarder Leopold... si elle n’avait pas vraiment envisagé de solution pour le retour, autant qu’il en profite pour faire un détour. Je... je veux bien que tu me raccompagnes, oui. J'avais totalement oublié le détail du retour, il faut croire qu'on s'est un peu trop amusé ! Calixte lui offrit un nouveau sourire crispé. Distant. Elle avait sorti une lampe de poche pour s’éclairer et si sur le coup, ça avait un peu dénoué le noeud dans sa poitrine, les mouvements vifs qu’elle faisait avec pour sortir son portable créaient des ombres, créaient des gestes, créaient des créatures sans nom, créaient des terreurs…

Si Pandora n’avait en rien respecté leur contrat de distance en l’embrassant plus tôt dans la soirée, Calixte ne le respecta pas non plus lorsqu’il s’entendit proposer plus que de simplement raccompagner Pandora chez elle. Elle pouvait rester dormir chez lui. Parce qu’il ne se sentait pas d’être seul, il pressentait une nuit éprouvante, parce qu’il anticipait des cauchemars, au mieux, une insomnie voire une terreur nocturne, au pire. Quand elle se tourna vers lui, interloquée, Calixte envisagea de faire marche arrière. Mais trop fier, ou trop peureux, il ne put que se taire. Tenter de conserver un visage faussement détendu, de celui qu’il pouvait offrir à la presse, aux invités, à toute personne, quand il affirmait être un soutien pour Edward. Oh heu... maintenant que tu le dis, ça serait irresponsable de ma part de te laisser tout seul alors que tu es tout pâlot ! Autant pour l’apparence, un soulagement se perdit, Calixte voulut transformer le tout en une farce des plus plaisantes, mais son rire sonna faux, et fort, quand il le força à se former dans sa gorge. Complètement irresponsable, ce serait de l’ordre de la non assistance à personne en danger. Et tout en parlant, il s’empressa de baisser les yeux sur l’écran de son propre téléphone, se concentrant sur les numéros qui défilèrent, s’arrêta sur celui de Leopold, auquel il envoya non seulement un viens me chercher mais également sa localisation GPS. Pour être le plus précis possible. La réponse lui parvint dans les secondes qui suivirent, Calixte envisagea de transformer à présent son téléphone en lampe de poche, mais préféra le ranger pour se rapprocher du faisceau de celle, plus puissante, de la musicienne. Et entreprenant de la pousser vers la rue, là bas. Loin de la ruelle. Loin de toute cette horreur. Loin de… Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer tous les tableaux marins et livres sur les navires qui trônent dans ta chambre... toi qui dois t'y connaître en navigation, tu sais ce qu'on a au-dessus de nos tête ?

Plaît-il ? Oh… oui… Suivant le doigt de Pandora, il laissa glisser son regard vers les étoiles, sans parvenir à se repérer dans un premier temps, trop à l’affût de bruits suspects autour d’eux. Oh tiens ! Cette constellation là, c'est quoi déjà ? Ce n'est pas Orion ? Je suis tellement mauvaise à ce jeu-là... Ses yeux fouillèrent l’immensité du ciel, il rectifia presque sans y penser, d’une voix sèche, presque agressive de nervosité : C’est le Taureau. Parce qu’elle n’avait pas tort : il les connaissait, ses étoiles. Celles de l’hémisphère nord brillaient chaque nuit au dessus de son lit, malgré sa veilleuse qui s’allumait au moindre de ses mouvements. Guidant la main de Pandora, s’approchant d’elle, s’arrêtant même, au milieu de la maudite ruelle,se faisant prendre au piège par la diversion, il la corrigea une seconde fois. Orion est là-bas. Tu as ce qu’on appelle le baudrier d’Orion, qui se poursuit vers le Taureau et Aldébaran, son étoile la plus brillante, et… Et Calixte se laissa happer par les étoiles. Celles qu’il observait si peu en temps réel, mais que tout à sa vocation de Lord Nelson, il connaissait presque dans leur intégralité - dans le cas des étoiles des différentes constellations - avant d’avoir fêté ses quatorze ans.

Quand Leopold arriva, s’empressa d’ouvrir la portière dans un regard inquiet, et d’allumer toutes les veilleuses de la voiture, Calixte couvrit Pandora d’un regard reconnaissant. Elle l’ignorait sûrement, mais elle lui avait, par sa discussion, par sa diversion, épargné l’humiliation d’une crise de panique. Une crise de panique qu’il maintint au loin en poursuivant son exposé, sous le regard souriant de Leopold. Rapidement, les feux de la voiture croisèrent les murs de la résidence secondaire des Seymour, rapidement. La portière s’ouvrit, Calixte frissonna sous l’air glacial de janvier, garda les yeux rivés sur le perron, complètement éclairé. Rassurant. Se tourna pour remercier Leop… Stephen ? Leopold était en train d’ouvrir la portière de Pandora et de lui désigner l’intérieur de la demeure. Calixte le retint d’un geste avant de demander sur le ton de la confidence. Leopold, que fait-il là ? Est-ce que ça signifie que… Il acquiesça, la question de Calixte resta inachevée. C’est exact monsieur. Votre mère est arrivée dans la soirée, elle dort bien évidemment. Et si je peux me permettre... Regard coulant en direction de Pandora qui considérait, perplexe, un Stephen raide et hautain, comme seul savait l’être celui qui apportait soutien et logistique à Papa et Maman. Si Leopold se fendit d’un sourire devant l’incompréhension de Pandora, Calixte quant à lui préféra froncer les sourcils.

Si Maman avait bien plus de tact, de retenue et de discrétion que Papa, Calixte savait à quoi s’attendre. Et que Maman croise une de ses amantes… si ça ne serait pas une première, Calixte doutait d’apprécier réellement les conséquences. M’enfin : dans un haussement d’épaule, il entreprit de délaisser son manteau dans les mains de Stephen avec le naturel que conférait l’habitude, se tourna vers Pandora lorsqu’il l’entendit murmurer : Ça m'énerve de me sentir aussi étrangère à tout ça... j'ai l'impression d'être débile... Il leva les yeux au ciel, sans commenter davantage. Stephen est très protocolaire, ne fais pas attention à lui, il désapprouve à peu près tout ce que je fais. Et d’un regard noir, Calixte invita Stephen à les laisser. Bien bien bien, monsieur le prince de ces lieux... me montrerez-vous mes appartements ou dois-je les chercher moi-même ?

Regard noir aussitôt envolé. Calixte se sentit comme un grand enfant lorsqu’il l’entraîna dans l’escalier central qui menait aux étages. Tes appartements ? Ah… miss O’Sullivan, j’ai bien le regret de te dire que cette misérable demeure n’est pas suffisamment vaste pour que tu aies tes propres appartements… nous allons… Et il franchit les couloirs qui s’allumaient au rythme de ses pas, pour gommer autour de lui la moindre zone sans lumière, ... à mon grand regret, je te l’assure… Ses doigts glissèrent dans sa poche, extirpèrent les clés de sa suite, de la portion d’étage qui lui était réservée, poussèrent la porte qui dévoila le petit salon ouvert sur sa chambre, et sa bibliothèque. ... devoir nous contenter des miens. D’un mouvement souple,il se défit de sa veste de costume qu’il jeta négligemment sur un fauteuil, tout en fermant la porte derrière eux et en allumant soigneusement tous les interrupteurs pour tenir ses démons au loin. Tu connais déjà les lieux, mais je peux te faire visiter. Sauf si tu préfères dormir tout de suite. Dormir, ou “dormir” ? Calixte lui fit un petit sourire. Je n’ai pas vraiment de pyjama à te prêter. Mais… Il s’adossa au montant de la porte qui donnait sur sa chambre, toujours dans un demi-sourire, alors que dans ses yeux s’agitaient les démons de ses cauchemars. ... les nuits peuvent être chaudes, pas sûr que tu en aies vraiment besoin.

Si c’était une invitation ? Plus que ça. Pendant un instant, ses yeux se mirent à rire, avant d’être à nouveau avalés par la nuit. Et les ombres. Calixte se mordit la lèvre, inspira pour les chasser avant de se redresser et de quitter son support. Pour faire un pas vers elle. On est d’accord qu’on est plutôt clair sur nos attentes, hein ? Que du physique. Et de l’amitié. Et rien de plus. Il fallait qu’il soit sûr, avant de proposer d’aller plus loin, avant de l’embrasser. Histoire de faire taire les sirènes qui hurlaient au naufrage à venir.

Ils étaient d’accord, elle le lui confirma, et Calixte céda. Céda à la tentation de ses lèvres, de son regard pétillant, de l’appel de ses bras, céda devant l’évidence qui se nouait au bas de ses reins, au creux de sa poitrine, depuis quelques heures.

Et quand il s’endormit, finalement, en l’enlaçant, en se perdant dans sa respiration, Calixte songea qu’il allait peut-être éviter les cauchemars, cette nuit. Éviter les hurlements, éviter ces réveils essoufflés, paniqués qui suivaient ces terreurs nocturnes qui n’en finissaient pas malgré ses trente ans presque atteints.

Grossière erreur.

Calixte se débattit, Calixte gémit, Calixte s’agita et pour finir, Calixte hurla. Il hurla brutalement, de cette voix cassée, de ces larmes qui coulaient sans interruption de ses paupières closes, dans des mots inarticulés dans un premier temps, qui mirent quelques secondes à prendre davantage de consistance, comme des suppliques terrifiées. Papa, non, je vous en prie, non ! Son cri s'étouffa de lui-même, sans que les larmes ne se tarissent, il se redressa, pour se recroqueviller sur lui-même sans se réveiller à un seul instant, enfermé dans sa terreur et l'obscurité d'une nuit sans lune, dans des souvenirs d'enfant, dans sa phobie aux crocs étincelants. Papa Je vous en prie ne me laissez pas... Il tremblait, il avait à nouveau six ans, il avait à nouveau sept ans, il avait à nouveau huit ans. Un nouveau gémissement, qui se transforma en cri. PAPA !, un cri qui lui arracha la gorge. Et qui le réveilla, en sursaut, hoquetant. Terrifié.

Calixte ne se souvenait pas, il ne se souvenait jamais. Il restait juste tremblant, le temps que son coeur recommence à battre normalement, à supplier que Maman vienne le prendre dans ses bras pour le rassurer, à craindre qu'elle vienne. Calixte déglutit, en contrôlant difficilement les tremblements qui l’agitaient sans discontinuer. Et rouvrit les yeux pour tomber sur Pandora. Réveillée naturellement. Calixte se passa une main nerveuse sur le visage : ils ne dormaient pas depuis plus de deux heures à première vue.

Je t'ai réveillée ?

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Ven 1 Juin - 11:30


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Je n'ai pas compris sa soudaine angoisse. J'ai juste saisi qu'elle était là, dissimulée sous un mensonge à base de fatigue. Je ne l'ai pas comprise pour la simple et bonne raison que je suis comme le commun des mortels : j'ai du mal à imaginer qu'un adulte de trente ans puisse avoir peur du noir. Ce n'est pas que je risque de m'en moquer si je l'apprends, c'est juste que... la peur du noir, je l'associe à l'enfance et aux monstres qu'on imagine tapis sous le lit. C'est pourtant normal, d'avoir peur. La peur est ce qui nous maintient en vie et nous empêche de foncer tête baissée vers le danger. Dire à un enfant que pour être un adulte accompli il ne doit pas avoir peur, c'est le comble de la bêtise et de l'irresponsabilité. Le souci, c'est quand une peur se change en phobie handicapante. Il n'y a qu'à me voir chez le médecin quand il faut faire une prise de sang ou un vaccin ! Une vraie furie ! Alors j'adopte la même technique que Marcus avec moi quand il faut me traîner de force chez le médecin : j'essaye de détourner l'attention de Calixte. Sur le coup, sa réponse un peu sèche me fait tiquer et je me raidis. Je sais que je suis nulle au jeu des constellations, mais ce n'est peut-être pas une raison pour m'envoyer balader ! Pourtant, il se rattrape rapidement et, guidée par sa main, je finis par repérer le taureau que j'ai pris pour Orion et le chasseur qu'il me désigne un peu plus loin. D'un sourire, je l'invite à poursuivre et à mesure qu'il déroule un discours passionné et passionnant sur les myriades de lucioles qui brillent dans le ciel, je le sens se détendre, assez en tout cas pour qu'il se focalise davantage sur le trajet menant à sa demeure que sur ce qui a bien pu l'inquiéter un peu plus tôt.

Je dois pourtant admettre que l'espace d'un instant, j'ai regretté de l'avoir suivi. Sous le regard hautain du majordome, je me sens terriblement nulle et me retiens de justesse de lui rétorquer qu'il a bien de la chance que des nobles aient encore besoin qu'on leur torche le cul, sans quoi il serait au chômage depuis longtemps. Malgré ce que peut me répondre Calixte, je hausse les épaules avec un air bougon et préfère l'entraîner vers les escaliers, activité autrement plus passionnante ! La contrariété s'efface, laisse place au rire tandis que je me laisse guider dans l'immense bâtisse et tente un air faussement outré.

Pardon ? Tu veux dire que je n'aurai ni mon propre lit, ni ma salle de bain personnelle ? Et bien... Les traditions se perdent, monsieur Seymour !

Je me suis aussi retenue de lui dire qu'avant le mariage, c'est prohibé, mais si ça aurait pu passer en temps normal, je me dis que c'est un peu trop... bizarre étant donné la discussion que nous avons eu plus tôt dans la journée. Je me contente donc de faire le tour du petit salon comme une enfant découvrant un endroit particulièrement merveilleux. Il y a des livres par dizaines, des photos, des souvenirs... l'histoire d'un homme qui se déroule sous mes yeux et que je finis par détourner pour lui lancer un regard amusé.

Je commence un peu à fatiguer, c'est vrai... tu pourras me faire visiter demain ? À la lumière du soleil, ça sera plus agréable, non ?

Aller hop ! Deux sous-entendus en un. Non je n'ai pas l'intention de dormir tout de suite et non je n'ai pas non plus l'intention de m'enfuir comme une voleuse au matin. Sourire aux lèvres, je me mords la lèvre avec un regard amusé.

Pas de pyjama ? Seigneur, je vais donc devoir me coller à toi s'il fait trop froid cette nuit !

Qu'est-ce qu'on doit avoir l'air con, vu de l'extérieur... Alors qu'il s'approche de moi, je tends la main, fais courir mes doigts entre les boutons de sa chemise pour les retirer un à un et finis par relever les yeux vers lui, glisse une main contre sa nuque et murmure un :

Arrête de poser des questions dont tu connais la réponse.

Avant de l'embrasser et de laisser derrière nous nos belles paroles à base de « c'est que de l'amitié, on garde nos distances ». Amitié ça oui mais distances ? Elles étaient faites de paille et de vent, les barrières que nous avons tenté de construire entre nous et il a suffit d'un souffle pour qu'elles disparaissent. Nous n'avons pas l'excuse de l'alcool, cette fois, n'avons même pas l'excuse du « oups pardon, j'ai glissé sur le tapis », il n'y a aucune excuse, rien qui ne justifie ce que nous sommes en train de faire et, sous ses caresses, sous ses baisers, je me répète une chose : ça ne signifie rien. Rien de plus que deux adultes qui ont envie de prendre du bon temps. Ça ne veut rien dire. Je me martèle cette idée dans le crâne comme si j'avais besoin de le prouver à quelqu'un.

La seule personne à qui j'ai besoin de prouver que ça ne signifie rien, c'est moi-même. Et ça craint. Parce que lorsque je m'endors dans ses bras, je suis bien, je ne réfléchis pas à la manière dont je vais pouvoir fuir au matin, je ne reste pas éveillée ni à l'affût du moindre bruit... contrairement à la semaine passée, je me sens en confiance et je sais très bien ce qu'il s'est produit, la dernière fois que ça m'est arrivé. Malgré tout, je laisse le sommeil m'emporter, blottie dans ses bras.

Je dormais d'ailleurs d'un sommeil de plomb, sans rêve, lorsque j'ai eu l'impression de me trouver sur un bateau en pleine tempête. Grognant en tirant la couette vers moi, j'ai fini par me réveiller en sursaut à l'instant où un hurlement déchirant est venu percuter mes tympans. Échevelée, mal réveillée, il m'a fallu du temps pour me souvenir que je ne suis pas chez moi et pas dans mon lit non plus.

Qu'est-ce que c'est ?, je marmonne d'une voix pâteuse.

À la lumière de la veilleuse qui s'est éclairée face à tant d'agitation, mon regard tombe sur un Calixte agité de spasmes et dont les mots noyés par les larmes me nouent la gorge. Paniquée, je pose une main sur son épaule et tente de le réveiller en le secouant doucement.

Cal ! Calixte, réveille-toi ! Tu fais un cauchemar !

Impuissante, je ne peux que continuer à le secouer pour tenter de le réveiller tandis que sans que j'ai à y penser, mes cordes vocales se mettent à vibrer selon une fréquence rassurante et apaisante sous l'effet de ma mutation.

Cal... réveille-toi, tu n'as rien à craindre !

Mais rien n'y fait. Il semble prisonnier d'un cauchemar si terrible qu'il le fait trembler, hurler et pleurer. Et ce n'est ni l'agacement ni la moquerie qui me viennent. C'est la détresse. La panique de le voir ainsi, l'impuissance alors que mes mots restent sans réponse, l'impression qu'il ne se réveillera pas avant de venir à bout du cauchemar qui lui empoisonne l'esprit. Je me penche sur son corps recroquevillé sous l'effet de la terreur et tente de le rassurer, mais c'est à cet instant qu'il se réveille en sursaut, me gratifiant au passage d'un coup de coude dans la mâchoire. Sonnée, je grogne et porte une main à mon menton. J'ai la lèvre inférieure enflée qui saigne, étant donné le goût de fer désagréable que j'ai sur la langue. À tâtons, je cherche la boîte de mouchoirs que je me souviens avoir vue sur la table de chevet et tamponne le sang en grimaçant.

Tu m'as surpris fichu un coup de coude dans la tronche..., je marmonne d'une voix étouffée par le mouchoir.

Je finis par le retirer, effleure ma lèvre du bout des doigts et relève les yeux vers Calixte. Son front est couvert de sueur, ses yeux gonflés de larmes et sa voix brisée par les sanglots. Un coup dans la mâchoire, ça se soigne vite, le traumatisme d'un cauchemar qui vous laisse dans cet état, en revanche. Je m'approche, pose une main sur son bras et dégage de l'autre les cheveux qui lui tombent sur le front.

Est-ce que ça va ? Tu... tu hurlais dans ton sommeil, j'ai essayé de te réveiller et... tu veux en parler ?, je demande d'une voix toujours habitée par une mutation qui tombe vraiment à pic.

Je ne sais pas si en parler est la bonne ou la mauvaise solution. Je sais simplement que je ne peux pas le laisser ainsi sans rien faire. Doucement, je l'attire vers moi, me laisse aller contre les oreillers et cale sa tête contre mon épaule. D'un geste doux et machinal, je caresse ses cheveux pour tenter de l'apaiser.

Est-ce que... est-ce qu'il y a quelque chose qui te fait peur, Calixte ?

La peur, c'est le sentiment que j'éprouve en lui posant la question. Il peut m'envoyer balader, me repousser, tout comme il peut vider son sac, se remettre à pleurer et je ne sais pas si je suis capable d'être un véritable soutien dans un cas comme celui-ci. J'ai souvent été confrontée à ma peur, rarement à celle des autres...
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Mar 12 Juin - 21:49

 
   

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Arrête de poser des questions dont tu connais la réponse. Le sourire de Calixte fut des plus éloquents, alors que sur son torse, il sentait les doigts de Pandora ôter un à un, les boutons de sa chemise. Il ne regrettait en rien sa question, il ne regrettait que le doute qui le taraudait, et l’évidence dans les réponses qu’il avait déjà aux questions qu’il ne cessait de se poser, des questions teintées d’une détestable culpabilité. Celle de se savoir en tort, celle de se savoir faible, celle d’être certain de jouer avec le feu sans avoir le moindre contrôle du brasier, celle d’être en train d’attiser un incendie qui n’aura qu’une seule fin possible, une destruction durable, une catastrophe annoncée, et une brûlure douloureuse, persistante, doublée d’une cicatrice qui n’allait pas pouvoir guérir. Calixte musela ses pensées, les asphyxiant en trouvant les lèvre de Pandora, en cessant de réfléchir, tout simplement, en la laissant le guider, en s’imposant aussi. Plus d’excuses, plus l’excuse de l’alcool, plus l’excuse de l’inconscience, plus aucune excuse pour justifier leur comportement. Une seule et frêle protection se dressait encore : rien que du physique, rien de plus. Une protection dans laquelle il s’enveloppa, encore et encore, pour se murer dans le déni, dans l’aveuglement assumé.

Une protection qu’il trouva dans ses bras, dans son souffle apaisant, dans la sérénité retrouvée, des fantômes et des ombres tenus au loin, maintenus au loin, pour le laisser dormir, pour le laisser respirer. Brièvement, si brièvement… Le cri ne l’arracha pas du sommeil, mais le surprit quelques heures à peine après avoir réussi à embrasser Morphée. Le cri ne l’arracha pas du sommeil, l’enferma bien au contraire dans une camisole de terreur, dans les yeux grands ouverts mais vides, vides de lucidité, dans un cri qui le vit quitter son refuge, se reculer jusqu’à heurter un support, se recroqueviller pour disparaître, et disparaître encore, dans un cauchemar qui le tenait en otage. Un nouveau cri, une main sur son épaule qu’il ne sentit pas le moins du monde, écartelé par les monstres qui l’étranglaient et l’étranglaient encore. Une voix voulut se creuser un chemin jusqu’à ses tempes, sans parvenir à franchir le brouillard de ses gémissements. Cal ! Calixte, réveille-toi ! Tu fais un cauchemar ! Un nouveau cri, un cri encore, un cri qui s’amuïssa au gré d’une fréquence rassurante, sans pour autant réussir à l’extirper de l’eau poisseuse de terreur qui s’infiltrait dans ses poumons, qui lui nouait les tempes, trouvait son chemin dans les moindres de ses veines, dans sa gorge, pour le faire suffoquer de larmes salées, inarrêtables. Cal... réveille-toi, tu n'as rien à craindre ! Il n’entendait pas, Calixte, il était enfermé, enfermé dans son esprit, enfermé, enchaîné, tremblant et hurlant, gémissant et pleurant, sans discontinuer, sans pouvoir avoir conscience de ce qui le tourmentait, ni même de cette main toujours posée sur son épaule…

Un nouveau cri, qui brisa sa voix, brisa le cocon qui le maintenait prisonnier, brisa les vestiges de son sommeil, le vit se réveiller en sursaut. Apercevoir une silhouette. Réagir par réflexe, pour se défendre contre l’agression, l’agression d’un de ces mutants qui le terrifiaient depuis l’enfance, qui se cachaient sous son lit, dans les placards et dans les moindres angles où la lumière ne parvenaient plus à régner en maître. Calixte se réveilla en sursaut, frappa, sans réfléchir, la poitrine nouée de terreur, le souffle court, les yeux hagards, et dans la nuque ses fins cheveux plaqués de sueur. Calixte se réveilla en sursaut, fut pris d’un mouvement de recul quand une voix s’imposa à côté de lui, qu’il mit une fraction de seconde à localiser. Tu m'as surpris fichu un coup de coude dans la tronche... Le Seymour dut se calmer pour remettre toutes les pièces du puzzle dans le bon ordre, reconnaître Pandora, aviser sa lèvre carmin d’un peu de sang… il prit le temps de se calmer, avant de vouloir prendre les devants sur les questions, d’une voix tremblante, soufflée et de quelques mots jetés. Juste pour entendre le son de sa voix éraillée. Et reprendre contact avec la réalité. Est-ce que ça va ? Tu... tu hurlais dans ton sommeil, j'ai essayé de te réveiller et... tu veux en parler ? S’il voulait en parler ? Grand Dieu, non ! Il n’y avait rien à en dire, il y avait juste à passer à autre chose, à trembler, cesser de trembler ; à craindre la prochaine nuit, à craindre le prochain sommeil… il n’y avait qu’à… Calixte secoua la tête, envisagea de se lever mais préféra se laisser faire quand elle l’attira à elle. Est-ce que... est-ce qu'il y a quelque chose qui te fait peur, Calixte ? Est-ce que quelque chose lui faisait peur ? Calixte fut pris d’un petit rire.

Il y avait malheureusement bien des choses. Trop, aux yeux exigeants du Duc et de la Duchesse de Somerset, bien trop aux yeux moqueurs d’Edward. Trop, trop de choses. La nuit, le noir, l’absence de luminosité, voilà qui venaient en tête. Les mutants, leurs pouvoirs dévastateurs, ce qu’ils menaçaient de faire, de faire aux êtres humains, de faire aux membres de sa famille. Il y avait sa famille, aussi, qu’il craignait de perdre, qu’il craignait de fuir. Il y avait la mort annoncée de Papa, sa lente mais indéniable agonie, son départ, sa disparition, et toutes les conséquences qui en découleraient. Il y avait la culpabilité, également. La culpabilité et l’angoisse que la vérité sur la mort d’Abigaël refasse surface. La culpabilité, l’angoisse à l’idée de ce qu’il allait devoir faire, dans les semaines et années à venir, la culpabilité de se dire qu’il… qu’il avait une décision à prendre, à propos du petit de l’orphelinat… Est-ce que quelque chose lui faisait peur ?

Bien, bien trop de choses. Calixte ferma les yeux, se mordit la lèvre. Laissa encore le silence se faire maître de la pièce pendant une demi-douzaine de battements de coeur, incapable de calmer ses pensées, de les organiser. Incapable de parler. Incapable, même, de… Je… je suis désolé, Pandora, j’aurais dû te prévenir… Donner des excuses, pour éviter les questions. Il perdit son regard dans celui de la violoncelliste, s’écarta, se leva pour enfiler un jogging, s’habiller un minimum, se passer une main sur le visage, les muscles encore tremblants. Calixte déglutit avant de reprendre. Ce… c’était une terreur nocturne. Je ne sais pas si tu connais, c’est… c’est fréquent chez les enfants, bien, bien moins chez les adultes. Bien sûr. Et son pédopsychiatre, qui n’avait pas cessé de le suivre, bien après ses premières consultations aux alentours de ses dix ans, lui avait bien dit tous les facteurs qui pouvaient se trouver à l’origine de la persistance de ses terreurs. C’est provoqué par le stress, et… Calixte revint s’asseoir sur le bord du lit. Le coeur angoissé, et un peu humilié, de se sentir obligé d’expliquer ça. Pendant une fraction de seconde, il se fit la remarque que contrairement à ce que Papa, ou Edward, pouvaient dire, il possédait un certain courage. Je ne me souviens de rien, au réveil, jamais... Je ne saurais t’en dire plus, je ne sais pas ce qui a pu provoquer celle-là. C’était un mensonge, le courage avait ses limites. Et si ses terreurs nocturnes, il ne pouvait les cacher à ses amantes, à ses partenaires occasionnelles, sa peur du noir, elle… Calixte n’envisageait même pas qu’elle puisse être un jour connue hors du cadre très restreint des veilleurs. Le voilà qui déglutit une nouvelle fois. Se prit la tête entre les mains. Bon sang, je suis d’un ridicule… Il lui lança un regard désespéré. Garde tout ça pour toi, s’il te plaît, si la presse l’apprend… Il voyait déjà les regards affligés de Papa et d’Edward. Et, tant qu’à faire, ceux plus moqueurs de ses collègues, Badano ou encore l’ensemble des veilleurs. Tu disais que je hurlais… Il ferma les yeux. Sa main alla chercher le contact de la peau de Pandora, le fuit aussitôt qu’il l’effleura. Est-ce que j’hurlais quelque chose de cohérent ? La question reflétait son humiliation, elle fut suivie par son inquiétude. Confinée dans ses pensées. Ca change rien, on est d’accord ? Rien sur ce qu’il n’y avait pas entre eux.

 
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par Pandora A. O'Sullivan le Dim 17 Juin - 0:46


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Il aurait dû me prévenir... mais me prévenir de quoi ? Qu'il était susceptible de me frapper dans son sommeil ? Je ne peux m'empêcher de plisser les yeux avec un air bougon tandis que je tente de stopper le saignement de ma lèvre. Grognon comme je suis d'avoir été réveillée en sursaut et frappée par la même occasion, j'ai presque envie de lui répliquer que puisqu'il n'avait pas l'intention de me rappeler la première fois, ça n'aurait servi à rien de me prévenir pour quoi que ce soit, mais Calixte a l'air tellement mal en point que ma colère est douchée par l'inquiétude. Il se relève, s'arrache à mon étreinte et entreprend de s'habiller alors même que je nage en pleine incompréhension. Je me redresse à mon tour, m'assoie dans le lit et tire les draps pour me couvrir un minimum. Il est nerveux, ça se voit à ses gestes brusques et saccadés, à ses tremblements et à la sueur qui colle ses cheveux à son front. Et lorsque le verdict tombe, j'écarquille les yeux. Des terreurs nocturnes ? À vrai dire, je ne sais pas grand-chose à ce sujet. Comme la plupart des gens qui ignorent de quoi il s'agit, j'ai toujours cru qu'il s'agissait de violents cauchemars mais j'étais loin de me douter que ça puisse être à ce point. Ça a l'air plus... insidieux, plus handicapant que de simples cauchemars et vu les mots que j'ai entendu, ça ne me dit rien qui vaille. Je le laisse simplement m'expliquer les choses, garde volontairement le silence pour ne pas le stresser plus encore et tente de mettre les pièces du puzzle dans le bon sens. À quel point est-il stressé pour faire des terreurs nocturnes de ce genre ?

Tu... quelque chose te stresse, en ce moment ? Je veux dire... tu dis que tu ne te souviens de rien le lendemain matin mais tu sais quel type de stress provoque tout ça ?

Ce n'est pas pour moi que je cherche à comprendre, c'est pour lui. Des cauchemars, j'en ai fait plus d'une fois. Souvent au sujet de mon père, parfois à cause de mes problèmes de santé, mais je m'en suis généralement souvenue et le réveil ne m'a jamais laissée dans cet état de panique. Je me sens impuissante tout en étant inquiète et ça m'agace. Déjà, je suis restée alors que mon code personnel veut que je ne m'attarde par chez les hommes dont je partage le lit. Ensuite, si je n'en avait rien à cirer, je lui dirais de me foutre la paix et me rendormirais. Là, je suis restée et en plus, je m'inquiète. Tandis qu'il reprend ses esprits, j'attrape le premier vêtement qui me tombe sous la main, à savoir la chemise de Calixte et l'enfile pour ne pas être nue comme un ver. Aussi, lorsqu'il me lance un regard désespéré en me suppliant de ne rien dire à la presse, je m'extirpe des draps et viens m'asseoir en tailleur près de lui.

Hè... Cal, t'es pas ridicule. Le ridicule, c'est se vautrer dans les escaliers en ayant mal lacer tes chaussures. Ça, c'est pas ridicule, c'est... forcément, c'est inquiétant mais t'as pas à avoir honte et... heu... excuse-moi, mais pourquoi j'irais raconter ça à la presse ? J'veux dire... si tu as déjà eu une... amante qui s'est servie de toi pour faire la dinde devant les journalistes, c'est vraiment que tu es tombé sur la reine des conne.

Calixte a beau m'avoir laissée sans nouvelles pendant une semaine, c'est bien mal me connaître que de croire que je pourrais aller raconter ça à la presse. D'ailleurs, peu importe ce qu'il pourrait m'avoir fait, je trouve ça puérile. Je suis bien assez rancunière et inventive pour trouver d'autres moyens de me venger quand on me fait une crasse ! D'un geste doux, j'écarte une mèche de cheveux du front de Calixte et lui prends la main pour la serrer entre mes doigts.

T'as pas à t'inquiéter avec moi, ok ?

Le voilà qui poursuit, me demandant si j'ai compris ce qu'il hurlait dans son sommeil. Je garde un moment le silence, surprise par la question. Alors c'est donc ça : il ne se souvient de rien du tout. Heureusement qu'il s'arrête à cette question, d'ailleurs, car la seconde m'aurait probablement fait fuir. Tu vis dans le déni, Pandora, voilà ce que je me dirais à moi-même si je voyais la scène de l'extérieur. Je me mens et cette nuit change tout, absolument tout. Elle consolide certaines choses et en l'espace d'une journée, d'une soirée, d'une nuit, nous nous sommes plus ouverts l'un à l'autre que je n'ai pu le faire avec Max en plusieurs mois.

En fait, tu... tu suppliais ton père de ne pas te laisser. Mais je ne sais pas où ni pourquoi. En tout cas, tu avais l'air terrifié à l'idée qu'il t'abandonne et... enfin ce ne sont pas mes affaires mais... je suppose qu'il s'est passé quelque chose entre vous pour que tu sois dans cet état alors... si jamais tu veux en parler...

Je ne suis pas certaine d'avoir la légitimité nécessaire pour ça mais ce dont je suis sûre, c'est que je suis la seule personne présente avec lui dans cette pièce et que je suis disposée à l'écouter sans le juger.

Je me trompe peut-être, Cal, mais tu as l'air d'apporter énormément de crédit à l'image que les gens se font de toi et... je ne dis pas que tu es un menteur, loin de là. Seulement, à force de devoir être quelqu'un devant les photographes et journalistes, tu n'as pas peur d'en oublier qui tu es réellement ? C'est peut-être l'image que tu te sens obligé de véhiculer qui te stresse à ce point ? Enfin... désolée, j'essaye de comprendre et de t'aider, je...

Je ne suis pas psy. Et si la panique et la colère se changent en fatigue, il risque bien de me le faire remarquer mais j'ai eu le sentiment, pendant cette journée, de découvrir un autre Calixte. Un Calixte qui s'émancipe du rôle de prince qu'il joue pour ses sujets, un Calixte toujours un peu précieux mais moins pédant que celui que j'ai rencontré à la galerie d'art. Je le dévisage, note la pâleur de ses traits et me demande alors comment je pourrais lui changer les idées ou l'aider à trouver le sommeil autrement qu'en l'assommant avec un coin de meuble. Ma conscience, goguenarde, me suggère de remettre le couvert et lui ôter ce qu'il lui reste de vêtement pour l'achever mais j'ai le sentiment que ce n'est vraiment pas le moment.

J'imagine que tu n'as plus trop envie de dormir pour le moment, alors... si tu me faisais visiter tes appartements ? Tu m'as promis de me montrer ta bibliothèque !

Visiter le reste de la demeure, ça serait du suicide. Un coup à se prendre des portes dans la figure et des coins de meubles dans les orteils alors merci mais ça attendra le matin. Alors que visiter la bibliothèque... pas besoin d'aller bien loin, elle est juste derrière la porte de la chambre. Je me lève, m'étire et fait face à Calixte, dont le relève doucement le menton.

Tu n'as qu'à me montrer ta belle collection et me raconter une histoire de navires et de guerriers des mers, je n'y connais rien et j'adore apprendre !

Je me penche, pose doucement mes lèvres sur les siennes et lui tends la main pour l'inviter à se lever. Après tout, ça lui changera les idées et nulle doute que dans quelques heures, le sommeil viendra nous cueillir pour de bon. Il va être beau le réveil, mais à cet instant, je m'inquiète trop pour Calixte pour lui dire de la boucler et de retourner se coucher. Si je suis foutue ? Totalement.
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Re: (pandixte) Don't fight it, it's coming for you, running at ya

Message par H. Calixte Seymour le Dim 1 Juil - 23:56

 
   

Don't fight it, it's coming for you, running at ya

   pandora & calixte
 
 
 
Calixte se sentait mal, physiquement mal. Un profond dégoût de lui-même, une honte écœurante, une colère latente et la saveur amère de la terreur d’enfant enfouie dans sa poitrine, qui grattait contre ses côtes pour en sortir et le pousser à se recroqueviller une seconde fois dans un coin de la pièce, les yeux fermés pour mieux oublier tout le reste. Il se leva, plutôt, pour reprendre contenance. S’habiller un minimum, enfiler un jogging, se passer une main dans les cheveux avant de se résoudre à répondre. Donner des explications, sommaires, presque anecdotiques si on tenait compte de tout ce qu’il y avait à en dire. Des terreurs nocturnes, de celles qui ne disparaissaient pas à l’adolescence, qui avaient même tendance à empirer. Des terreurs nocturnes provoquées par le stress, qui le laissaient hagard au réveil, une angoisse vibrait dans sa poitrine mais les souvenirs enfouis dans son sommeil malmené. Calixte inspira, compléta ses explications d’un mensonge, pour mieux se cacher derrière l’ignorance et taire les raisons exactes de la terreur nocturne de cette nuit. Tu... quelque chose te stresse, en ce moment ? Je veux dire... tu dis que tu ne te souviens de rien le lendemain matin mais tu sais quel type de stress provoque tout ça ? Il tourna la tête en direction de Pandora, préféra se taire plutôt que de répondre à cette question. Préféra esquiver dans un très pratique haussement d’épaule : oui, il maintenait son mensonge, et donc non, il n’en avait strictement aucune idée. Le fait était qu’il n’avait pas besoin de tout cela pour être ridicule. Véritablement ridicule. Revenu s’asseoir à côté de son amante – quand on récidivait, on ne pouvait plus vraiment parler de coup d’un soir, non ? – il se prit la tête entre les mains. Se rendant petit à petit compte des retombées qu’il y allait avoir, de celles qu’il risquait d’y avoir. Après tout, même s’il se sentait en confiance avec Pandora – c’était le moins que l’on pouvait dire, même avec tout le déni du monde – il ne la connaissait pas. Et la presse… un mouvement, elle se pencha pour attraper la chemise qu’il avait abandonnée la veille, l’enfiler pour se couvrir, avant de se rapprocher de lui. Hè... Cal, t'es pas ridicule. Le ridicule, c'est se vautrer dans les escaliers en ayant mal lacer tes chaussures. D’une phrase, elle était capable de lui arracher un sourire. Ça, c'est pas ridicule, c'est... forcément, c'est inquiétant mais t'as pas à avoir honte et... heu... excuse-moi, mais pourquoi j'irais raconter ça à la presse ? J'veux dire... si tu as déjà eu une... amante qui s'est servie de toi pour faire la dinde devant les journalistes, c'est vraiment que tu es tombé sur la reine des connes. Un simple haussement d’épaules, une nouvelle fois, confirma à Pandora que oui, un certain nombre de reines des connes étaient passées par le lit de Calixte. C’est déjà arrivé. Confirma-t-il même verbalement, avant de rajouter, dans un sourire voulu narquois mais qui ne fut que résigné. Mais ma famille a étouffé l’affaire à chaque fois., sans vouloir s’attarder plus que de raison sur le sujet. Les doigts de Pandora glissèrent sur son front, chassèrent une mèche de cheveux, attirèrent son regard. T'as pas à t'inquiéter avec moi, ok ? Et une fois encore, alors qu’il avait parfaitement conscience qu’il ne la connaissait pour ainsi pas le moins du monde, Calixte eut envie de lui faire confiance. De cesser de s’inquiéter.  De juste…

Poser les questions. Les bonnes questions. Ne pas se laisser distraire par tout le reste, par les implications, juste se laisser le temps de se réveiller pleinement, d’arrêter de trembler, d’arrêter d’avoir envie d’aller frapper un sac de sable pour décompresser. Il n’avait pas à s’inquiéter avec elle, peut-être, mais il avait à s’inquiéter de ses cris, de ce qu’il pouvait avoir hurlé. Avait-il parlé de mutants, avait-il parlé de veilleurs, avait-il parlé, même, de la lente agonie de Papa ? En fait, tu... tu suppliais ton père de ne pas te laisser. Calixte plongea à nouveau sa tête entre ses mains. Mais je ne sais pas où ni pourquoi. En tout cas, tu avais l'air terrifié à l'idée qu'il t'abandonne et... enfin ce ne sont pas mes affaires mais... je suppose qu'il s'est passé quelque chose entre vous pour que tu sois dans cet état alors... si jamais tu veux en parler... Il secoua la tête, sans répondre. Même si elle devait être présentement la plus à même, dans tout son entourage, de comprendre tout ça. Son père l’avait abandonnée, après tout, tout comme Papa prévoyait de le faire, en refusant de tout tenter pour prolonger son espérance de vie, en les laissant, Edward et lui, complètement impuissants. Il secoua la tête : même si elle pouvait le comprendre, il ne pouvait pas en parler. Pas expliciter tout ça. Papa allait mourir, mais Papa ne voulait pas que ça se sache. Et Calixte obéissait. Parce que s’il avait un jour su faire autrement, notamment lorsqu’il n’était qu’un môme, il avait appris que c’était le plus souvent la meilleure chose à faire. Obéir à Papa, obéir au patriarche des Seymour, obéir pour la pérennité du nom, et surtout la stabilité de leur famille, dont dépendait la Veille. Il resta silencieux, laissant Pandora orpheline d’une réponse. Et la laissant reprendre : Je me trompe peut-être, Cal, mais tu as l'air d'apporter énormément de crédit à l'image que les gens se font de toi et... je ne dis pas que tu es un menteur, loin de là. Seulement, à force de devoir être quelqu'un devant les photographes et journalistes, tu n'as pas peur d'en oublier qui tu es réellement ? C'est peut-être l'image que tu te sens obligé de véhiculer qui te stresse à ce point ? Enfin... désolée, j'essaye de comprendre et de t'aider, je...

Il se laissa retomber sur le lit, bras écartés de part et d’autre, sans trop savoir comment considérer tout ça. Les photographes et les journalistes, il les subissait d’une certaine manière bien moins que d’autres, mais bien plus que le commun des mortels. L’attention, il l’avait. La pression, il l’avait. Bien moins qu’Edward, bien moins que Papa, bien moins qu’Anthony ou encore Jeremy, bien moins que les ducs qui l’entouraient, mais… Il haussa les épaules, contempla le plafond de sa chambre. J’ai grandi avec, Pandora. Si tu me penses hypocrite, m’as-tu-vu, exagérément soigneux de mon apparence en public, qui tranche avec le privé… dis-le moi tout de suite. Elle pouvait le lui dire, mais ça risquait de ne rien changer aux faits. Ça risquait juste de heurter sa susceptibilité de princesse, un risque à prendre, un risque à courir avec lui, à chaque remarque faite.  Mais je ne… honnêtement, je doute que ce soit lié, vraiment. Je suis Calixte Seymour Il se redressa. Henry Calixte Seymour, fils cadet de George Seymour, duc de Somerset. Et se leva, comme pour conclure. Et lancer un sourire, encore une fois voulu bien plus amusé que ce qu’il ne le fut en réalité. L’hypocrisie médiatique vient de pair avec le titre et la fortune, on fait avec. Et… ce n’est pas un sujet de discussion qu’on a lorsqu’on est bien élevé. Il se voulut faussement réprobateur : l’amusement se pointa enfin, comme bondissant sur le moindre prétexte pour réellement rejeter au loin les séquelles de son sommeil agité. Sommeil qui allait inévitablement leur manquer au réveil. Ses pieds nus errèrent jusqu’à son portable, qui lui exposa l’heure bien trop matinale. Se rendormir ?

J'imagine que tu n'as plus trop envie de dormir pour le moment, alors... si tu me faisais visiter tes appartements ? Tu m'as promis de me montrer ta bibliothèque ! Encore une fois, Pandora semblait lire dans ses pensées, deviner ses besoins. Elle se leva, s’étira, Calixte laissa son regard glisser sur la chemise ouverte de la violoncelliste et ce qu’elle cachait. Se fit la remarque que ce n’était peut-être pas le moment de proposer ce genre d’occupation pour combler le temps qui les séparait d’une heure décente. Préféra hocher la tête. Laisser son  menton se relever sous les doigts de Pandora en se faisant la remarque que ses lèvres invitaient au baiser. En se faisant la remarque que oui, décidément, ils étaient bien trop sur la même longueur d’onde par instant quand elle posa ses lèvres sur les siennes, comme en réponse à sa réflexion. Tu n'as qu'à me montrer ta belle collection et me raconter une histoire de navires et de guerriers des mers, je n'y connais rien et j'adore apprendre ! Calixte préféra l’embrasser, une seconde fois. Avant de s’écarter et d’ouvrir la porte qui reliait sa chambre au petit salon. Allons-y pour la visite dans ce cas. Mais crois-moi, ce n’est guère… hum… tu es sûre que tu veux t’embarquer là-dedans ? Son sourire se fit narquois, tout plutôt que de repenser aux cauchemars, tout plutôt que de se laisser à nouveau happer par la terreur, tout plutôt que de parler de son nom, de Papa, de son stress et de ses mensonges, tout plutôt que de risquer de trop parler, de trop faire confiance, de trop s’impliquer et compliquer les choses. Compartimenter n’était pas juste un jeu, c’était une nécessité.  Parce que vois-tu, les batailles, et surtout les batailles navales, ce n’est pas aussi simple que ce qu’on pourrait croire, rien qu’à estimer la maniabilité d’un vaisseau de guerre, par exemple… Tout, plutôt que de risquer de perdre le contrôle. Il jeta un coup d'oeil à Pandora. Tout plutôt que de risquer de perdre le contrôle.

 
 by marelle  
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