Let's have some drinks

Message par Swann Weavers le Dim 18 Mar - 4:13


Let's have some drinks
Swann Weavers & Louciane J. Howard
La journée a été longue, vraiment, vraiment très longue. Trop. Sans même parler du fait que je me suis trouvé refourgué aux urgences aujourd'hui – ce qui en soit équivaut à la corvée ultime pour la plupart des employés de l’hôpital – j'ai dû me taper le service des urgences pédiatrique. Moi. Préposé au prélèvements sanguins et pose de perfusion en urgences pédiatriques. Moi qui ne peut pas blairer les enfants. La grosse blague. C'est physique, vicéral. Je déteste les gosses, et quand bien même les rares exceptions dotées de gentillesse, de silence et discipline, dés que je vois leur petites bouilles rondes et joufflues, ou que j'entends leur rires suraiguës, je sens toute ma faible pilosité s'hérisser comme le pelage d'un chat face à un pommeau de douche.
Je pose mes coudes sur le comptoir du bar, lorgne la carte un bon moment. Le Cocktail Colors. A 3£50 le cocktail, il y a de quoi se mettre une sérieuse mine, c'est franchement donné comparativement à d'autres pub. J'y avais jamais mis les pieds avant ce soir, mais suite à ma journée affreuse, j'ai décidé de suivre les conseils de la grosse Patrice.
Bon, j'avoue que c'est plutôt dégueulasse de la surnommer comme ça. Patrice est une fille gentille. Elle est postée l'accueil de l’hôpital, et elle me demande souvent des nouvelles de mon frère jumeau, inexistant soit dit en passant. Parce que oui, elle est loin de décrocher la palme de l'intelligence ou de la perspicacité, alors quand elle à découvert Sis, je lui ai balancé un bon gros bobard pour qu'elle me foute la paix. Enfin, elle à le mérite d'être serviable. Lorsque j'arrive le matin, c'est la première à accourir vers moi en faisant trembler les murs. Au sens figuré, évidemment. Elle a tendance à avoir une présence assez imposante et difficile à ignorer. La plupart de mes journées commencent par «  Salut Swann ! Je t'ai prit un Latte Macchiato au sirop d'amande avec nappage noisette et lait de soja comme tu les aimes, j'ai fais des cookies, tu en veux un ? » Alors oui, c'est assez agréable. Très souvent je l'en remercie par un grand sourire, un « merci Patrice t'es un amour » et lui demande ce qu'elle a fait de sa soirée ou de son week-end histoire de lui rendre un peu la pareille et de faire comme si j'en avais un minimum quelque chose à foutre de sa vie.
Je localise un cocktail avec du gin, du malibu, du jus de cranberry et du sirop de fraise. Tout ce que j'aime, en plus il y a un glaçon lumineux rouge dedans. Je passe ma commande auprès du barman, tape des doigts sur le comptoir en fixant toujours la carte, sans la regarder, cette fois. Pas plus tard que ce matin, elle m'a dit qu'elle avait été boire un verre ici, et que les cocktails étaient à tomber. Me sentant seul, déprimé et à cran ce soir, j'ai décidé d'essayer. En tous les cas, ça semble être le moment idéal.
J'avoue que j'ai un peu baddé en voyant une publication sur la page Facebook du bar, dans laquelle ils annonçaient vouloir organiser un événement pour la saint valentin le mois prochain. Parce que oui, quand même, avant d'aller quelque part je me renseigne un minimum avant de poser les pieds dans un endroit que je ne connais pas. L'unique saint valentin que j'ai passé avec quelqu'un comme un couple était assez cool. Je me rappelle avoir passé la journée au lit avec Jared, on avait joué à des jeux vidéos. Ou plutôt, il y avait joué pendant que je le regardais vaguement faire avec les mains baladeuses ; j'ai jamais été vraiment geek dans l'âme. Mais ça avait été sympa, même si j'avais dû m'arranger pour que Jesse ait un rencard ce jour là et ne puisse pas me déranger pendant que je m'envoyais son frangin.
Le verre arrive devant moi, je règle ma commande distraitement avant poser les mains sur le récipient de nectar rouge. Je passe l'index sur la buée glaciale qui s'y trouve, observe le glaçon tourner lentement dans son jus. Sis me l'a dit plus d'une fois, j'ai carrément merdé dans cette histoire. J'pense que peut-être, au fond, il a raison. Mais d'un autre sens... Je veux dire, quand il a découvert ma mutation, il m'a traité de monstre. Puis il s'est mit avec une nana, et il a arrêté de me courir après. J'ai bien essayé de le récupérer, sans succès. J'ai même voulu aller chez lui pour lui faire comprendre que je le voulais, plus que tout au monde en cet instant. Néanmoins mon double s'est pointé, et ça a mal fini. Jesse a fini par sonner à ma porte, me balancer les affaires que j'avais oublié dans l'appartement qu'il occupait avec son aîné, et m'a dit de ne plus approcher de son frère, ni de lui. J'ai perdu mon amour, et mon meilleur ami. Quelques mois après la fameuse "journée des amoureux".
J'avale une gorgée du cocktail, inspire profondément. Ouais, la grosse Patrice avait raison, c'est à tomber. Je pense que je ne vais pas me limiter à un seul verre ce soir, en plus, je ne bosse pas demain. Ce serait peut-être l'occasion de me bourrer la gueule, ça me fera toujours une autre occupation que de donner à manger aux chats et changer leur litière.
Je me redresse sur le siège de bar, balaye la salle du regard. C'est très fréquenté ici, visiblement, ce bar a autant de succès que ce qu'il laisse à penser. Le prix y est peut-être pour quelque chose, aussi.
Je passe la main dans ma chevelure trop longue, passe les doigts au travers des longueurs. Là où je me trouve, c'est à dire le siège face au bar lui-même, en revanche, il n'y a pas foule. En réalité, nous sommes quatre. Deux filles dans un coin en train de parler, moi, et un type, à deux assises de là où je me trouve. Je prend une gorgée de ma boisson en l'aspirant par la paille, mes pupilles rivées sur l'homme.
Son visage est marqué, mais il est loin d'être laid. Bien au contraire. De premier abord, je lui donnerais dans le quarante-cinq, cinquante ans tout au plus. Il a l'air seul, tout du moins, il n'a pas l'air ni la posture qui donne l'impression qu'il attend quelqu'un. Peut-être que lui aussi à passé une journée de merde ? En tous les cas, il est pas mal, vraiment pas mal du tout.
Je me lève, fait glisser mon verre le long du bar pour l'arrêter à côté de lui. Il a déjà un verre, visiblement bien entamé. Je tire le siège voisin, m'y installe en replaçant les manches de mon pull sur mes bras, les monte jusqu'au dessus de mes poignets. Je ne le connais pas, et aller parler à un inconnu de nos jours, c'est toujours un coup de poker, surtout dans le cas où l'on fait partit du pourcentage de la population marqué d'un tatouage hors du lambda. Je peux tout à fait tomber sur un simple humain, comme sur un mutant, ou bien même un traqueur. Je n'ai encore jamais rencontré, mais j'ai entendu dire que certains c'étaient donnés pour mission de nous trouver, et pas pour nous offrir des roses. Ni même de personnes dotés d'une mutation, d'ailleurs. Enfin, si c'était le cas, ils se sont bien gardés de me le dire. Vu la poisse que je me suis coltiné aujourd'hui, c'est franchement pas le moment de jouer avec le feu en lui révélant mon tatouage par mégarde.
Je replace vaguement mes cheveux, puis agrafe un sourire à mon visage. Mes avant bras se posent sur le comptoir, mon épaule frôle son bras. Je me penche vers lui, tente d'acquérir un contact visuel.
- Salut, tu bois quoi ?
Je pense que j'aurais sincèrement pu trouver mieux comme phrase d'accroche. Celle-ci est pourrie, pour ne pas dire à chier. Mais il faut bien commencer quelque part, au pire, je me prendrais un râteau. C'est pas le genre de truc qui me mettra en PLS ou me refroidira pour autant.

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Re: Let's have some drinks

Message par Louciane J. Howard le Jeu 22 Mar - 22:31


Let's have some drinks
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- « …tu devrais peut être songer à prendre quelques congés.
- Sans doute… »
Son nez se releva de sa paperasserie, les yeux clairs croisant les sombres. Le visage de son supérieur était grave, flottant derrière son bureau tel l'œil de Moscou. Le sergent ne l'avait pas écouté un seul instant, depuis qu'il était venu se planter sur son mètre carré de lino, comme un épouvantail. Il aurait peut être dû, mais à partir du moment où l'inspecteur avait commencé à le brosser dans le sens du poil, il avait décidé que ça ne méritait pas son attention. Puis il le connaissait depuis assez longtemps, pour savoir qu'une introduction de phrase commençant par "lever le pied sur l'affaire", ne concernait en rien le détective. Il était à l'image d'un bulldog, refusant catégoriquement de lâcher son os. Son interlocuteur n'en était pas encore à essayer le pied de biche, pour tenter au moins de le faire desserrer sa prise, mais il n'en était pas loin. C'est pour ça qu'il répondait toujours par "sans doute". Dans 60% des cas, ça donnait une réponse vague et à peu près convaincante, masquant le fait qu'il n'avait strictement rien écouté. Le Howard avait cette grande capacité, de fermer ses oreilles à toutes les conversations qui ne le concernait pas, ou n'en avait strictement rien à secouer. Sauf si c'était d'une importance capitale. Là, il revoyait le filtrage de son ouïe.
- « T'as rien écouté de ce que je viens de te dire ?
Soupir… Pourquoi se borner à mettre le ton de la question sur une affirmation, quand on connaissait parfaitement la réponse ?
Louciane croisa les doigts sur les feuilles de son dossier, puis soutint un peu plus son regard.
- On ne se demande plus pourquoi t'es passé inspecteur. Rétorqua-t-il avec insolence. Je tâcherais de changer ma formule…
A ses mots, son visage replongea dans les rapports, s'abimant les yeux sur une police trop petite à son goût. Il en méritait le Howard, des mises à pied pour insubordination. Mais ça n’arriverait pas. Le manque de personnel se faisait cruellement sentir, et Louciane ne croyait pas réellement en la culpabilité du suspect ayant déjà été arrêté. Alors en tout bon flic qu’il était, il fouinait, il cherchait. Mais ne trouvait toujours pas la moindre piste. Ça avait le don de le rendre fou.
Un peu comme se faire observer, comme le faisait son supérieur, qui ne semblait pas vouloir déterminer à le lâcher ce soir.
- Rentre chez toi Louciane. Tu ne le trouveras pas ce soir. » Lança-t-il d’un ton sévère, strict, non discutable.
De toute manière, s’il le voyait encore traîner ici dans la demi-heure qui venait, il n’aurait aucun scrupule à le mettre dehors, avec un arrêt maladie d’une semaine. Il lui ferait sûrement regretter, mais entre les deux hommes, c’était de bonne guerre. Après tout, il le connaissait depuis qu’il avait débuté dans le métier. Ils n’avaient que douze ans d’écart, ça n’empêcha pas l’Inspecteur de le considérer comme un sale gosse. Mais après tout, c’est bien ce qu’il était. Un sale gosse qui n’avait pas l’intention de rentrer chez lui.

Tourner en rond comme un ours en cage, c’est bien tout ce qu’il était capable d’y faire. Quant à dormir, n’en parlons pas… Il n’avait jamais été un gros dormeur. En débutant sa carrière ça ne s’était pas arrangé. Et passé quarante ans, il en était devenu presque insomniaque. Une chose qu’il partageait avec sa fille. Bien que la concernant, ça le dérangeait un peu plus. Sans doute devrait-il songer à une thérapie familiale, au point où ils en étaient. Néanmoins, ce n’était pas vraiment un point à aborder avec le Howard. Pourtant il en avait vu des psychologues de la police. Ça ne c’était jamais bien finit. Il faut dire qu’il n’avait jamais fait un bon patient, pour quoi que ce soit. Et pas la peine de songer à lui prescrire quelconque médicament. Le flic avait bien sa propre médication : le déni et l’alcool.

Finir dans un bar, quand on n’a pas envie de rentrer chez soi, tout le monde le faisait. Chacun cherchant à noyer ses problèmes dans le fond d’un verre. Ou de passer un bon moment entre amis.
- « Tu viens boire un verre avec nous, Sergent ? Proposa un de ses collègues d’uniforme, le tirant de ses songes.
Le Howard claqua son casier, enfermant sa plaque ainsi que son arme de service, dont il se sentait peu trop délesté, puis tourna à peine le regard vers son interlocuteur.
- Non, merci. Lâcha-t-il, sans doute un peu trop sèchement. J’avais prévus de faire un tour à la salle. »
Rien ne l’obligeait à se justifier, cependant il fallait de temps en temps savoir lisser. Bien qu’il savait pertinemment que ça ne les empêcherait pas de parler. C’était un mensonge, bien sûr, mais ils ne fréquentaient pas les mêmes bars. Alors ils ne risquaient pas de se croiser.
Il avait se réputation le Howard, dans son service et même ailleurs. L’homme ne se mêlait que très rarement à ses collègues, ce n’était pas sans raison : il n’était pas là pour se faire des amis.
Quand avait-il décidé d’arpenter un peu plus les bars, que de coutume, seul plutôt qu’accompagné ? A la perte de son deuxième coéquipier. Ça remontait à pas mal d’années maintenant. Mais il restait toujours des choses qui marquent. Refuser la compagnie en était la conséquence.

Son boulot s’était employé, à mesure des années, à laisser sa patte, aussi bien sur corps, dans sa psychologie, que dans ses attitudes. Chaque fois qu’il entrait quelque part, il notait toujours tout. Observant chacune des personnes qui s’y trouvaient, enregistrait toutes les issues possible, et surtout, il prenait toujours la place qui lui offrait la meilleure visibilité sur l’ensemble de la pièce.
Au Cocktail Colors le meilleur poste d’observation restait le coin banquette. Cependant, il détestait les banquettes, ça ne laissait la place à aucun espace vital.
Il y avait ses habitudes routinières, que ce soit en tant que flic, qu’en tant que client. Choisissant toujours un tabouret au centre du bar, lui offrant une vision périphérique sur le comptoir de gauche, comme de droite. Jamais il ne relâchait sa vigilance, même après une pinte dans le nez.
Le brun ne comptait jamais le temps qu’il avait l’intention de passer sur place. Celui-ci étant toujours proportionnel à son humeur. Et elle se trouvait particulièrement maussade…
Un léger parfum de cannelle vint troubler les effluves malté de sa bière, au dessus de laquelle son nez était penché. Un bref regard en coin, lui permit de lorgner une superbe jeune femme, qui devait avoir la trentaine. Elle se glissa à côté de lui, fit mine de commander un verre, puis lui adressa un petit sourire enjôleur.
- « Si vous comptez rendre jaloux votre compagnon, en faisant du plat à un parfait inconnu, qui pourrait être votre frère, je vous conseil de garder votre salive. Soupira le flic d’un ton posé, la coupant dans son élan.
- Mais je…
- Vous fatiguez pas. Je vous ai vu rentrer ensemble. Et je sens son regard, qui me perce le dos. Soyez gentille, réglez vos problèmes conjugaux toute seule. » Lança-t-il sèchement, en balayant l’air de sa main.
Si ça commençait comme ça, il allait sûrement changer de crèmerie. Le sourire de la jeune femme s’effaça d’un coup puis, récupérant ses consommations, elle partit rejoindre son homme, non sans le gratifier d’un « Pauvre type », auquel il ne sourit qu’à peine. Ce n’était pas au vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces, qu’il songea en profitant de sa seconde bière. L’amabilité ne se trouvait pas de mise ce soir. Si certains se trouvaient incapable de rester seul, ce n’était pas du tout son cas.
Cependant, tout le monde ne semblait pas vouloir l’entendre de cette oreille.
A peine un quart d’heure après avoir éconduit la fille, une autre se pointa. Il faillit en rire, cependant celui-ci resta intérieur. Surtout en constatant sa méprise. Louciane n’avait pas eu besoin d’entendre le son de sa voix, ses yeux tombèrent sur ses mains : celles d’un jeune homme. Il l’avait vu entrer, un peu plus tôt, mais n’y avait pas prêté plus d’attention. Il n’était pas en service après tout. Mais c’était qu’un gosse et il aura très largement pu être son père…
Le flic ne réagit pas un seul instant à sa tentative d’approche, digne d’un collégien timide. Il en aurait rit ouvertement, s’il avait été ce genre de connard à se moquer ouvertement des autres. Enfin, il l’était, cependant il savait encore un minimum se tenir. Venant d’un type de son âge, il aurait rit, sans aucune gêne. Dans cette situation, cela resta intérieur, parce qu’à son sens, ce pauvre gosse ne savait même pas ce qu’il faisait. Et encore moins à qui il s’adressait…
Le Howard aurait put le rembarrer, comme il l’avait fait tantôt. A la place, il opta pour une attitude plus… subtile. Topant la carte des bières, il la fit glisser dans sa direction, son doigt tapotant sur celle qui emplissait sa chope. Une leffe brune.
- « Enfin, si tu n’as pas besoin que je te fasse sauter sur mes genoux, pour te faire la lecture… J’ai passé l’âge. » Lâcha-t-il, rompant son propre silence.
Subtilité, n’est ce pas ? Cependant pour Louciane, le message était clair : quoi que tu t’imagine, ça n’arrivera pas.
Puis il ramena son bras vers lui, le positionnant sur l’arrête du comptoir. Au cours de sa carrière, le flic avait pu longuement observer le comportement humain. Et la gestuelle indiquait beaucoup de chose sur une personne. La peur, la gêne, le besoin de protection, l’agressivité… Lui était adepte de la posture défensive-offensive. La position nouvelle de son bras, lui indiquant clairement qu’il tenait à son espace, et ne tenait pas à avoir de contact avec lui. Défensif. Puis son dos se redressa quelque peu, se donnant un peu plus de présence. Offensif. Ainsi il se plaça quelque peu en position de force, face à lui. Par sa gestuelle, il lui envoyait le message qu’il tolérait sa présence. Mais il se pouvait qu’il ne reste pas sympas très longtemps…

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Re: Let's have some drinks

Message par Swann Weavers le Dim 25 Mar - 16:07


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Des râteaux, je m’en suis prit, des tas. Parfois il n’y avait rien à en tirer, d’autres fois, le fait d’insister était suffisant. Je ne compte même pas le nombre de fois où Jared m’a envoyé chier à l’époque où il m'intéressait. Là où m’a balancé qu’il était pas de ce bord là, que le fait de savoir que j’étais un mec suffisait à le dégoûter, que j’avais l’âge de son petit frère à qui il avait changé les couches et que par conséquent, il trouvait ça carrément malsain, et que ça n’arriverais jamais, jamais, jamais. Pourtant j’avais réussi. J’avais largement dépassé les limites de l’acceptable en ce qui le concernait, je ne sais même pas exactement la quantité exacte, et conséquente, d’avances hors de la bienséance que je lui ai faites jusqu'à l’avoir. Mais l’important, c’est que j’y étais parvenu. Et c’était tout ce qui comptait. La honte, la pudeur, la dignité, il ne s’agissait que de synonymes à l’Ego. Or, j’ai appris avec le temps que l’Ego n’est qu’une notion de fierté égoïste et absolument stupide; savoir le ravaler permets bien souvent d’obtenir plus. C’est probablement pour ça que je suis difficile à vexer.

En l’occurrence, le fait d’être recalé aussi rapidement ne me perturbe pas plus que de mesure, y compris le fait qu’il m’ait implicitement traité de gamin. Premièrement parce que oui, j’avais cinquante pourcent de chance de me faire envoyer chier pour la simple raison que l’on ne se connait pas, et qu’on ne se soit même jamais rencontré, deuxièmement parce que… Ouais, bon,c’est un secret pour personne, je suis pas foutu d’être attiré par des mecs de mon âge. Le plus jeune devait avoir deux ans d’écart avec moi, et encore. Notre échange avait été concis, et s’était résumé à quelques heures en une soirée. Mais la plupart du temps, je choisi toujours ceux qui ont une nette différence d’âge avec moi. Je n’ai pas réellement d’explication précise à ce phénomène, tout ce que je peux en dire c’est des qualités. Ils n’ont pas ces tête de minets innocents a peine sorti du collège, encore candides et rêveur. Ils sont plus matures, plus classes, plus virils. J’aime leur côté vécu,le fait que leur visage soit un peu plus marqué, plus tracé. La vie, ce qu’ils ont déjà connu que je ne connais pas, se reflète non seulement sur leurs expression, mais principalement, surtout, dans leurs yeux. Je me souviens encore des iris de Jared, tiraillées entre le vert le jaune, elles témoignaient de l’impact que la vie avait eu sur lui. Les responsabilités qui lui avaient été données contre son accord, son obligation à cumuler plusieurs emplois, sa vie personnelle dans un état post apocalyptique. Il avait ce regard où l’on pouvait lire les fêlures, ainsi que la force, la volonté et la rage qu’il avait envers ceux qui les lui avaient faites. Une force que moi même, je ne possédais pas à l’époque, et ne possède pas à l’heure actuelle. Il était un véritable adulte.

Je m’installe plus correctement sur le siège de bar, bois une gorgée de mon cocktail en lorgnant vaguement sur la posture de l’homme. Visiblement, je suis tombé sur un type qui a envie d’être seul ce soir, et tiens à le rester dur comme fer. La manière dont il s’est décalé pour échapper à mon contact, ses épaules redressées, le fait que sans réellement se décaler sur sa chaise, il à l’attitude quelqu’un qui ne gardera pas patience très longtemps si je m’attarde de trop. Je n’ai jamais fait d’études de PNL, mais il n’y a pas besoin d’être une lumière pour comprendre qu’il préfèrerait que je lui foute la paix. Le problème, c’est que j’ai décidé de lui parler. Je passe un peu la main sur le verre, puis lui sourit avant de répondre :

- Ça va, je sais lire tout seul; en revanche si tu tiens à ce que je monte sur tes genoux pour me faire la lecture ça me va très bien de jouer l'illettré.

Je ris un peu, avale une nouvelle gorgée de ma boisson tout en le fixant. Cet homme a l’air de s’être tapé une grosse journée, je me demande dans quoi il peut bosser. Vu sa carrure, je pense que c’est quelque chose d’assez intense, il n’a pas l’air d’être bâti comme pourrait l’être un employé de bureau. A moins qu’il soit adepte des salles de sport. En tous les cas, s’il est sur les nerfs ou du genre à s’agacer facilement, ça vaut peut être mieux que je laisse le rentre dedans de côté le temps qu’il se décoince.

- J’aime pas vraiment la bière personnellement, mais chacun ses goûts. Tu as eu une grosse journée ? Je m’appelle Swann au fait, ça ne dérange pas si je te tiens compagnie ? Tu bosses dans quoi ?

Je tente un sourire, puis lève les bras vers mes cheveux pour les relier entre mes doigts comme pour les attacher avant de me raviser. En général, je ne les noue que pour le travail, en dehors, il n’y a que Sis qui a tendance à le faire. Il paraît que ça fait ressortir les angles de mon visage, et que le fait que je sois effeminé contraste davantage. J’me demande bien pourquoi il fait ça, pour le coup.

Je rabat une nouvelle fois les manches de mon pull sur mes poignets. Je sais pas pourquoi j’ai eu la débilité d’enfiler un pull aussi large ce matin. En soit, je l’aime bien, je le trouve assez sympa. De teinte beige, il est fait en maille assez espacé, et je dois dire que si niveau confort c’est le top, le fait qu’il soit aussi souple, c’est justement ce qui ne va pas dessus. Les manches remontent sans cesse sur mes bras, et niveau discrétion pour ce qui est de mon tatouage, on a connu mieux. J’ignore si beaucoup d’humains sont au courant de la signification des tatouages possédés par les mutants. Le mien, représenté par la lettre grecque “kappa” est un mode de classification donné aux chronologistes, à savoir ceux qui ont rapport avec l’espace temps et sa manipulation. Dans ce que j’en ai compris, les membres du DCRM qui ont statué sur mon cas en ont déduit que la place de ma mutation s’y retrouvait car je pouvais me trouver à deux endroit différents au même moment. J’aurais voulu le faire à un endroit plus discret, mais j’ai mal calculé mon coup. Ou plutôt, Sis l’a très mal calculé en se pointant à ma place, et en clamant qu’il n’y avait aucune raison d’avoir honte de notre don. Encore heureux qu’il ait choisi le creux du bras plutôt que le milieu du front.

Je pose le coude sur le comptoir, enfonce mon menton dans ma paume, mes yeux ne démordant pas du visage de l’inconnu, tandis que j’attends patiemment sa réponse. Les doigts de ma seconde main s’attardent sur le verre de mon cocktail, puis y plongent pour en extirper le glaçon lumineux rouge, que je porte à ma bouche avant de sucer lentement le liquide qui y est présent.

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Re: Let's have some drinks

Message par Louciane J. Howard le Jeu 29 Mar - 13:46


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On lui avait souvent dit que l’ignorance était la pire des violences. Ou l’avait-il lu quelque part ? Peu importe… Louciane avait souvent put vérifier cet adage. Parfois l’ignorance se trouvait bien plus efficace, que de se fatiguer à trouver une phrase bien sentie, pour arriver à ses fins. Cependant, il fallait également faire preuve de patience, pour se servir de cette technique afin de se débarrasser des importuns.
La patience il en avait. A revendre. Ce gosse pouvait bien lui parler pendant des heures, chanter des chansons paillardes, sur un registre particulièrement insupportable, ou faire preuve d’autres fantaisies… Il aurait bien le temps d’avoir du poil au menton, ou même sur des parties qui devaient être aussi lisse, que deux boules de billards.

Si on lui avait dit que, en venant ici ce soir, il se ferait draguer par un môme, il ne l’aurait pas cru. Même pas un léger rire, ni même un regard mauvais. A peine un haussement de sourcil. Pas qu’il ne l’aurait pas cru, non, il n’aurait même pas accordé le moindre crédit à de telles inepties. Il n’aurait même pas perdu de temps à écouter un idiot, capable de lui inventer de telles absurdités. Et pourtant, il en avait vu en trente ans de carrière. Surtout aux mœurs…
Ce qui l’y avait souvent le plus marqué : les réseaux de prostitution. Combien en avait-il vu défiler des gosses comme lui ? Drogués, brisés et mis sur le trottoir en échange de chimères. Difficile d’accepter ça. Surtout quand on devient parent.
Le Howard n’alla pas jusqu’à penser, que le blondin était un coureur de bitume. Il avait juste l’air d’un gamin pommé, qui ne savait pas du tout à qui il s’adressait.

Perdu dans ses pensée, ses doigts effleurèrent le poignet de sa chemise, relevé sur son avant bras. Lui n’était pas marqué du moindre cigle, attestant de l’appartenance de ses gênes. Bien qu’il soit Veilleurs, il n’acceptait pas de porter le Lambda. Car ça ne signifiait rien pour lui. "Fier d’être humain" ? Non… Quelque part il ne l’était pas. Puis quelle pureté pouvait-il bien y avoir dans les gênes des Howard ? Une de ses cousines était mutante. Sa propre fille avait du sang d’une mutante…
Le seul tatouage qu’il portait, se trouvait gravé à l’intérieur de son avant bras gauche. Inscrit dans sa chair en chiffre blanc, le numéro de sa toute première unité. Ça, ça signifiait quelque chose pour lui. Surtout la perte d’Hayden, son premier coéquipier. Il était discret sur sa peau pâle, et rare était les personnes qui s’étaient rendue compte de sa présence, car il faisait comme s’il n’était pas là. Mais ce soir, certaines choses lui faisait repenser.
Son pouce effleura distraitement le relief des derniers chiffres, qui dépassaient de sa manche, sirotant sa bière d’un air des plus distraits. Louciane n’avait pas du tout oublié la présence, de l’indésirable d’à côté, seulement qu’il avait daigné lui adresser la parole.

Ses mots le sortir de sa torpeur, mais le liquide ambré fit un également un aller-retour des plus rapide, de son gosier à la chope de verre. Pinçant les lèvres, il réprima l’accès de toux, qu’entraine une fausse route, puis s’éclaircit discrètement la gorge. Qu’est ce qu’il n’avait pas comprit dans "passer l’âge" ? Remarque, sa faute. Après tout, il avait tendu le bâton le pour se faire battre. Un simple : « Va voir ailleurs si je suis, gamin », aurait sans doute été plus efficace.
Sa pinte se reposa sur le comptoir de façon quelque peu sonore, signifiant une pointe d’agacement. Son regard balaya le bar à la recherche des différentes cartes, qu’il trouva de l’autre côté. Se penchant par-dessus, l’homme attrapa les trois autres et lui jeta presque.
- « Et bien, contente toi de regarder les images. Regarde, y en a tout plein. Lui lança-t-il, en lui parlant presque comme s’il avait affaire à un gamin de trois ans. Tiens, t’as le droit aussi à des cacahuètes, si tu les reconnais toutes. Et si ça peut te faire plaisir, t’as qu’à sautiller sur le tabouret, en t’imaginant que c’est ton sugar daddy. » Lui offrant un sourire des plus forcé, il posa un panier de cacahuète à côté de lui, puis retourna à sa boisson.
Au final c’était plus fort que lui. Se montrer cassant, c’était presque devenu comme une seconde nature. Louciane n’avait pas franchement envie d’être méchant. Ça ne lui faisait pas particulièrement plaisir. Du moins, pas tout le temps. Mais quand c’est non, c’est non. Il s’était déjà occupé de l’éducation de sa fille, au mieux qu’il pouvait faire, ce n’était pas non plus son rôle de faire celle des autres. Qu’il lui foute donc la paix, et retourne jouer dans son bac à sable !

Considérant la bière, il se dit qu’il aurait très certainement besoin de quelque chose de plus fort, et assez rapidement.
Malheureusement, son débit de parole, ainsi que sa curiosité, ne l’épargna pas. Machinalement, sa main droite glissa le long de sa hanche, écartant le pant de sa veste, puis effleura sa ceinture… désespérément vide… C’est vrai… Sa plaque se trouvait enfermée dans son casier. Avec son arme… Quel dommage, pourtant ça lui aurait bien servit. Des fois elles aidaient à faire fuir, ou à remettre à sa place. C’était presque un réflexe instinctif, de mettra à jour son insigne. Ça lui aurait sûrement envoyé un message percutant.
Comme ce qu’il aurait sortit en d’autres circonstances : racolage, tentative de corruption d’un agent, consommation d’alcool sans avoir l’âge… Bien sûr, deux des motifs se trouvaient faux. Cependant ce genre de chose ce vérifiait au poste, avec les papiers d’identité d’abord. « Mes excuses, vous faites si jeune… ». Pour ce qui était du racolage, ça arrivait plus souvent qu’on pouvait le croire, de se faire arrêter par erreur. Seulement cela se réglait souvent par de plate excuse, un sourire faux, puis une proposition d’être ramené chez soi, en voiture de patrouille. Non seulement ça envoyait un message d’avertissement, mais ça servait aussi à faire jaser un peu le voisinage. C’était particulièrement salaud, le Howard l’avait déjà fait, et il se trouvait prêt à le refaire, si ça s’avérait nécessaire.

Pour l’heure, en absence de plaque à exposer, le flic attrapa un mouchoir, au fin fond de sa poche, puis fit mine de se désencombrer les sinus, pour justifier son geste. Louciane aurait put rester muet, le laisser se lasser tout seul.
Ses doigts pianotèrent quelques secondes sur le comptoir, avant de se tourner quelque peu vers lui. Néanmoins, il s’était tout de même tut assez longtemps, pour assister à une scène digne de l’ouverture d’un mauvais film de charme.
Clignant longuement des paupières, en haussant les sourcils, il les re fronça aussitôt, plissant quelque peu des yeux. Sérieusement ? L’avait-il fait exprès, ou n’était-ce qu’un geste des plus innocents ? Puis est-ce que ça fonctionnait vraiment ce genre de stratégie ?
Débloquant de la scène, il soupira, ferma les paupières, puis se massa quelque peu les yeux. Bon, c’était mal barré…
- « Alors écoute, machin… Mon job c’est d’être un connard, parmi les connards. Et je crois que là, on est à un stade où, t’as pas franchement envie que je sois le boss, des connards. Dit-il d’un ton à peu près mesuré, mais où on pouvait tout de même sentir poindre son agacement. Alors je vais être plus clair : cause à quelqu’un d’autre et retourne jouer dans ton bac à sable. Puis il reprit place face au bar, avant d’ajouter : Merci ! »
Parce qu’il fallait tout de même rester un minimum poli. Mais juste un minimum. Remarque, dans pas longtemps, faudrait qu’il aille pisser. Avec un peu de chance, à son retour des toilettes, il sera partit. Enfin, à la fin de sa bière. Car il y avait bien une chose qu’il ne faisait jamais, en plus de tourner le dos à une porte : ne jamais laisser sa boisson sans surveillance.

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Re: Let's have some drinks

Message par Swann Weavers le Ven 30 Mar - 0:52


Let's have some drinks
Swann Weavers & Louciane J. Howard


Ma mâchoire grince légèrement, une moue se dessine sur mon visage, mes lèvres entrouvertes, ma langue caressant l'une de mes molaires. Non seulement, il se comporte clairement comme si j'étais un gosse, et plus encore, il vient de plus ou moins me raccoler à l'image d'un quasi-prostitué en recherche d'un daddy prêt à lui payer ce qu'il veut pour arriver à ses fins. En soit, ce serait mentir que de dire je ne suis pas comme ça. Plus au moins. Je ne cherche pas des types pour me payer ce que je veux ; je travaille pour ça et mon salaire me le permet assez si je me donne la peine d'économiser. En revanche, je ne crache pas sur les cadeaux, et si ça implique de passer une nuit de plus avec quelqu'un qui me plait, je ne vois pas pourquoi je m'en priverais.

Je me redresse sur mon siège, relâche le glaçon encore entre mes doigts dans ma boisson avant de lorgner les cartes et le bol de cacahuète, puis observe à nouveau l'inconnu. Bien sûr qu'il veut que je dégage. Bien sûr qu'il veut que je lui foute la paix, je ne suis pas idiot, et je l'ai très bien compris à sa première phrase, mais l'amabilité ça existe, d'autant plus quand je fais l'effort de laisser le rentre-dedans de côté. Je repousse le bol d'amuse-gueule vers lui.

- Merci mais non merci, j'aime pas les cacahuètes et ça file de la cellulite.

J'attrape mon verre et en bois une nouvelle gorgée. J'en prendrais bien un second, mais si je dois passer la soirée seul ça n'a aucun intérêt. Je ne suis pas du genre à me bourrer la gueule tout seul. « Mon job c'est d'être le connard parmi les connards ». Eh bien, on ne me l'avait jamais sorti celle là jusqu'alors. Je ris un peu. Vraiment, je ne l'avais pas vu venir celle là.

- Laisse moi te dire, monsieur le big boss des connards, que j'ai vingt deux ans, soit l'âge au dessus de la majorité, donc si je retournais jouer dans le bac sable, on me prendrait, au mieux, pour un taré, au pire pour un pédophile, ce qui, en plus d'être totalement faux, est franchement pas flatteur.

Je me penche pour attraper le sac posé à mes pieds, fouille dedans. La dernière fois, un de mes collègues m'a dit qu'il était encore plus rempli que celui d'une nana. On y trouve tout et n'importe quoi, c'est un vrai puits sans fond. Un miroir de poche, une pince à épiler, des cartes de fidelité, des tickets de caisse, des mouchoirs, des préservatifs, des chewing gum, des emballages divers, des stylos, des post-it... Entre mon pass de l'hopîtal et mon casque audio, je trouve mon portefeuille et l'en extirpe avant de l'ouvrir, sortant un billet de 20 livres. Je le pose sur le comptoir, souris légèrement.

- Je t'offre ton prochain verre va, détends toi un peu.

Je tente un sourire avant de le sentir se griser lorsque mes yeux se posent sur ma main, en train de faire glisser l'argent sur le bar. Je tremble. Pourquoi je n'ai pas remarqué que je tremblais ? Mes tempes me font mal, j'ai l'impression qu'une affreuse migraine va poindre derrière mes globes oculaires. Putain, non, pas maintenant.
Ma respiration se bloque un instant, je laisse tomber mon sac au pied de du siège de bar, puis lâche précipitamment mon porte-feuille sur le comptoir. Je me lève, baragouine un « je reviens » puis m'enfonce dans la petite foule dérrière nous, avant de m'engager vers la porte des toilettes que je ferme brusquement.

Je jette un rapide coup d’œil autour de moi, prêt à observer le dessous des cabines pour vérifier si je n'y vois pas une paire de pied lorsque mes tremblements s'amplifient. Mon rythme cardiaque s'emballe, j'inspire lentement, tente de me calmer, pose les paumes sur mon front. C'est vraiment pas le moment bordel.

Une douleur dans ma main, puis sur ma joue, un claquement sec. J'entrouvre un œil en poussant une plainte, geins. Il m'a giflé ? Je pose la main sur la zone endoloris, le fixe avec les paupières écarquillées. Je m'égosille :

- C'est quoi ton putain de problème Sis ?!

Il m'observe, la pommette rosée, croise les bras avec les sourcils froncés. A chaque fois que je le vois se tenir devant moi, je ne peux m'empêcher de me demander comment c'est possible qu'il soit mon double. Je n'ai même pas l'impression de me voir, et ce, malgré notre similarité physique plus qu'identique.

- Et toi c'est quoi ton putain de problème à te comporter comme une trainée ? Ça t'amuse de nous ridiculiser ou t'as absolument aucune estime pour toi ?

Je grince des dents, l'observe en grimaçant.

- La gifle était franchement pas nécessaire.

- Ça m'a soulagé. T'aurais pu acheter un paquet de clope avec la thune que t'as donné pour payer un verre à ce type.

Je lève les yeux au ciel, puis m'écarte de la porte pour avancer vers le miroir, replace mes cheveux. Mon regard dérive un instant sur Sis en train de nouer les siens. J'ai vraiment pas besoin qu'il s'amuse à jouer les chaperons, j'ai passé une journée assez naze comme ça.

- A force de cloper tu vas finir par me filer un cancer. Si t'es pas content, t'as qu'à aller récupérer cet argent toi-même et allez te les acheter.

Je regrette ma phrase une nano-seconde après l'avoir prononcée. Je la regrette à l'instant où je remarque la silhouette qui s'échappe derrière moi, et laisse la porte des toilettes claquer derrière elle. S'il va voir le type et que j'arrive en même temps que lui, je suis foutu. Autant graver sur mon front que je suis un mutant.

Je geins et me laisse tomber contre le mur à côté du lavabo, les yeux fixés sur les urinoirs. J'espère vraiment qu'il va pas merder.


La porte des chiottes claque, je balaye la salle des yeux, puis avance vers le groupe de personnes qui s'entasse juste en face comme un banc de harengs. Je pousse un soupir en resserrant l’élastique dans mes cheveux, avance vers le bar pour y trouver mon cocktail abandonné avec mon porte-feuille ainsi que l'homme. D'un sens, j'aimerais l'engueuler un bon coup et lui balancer qu'avoir deux fois mon âge lui donne pas le droit de traiter les autres comme de la merde. D'un autre sens, si j'avais été à la place de ce mec ce soir, et que Swann numero 1 s'était pointé pour me draguer, j'aurais eu envie de lui faire boire son verre par les narines.

Je pousse un soupir, regagne la chaise. De toute façon, si je commence à gueuler après ce type et qu'il décide de m'en coller une, je risque pas d'être le vainqueur, alors autant assumer. Je pose les coudes sur le comptoir, attrape mon verre, le termine d'une traite. Si je dois réparer nos conneries, je vais avoir besoin de plus qu'un petit cocktail sucré. Et d'une putain de clope.



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Re: Let's have some drinks

Message par Louciane J. Howard le Lun 9 Avr - 1:18


Let's have some drinks
Swann ft. Louciane



En replaçant le mouchoir au fond de sa poche, ses doigts avaient rencontré son alliance, coincée dans la baguenaude à ticket. S’attardant quelque peu sur son relief, il se demanda, l’espace d’un instant, si ça aurait changé quelque chose, s’il l’avait porté à son annulaire. Brillant sous la lumière tamisé du bar, envoyant un message des plus clairs : je bois peut être seul, mais je ne suis pas libre. Alors barrez vous ! D’expérience, le flic avait eut le loisir de remarquer que cette stratégie fonctionnait une fois sur deux. Certaines personnes étant, hélas, attirées par l’interdit. Par ce qui n’est pas libre. Des fois ça ne fonctionnait pas trop mal. Il pouvait avoir une paix des plus royal. Cependant, la porter de nouveau, après vingt deux ans de divorce, ne serait qu’un gros mensonge. Plus pour lui que pour les autres, en vérité. Envers sa fille, ce serait trahir le fait qu’il est incapable de tourner la page, après toutes ces années. De toute manière, il le savait déjà lui-même, inutile que les autres le sachent. Cet alliance, c’était en partie sa punition, pour la plus grosse erreur qu’il n’avait jamais put commettre…
Au final, cette place, au fond de sa poche, se trouvait être des plus parfaite.

Au fond, ce gosse n’avait rien fait de mal, à part discuter. Ce n’était pas interdit de discuter, après tout. Dans quel monde vivraient-ils, si cela était le cas ? Excellente question… Cependant, c’était plus fort que lui. Etre toujours sur la défensive, agressif. Mais blondie était mal tombé. L’alcool qui coulait dans ses veines, tournoyant encore au fond de sa chope, ne l’avait jamais rendu joyeux. Il n’était pas comme ces types, qui se mettaient à rire pour rien, faire des blagues ne pouvant faire s’esclaffer que leurs homologues australopithèques, ou étant amoureux de la terre entière. Il ne se mettait pas non plus à nécessiter d’un camion de mouchoir, ou d’un bon psy. Bien que pour le psy, peutsans doute était-ce nécessaire, mais ça c’est une autre histoire. Non, Louciane faisait parie de ces charmantes personnes dont l’alcool rend grognon, voire particulièrement mauvais. Ceci dit, ça ne changeait pas réellement de son comportement habituel. A quelque variable près, cela réduisait simplement l’amplitude de son patientomètre. Puis le rendait un peu plus imprévisible, quand au départ plus ou moins prématuré d’un poing dans les chicots. Alors pourquoi boire en publique ? Et pas chez sois, pour éviter ce genre d’incident. Parce que, un : il faisait bien ce qu’il voulait, et deux : il savait encore se modérer. Et trois : tant pis pour ceux qui tentaient de se frotter à lui, alors qu’il envoyait tous les signaux du "dégage, connard".
Ce pauvre gosse en faisait les frais. Le Howard n’allait pas s’en excuser, il avait été prévenu après tout.

A sa réflexion, il sourit à peine par-dessus le bord de sa pinte, laissant couler le marc prononcé de la bière au fond de sa gorge. Si cela pouvait suffire à étouffer ses remarques acerbes…
- « Penses-tu… Souffla-t-il en haussant une épaule. Ou pour la charmante nounou de ces bambins, braillards et baveux. Ses lèvres trempèrent de nouveau dans sa boisson, l’air de rien. Adoptant l’attitude de celui qui se parle à lui-même.
Avec un tel discours, difficile d’imaginer qu’il avait lui-même engendré un charmant bambin, braillard et baveux.
Du coin de l’œil, le brun observa son manège, continuant de vider lentement sa boisson. Puis ses yeux tombèrent sur le billet qu’il poussa vers lui. Sérieusement ? A cet instant Louciane se demanda s’il devait plus rire ou pleurer. Avec vingt livres, il pouvait s’offrir huit verres de whisky, et un bon aspirine en rentrant chez lui. Mais au moins pourrait-il oublier cette soirée.
Ce coup-ci, le flic manqua bien s’étouffer dans son verre… Le reposant sur le comptoir, il s’essuya la bouche d’un revers de main, étouffant un rire. Ses yeux tombèrent sur la sienne, fébrile. Et après c’est lui qui devait se détendre, hein. Lui l’était plus qu’il ne pourrait le croire.
- Commence donc par suivre ton propre conseil. Raillât-il, pointant sa paluche du menton. J’suis assez grand pour régler mon ardoise. »
D’ailleurs, c’est ce qu’il allait faire. Ça le gonflait un peu trop cette histoire. S’il ne pouvait pas avoir la paix, il irait voir ailleurs. Sans doute dans un endroit où il pourra, un peu plus légitimement, envoyer son poing saluer un tarin. Soulevant une de ses fesses du tabouret, il attrapa son larfeuille, mais fut arrêter dans son élan. « Je reviens ». Mais pour quoi ? Son geste en suspend, Louciane le regarda partir, abandonnant là ses affaires. Fort bien… Et il faisait quoi lui maintenant ?
Haussant les sourcils, il considéra ses affaires abandonnées. Qu’en avait-il à foutre après tout, c’était pas ses oignons. Lâchant un profond soupir, il enfonça de nouveau le cuir dans sa poche arrière, puis se rassit. Qu’est-ce qui le retenait après tout ? Au pire il se ferait tirer son sac, et puis ? Ça ne le regardait pas. Ça lui apprendra à le laisser en plan, en s’imaginant que le type, qui l’avait si aimablement renvoyé paître, jouerait les bon samaritain !  

Il aurait put partir, mais à la place, l'homme décida simplement de se commander un autre verre. Whisky et puis tout va bien... Si seulement cette chanson pouvait être effective… Parce que ça n'allait pas forcement bien, après un verre de whisky.
Considérant le billet, délaissé sur le comptoir, ça le démangea de le prendre, pour régler son ardoise, lorsque le barman vint lui apporter sa consommation. Après tout, il lui avait été si gentiment proposé. C'était tentant… Mais non. Il n'allait pas déposséder un gosse de son argent de poche. Ce serait déloyal. Louciane paya avec son propre argent, il était assez grand pour ça, après tout. Du bout des doigts, il poussa le billet, comme s’il c’était agis d’un porteur de germe, et le glissa sous le porte-feuille. Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit.
Entamant son nouveau verre, l'homme pria intérieurement pour que son voisin, indésirable, de tabouret, se soit noyé dans les toilettes. Néanmoins la couleur peroxydé qu'il aperçu en périphérie lui indiqua que non, il n'allait pas avoir la paix. Jouant quelques secondes avec le dessous de verre, sur le bar, le brun le repositionna avant de poser le récipient dessus, prenant bien soin de le centrer sur le bout de carton. Pas qu’il soit particulièrement maniaque, cependant c’était une façon comme une autre de meubler le temps, avant de subir un nouvel assaut de questions, auxquelles il n’avait absolument pas envie de répondre. S’il s’était "détendu", sa langue serait peut être un peu plus légère. La sienne par contre, elle se plombait un peu plus, à mesure que les minutes s’égrainaient.
Louciane ouvrit la bouche, prêt à lui demander s’il se sentait moins "fébrile", maintenant qu’il devait être un peu plus "léger", voir "délivré", néanmoins d’un rapide coup d’œil il cru noter quelques… changements. Quelque part, il se demandait s’il n’aurait pas dû vérifier dans son sac, s’il n’était pas échappé d’un quelconque asile…
Ravalant sa verve, le flic se contenta de ramasser le cure dent, qu’il avait abandonné quelques instants plutôt, pour le porter machinalement à ses lèvres. En tout bon fumeur qu’il avait été, et qu’il continuait à être, incapable de vraiment arrêter de façon pérenne, il en conservait toutes les attitudes. Et dieu qu’il ressentait en cet instant le besoin irrépressible d’une clope.

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Re: Let's have some drinks

Message par Swann Weavers le Lun 9 Avr - 20:37


Let's have some drinks
Swann Weavers & Louciane J. Howard

Mes doigts glissent sur le verre vide, puis sur le comptoir, dérivent vers le porte feuille gris qui à l'air d'avoir fait la guerre. Je hausse un sourcil en repérant le billet glissé au dessous. Simple et efficace, une façon détournée de renforcer le fait qu'il veuille que je lui foute la paix. Ça tombe bien, je ne suis pas sociable, et la fascination de Swann premier du nom pour les types plus vieux est loin d'être la mienne. Ça m'évitera aussi de passer pour un malpropre en reprenant le billet, accessoirement.

Je joue un instant avec le dessous de verre en me pinçant la lèvre, observe le glaçon lumineux. Au fond, nous ne sommes pas si différents. Bien qu'il aime à me surnommer Sis – merci Sherry pour cet adorable pseudonyme rappelant à la fois le terme « sister » et celui de « sissy » pour me qualifier comme un travelo – et en profite de ce fait pour se dédouaner de moi, on a beaucoup plus de points communs que ce qu'il aime à penser. Nous sommes la même base, le même raisonnement, le même être. La véritable grosse différence entre nous c'est qu'il est recouvert d'une couche de crasse que je ne comprends pas. Il n'apprécie pas les gens, tout comme moi, et pourtant, il se complaît à vouloir jouer le type sociable. Et quand il se rend compte qu'il ne les aimes pas plus que ça, il voit sur quel point il peut en tirer profit. Au fil de temps, c'est devenu automatique chez lui. Je pense qu'à force il a fini par passer directement à l'étape deux sans s'encombrer de la première.

J'échappe un soupir, puis fais un signe au bar tender. Concrètement, le cocktail sucré que Swann a prit est bien loin d'être ma tasse de thé. J'aime l'alcool et son goût, alors prendre un truc qui cherche plus à le masquer reviens à le gâcher plus qu'autre chose. Je préfère de loin siroter quelque chose dont la saveur restera, comme de la bière, ou du bourbon.

Le serveur approche de moi, me toise. Il doit en voir des vertes et des pas mûres depuis son bar. Entre les clients torchés qui lui racontent leur vie en long, en large et en travers ; les pilliers de comptoir qui arrivent à l'ouverture et repartent à la fermeture, ou encore ceux qui cherchent à draguer pour avoir une réduction, ou juste pour draguer tout court. Je me rappelle que l'époque où nous étions en couple avec Jared, il aimait parfois à raconter les joyeux lurons sur lesquels il tombait au bar. Sans compter une des première fois où Swann est allé trop loin avec lui, en commandant un verre alors qu'il n'avait même pas atteint la majorité, puis l'avais ensuite fait chanté en lui disant qu'il le balancerait au patron. Pas très étonnant qu'il ait fini par nous traiter de monstre.

- Un whisky, double. Et des cacahuète aussi, j'ai la dalle. Tu vends des clopes ?

Il hausse les sourcils puis hoche la tête avant de s'en aller à l'autre bout. Bah ouais, j'ai pas l'amabilité de Swann, je vais pas m'encombrer de politesses inutiles et de grand sourires. Et je ne suis pas non plus du style « excusez moi de m'excusez pourrais-je caresser l'espoir d'avoir possiblement un paquet de cigarette s'il vous plait ? » Non merci, très peu pour moi. Je ne vois pas l'interêt de jouer à ça en vérité, c'est même plus pathétique qu'autre chose. Je veux du scotch et de la nicotine, son job est de me les apporter. Problème résolu.

Il lâche ma commande sur le bar, me réclame son dû, je lui tends le billet sans un mot, attrape mon verre pour en boire une longue gorgée. Un léger sourire se dessine sur mes commissures. Rien qu'imaginer la gueule que doit tirer Swann enfermé dans les chiottes me fais franchement rire, il supporte pas ça. J'attrape le paquet, les déballe vivement, puis en extirpe une sèche avant de tourner la tête vers l'homme qu'on a importuné plus tôt, toujours assis au bar. Je pourrais lui en proposer une pour pardonner le comportement de Swann, mais vu comme il l'a envoyé paître, il risquerait de croire que je cherche à lui faire du gringue, ce qui est très, très, mais alors très loin d'être mon cas. Autant se rendre à l'évidence, à vue d'oeil, ce type pourrait être notre paternel. Bordel, je comprendrais jamais son obsession pour les daddys.

Je tends le paquet vers lui, sans m'embarasser d'un sourire. Histoire de lui transmettre une politesse en guise d'excuse, et lui dire bye-bye gentiment pour mettre fin à cette humiliation. Il a beau s'être comporté comme un sale con, l'autre lui a vraiment bien forcé la main.

- Je vais te foutre la paix va, t'en veux une ? Prends ça comme un gage de bonne foi.

J'attrape une poignée de cacahuète de ma main libre, en avale quelques unes avant de m'enfiler une nouvelle gorgée de whisky. Je suis pas à une clope près, mais je pense que si ma chance me laisse la possibilité de rester plus longtemps, je vais m'enfiler le paquet dans la soirée.


Je geins, approche du lavabo pour me passer de l'eau gelée sur le visage. Ça ne risque pas de faire revenir Sis à sa place d'origine, mais ça me permet de me calmer un tant soit peu. Je ne peux pas croire que ma journée s'achève de cette manière. J'étais vraiment pas d'humeur à me retrouvé relégué au second plan ce soir. Je voulais seulement me détendre un peu dans un bar, trouver quelqu'un avec qui passer la soirée, et ça se serait arrêté là. Quitte à finir un peu pompette avec un coup d'un soir, ça aurait pas été si dramatique. Je sens le goût de mon cocktail, serre les dents. J'aurais même pas eu le loisir de le finir. Le pire dans tout ça, c'est que cet empaffé à une sacrée descente. Si je m'en sors sans vomir, ce sera un miracle.

Je plonge la main dans ma poche, en extirpe mon téléphone portable. Je devrais en acheter un second, que je calerais au fin fond de mon sac. Pour des cas comme celui-ci, ça me permettrait de le joindre et de lui dire de déblayer la place pour que je puisse y revenir.

Je m'adosse à un muret, jette un œil à ma messagerie. Aucun message, évidemment. Enfin si, un. De Patrice. Elle m'a envoyé un mms avec une photo d'un cheesecake qu'elle a fait. A part me balancer des calories virtuelles, ça ne m'apporte pas grand chose.

La porte bascule, un homme rentre, me toise un instant avant de s'en aller vers les urinoirs. Je pousse un vague soupir puis range mon portable en avançant vers l'entrée des toilettes, histoire de voir si je peux potentiellement apercevoir ce que fais mon double. Je tire discrètement la poignée, lorgne un instant la pièce. Putain, il est retourné au bar.

Je penche la tête vers l'arrière, avance à nouveau vers le lavabo pour replacer mes cheveux. Pourquoi ça se termine toujours comme ça ? Je ne cherche même pas à le faire apparaître, et au final, c'est moi me retrouve à me planquer parce que j'ai pas envie d'être traité comme une bête de foire. Lui, il s'en tape. Parce qu'il estime qu'être un mutant n'est pas une honte, et qu'on devrait au contraire en côtoyer beaucoup plus, parce que c'est juste un facteur d'évolution. En soit, je ne suis pas tout à fait en opposition avec son avis, mais m'afficher moi, en tant que mutant ? Non, absolument pas. Je ne pourrais pas assumer les réactions des autres, et encore moins assumer si je tombais sur un taré extrémiste décidé à nous exterminer. Je ne me suis jamais battu, c'est pas maintenant que ça va commencer.

- Tu cherches à éviter quelqu'un ?

Je tourne la tête vers l'homme, à présent en train de se laver les mains. Je hoche la tête silencieusement, il me sourit. Il doit avoir la trentaine, tout au plus. Brun, les cheveux plaqué à l'arrière. Pas spécialement beau, mais pas spécialement moche non plus.

- Si tu veux, tu peux me donner ton numéro, et je t'envoi un message dés qu'il part. Il faut juste que tu me le décrives.

Je souris à mon tour, puis hausse les épaules. Après tout, je n'ai pas grand chose à perdre. Le goût du Whisky se répand dans ma gorge, je retiens une grimace. Oh non, pourquoi il a fait ça.

- C'est mon frère jumeau, il me ressemble, il a juste les cheveux attaché. Il aime bien s'habiller pareil que moi, c'est assez usant.

L'inconnu rit un peu, puis hoche la tête en me disant que ce ne sera pas trop difficile de voir de qui il s'agit. Je le remercie en souriant, lui donne mon numéro de téléphone, puis le laisse passer en lui faisant un léger signe de main, m'adosse à nouveau au mur des toilettes homme. J'espère qu'il tiendra parole et m'enverra un message quand Sis sera parti, au moins pour fumer sa clope. Parce que oui, je le connais assez pour savoir qu'il est capable de s'enfiler tout un paquet en une soirée, et que lorsqu'il s'agit de cigarette, il est prêt à marcher un moment pour en trouver.
Une nouvelle cascade de goût infâme me tords l'estomac, je grimace. C'est une vrai torture, des cacahuète, puis du scotch ? Il veut ma mort.

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Re: Let's have some drinks

Message par Louciane J. Howard le Lun 23 Avr - 2:14


Let's have some drinks
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Pourquoi est-ce qu’il était venu dans ce bar, ce soir, déjà ?
La réelle question était sans doute : fallait-il vraiment un pourquoi pour tout ? De manière générale, les gens viennent dans ces lieux pour passer un moment entre amis. Ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas envie de rentrer chez eux. Se conforter dans l’idée, qu’il ne vaut mieux pas boire totalement seul. S’imaginer qu’ils pourront noyer un problème au fond du verre, niant le fait qu’il sera encore là au matin suivant. Attendant simplement qu’on lui ouvre la porte, pour s’infiltrer comme une créature intrusive.
Il y avait toute sorte de raison de se trouver seul dans un bar. Pour draguer, trouver son coup d’un soir, ou de plusieurs nuits… Avoir des circonstances atténuantes, pour avoir brisé les chicots de son voisin de tabouret…
Louciane se situait principalement dans la deuxième et la quatrième option. Avec pour circonstance : sa fille. L’homme préférait mille fois rentrer en étant déjà alcoolisé, que de boire chez lui et qu’elle le surprenne. Il était toujours plus facile d’inventer un mensonge, lorsque les choses se passaient à l’extérieur. Bien qu’il ne fasse pas la bêtise de dire, qu’il se trouvait avec des amis. Car il n’en avait pas… A part peut être Corey, mais le maître chien était un cas à part. Un inconscient de plus en ce bas monde. Cependant, cette situation ne le dérangeait absolument pas. Lui qui s’était employé à bâtir un mur autour de lui. Sans doute était-il l’ami de quelqu’un, hélas cette personne ne savait pas à quoi elle s’exposait.
Pour ce qui était des problèmes… le liquide ambré qui tournoyait paresseusement au fond de son verre en était déjà un. Mais à l’image de s’infliger un mal pour en oublier un autre, quoi de mieux qu’un problème pour en occulter un autre ?
Le Veilleur se trouvait adepte de cette coutume, depuis qu’il avait l’âge de commander whisky en public, sans qu’on ne lui demande sa carte d’identité. En somme, depuis qu’il avait quitté l’uniforme. Puis cette habitude c’était renforcé après son divorce. Si sa sœur et sa gosse semblait voir ça comme un vrai problème, lui n’en voyait aucun. Après tout, à qui d’autre faisait-il du mal à part à lui-même ?
Hormis, également, la personne subissant ses humeurs alcoolisées ? Cependant, c’était aussi mérité. Tout le monde sait qu’il ne faut pas venir chatouiller un homme, décidant de boire seul. Surtout après que ce même homme ait fait comprendre, à de nombreuses reprises, qu’il ne souhaitait pas engager la discussion. Devait-il s’excuser d’être rustre ? Non. C’était plutôt à l’autre de s’excuser, de lui casser largement les gonades…

Sirotant son verre, Louciane se mura dans le silence, laissant peu à peu sa conscience glisser dans d’autres éthers. Oubliant ce pourquoi il se trouvait ici, plutôt que chez lui, le nez plongé dans ses dossiers, jusqu’à l’usure. C’était certainement pour ça, qu’il se trouvait là. A cause de cette affaire, de cette peur qui envahissait les rues, celle d’être le prochain. La pression qui pesait un peu plus sur les épaules des forces de l’ordre, reléguée par les médias. Eux qui ne savaient rien faire de mieux, que de casser du sucre sur le dos de ceux se trouvant en première ligne. Ce qu’il pouvait détester ces sales rats. La peur se trouvait présente partout, et ils ne feraient que causer une véritable psychose. Le Howard se faisait assez de cheveux blancs comme ça pour sa propre fille. Si ça continuait, il finirait aussi immaculé que sa barbe…

Du coin de l’œil, l’homme ne put s’empêcher d’observer le manège du gamin. Gamin qui semblait subir quelques… changements… S’attacher les cheveux ne montrait pas vraiment un signe évident de bizarrerie, en soit. Si ça ne tenait qu’à lui, ça ferait longtemps qu’il aurait ratiboisé cette tignasse. Cependant, tout à l’heure il semblait apprécier de les avoir libre, car il en jouait assez. Surtout que maintenant, blondin ressemblait bien plus à une fille.
Soupirant, le flic remarqua que son verre se trouvait déjà vide, lorsque l’autre commanda un whisky, puis ce qu’il avait rejeté en bloc quelques minutes plus tôt. Une boisson forte, après un cocktail des plus sucrés ? Soit… Ce gamin était vraiment bizarre. Soit il était bipolaire, soit ce comportement cachait autre chose…
Ses sourcils se froncèrent doucement, puis d’instinct ses genoux se collèrent, le talon de sa chaussure se calant sur la barre horizontale du tabouret. Bien sûr qu’il n’allait pas se servir de son arme - qui se trouvait dissimuler à sa cheville – dans un lieu public. Même si ça le démangeait. Réflexe conditionné de flic, ça le rassurait de la savoir un peu plus proche de sa main. Même si en temps normal, il aurait déjà eut les doigts sur la crosse, si celle-ci se trouvait à sa taille.
Reniflant, le brun releva les yeux vers le barman, lorsque celui-ci lui demanda s’il souhaitait qu’il le resserve. Ses prunelles tombant dans le fond du récipient, une infime petite voix dans les tréfonds de son crâne, lui chuchota que ce n’était pas très sage. Le reposant sur le sous verre, il le fit glisser vers son interlocuteur.
- « S’il vous plait. Merci. »
Le visage de l’employé ses détendit quelque peu en le resservant, juste après son voisin, qui semblait avoir oublié sa politesse en même temps que ses propres principes. Le Howard était peut être un homme rustre et particulièrement franc du collier, il avait été élevé dans le respect des autres. Et bien qu’il ait, par maintes fois, envoyé son père se faire voir, il savait encore conserver un minimum de bonne manière, envers ceux qui le méritait. Ce qui n’était pas forcément le cas de tout le monde. Mais il y avait aussi que l’homme commençait à bien connaître le patron du lieu, et ses quelques employés. Malgré ses méthodes, il n’avait pas de raison de se mettre en mauvais termes avec eux.
- « Je vous le mets sur votre note. » S’enquit le jeune homme, devançant la sortit du porte-feuille, avant de lui adresser un léger sourire et de s’éloigner.
Le flic le remercia d’un signe de tête, puis se replongeant dans sa boisson et ses pensées, de plus en plus brumeuses.
Brume qui fut quelque peu balayée par une voix venant de sa droite. Ses paupières se fermèrent avec lourdeur, tandis qu’il se pinça l’arrête du nez entre le pouce et l’index, un soupir échappant de ses lèvres. S’il lui en collait une, il allait comprendre ? Remarque, c’était peut être comme les chiens particulièrement tête de bois. Il comprenait le non accompagné d’une tape sur la truffe. Bien que c’était plus une mornifle qu’il lui destinait. Sans doute le comprendrait-il un peu, en voyant ses poings serrés sur le comptoir…
Se tournant à demi vers lui, ses yeux clignèrent longuement de nouveau, soulignant un agacement profond, mêlé de fatigue. Louciane ouvrit la bouche, près à l’envoyer carrément se faire voir. Puis ses yeux tombèrent sur le paquet de cigarette, si généreusement proposé… Ses lèvres se fendirent d’un léger sourire, retenant une remarque acerbe. Sa main droite se leva, puis préleva sans aucune gêne deux clopes.
Attrapant son verre, il le vida cul sec, puis le claqua sur le bar. Pivotant sur son tabouret, le Howard reposa ses pieds par terre, attendit quelques secondes d’être sûr de ses appuis, puis se leva. Lui passant à côté, sans un mot, l’homme se ravisa, fit un pas en arrière, et un préleva une troisième. Sa main gauche se posa sur son épaule, la pressant un peu fortement.
- « En gage de ta bonne foi, je prend de l’avance pour la paix de mon esprit… et de ma soirée. Il marqua un temps de pause, puis porta son attention sur les cacahuètes. Et vas y mollo là-dessus, la peau d’orange sur les cuisses, à ton âge, pinçant les lèvres, il afficha une expression mi-figue mi-raisin, c’est pas génial. Puis faut pas te forcer si t’aime pas, ils servent d’autre chose fameuse. Sauf si t’as toujours besoin qu’on te fasse la lecture. »
Lui flanquant une bonne tape sur le trapèze, le Veilleur prit la direction de la sortie. Il avait fait plus ou moins exprès, de souligner tout ce qu’ils s’étaient échangé succinctement tout à l’heure. Voir si ça lui rappelait vaguement quelque chose. Parce que ce n’était clairement pas la même personne, qui avait prit place sur ce tabouret.

Poussant la porte du bar, le froid hivernal lui mordit les joues ainsi que la gorge. Rabattant son col sur sa nuque, Louciane referma son manteau. Soupirant longuement, il s’amusa quelques secondes du nuage qui s’échappa de sa bouche, avant de s’évaporer dans le vent. Coinçant la cigarette entre ses lippes, il se rappela d’un coup qu’il n’avait plus de quoi l’allumer. Après tout, il ne fumait plus, pourquoi avoir un briquet ? Pour les copains fumeurs sans doute ? Non, le Howard n’était pas homme à avoir ce type d’attention. Tant pis, en faisant semblant de fouiller dans ses poches, il tombera bien sur un passant, ou un autre client du bar, qui aurait la bonté de lui allumer…

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Louciane J. Howard
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