Rosamund | Deep dark is His Majesty's kingdom

Message par Edward T. Seymour le Ven 2 Mar - 20:09


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Il fallu pas loin d'une heure à Edward et Rosamund pour traverser la ville et parvenir jusqu'à l'hôpital. Une heure entrecoupée de silences gênés, de regards fuyants et de malaises. Une heure que l'on n'aurait pu qualifier d'agréable mais plutôt d'étrange. Lorsqu'enfin ils furent garés sur le parking de l'hôpital, Edward poussa un léger soupir de soulagement et sortit de la voiture pour remettre son costume en place. Il attrapa le dossier qui les avait menés jusqu'ici et invita Rosamund à passer devant. À cette heure de la journée, Edward avait eu l'espoir que l'hôpital serait calme, que les visites seraient terminées et qu'ils pourraient discuter calmement avec le personnel, mais lorsqu'ils entrèrent, ils se retrouvèrent nez à nez avec une foule de patients, des familles et un personnel débordé.

Bon sang... qu'est-ce que c'est que ce bazar ?, grogna Edward.

Jouant des coudes, il s'approcha de l'accueil où deux standardistes ne pouvaient que hurler des instructions pour orienter les visiteurs et tenter de réguler le flux humain. Après de longues minutes à attendre, Edward parvint à interpeller une infirmière qui, sans relever le nez du formulaire qu'elle avait dans les mains, lui répondit en quelques mots.

Il y eu un carambolage sur une petite route mal déneigée, j'ai je ne sais combien de patients sur les bras alors faites la queue comme tout le monde, monsieur.

Vexé d'être si mal considéré, Edward la retint sans ménagement par le bras jusqu'à ce qu'elle lève les yeux vers lui.

Vous vous fichez de moi ? La moitié de ces gens a l'air en parfaite santé !

L'infirmière retira son bras et pointa Edward du doigt avec agacement.

Écoutez-moi bien, mon p'tit monsieur. Je ne sais pas qui vous êtes et à vrai dire, je m'en fiche. Je sais juste qu'avec votre costume de clown, vous ne travaillez pas dans un hôpital. Ça fait quinze heures que je suis ici, harcelée par des fous qui veulent absolument un vaccin ou un remède au cas où le tueur en série qui sévit en ce moment en ville s'en prendrait à eux, et j'ai maintenant des gens choqués par un accident, j'ai dû annoncer à une mère que son fils s'était tué dans l'accident et à une jeune femme qu'elle avait perdu une jambe, alors si vous voulez bien me laisser faire mon travail...

Edward resta bouche bée, incapable de trouver quoi que ce soit à redire à cette infirmière épuisée qui, à cet instant, aurait sûrement préféré rentrer chez elle. Il se tourna vers Rosamund, vexé, perplexe et nerveux, puis lui fit signe de le suivre. Il fallait qu'il trouve un endroit plus calme pour discuter.

C'est complètement fou, cette situation... et l'amabilité n'a vraiment pas l'air d'être le point fort du personnel de cet hôpital.

Bien trop habitué à ce qu'on lui déroule le tapis rouge, Edward acceptait difficilement qu'on lui réponde sèchement lorsqu'il le méritait pourtant.

On a au moins appris une chose : les gens paniquent et cette histoire de tueur en série commence à devenir ingérable. La presse extrapole les choses, ça va tourner à l'émeute très rapidement...

Il voyait déjà les visiteurs s'impatienter, certains demander des médicaments, n'importe lesquels, même des placebos pour se rassurer et avoir le sentiment d'être en sécurité. Si cette affaire n'était pas résolue rapidement et si les morts n'arrêtaient pas de joncher les rues de la ville, ce serait problématique.

Viens, il faut qu'on trouve la morgue.

S'il y avait bien un service que les visiteurs fuyaient, c'était celui-là. Située au sous-sol, la morgue était une vaste pièce aux tons gris froids et parfaitement inhospitaliers. Il y régnait une atmosphère lourde et sinistre, accentuée par l'odeur de formol et autres produits d'entretien qui embaumaient l'air. Edward poussa les portes battantes de la salle d'autopsie et se figea en découvrant les trois corps allongés sur des tables d'examen et couverts pudiquement d'un grand draps blanc. Visiblement, le médecin légiste n'était pas là et, à la vue des cadavres, Edward fut tenté de rebrousser chemin. Il n'avait pas spécialement peur mais étrangement, la proximité de la mort le mettait particulièrement mal à l'aise.

Viens, nous reviendrons pl...

Qu'est-ce vous faites là, vous deux ?

Sortant d'un bureau annexe et équipé pour procéder à une autopsie, le médecin légiste venait à leur rencontre. Edward s'éclaircit la voix et se lança.

Herm... Maîtres Edward Seymour et Rosamund Fraser, docteur. Nous représentons le principal suspect dans l'affaire des mystérieux décès qui ont eu lieu à Killingworth ces dernières semaines. Vous auriez une minutes pour répondre à quelques questions ?

Le légiste soupira, haussa les épaules et se dirigea vers l'une des tables d'autopsie.

Je suppose que c'est la juge Wilkins qui vous envoie ? Je vous dirais bien de revenir, mais elle me fera mettre dans un sac comme celui-ci si je fais ça. Allez-y, posez vos questions. Mais j'espère que vous avez les tripes accrochées parce que j'ai du boulot !

Alors, sans prendre la peine de prévenir, il souleva le premier draps, dévoilant le visage du jeune homme dont l'infirmière avait parlé un peu plus tôt. Il était tuméfié, ensanglanté et quelques morceaux du pare-brise étaient encore fichés dans ses pommettes. Par réflexe, Edward s'approcha de Rosamund et la pris par les épaules pour qu'elle détourne son regard. Le geste avait été instinctif, doux et protecteur, aux antipodes de ce à quoi il avait pu l'habituer.

Ça va aller ?, demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien.

Lui non plus ne faisait pas le fier, loin de là. Ce serait l'interrogatoire le plus macabre de sa carrière.
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Re: Rosamund | Deep dark is His Majesty's kingdom

Message par Rosamund A. Fraser le Ven 16 Mar - 9:33


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Le trajet avait été étrange. Long, parfois silencieux et gênant, parfois bien plus animé que ce qu'elle aurait pu penser. Elle n'était pas mécontente de mettre un pied à l'hôpital et pourtant, pourtant elle aurait bien aimé rester encore un peu dans l'Aston Martin de son coéquipier.
Elle n'avait rien dit quand elle avait trouvé le livre de recettes. Elle s'était contenté d'y jeter un oeil appuyé et avait souri à l'aristocrate. Ce n'était pas difficile de comprendre qu'il entretenait une passion secrète pour la cuisine. Personne ne gardait dans sa voiture un carnet de recette manuscrit et enrichi au fil des années de notes et réflexions. Personne à part un aficionado convaincu des fourneaux. Elle ne s'y était pas attendu de sa part. C'était à la fois surprenant et terriblement attendrissant. Quand le moment s'y prêterai plus, elle lui demanderait peut-être quel gâteau il préférait... Cela leur permettrait toujours de meubler la conversation.

L'effervescence de l'endroit la saisit à la gorge. On avait l'impression que l'hôpital s'était transformé en champ de bataille. Rosamund suivit Edward de près. Elle n'aimait pas les espaces bruyants et agités et ne souhaitait pas avoir à se retrouver dans ce dédale de couloirs javellisés toute seule. Lorsqu'il s'adressa à l'infirmière, l'avocate se contenta de jeter un oeil autour pour estimer rapidement leur temps d'attente. Puis, elle entendit parler d'un accident et blêmit. Cela n'arrêta pas pour autant le Seymour, qui insista avec son amabilité habituelle. La blonde avança un bras, comme pour le retenir, mais l'employée le renvoya à sa place toute seule.
L'avocate resta bouche bée, partager entre la mine grave qu'elle se devait d'arborer et l'envie de partir dans un fou rire incontrôlé en regardant la mine déconfite du noble qui ne s'attendait vraiment pas à rencontrer une telle opposition. Elle adressa un regard profondément désolé à la pauvre femme qui n'avait visiblement pas encore fini sa journée et s'éloigna quelque peu du bruit. Ses talons claquèrent sur le sol brillant alors qu'il l'éloignait de l'entrée en grommelant. Rosamund haussa les yeux au ciel.

- Essaye de rester debout 15h d'affilées sans pause à répondre aux besoins de patients impatients et irascibles, on verra si tu es toujours aussi aimable... C'était bien entendu ironique. Edward Seymour n'était jamais aimable.

Elle hocha la tête et gratta machinalement l'aile de son nez.

- Cette psychose ambiante va ralentir les recherches... Tout ça à cause de quelques journaleux qui, sous couvert d'information, s'accaparent du premier fait divers venu pour faire grimper l'audience. Et les autres qui sont assez bêtas pour s'abreuver de ça... Nous voilà revenus à l'heure des penny dreadful !

Rosamund ne supportait pas la bêtise. Et elle supportait encore moins les personnes suffisamment intelligentes qui profitaient de la bêtise des autres pour se rendre intéressantes. C'était fou le nombre de consultants criminels totalement inconnus jusqu'alors, et qui sortaient subitement un essai sur les poisons ou les tueurs en série. Un business hypocrite nourri du sang de victimes d'un malade mental. Génial. Elle fut arrêtée dans son propre marmonnement par une phrase prononcée par le Seymour.

- La morgue ? Tu es sûr ? On devrait plutôt attendre quelqu'u.... Hé attends moi !

Alors qu'il accélérait le pas, elle essaya de le suivre, vaille que vaille. Elle ne réfléchissait même plus à l'endroit où ils se rendaient, attentive simplement à ne pas glisser avec ses talons sur le sol nettoyé. L'esprit focalisé sur ce battement régulier, elle ne retrouva sa pleine conscience que lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec ces trois silhouettes sous un drap, dans une salle bien trop blanche, bien trop froide, bien trop formolée.
Demi tour. C'était encore la meilleure chose à faire. Mais alors qu'ils se reculaient, une voix de stentor les interrompit. Rosamund sursauta et blêmit encore, alors qu'Edward les présentait au légiste. Celui-ci arbora alors un visage presque résigné alors qu'il s'approchait d'un corps. Ils n'allaient quand même pas l'interroger alors qu'il...

En un mouvement de drap, la mort sauta au visage de Rosamund qui sentit son coeur faire une chute dans sa poitrine. Elle fut instamment écartée de cette vision par un Seymour qu'elle trouva soudainement prévenant. Non, ça n'irait pas. Elle ne le sentait pas. Mais ils n'avaient pas le choix, la suite de l'enquête en dépendait. Ses yeux noisettes aux reflets de prairie se perdirent dans le bleu du noble et elle serra doucement sa paume sur son bras avant de déglutir. Elle lui sourit faiblement et finit par hocher lentement la tête.

- Il faudra bien que ça aille... Merci Edward.

Elle se retourna alors et s'attacha à fixer son regard dans le vide, plus loin que les silhouettes des corps. Elle essaya d'ignorer le cliquetis des outils métalliques qu'il étalait sur sa table de travail et inspira longuement.

- Dans votre rapport, vous faites état d'une drogue mais vous dites n'avoir rien relevé sur les corps qui traduise l'ingestion, l'inhalation ou l'injection d'un quelconque produit. Pardonnez ma question mais... avez-vous pensé à une éventuelle infection ? Ou quoi que ce soit qui pourrait être bénin pour la plupart des gens mais mortel pour quelques fragilisés ?

Le légiste était en train d'inspecter l'abdomen du garçon, ou ce qu'il en restait. Il semblait fouiller entre les intestins pour chercher on ne savait trop quoi. Le bruit spongieux fit trembler l'avocate, dont les ongles s'enfoncèrent dans ses paumes. Il utilisa une seringue pour effectuer un prélèvement avant de répondre.

- Les tests sont négatifs. Nous n'avons trouvé aucun signe d'une quelconque manifestation du système immunitaire des victimes qui puisse faire penser à une infection. Ce n'est pas une bactérie, ou alors c'est quelque chose d'assez puissant pour prendre nos défenses naturelles en défaut. Mais dans ce cas, il y aurait eu plus de victimes.

Rosamund soupira et fixa les carreaux du plafond. La lumière l'aveuglait presque. Le légiste se concentra davantage sur les membres de son cadavre avant de reprendre.

- Aucun signe d'une quelconque ingestion de drogue. Soit ce n'est pas la cause de leur mort, soit la substance est tellement puissante qu'elle est capable de pénétrer via les pores de la peau sans laisser de traces... Mais je ne connais aucune drogue qui soit capable de produire un tel effet. Cependant, nous avons récemment reçu des analyses génétiques bien plus poussées. Quoi que "ça" puisse être, "ça" agit directement sur les noyaux des cellules tissulaires de l'encéphale. Les chercheurs ont remarqué qu'une apoptose spontanée de ces cellules avait été déclenchée on ne sait trop comment, provoquant une paralysie suivie de l'arrêt des fonctions respiratoires, vasculaires et cognitives.

Il reporta à nouveau son attention sur les restes du jeune garçon, enlevant soigneusement un bout de verre de son visage à l'aide d'une pince. La jeune femme l'aperçut du coin de l'oeil et se força à ne pas se détourner.

- Toutes les victimes sont passées dans cet hôpital pour des problèmes divers, la semaine précédant leur mort. Nous pensons qu'il y a de fortes chances pour qu'ils aient été confrontés à la "drogue" ici. Il faudrait que nous puissions accéder aux différents services dans lesquels les victimes se sont rendues, ainsi que la liste des membres du personnel qui s'y trouvait. Pensez-vous que nous puissions avoir accès à tout ceci ?

Le légiste fronça les sourcils en continuant son inspection minutieuse. Rosamund sentait ses jambes flageoller. Cet interrogatoire commençait à la bouleverser et le manque de sucre n'aidait vraiment pas.

- C'est tout à fait possible... Mais pour cela, vous devriez vous rendre au service de l'administration. Je vous ferai une lettre afin qu'ils ne vous causent pas trop de soucis. En ce moment, tout le monde est à cran et une enquête non officielle ne sera vraiment pas la bienvenue.

Il fit un dernier prélèvement avant de saisir un nécessaire à couture. Il était visiblement temps de redonner à ce pauvre garçon une forme convenable avant la visite de la famille. Le fil passa dans la grosse aiguille avec une précision inégalable et la pointe métallique pénétra les chairs sans vie avec une indifférence froide. Comme s'il avait fait ça toute sa vie, le légiste ne trembla pas. Il ne sembla pas ému mais il soupira.

- Dix-sept ans... Pauvre gosse.

Cette phrase, bien anodine comparé à tout ce qu'ils avaient pu entendre jusqu'à présent, fit l'effet d'une bombe dans la poitrine de l'avocate. Dix-sept ans. Dix-sept ans ce n'était pas un âge pour mourir. A cet âge là, elle était déjà à Oxford et elle tenait déjà tête à Edward. Elle était pleine de fierté, de volonté et d'espoir. Et soudain, elle se rendit compte que tout ce qu'elle avait tenu pour acquis aurait pu être balayé, pour un carambolage. Elle sentit une angoisse folle l'assaillir alors qu'elle réalisait de plein fouet à quel point l'homme était fragile. Elle eut peur en imaginant tous les rêves que ce garçon pouvait avoir et qui ne se réaliseraient jamais. Tous ces mots qui ne seraient plus jamais dit. C'était injuste, cruel. Dix-sept ans, ce n'était pas un âge pour quitter ce monde.
Sa voix bien trop tremblante perça le silence.

- Excusez-moi, je... J'ai besoin de prendre un peu l'air. Maître Seymour, je vous laisse terminer.

Elle quitta la salle bien trop précipitamment. Elle courut dans le couloir vide bien trop vite. Elle fit claquer la porte des toilettes bien trop fort. Elle agrippa la faïence du lavabo bien trop durement. Et là, face à son propre reflet, elle éclata en sanglots incontrôlables. Pas les pleurs contenus d'un adulte qui ne veut pas faire de bruit, non. De vrais sanglots, viscéraux et puissants. De ceux qui vous retournaient le diaphragme à chaque fois que votre corps était agité d'un nouveau spasme. Cela faisait longtemps que ses émotions ne l'avaient pas submergées à ce point. A cet instant, même les bras d'Edward auraient constitué un refuge dans lequel elle se serait volontiers perdue.

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Re: Rosamund | Deep dark is His Majesty's kingdom

Message par Edward T. Seymour le Dim 1 Avr - 17:37


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Plus d'un concept humain échappait à Edward. Il avait mis des années à comprendre pourquoi son frère avait à ce point peur du noir, il parvenait enfin à saisir pourquoi la perte d'un être cher pouvait être traumatisante, mais il était toujours incapable de ne pas être froidement direct avec les gens. À ses yeux, dire à quelqu'un « mais oui, cette tenue ta va à ravir et rehausse la couleur de tes yeux » quand le vêtement en question faisait passer ledit individu pour un gros sac était le comble de l'hypocrisie et du mauvais goût. C'était sûrement pour cela qu'il n'avait jamais trop saisi en quoi dire une vérité, même blessante, pouvait être déplacée. Rosamund avait maintes fois fait les frais de la franchise écœurante de l'aristocrate, tout comme elle avait eu affaire à sa mauvaise foi légendaire. En revanche, il n'avait pas trop l'habitude qu'on le rembarre comme venait de le faire l'infirmière. Lèvres pincées, il sembla se raidir dans son costume et jeta un regard glacial à Rosamund.

Sous entendrais-tu que je ne suis pas aimable ?

Ajoutons à cela le fait qu'Edward Seymour était aveugle et totalement inconscient de son caractère imbuvable. Il se contentait généralement de penser que si le commun des mortels se vexait de ses remarques, ce n'était pas sa faute ni son problème, mais cela expliquait sûrement pourquoi il avait si peu d'amis. Edward laissa échapper un léger soupir et acquiesça. Avec des journalistes dans les parages, le moindre mot, le moindre geste serait interprété, amplifié et déformé. Rosamund avait raison : la peur ambiante allait se transformer en psychose avant de virer à la folie meurtrier. Après tout, ça ne serait pas la première fois dans l'Histoire que les gens prendraient les armes par peur du voisin, seulement... s'ils pouvaient empêcher que cela arrive, tout le monde s'en porterait bien mieux. C'était pour cette raison qu'il comptait bien ne pas perdre de temps. Sans plus attendre, il se dirigea vers la morgue sans demander son avis à Rosamund. Voilà bien une chose à laquelle le Seymour n'était pas habitué : devoir travailler en équipe. Il était habitué à déléguer à ses subordonnées mais certainement pas à devoir se contenter d'un pied d'égalité avec une autre avocate. Il n'entendit même pas ce que demanda la jeune femme tant il avait hâte de quitter le brouhaha ambiant.

Par contraste, le silence qui régnait dans la morgue n'en fut que plus assourdissant. Une odeur de produits d'entretien flottait dans l'air et il y avait cette forme semi humaine sur les tables, masquées pudiquement par des draps blancs. Edward se fit la réflexion qu'il n'avait jamais craint la mort. À vrai dire, il avait mis du temps à comprendre le concept de « peur » et ne l'avait finalement saisi qu'en expérimentant la douleur causée par une pneumonie. Alors non, Edward ne craignait pas la mort. Si elle devait survenir, elle surviendrait, et ses croyances le poussaient à penser que sitôt le voile franchi, un autre monde lui ouvrirait ses portes. Il n'était même pas assez sentimental pour craindre l'éventuelle souffrance de ses proches pour une raison très simple : chez les Seymour, on ne pleurait pas, on ne montrait que peu ses sentiments. Son père regretterait l'héritier plus que l'homme, peut-être Alice et Elizabeth auraient-elles de la peine ? Quant à son frère, Edward était amèrement certain qu'il fêterait son décès sous des litres d'alcool. Finalement, ce qui faisait peur à Edward, c'était le fait de mourir et non la mort en elle-même. Il savait ce que l'on pouvait éprouver en sentant l'énergie quitter le corps. Il avait expérimenté cette impuissance et pour rien au monde il ne souhaitait y être à nouveau confronté.

Lorsque le légiste souleva le draps qui recouvrait le jeune homme, Edward baissa les yeux plus par respect que par dégoût. Ses lèvres murmurèrent une prière et Rosamund entama l'interrogatoire. Elle tenait le coup, bien plus qu'il ne l'aurait cru au premier abord et senti presque bête d'avoir craint qu'elle ne fasse un malaise. C'était toute son éducation vieillotte qui parlait : protège les femmes, Edward, sois galant, Edward, ne laisse pas une femme marcher dans la boue, Edward, sers-lui de paillasson tant qu'on y est, Edward ! Que ça pouvait l'ennuyer... Il n'avait compris comment son père ne pouvait pas voir la frontière entre la politesse et l'infantilisation. Edward écouta le légiste, griffonna quelques notes sur son calepin et mordilla le bout de son stylo.

Si je vous suis bien, vous avez la certitude que ces morts ne sont pas accidentelles, qu'un produit ou un organisme est à l'origine des décès mais vous êtes incapables de dire quoi ni comment ?

Le légiste hocha simplement la tête. Cette histoire était une véritable farce. S'il y avait une personne bien réelle, faite de chair et de sang, derrière toute cette histoire, elle utilisait une arme qui pouvait à tout moment échapper à son contrôle. Et s'il s'agissait d'un pathogène unique ? Un genre d'arme biologique qui ne toucherait que certaines tranches de la population ? Ou encore un virus sur mesure qui s'attaquerait uniquement à l'organisme porteur d'un ADN donné ? Mais dans ce cas, pourquoi ces gens ? Toutes les victimes n'avaient aucun lien entre elles et à l'exception du fils du procureur, aucun ne pouvait servir de cible pour atteindre quelqu'un d'autre. Se donner autant de mal sur le plan génétique pour toucher des personnes au hasard n'avait pas de sens. À moins qu'ils n'aient servis de cobaye...

Cette histoire n'a pas de sens..., marmonna Edward tandis que le légiste leur proposait de leur faire une lettre pour leur permettre d'accéder facilement à l'administration.

Edward aimait les puzzle et les casse-tête mais il détestait quand ces derniers impliquaient des vies humaines. Il agissait mathématiquement, froidement, les sentiments n'avaient que rarement l'occasion de se faire une place dans son esprit, mais il jugeait la vie humaine bien trop importante pour être jouée de cette façon. S'il y avait quelqu'un derrière tout ça, il entendait bien le faire enfermer pour le restant de ses jours. Dix-sept ans, venait de dire le légiste. C'était bien jeune, pour mourir, c'était un âge où l'on commençait tout juste à profiter de la vie mais Edward resta froidement en retrait, si bien qu'il ne compris pas tout de suite ce qui arrivait à Rosamund. Il resta interdit, la bouche entrouverte et se tourna vers le légiste pour chercher de l'aide. Celui-ci esquissa un sourire désolé.

Navré d'avoir mis votre amie mal à l'aise.

Ce n'est mon... Que s'est-il passé ?

Le légiste regarda Edward comme s'il découvrait un nouveau genre d'humain particulièrement simplet. Il retira ses gants, se dirigea vers son bureau, l'avocat sur ses talons, et commença à remplir à la va-vite la lettre qui leur servirait de laisser passer.

Tout le monde n'est pas prêt à voir la mort en face, Maître. Vous avez l'air de plutôt bien encaisser les choses mais ce n'est pas son cas. Tenez. Et prenez ça, elle en aura bien besoin.

Edward regarda la lettre que lui tendait le légiste ainsi que la barre chocolat et protéinée qu'il lui fourra dans les mains. Sitôt la friandise et le papier dans les mains de l'avocat, le légiste retourna à sa cruelle besogne.

Je... merci docteur !

Le médecin agita la main sans relever les yeux de son travail et Edward sortit en vitesse de la morgue. Il n'avait pas vu le visage de Rosamund blanchir, pas plus qu'il n'avait senti sa détresse et pourtant, il sentait bien à présent cette boule d'inquiétude qui lui enserrait la gorge. Il n'avait pas l'habitude d'éprouver ce genre de choses mais ce qui était certain, c'est qu'il n'aimait pas ça. Dans le couloir vide, il ne croisa qu'un agent d'entretien qui lui confirma avoir vu une jeune femme bouleversée sortir de la morgue pour se diriger vers les toilettes. Face à la porte de ladite pièce, Edward se sentit bête. Devait-il laisser Rosamund se calmer ? Devait-il lui apporter un appui ? Ou devait-il la secouer ? Il fini par opter pour une solution de repli : il toqua à la porte et, devant l'absence de réponse, entra pour trouver un spectacle qui le laissa sans voix. Accoudée au lavabo qui l'empêchait de se laisser tomber au sol, Rosamund était secouée de sanglots déchirant, que l'on n'aurait pu croire feints un seul instant et qui parvenaient même à émouvoir le cœur du Seymour. Gêné, il s'approcha d'elle, peu habitué à gérer ce genre de choses. Une part de lui avait envie de lui dire sèchement d'arrêter de pleurer, qu'elle n'était plus une enfant mais une autre, cette petite voix qui ne semblait s'éveiller qu'en présence de la jeune femme, l'incitait à faire preuve de douceur et de compassion. Douceur et compassion ? Comme s'il avait ces mots-là dans son vocabulaire !

Je... Roamund ? Ça va aller ?

Ça va aller ? Il se serait volontiers mis une claque pour n'avoir pas su trouver mieux. Qu'elle pouvait être agaçante, aussi, à toujours le mettre dans l'embarras ! Dans un élan de compassion, l'aristocrate posa une main sur l'épaule de sa consœur pour l'aider à se redresser et l'attira contre lui, dans une étreinte aussi maladroite qu'attendrissante. À quoi jouait-il ? Lui-même se posait la question. Il savait, pourtant, que c'était une mauvaise idée d'être trop proche d'elle, que cela ravivait des souvenirs qu'il n'était pas en mesure de qualifier de positifs ou négatifs et qu'il allait tôt ou tard s'en mordre les doigts. Pour le moment, la détresse de Rosamund était si palpable qu'il ne se sentait pas d'y être indifférent.

Je sais bien que je ne suis pas d'un grand secours mais... hum... si tu veux en parler ou simplement pleurer, je suis là.

Son père lui aurait sûrement mis une claque derrière la tête pour avoir dit cela mais fort heureusement, Goerge Seymour n'éttait là que dans ses pensées. Instinctivement, les doigts d'Edward se perdirent dans la chevelure de Rosamund dans un mouvement qui se voulait doux et apaisant. Quand enfin il se redressa pour s'écarter un peu, il ne su combien de temps s'était écoulé mais la jeune femme semblait s'être un peu calmée.

Tiens... le légiste m'a dit de te donner ça, j'imagine qu'un peu de sucre te reboostera.

Edward était un peu trop honnête pour se faire passer pour le preux chevalier de l'histoire qui aurait deviné qu'elle avait besoin d'un remontant. Tout comme il ignorait qu'en réalité, Rosamund aurait surtout eu besoin de son insuline.

J'ai la lettre, d'ailleurs. Tu te sens de continuer ou est-ce que tu veux qu'on en reste là pour aujourd'hui ?

Il lui aurait bien proposé d'aller boire un café, à cet instant, mais il n'était pas certain que cela soit bien interprété. D'autant qu'avec des journalistes un peu partout et la publicité que son frère faisait à leur famille ces derniers temps, il n'était pas certain que leur présence à la même table soit bien interprétée. De toute manière, il aimait bien jouer au détective et aurait bien continué leur petite enquête mais si possible loin de la morgue.
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Re: Rosamund | Deep dark is His Majesty's kingdom

Message par Rosamund A. Fraser le Mar 17 Avr - 12:00


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Rosamund était écoeurée, choquée et mal à l'aise. Elle était pourtant déjà intervenue sur des histoires impliquant des décès, elle avait déjà perdu des membres de sa famille. Mais il y avait tout un monde entre le corps sereinement installé au fond de son carcan de sapin et les amas de chairs difformes qu'elle venait de voir. Ses nerfs avaient lâché en pleine enquête. Au chagrin du deuil s'ajoutait la frustration de s'être montrée faible et sensible. Elle avait dévoilé un visage qu'on aimait bien voir se coller à la gent féminine et se détestait pour ça. Elle était à ce point déchirée qu'elle n'entendit pas la porte s'ouvrir et qu'elle ne se rendit pas compte de la présence d'Edward avant qu'il ne pose sa main sur son épaule, la faisant sursauter. Elle plongea ses yeux bruns dans les siens, si bleus. Elle essaya de calmer sa respiration, d'essuyer ses larmes alors qu'il lui demandait si tout allait bien.

- Je... je croyais que ça irait...

Elle n'eut pas le temps d'être surprise quand il l'attira contre elle. Elle se retrouva à étouffer ses sanglots contre lui, respirant l'odeur boisée de sa veste de costume, les mains contre son torse droit et bien plus athlétique que ce que l'on se serait imaginé au vu de sa carrure relativement svelte. Les caresses de ses mains chaudes et douces sur ses cheveux l'aidèrent à se recentrer, alors que ses propres paumes se détendaient doucement contre sa chemise. Elle tremblait moins, rassurée par la chaleur qui émanait du corps de son collègue. Progressivement, sans pour autant savoir combien de temps cela lui prit, elle se calma. Elle n'aurait jamais pensé trouver un pareil refuge dans les bras de cet insupportable personnage, qui s'était soudainement transformé en rempart protecteur. Comme si elle avait retrouvé celui qui l'avait emmenée au bal, huit ans plus tôt. Il l'avait dit lui-même d'ailleurs. Il était là. Il était là pour l'écouter ou pour la laisser pleurer. Et l'affirmation de cette présence lui fit un bien considérable. Quand elle se sentit d'aplomb, elle s'écarta un peu en remettant de l'ordre sur son visage. Heureusement que son mascara ne coulait pas facilement et qu'elle n'usait pas de fond de teint, cela lui évitait d'avoir piètre allure.

- Merci Edward. Je... Je suis contente que tu sois là.

Elle saisit la barre de chocolat avec un sourire. Cela ferait remonter sa glycémie, le temps qu'il faudrait. Elle devrait néanmoins rapidement penser à s'injecter son insuline. En ce moment, ses prises étaient décalées et anarchiques, à l'image de son mode de vie, rythmé par les affaires qu'elle enchaînait sans s'arrêter.

- Ça va aller, nous pouvons continuer... Je pense qu'il nous faudra bien tout l'après midi pour éplucher les registres et recouper la présence des employés.

Dès qu'ils sortirent du couloir de la morgue, elle se décida enfin à mordre dans la barre de chocolat. C'était comme si rien ne s'était passé. Qui ne la connaissait pas suffisamment aurait pu penser qu'elle était tout à fait normale. Mais pour les plus familiers, il était facile de dénoter le trouble latent, par la pâleur de ses mains et la légère rougeur qui perlait encore dans ses yeux. Ils montèrent les escaliers -l'ascenseur était déjà bondé, à cause des urgences de la matinée- jusqu'à l'étage administratif. On aurait pu penser que l'ambiance serait plus apaisée mais il n'en était rien. Dans les bureaux blancs et mornes qui communiquaient entre eux, des sonneries de téléphones striaient l'air. On entendait les uns taper frénétiquement sur des claviers qui semblaient dater du siècle dernier, les autres scanner dossier sur dossier. Les secrétaires s'arrachaient les cheveux, les écrans clignotaient, sonnaient, bipaient de tous les côtés. On se croyait en pleine guerre. Rosamund attrapa au vol une femme replète d'une cinquantaine d'année, le nez surmonté d'une paire de lunettes aux couleurs outrancières, qui tenait une pile de dossiers à la main.

- Excusez-moi madame, je sais que vous êtes débordée mais auriez-vous quelques secondes pour nous dire où nous pourrions obtenir les relevés de présence des employés de la semaine dernière ? Nous avons une accréditation du médecin légiste pour procéder à...

Elle fut coupée en plein élan par la voix rauque de fumeuse invétérée de l'interlocutrice qui leur pointa un couloir d'un signe de tête.

- Porte du fond là bas.

Et elle repartit tout aussi vite, avant que Rosamund, encore interloquée, n'ait eu le temps de balbutier un quelconque remerciement. Elle haussa ensuite les épaules et suivit Edward dans la direction qu'on leur donnait. Elle pouvait comprendre qu'il était difficile d'être aimable dans de telles conditions de travail mais était-ce une raison pour être à ce point déstabilisant quand on se montrait poli ?!
Ils poussèrent enfin la porte d'un bureau assez vaste, possédant pourtant une unique et ridicule fenêtre. Toute la pièce était encombrée par de grands meubles classeurs, un ordinateur de la taille d'un mastodonte et un petit retour caméra relié au poste de surveillance de l'hôpital. Derrière le poste de travail, un homme d'une trentaine d'année semblait numériser une pile de documents plus épaisse que sa propre taille. Rosamund se racla la gorge, redressa la tête et s'avança en brandissant la lettre du légiste.

- Bonjour Monsieur... Nous sommes Maîtres Fraser et Seymour, nous venons vous voir dans le cadre de nos fonctions. Nous avons, dans un premier temps, besoin des parcours de soin des personnes suivantes.

Elle lui tendit la liste des victimes de l'affaire, qu'elle avait soigneusement recopiée avant de partir. Le trentenaire aux airs de geek haussa les sourcils et tapota dans son ordinateur avant d'avoir les différents documents. Les noms, qui ne lui disaient rien au premier abord, le firent tiquer quand il se rendit compte qu'elles avaient toutes terminé à la morgue.

- Mais....

L'avocate le gratifia d'un sourire et le fit taire d'une main laissée en suspens dans l'air.

- Nous sommes accrédités par le médecin légiste de l'hôpital, il nous a signé une lettre. Vous serait-il possible de nous céder ces documents, ainsi que la liste du personnel présent dans chaque service par lesquels sont passées ces personnes le jour de leur entrée à l'hôpital ?

L'homme marmonna quelque chose et tapota à nouveau sur son clavier, avant de relever la tête.

- Ça va en faire des trucs à imprimer... Vous ne préférez pas avoir les documents en numérique ? Si vous cherchez quelqu'un en particulier, j'pense qu'il y a moyen de bidouiller sur un ordinateur pour trouver les occurrences communes à chaque document. Ça nécessite quelques connaissances en algorythmique mais jpense que ça devrait aller pour vous. Z'avez pas l'air bêtes.

La trentenaire se tourna vers son collègue en haussant un sourcil.

- J'ai un disque dur avec moi, donc nous n'aurons pas de souci pour télécharger les fichiers... Mais je n'y connais rien en codage. Qu'en penses-tu ? Je crois que je ne connais personne qui puisse nous aider à lancer un programme comme celui-ci...

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Rosamund A. Fraser
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