(nikhel) Maybe we're perfect strangers

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(nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Dim 11 Fév - 21:26

 
   

Maybe we're perfect strangers

   helena & nikola
 
 
 
Le reflet que la glace me renvoyait depuis quelques minutes m’intimidait. Barbe soigneusement taillée, lunettes posées sur le nez, regard anxieux, cravate posée sur les épaules en passe d’être nouée, chemise impeccablement repassée, constellée de quelques gouttelettes d’eau échappée du robinet. Et l’ombre sombre au niveau de ma mâchoire, comme une piqûre de rappel. Un an, j’avais réussi à repousser ce moment d’un an mais il n’était désormais plus question de me défiler. J’avais besoin de ce travail, la démission était hors de question, j’avais besoin de la proximité avec la ville, un déménagement était hors de question également. L’esquive, ainsi, n’était plus envisageable. La fuite encore moins. Je n’avais plus qu’à faire ce nœud, réajuster les deux pans, enfiler ma veste. Et me joindre au flot de travailleurs pour entamer une nouvelle journée de travail. Un an, j’avais réussi à repousser ce moment d’un an quand les choses étaient devenues intenables. Allaient-elles évoluer différemment ? L’homme qui me faisait face dans le miroir secoua la tête, comme pour me refuser ce droit. Une boule au ventre, je me résolus à terminer de me préparer, la boule au ventre, j’entrepris de me passer une nouvelle fois de l’eau sur le visage, pour m’éclaircir l’esprit. Et de laisser la salle de bain à une Polina qui avait elle aussi à faire avant de partir elle aussi de son côté.

Le reflet que la vitre me renvoyait me jaugea du regard, quand je fis enfin face au bâtiment. Mon regard courut le long des étages, survola les nuages, redescendit, mes doigts glissés dans ma poche partir à la recherche du badge que l’on m’avait délivré, trop peu utilisé jusque-là. Début janvier, j’avais fait mon retour, au sein d’une équipe qui ne me connaissait pas ou juste de vue, dans un service qui m’employait depuis plus de dix-huit mois mais qui m’avait prêté à une autre antenne, à ma demande, pour m’aider à compléter ma formation. Pour me laisser le temps de me préparer. Douce illusion. Je n’étais pas plus prêt aujourd’hui qu’en signant le contrat et en rencontrant mon équipe, je n’étais pas plus prêt aujourd’hui qu’un an et demi plus tôt, pas plus prêt aujourd’hui que demain. Et pourtant, j’étais là. A montrer mon badge à un vigile dans un sourire crispé, à dédaigner l'ascenseur pour l'enfoncer dans le bâtiment, et tenter de me repérer dans les couloirs, à saluer les rares collègues déjà présents de quelques mots concédés, à m’enfermer dans mon bureau pour poser mes mains à plat sur le bureau, le temps de contrôler leurs tremblements. Au moins, avec une heure d’avance sur les horaires, étais-je là avant elle. Au moins, avec une heure d’avance sur les horaires, allais-je avoir un peu plus de temps pour m’habituer à l’idée que oui, c’était aujourd’hui son entretien individuel et que oui, cette idée que j’avais eue de faire un point en tête-à-tête avec chacune des trois personnes sous mes ordres était des plus stupides. Ridicule. Dangereuse. Pourquoi l’avais-je eue, déjà ? Une sombre histoire d’instinct, de conscience, et bien évidemment c’était une idée soufflée par mes supérieurs avec le ton d’un ordre. Que je n’avais pu décliner poliment. Que j’avais été bien incapable de décliner poliment.

L’ordinateur s’alluma dans un ronronnement, je pris le temps de disposer sur le bureau les photos que j’avais prises ce matin dans mes affaires afin d’humaniser un peu le bureau, d’en ôter l’austérité angoissante qui l’habitait, le surcharger également pour le rendre plus amical. En vain. Polina, perdue dans les bras d’Irina, éclatait désormais de rire à côté de mon écran. Plus loin elle était en train de jouer dans la neige, une neige bulgare, ange creusé à grands renforts de bras et de jambes agitées. Une plante trônait entre quelques dossiers fermés, agrémentés d’un post-it à lire de toute urgence – dossier Stevson ainsi que quelques ouvrages mêlant publicité, psychologie et photographie. D’un mouvement, j’imprimai un résumé des derniers mois fournis par Romuald, un graphiste de formation, ainsi que les derniers comptes-rendus que je lui avais demandés sans me rendre compte de la quantité de travail que cela signifiait pour lui. Les yeux plongés dans les documents, l’heure fila sans que je ne m’en rende compte. Une bénédiction dans un sens, une malédiction dans un autre : mon cœur manqua un battement quand une alerte apparut au milieu de mon écran, m’obligeant à le consulter et m’informant dans le ton sobre et inhumain des ordinateurs que RDV Helena Percy dans cinq minutes, enfonçant le couteau dans la plaie en affichant également le visage souriant de la blonde. Un frisson. Un instant de panique. Un regard en direction de l’extérieur de mon bureau qui grouillait désormais d’animation, avec les passages multiples dans les couloirs et le chuchotement ininterrompu des imprimantes qui crachaient et crachaient encore des documents. Je déglutis en apercevant sa silhouette, oscillai en envisageant de m’octroyer un café et me réfugiai plutôt dans mon bureau en me rendant compte que c’était précisément dans cette direction qu’elle-même se dirigeait.

Mains tremblantes, mains nerveuses, je caressai une fraction de seconde l’envie d’effacer en moi toute nervosité avant de repousser au loin la tentation. Anxieux comme j’étais, c’était le moyen idéal pour déraper. Une bien mauvaise idée. Mains tremblantes, mains nerveuses, je me mis à faire les cent pas alors que les dernières minutes s’écoulaient et lorsque l’heure dite fut misérablement atteinte, je n’étais pas plus prêt qu’un peu plus tôt. Pas plus prêt qu’hier non plus. Pas plus prêt qu’au début. Souvenirs présents, souvenirs trop présents, il m’était interdit de les supprimer – trop risqué. Et ils étaient là, omniprésents. Alors que je comptais les secondes. Alors que je les détachais en croate entre mes lèvres, sans la voir venir. Certainement retardée pour une quelconque raison, une quelconque raison des plus normales, certainement… je pris mon inspiration, il fallait que j’en finisse. Et vite. Très vite. Je sortis du bureau d’un pas vif, parvins à la machine un café, sans un regard pour toutes les personnes présentes, les yeux rivés sur ses cheveux pour ne pas risquer de croiser ses prunelles. Voix sèches pour ne pas l’entendre dérayer. Percy, nous avions dit neuf heures, vous pourrez continuer à raconter votre week-end à midi, en attendant, ne me faites pas perdre de temps. Et sans attendre de réponses, je fis volteface, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine.

Interdiction de faire du favoritisme, interdiction de la dorloter, interdiction de me montrer par trop clément, par trop gentil. J’étais son supérieur, comme des années plus tôt, j’étais un étranger pour elle. Et je ne voyais aucune raison pour que ça change. Aucune raison autre que mes souvenirs, qui s’entrechoquaient douloureusement quand je fermai durement la porte avant de me reprendre et de l’entrebâiller. J’attrapai le dossier sur lequel elle travaillait, fis craquer mes articulations pour occuper mes mains. Expulsai des syllabes agressives sitôt qu’elle entra dans la pièce. Prenez un siège, nous avons beaucoup à nous dire. Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas bien, j’en suis tout à fait conscient. Le mensonge avait saveur acide dans ma gorge. Et je compte bien ne pas aller davantage dans la familiarité avec vous, que les choses soient bien claires. Complément superflu que je regrettai sitôt prononcé. Quoiqu’il en soit, comme je vous l’ai expliqué la semaine dernière, la mission à Durham étant terminée je suis désormais à temps plein à Newcastle et nous allons être amenés à nous croiser plus souvent. Et donc… présentez-vous. Diction rapide, précipitée, j’avais au moins réussi à être audible et compréhensible, sacrifiant au passage la douceur qui enrobait ma voix d’ordinaire.

 
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 par Helena M. Percy le Mer 14 Fév - 21:59


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S’il y avait bien une seule chose qui tournait rond dans la vie d’Helena, c’était son travail. Un boulot formidable dans lequel elle s’épanouissait, qui lui permettait de s’exprimer (quand les clients n’avaient pas des attentes trop strictes) et qui avait l’avantage non négligeable de lui avoir proposé un bureau au rez de chaussé, ce qui était assurément plus que rare dans une grande ville où les étages zéro étaient plus souvent consacrés à l’accueil et aux archives pour offrir ensuite à leurs employés des étages, la plus belle vue possible de Killingworth. Bien sûr, les dirigeants de l’entreprise pourraient toujours être amenés à changer d’avis quant à la disposition des bureaux, mais aux dernières nouvelles, ce n’était pas à l’ordre du jour. Tant mieux, car la jeune Percy n’était pas vraiment une folle des changements. En tout cas pas quand tout allait pour le mieux. Or aujourd’hui il était question de gros changements et l’appréhension de la jeune femme l’avait rapidement amené à devoir se tenir occupée dans des mesures extrêmes. Levée à l’aube elle avait commencé par rallonger sa course de quelques kilomètres, préférant cette fois contourner le parc qu’elle coupait habituellement en son milieu puis après être rentrée pour se préparer elle était immédiatement allée au travail.  Ne pouvait pas tenir en place et étant donné l’heure encore trop matinale, elle s’y était rendue à pieds - le vélo aurait été une option, bien entendu, si son acrophobie avait eu des limites raisonnables, mais ce n’était pas le cas. 

Les yeux maintenant rivés sur son planning du jour, Helena poussa un grognement de mécontentement en voyant l’horaire fatidique arriver. Elle avait passé les dernières heures à griffonner sur des papiers les idées qu’elle avait eu en courant quelques heures plus tôt, sur la dernière sortie en date du parfum d’un grand couturier anglais. Les dessins commençaient à lui plaire et la jeune femme n’avait aucune envie de s’arracher à son travail pour rencontrer son nouveau patron. Enfin rencontrer était un bien grand mot. Ils s’étaient déjà vu il y avait de ça près d’un an, un grand blond plutôt à son goût mais qui avait rapidement coupé court à ses fantasmes avec une attitude froide et hautaine qui avait immédiatement donné à Hel l’envie de lui remettre les pieds sur terre. Elle n’avait pourtant rien dit et apprécié le sursit d’un an qu’on leur laissait avant de changer de direction, tout en espérant que l’année à venir changerait les plans... Mais ils n’avaient pas changé et aujourd’hui, Helena se préparait de passer d’une direction permissive à un style de management autoritaire, voir anarchique. Se laissant aller à un énième soupire, la belle blonde chassa ces pensées de son esprit et repris ses croquis sur tablette graphique.

Tirant Helena de sa tâche, une sonnerie d’alerte lui rappela que son rendez vous en tête à tête avec son patron avait lieu dans cinq minutes. Des rappels, l’aînée des Percy en avait partout. Sur son ordinateur professionnel, son portable et dans une armée de post-it qui fleurissaient son bureau. Personne ne devait se rendre compte de ses problèmes de mémoire. Ça pourrait mettre en cause son poste, ça pourrait peut être mettre en cause toute sa carrière. Alors la jeune femme luttait comme elle pouvait, mettant sa confiance toute entière dans la technologie où les petits bouts de papiers... Nouveau soupire et elle quitta son bureau. 
Arrivée à hauteur de la machine à café, Helena s’autorisa une pause avant le grand entretien, elle était de toute manière en avance . Se rassérénant une fois le café chaud entre ses mains, la jeune femme se détendit quelque peu. Après tout, les premières impressions pouvaient être mauvaises et malgré son côté rancunier, Helena de par sa propre expérience avait l’habitude de savoir accorder des secondes chances... Fixant distraitement la porte du bureau où elle devrait rentrer dans quelques instants, Helena manqua de renverser de son café quand deux de ses collègues entrèrent dans l'espace dédié aux pauses quotidiennes. Les conversations concernant le nouveau venu semblaient déjà aller bon train et tout le monde y était déjà allé de son commentaire à en croire un des graphistes. La jeune femme fut bientôt mêlée à la discussion : elle était la prochaine, on attendrait son compte rendu dès sa sortie. Les avis sur M. Stepanovic semblaient divergents, professionnel, sympathique, froid, distant, autoritaire... A se demander si tout le monde avait vu le même homme, pourtant...

‹‹ Percy, nous avions dit neuf heures, vous pourrez continuer à raconter votre week-end à midi, en attendant, ne me faites pas perdre de temps. ››

Eh merde ! La belle blonde manqua d'avaler son café de travers à l'intervention soudaine de son supérieur. Ce n'était pas comme ça qu'ils allaient partir du bon pied ! Lançant un sourire rapide à ses collègues (le genre qui voulait dire qu'on n'était pas sûr de revenir de la guerre mais qu'il était trop tard pour rentrer à la maison), Hel laissa tomber sa tasse à moitié pleine dans la poubelle et fila rejoindre son rendez-vous qui avait déjà de nouveau disparu derrière la porte de son bureau.

‹‹ Prenez un siège, nous avons beaucoup à nous dire. Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas bien, j'en suis tout à fait conscient. ››

La jeune femme referma précautionneusement la porte derrière elle avant de prendre place en face de celui qui pouvait changer tout son destin professionnel. Il ne fallait pas qu'il soit gentil, la gentillesse ça ne voulait rien dire au travail, il fallait qu'il soit juste. C'était tout ce que l'ainée des Percy demandait.

‹‹ Et je compte bien ne pas aller davantage dans la familiarité avec vous, que les choses soient bien claires. ››

Les yeux d'Helena s'agrandirent bien malgré elle, autant par surprise que par une certaine indignation. Avait-elle précédemment fait preuve de familiarité pour qu'il mette ainsi de but en blanc de telles barrières ? Si c'était le cas elle ne s'en souvenait pas. Ou bien était-ce un regard qu'il avait mal interprété ? En tout cas, la belle blonde commençait à comprendre les avis mitigés sur ce personnage...

‹‹ Quoi qu'il en soit, comme je vous l'ai expliqué la semaine dernière, la mission Durham étant terminée je suis désormais à temps plein à Newcastle... ››

Ca c'était clair.

‹‹... et nous allons être amenés à nous croiser plus souvent. ››

Pas trop quand même, avec un peu de chance.

‹‹ Et donc... présentez-vous. ››

Un instant décontenancée, Helena se reprit rapidement. A quoi s'était-elle attendue ? Elle ne le savait pas trop, mais en tout cas pas à un entretien d'embauche. Elle avait peut-être espéré quelque chose plus proche d'une discussion que d'un interrogatoire...
Se redressant sur sa chaise, relevant le défi qu'on lui fixait, Helena chercha à capter le regard de son patron avec determination avant de commencer :

‹‹  Helena Percy, 29 ans, j'ai obtenu mon DNA* option design puis le DNSEP**, j'ai commencé à travailler ici en 2015, ce qui était, hors stages, mon premier vrai métier au sein d'une agence artistique et au fil des années j'ai fini par me spécialiser en affiche évènementielles, publicités et logos, les sites web sont un peu moins mon domaine mais sinon j'aime la diversité des tâches et les nouveaux défis. ››

J'ai une mémoire de merde et j'ai la trouille au bord d'un trottoir. Elle acheva dans sa tête avant de finir par un sourire cordial. Oui, cordial, pas familier, évidemment. Puis toujours sans agressivité mais avec son naturel franc qui la caractérisait :

‹‹  Et vous êtes... ?››



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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Jeu 15 Fév - 19:42

 
   

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Helena avait changé, c’était une certitude. Quand je la voyais se déplacer, quand je la voyais se crisper, quand je la voyais sourire, quand je la voyais, même, se concentrer sur les ébauches d’un dessin ou sur un cahier couvert de griffonnage, je ne pouvais que voir tous ces changements qui s’étaient opérés en elle depuis mon départ. Des changements qui la rendaient encore plus belle, encore plus remarquable, encore plus admirable. Elle était loin, l’étudiante à la dérive que j’avais voulu aider, sous le charme de laquelle j’étais tombé, pleinement. Elle était loin, si loin de cette femme assurée qui était dans son élément, qui avait trouvé un équilibre dans sa vie et une autre échappatoire que l’alcool, la drogue et toutes ces substances qui la berçaient autrefois. Elle était loin, et pourtant si proche. J’avais peur, c’était certain, de déraper. De m’égarer. D’oublier que je l’avais privée de toute ce que nous avions vécu ensemble, de ce qu’on s’était promis, imaginé. D’oublier ce dont je l’avais privée. D’oublier, même, que les années avaient passé. J’avais peur de ne pas pouvoir résister à l’envie de renouer, à l’envie de comprendre, de combler mes années d’absence, de faire pleuvoir sur elle des questions, mon regard inquiet et cette envie de comprendre, de savoir, de me faire pardonner. Elle était loin, l’Helena que j’avais connue, mais elle était si proche dans son sourire, dans sa silhouette, dans sa démarche. Dans tout son être. C’était la même. Grandie. Changée. Plus admirable, plus remarquable, plus désirable encore. Nous avions certainement changé tous les deux, peut-être trop, sûrement trop. Je le savais, j’en étais bien conscient. Nous avions certainement changé, tous les deux. Peut-être n’étions-nous plus compatibles, plus comme nous avions pu l’être. Et je n’avais même pas le droit de vérifier ça, je me l’interdisais.

Quand elle entra dans mon bureau, je sentis ma respiration mourir dans ma poitrine, comme un noeud douloureux brutalement resserré autour de ma trachée. Ma voix prit le relai, sèche, agressive, presque trop, certainement trop, mais je me rendis bien compte que c’était tout ce que je pouvais faire pour le moment. Protégé par le dossier que je tenais, protégé également par mon statut, par l’unique objectif de cet entretien, il fallait que je ne perde pas de vue la direction que je devais prendre et les ornières à éviter. Impérativement. Propos brefs, décousus, syllabes expulsées plutôt qu’articulées, je me donnais l’impression d’avoir courir un sprint olympique quand je lui rendis la parole, mains nerveusement crispées, faussement détendues. Je n’étais ni un orateur, ni un extraverti prompt à se lancer dans de longs discours. J’étais plus de ceux qui, silencieux, ne véhiculaient leurs avis que par monosyllabes ou phrases se cantonnant au sujet-verbe-complément lorsqu’il ne pouvait en aller autrement. Mon coeur battait à toute vitesse dans ma cage thoracique, j’avais fait ma part de chemin, je remettais désormais entre ses mains le devoir de faire la conversation. Sans cesser de douter.

Aurais-je dû m’y prendre autrement ? Etais-je trop permissif, trop paniqué, trop inexpérimenté, allait-elle remettre en cause mes compétences ou se plaindre de moi pour un favoritisme bien trop marqué, des attitudes déplacées, des… ‹‹  Helena Percy, 29 ans, j'ai obtenu mon DNA* option design puis le DNSEP**, j'ai commencé à travailler ici en 2015, ce qui était, hors stages, mon premier vrai métier au sein d'une agence artistique et au fil des années j'ai fini par me spécialiser en affiche évènementielles, publicités et logos, les sites web sont un peu moins mon domaine mais sinon j'aime la diversité des tâches et les nouveaux défis. ›› J’ouvris la bouche pour répondre et renchérir, un simple Ah. soufflé la franchit. Soufflé, également, par son sourire, si retenu, loin d’être familier, très certainement celui qu’elle offrait aux étrangers. Ah. Mes yeux dérivèrent sur le dossier en cours, dont j’avais déjà oublié le nom, perdu comme j’étais dans mes pensées, à la recherche d’une manière de rebondir. Elle m’en épargna cette peine, me faisant brusquement relever la tête : ‹‹  Et vous êtes... ?›› A nouveau, j’ouvris la bouche pour la refermer sans avoir prononcé la moindre syllabe, mais au moins sa question, directe, franche, honnête et authentique, avait le mérite de me donner une piste à suivre. Moi ?

Nikola Stepanovic, trente trois ans, bientôt trente quatre. Etais-je supposé répondre à sa question de la même manière qu’elle, elle avait répondu à la mienne ? Cela pouvait être pris pour de la moquerie, comme si je tournais en dérision ses propos, sa manière de se présenter. J’oscillai, une fraction de seconde, sur la corde raide du doute, avant de sombrer. Avant de céder. LMD de psychologie, docteur en psychologie sur un sujet couplant image, publicité, émotion et marques mnémosiques. Bien. Mon bien tomba sèchement, comme un couperet venant fermer cette parenthèse. Inopportune. Mon rôle n’est ni de vous faire passer un entretien d’embauche, ni de vous materner, ni de m’intéresser de près ou de loin à votre vie privée, sentimentale, ou le repas que vous avez pris la veille au soir. Tout ce qui m’intéresse, ce sont les résultats, l’avancée des projets, vos capacités d’analyse et vos capacités tout court, pour que je puisse les exploiter du mieux qu’il soit. Ce serait bien inutile que je vous attribue un dossier inadapté à vos compétences quand un autre vous conviendrait bien mieux, n’est-ce pas ? Etait-elle en couple, aujourd’hui ? Avait-elle refait sa vie avec un autre, aujourd’hui ? Se souvenait-elle de moi, juste un peu ? Je luttai contre l’envie de chercher à voir la marque de ses souvenirs, l’empreinte laissée par mon vol sur ma peau, afin d’en vérifier la saturation.

Il s’agit de faire connaissance. … Dans un cadre purement professionnel, bien évidemment. Parlez-moi de votre relation avec vos collègues, des projets sur lesquels vous avez travaillé. Tenez, parlez moi donc du projet qui vous a le plus plu depuis votre arrivée. C’était plus fort que moi : le psychologue prenait peu à peu le pas. Pour la mettre en confiance, pour établir une conversation. Seules oeillères pour m’empêcher de déraper : ce rappel constant qu’il ne fallait pas que nos relations s’échappent du carcan serré et restreint du professionnalisme. Nous n’étions pas là pour être des amis. Juste pour se sentir indemne de cette situation des plus complexes. Celui qui vous a le plus marqué, touchée. Et pourquoi, si vous arrivez à définir ce point… Je n’arrivais pas à la regarder dans les yeux, malgré tous mes efforts. Mon regard allait, passait, revenait sur elle, sans se fixer. Difficilement.

 
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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Helena M. Percy le Lun 19 Fév - 23:09


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Tenir tête, Helena l'avait souvent fait. Elle avait beau savoir être dotée d'une grande douceur, quand quelque chose ne lui convenait pas ou que l'occasion se présentait, la jeune femme savait réunir la force nécessaire pour combattre. Or là, il fallait montrer les poings, faire ses preuves. Pas dans une manière trop agressive, juste pour démontrer qu'elle avait de la poigne. Le but étant de lui faire savoir qui elle était et de manière générale la jeune femme n'avait pas vraiment l'habitude de passer par quatre chemins pour quoi que ce soit... Bien sûr, elle ne lui dirait pas tout non plus - ce n'était pas nécessaire. Et elle attendait en retour d'en savoir également un peu plus sur son futur chef.

‹‹ Nikola Stepanovic, trente trois ans, bientôt trente quatre. ››

Un instant, la jeune femme cru qu'il allait arrêter sa réponse ici, qu'elle n'en saurait pas plus. Pourtant après une courte réflexion, l'homme poursuivit sur sa lancée, affichant une licence puis un doctorat en psychologie... Oh oui, psychanalysez-moi, docteur... Honnêtement, son parcours était intéressant, il ne lui apprit pas beaucoup plus mais quelque chose disait à Helena que l’homme aimait son travail et mieux encore : que sa formation professionnelle pourrait lui être très utile dans sa propre progression. Voilà que finalement, cet entretien commençait à prendre une tournure fort plaisante. 

‹‹ Mon rôle n’est ni de vous faire passer un entretien d’embauche, ni de vous materner, ni de m’intéresser de près ou de loin à votre vie privée, sentimentale, ou le repas que vous avez pris la veille au soir... ››

Encore des mots, des mises en garde, des barrières. A priori, M Stepanovic n’était pas le genre de patron à venir prendre le café avec ses employés en riant à leurs blagues salaces. La jeune femme se demandais si le monde en était vraiment à ce point là pour que l'homme se sente obligé de préciser toutes ces choses... Mais après tout, depuis cette femme qui avait mit son chien au microondes pour le sécher, à quoi pouvait-on encore s'attendre ? Ou peut-être avait-il vécu une expérience marquante qui le poussait maintenant à une prudence extrême ? Il y avait tant de raisons pour expliquer un comportement, Helena n'allait pas le juger pour si peu – pas encore en tout cas. Quoi qu'il en soit, il n'y avait pas assez de choses dans son comportement qui dérangeait foncièrement la jeune femme, elle n’attendait - une fois encore - pas que son supérieur entre dans le cercle de ses amis. Et elle préférait assurément un patron efficace à un patron sympathique. 
Au bout de son discours sur la réussite et les résultats, elle acquiesça sincèrement. Oui, elle était d’accord avec tout ça. 

‹‹ Il s’agit de faire connaissance. … Dans un cadre purement professionnel, bien évidemment. Parlez-moi de votre relation avec vos collègues, des projets sur lesquels vous avez travaillé. Tenez, parlez moi donc du projet qui vous a le plus plu depuis votre arrivée. Celui qui vous a le plus marqué, touchée. Et pourquoi, si vous arrivez à définir ce point… ››

Faire appel à sa mémoire était toujours une épreuve douloureuse pour la belle blonde. C'était stressant, frustrant, incapable qu'elle était de savoir si elle était capable de mettre le doigt sur le bon souvenir ou si elle l'avait déjà oublié à jamais...  Mais il voulait savoir la vérité, il voulait analyser son choix, ses paroles certainement, c'était légitime, alors Helena s’offrit calmement et sans aucune gêne  - pour permettre de lui donner au mieux ce qu’il attendait -  un moment de réflexion. Un très long moment sûrement, à chercher quelque part dans le composite du bureau le meilleur souvenir professionnel qu’elle avait eu les dernières années. Et enfin elle redressa ses yeux clairs pour fixer à nouveau son supérieur, dont le regard semblait étrangement fuyant.

‹‹ C’était en mai dernier, une association nous a demandé une banderole d’invitation à une course populaire organisée autour de Killingworth. 

Un événement ouvert à tous, sans aucune différentiation, juste des personnes passionnées par la course qui se retrouvaient l’espace d’une journée pour partager leur passion. 

‹‹  On a été plusieurs à travailler dessus ici, on avait carte blanche et puis on a décidé de faire appel à une trentaine d’artistes qui ont chacun représenté sur la banderole ce qu’ils cherchaient ou ressentaient lors d’une course.

Ça avait été un projet formidable, sans ségrégation, sans intérêt financier pur, sans but politique, juste une envie de regrouper les personnes le temps d’un instant. Et Helena qui ne s’estimait pas spécialement comme une rêveuse idéaliste avait tout de même entr’aperçu une esquisse d’un monde parfait. 
Quant au pourquoi... Il était tellement plus facile de ressentir, de revivre mentalement plutôt que de s’exprimer... Pourtant, la designeur ne voulait pas laisser passer sa chance de décrire les impressions qu’elle avait eue : si ça pouvait lui permettre de participer un jour à un nouveau dossier de la sorte, elle ne voulait pas manquer l’occasion. 

‹‹  C'était un projet sincère qui avait une réelle signification, ce n’était pas juste une énième publicité. C’étaient des bouts d'histoires de plusieurs personnes portées au grand jour pour inciter d’autres à s’exprimer à leur manière. 

Par la course, comme elle le faisait souvent elle même, laissant s’échapper ses colères, ses problèmes, ses malheurs à force de pas et de fatigue. 

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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Lun 26 Fév - 21:09

 
   

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Je le percevais, bien évidemment. Je le sentais. Je le sentais que mes questions n’avaient rien de professionnel, malgré tous mes efforts, que les regards que je posais sur Helena n’avaient rien de correct. Je le sentais, je le regrettais, je ne pouvais m’en empêcher malgré tout. Elle n’avait pas changé, elle avait trop changé, tout, de ses mots à ses gestes, en passant par ses yeux et son franc-parler, tout était un appel à la comparaison, à la curiosité, à la dérive et à un dérapage que je ne pouvais, pourtant, me permettre. J’avais trop besoin de ce travail pour écouter mes doutes et faire demi-tour, volte-face, poser ma démission. J’avais trop besoin de ce travail, bien payé, pour être égoïste au point de mettre une distance nécessaire. C’était le futur de Polina contre mon bien-être, mon éducation ne me poussait que vers une et une seule solution. Mettre mon bien-être de côté. Prendre sur moi. Reste professionnel, toujours ; rester distant, toujours. Rester neutre, rester froid, ne pas inviter ni à l’affection ni à l’amitié, ne pas chercher à en savoir plus, ne pas l’inviter à en avoir plus. J’avais le douloureux pressentiment que céder à la moindre cordialité ne ferait qu’empirer les choses. Helena ne se souvenait pas de moi, la marque qui teintait ma peau me le rappelait chaque matin avec cruauté. Je lui avais tout pris, je lui avais arraché nos éclats de rire, ses réveils dans mes bras, je lui avais tout pris, j’avais tout détruit, brûlant au lance-flamme jusqu’aux plus petites racines, jusqu’aux plus petites graines, il ne restait plus rien, strictement rien. Et j’étais partagé entre le soulagement et la détresse, entre la culpabilité et une forme inadéquate de sérénité. Se doutait-elle que... ? Comment percevait-elle maintenant cette trop courte année vécue ensemble ? Avait-elle à nouveau quelqu’un dans sa vie ?.

Je le percevais, bien évidemment : mes pensées et mes questions jouaient un jeu dangereux. Je le sentais, également : si je répondais à ses questions, ce n’était pas uniquement pour y apporter des réponses, mais pour être équitable. Trente-quatre ans, elle aurait dû le savoir. Docteur en psychologie, elle était aux premières loges de ma thèse, m’avait récompensé de son sourire, d’un baiser, lorsque j’avais reçu les félicitations de mon directeur. Répondre à ses questions, c’était lui redonner ce qu’elle possédait de droit. C’était sombrer dans le personnel, quitter le professionnel, et je ne m’en rendis compte que trop tard, me rattrapant maladroitement. Non, mon rôle n’était pas de m’intéresser à sa vie privée, et il fallait que je m’en convaincs. Non, mon rôle n’était pas m’intéresser de près, ni de loin, à sa vie sentimentale. Il fallait que je me le répète, encore et encore, sous couvert de la mettre en garde. Et ça faisait mal, si mal. Mon laïus se poursuivit, flânant du côté des résultats attendus, se prélassant dans les arguments. Se perdant dans la psychologie, seul point d’attache stable, finalement, auquel je parvenais en toutes circonstances à me raccrocher.

Comme maintenant. Sous couvert de professionnalisme, je me perdais dans le personnel, et j’en avais, un peu le droit. Un peu. Faire connaissance, une illusion. Cadre purement professionnel, une illusion. Et un intérêt concret, palpable, pour la réponse qu’elle allait me porter. Elle semblait stressé, elle semblait tendue, sans surprise, mais pire que tout, elle prit le temps de la réflexion, me laissant seul avec mes démons, dans un silence tentateur qui ne pouvait que me pousser à l’observer. Elle et ses mains, elle et le soin pris pour se coiffer, s’habiller, le luxe discret de ses vêtements, choisis avec goût et pertinence non pour étaler son compte en banque mais bel et bien pour juste être belle et cela fonctionnait. Elle et ses pommettes, elle et… je me mordis les joues, m’appliquai à détourner mon attention sur une prise de note illusion, seules quelques esquisses rapides - et informes - naquirent sous mon stylo dans un coin du dossier. Le temps qu’elle passe en revue ses projets, en sélectionne un qui, je l’espérais du moins, allait avoir le mérite de m’en apprendre plus sur elle, sur ce qu’il se passait dans son esprit et… ‹‹ C’était en mai dernier, une association nous a demandé une banderole d’invitation à une course populaire organisée autour de Killingworth. Ses yeux clairs me percutèrent. J’écrivis quelques lettres et chiffres, mai, association, banderole, course, des mots clés pour retrouver le dossier dont elle parlait et qui m’évoquait, fort heureusement, quelques souvenirs. Mai dernier, j’étais déjà embauché, j’étais déjà à Durham, à la fuir autant que possible. Mai dernier… Mon regard l’enjoignit à poursuivre. A continuer de parler, à continuer de me parler d’elle.

‹‹  On a été plusieurs à travailler dessus ici, on avait carte blanche et puis on a décidé de faire appel à une trentaine d’artistes qui ont chacun représenté sur la banderole ce qu’ils cherchaient ou ressentaient lors d’une course. Un frisson me parcourut, j’en ressentis la satisfaction de ne pas le savoir lié à Helena, mais à ce qu’elle me racontait. La perspective d’un rassemblement d’autant d’artistes que je devinais provenir tous d’horizon et de milieux différents, avec leur style, leur histoire, leur sensibilité. C’est beau comme projet m’entendis-je murmurer, une intervention que je regrettai aussitôt. Je n’avais pas à l’interrompre, ce n’était ni mon rôle, ni ma place, encore moins mon intention. ‹‹  C'était un projet sincère qui avait une réelle signification, ce n’était pas juste une énième publicité. C’étaient des bouts d'histoires de plusieurs personnes portées au grand jour pour inciter d’autres à s’exprimer à leur manière. J’acquiesçai devant ce résumé aussi juste que pertinent, j’acquiesçai avant de conclure à mon tour en me levant. Vous êtes une idéaliste, Percy. Et j’admirais cela, avec force. Je comprends que ce projet vous ait marqué. Et je le comprenais réellement. Mes doigts parcoururent les archives, diligemment entreposées ici en attendant mon retour à temps-plein. Je trouvais le projet achevé, archivé, parmi d’autres, soigneusement complété par la personne qui avait tenu ces étagères remplies et à jour alors que j’apprenais, à Durham, à me tenir éloigné d’Helena. Je revins près de la petite table pour ouvrir le dossier, la partie imprimée du moins, et les différentes ébauches de la banderole dont elle parlait. C’est celle-là, n’est-ce pas. Le côté humain, voilà ce qui vous intéresse si je comprends bien. Pas le comment, pas le de quelle manière, mais le pourquoi. Et je ne pouvais que le comprendre. Sauf que c’était dangereux, pour moi, pour elle, que nous nous rejoignions sur cet élan vers les autres que l’on semblait avoir en commun. C’était dangereux pour elle, pour moi, pour nous. Sauf que vous êtes justement ce comment, vous êtes le de quelle manière, Percy, ne l’oubliez pas. Ma voix s’est asséchée, s’est déshydratée au point de devenir cassante. Les éclats brisés se font tranchants, quand je me force à continuer. Le défi technique ne vous intéresse pas ? Pas plus que ce qui se trouve derrière la simple représentation ? Vous devez toucher les âmes, Percy, pas vous laisser embobiner par le baratin que vous allez servir aux autres. Ne vous y trompez pas, vous devez créer des rêves oui, mais pas les partager. Restez lucide. Mensonges, ce n’était que des mensonges que je lui servais. Où trouvais-je les moyens de lui mentir, les yeux dans les yeux, avec autant d’aplomb et de conviction ? Je l’ignorais, je l’ignorais réellement mais ça me faisait mal de me savoir aussi assuré. Et sinon, vous êtes sur le dossier… du parfum, c’est bien ça ? Ca avance ? Où est-ce que ce n’est pas assez humain pour vous ?

Je ne me reconnaissais pas. Avais-je changé réellement au point de parvenir à la repousser avec autant de force ? Etait-ce parce que je m’étais endurci, ou au contraire, parce qu’affaibli par la culpabilité, je parvenais plus facilement à la fuir et à la tenir à distance ?

 
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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Helena M. Percy le Sam 3 Mar - 15:38


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Au fur et à mesure qu’elle avançait dans le récit de son projet, Helena croyait lire sur le visage de son nouveau supérieur, l’écho de sa propre passion. Les mots qui lui échappèrent ne la détrompèrent pas et lui permirent d’espérer une bonne collaboration à venir. Alors la jeune femme s’autorisa à laisser paraître un peu plus encore de ses émotions, nourrie qu’elle était par l’impression que cette discussion avait retrouvé un chemin d’entente... La chute n’allait en être que plus douloureuse...

« Vous êtes une idéaliste, Percy. »

Encore ce mot, idéaliste. Peut être qu’il avait raison. Après tout, même si son engagement n’était pas flagrant, Helena avait fait des choix. Elle s’était désintéressée de la cause des veilleurs, ignorait sciemment toutes les différenciations entre humains et mutants et abhorrait tout ce qui touchait aux traqueurs. 
L’idéal d’un monde en paix, d'équité... et dans lequel elle n’aurait pas des pertes de mémoires hasardeuses. La jeune femme chassa vite ces pensées de sa tête : ce n’était pas le moment. 

‹‹ Je comprends que ce projet vous ait marqué. ››

La belle blonde sourit doucement.
En tout cas, l’atmosphère semblait quelque peu s’être détendue pour ressembler davantage - comme la jeune femme l’avait espéré - à une discussion qu’à un interrogatoire pour meurtre. 
Peut être qu’effectivement M Stepanovic voulait juste tenir les femmes à distance... Il y avait de quoi ! Helena cherchait encore un défaut dans les traits de son visage depuis qu’elle était entrée dans son bureau... 
La designer suivit le blond des yeux alors qu'il se levait pour consulter les archives. Il revint bientôt avec les souvenirs du projet dans une taille plus maniable, entre les mains.

‹‹ C’est celle-là, n’est-ce pas. Le côté humain, voilà ce qui vous intéresse si je comprends bien. Pas le comment, pas le de quelle manière, mais le pourquoi. ››

La jeune femme acquiesça. C'était celui là et M Stepanovic semblait parfaitement la comprendre. Parcourant des yeux les dessins qui s'étalaient sur la banderole photographiée, Helena se laissa un instant transportée par les souvenirs d'un moment de satisfaction, de fierté et de bonheur.

‹‹ Sauf que vous êtes justement ce comment, vous êtes le de quelle manière, Percy, ne l’oubliez pas.Le défi technique ne vous intéresse pas ? Pas plus que ce qui se trouve derrière la simple représentation ? Vous devez toucher les âmes, Percy, pas vous laisser embobiner par le baratin que vous allez servir aux autres. Ne vous y trompez pas, vous devez créer des rêves oui, mais pas les partager. Restez lucide. ››

Et puis soudain, la gifle en plein élan. 
Il s'était mit à parler, à déblatérer, avec une voix tranchante, des monceaux de leçons dont la jeune femme n'était pas certaine d'avoir besoin et desquelles elle se laissa submergée, rendue béate par ce soudain revirement de situation. Il lui faisait la morale. Il la sermonnait d’avance. Avait il passé la matinée à rabâcher le même discours à tous ceux qui avaient foulé le pas de son bureau ? A tendre le sucre avant de sortir le bâton ? Alors pourquoi ne pas faire une réunion de groupe pour annoncer la bonne parole et distiller les joyeuses remontrances à tout le monde en même temps ? Et à vrai dire, ce n’étaient pas tant ses mots que la façon de les prononcer qui posait problème, parce qu’après tout il lui donnait des conseils. Peut être maladroitement mais tout point de vue était bon à prendre. En tant qu'employée dans le domaine des arts, la belle blonde estimait que tout avis pouvait être intéressant, une source éventuelle de renouveau ou d’amélioration. Il fallait qu’elle retienne ça. Et ça uniquement. 

La jeune femme tentait toujours de ne pas le juger trop vite, de ne pas le catégoriser et ouvrir à son tour les hostilités - Il en allait de sa carrière. Mais elle aimait de moins en moins la façon dont il la regardait, la manière avec laquelle il s’adressait à elle et comment il employait son nom de famille à tout va. Helena tenta d’inspirer discrètement au maximum pour évacuer la rancoeur qu’elle sentait monter en elle mais ses yeux assombris la trahissaient déjà. Il fallait pourtant qu’elle se reprenne. Qu’elle sépare ses paroles de son comportement. Une nouvelle inspiration. Elle répondit. 

‹‹ Entendu, je vais faire de mon mieux pour correspondre à vos attentes. ››

C’était tout. Car il semblait que discuter de ses propos ou essayer de se défendre de l’impression qu’il semblait avoir eu serait vain, pour le moment. Alors la designer allait dans son sens, courbant un peu l’échine mais sans jamais le lâcher du regard, prête à passer de la défense à l’attaque s’il le fallait. Pourtant ça ne devait pas se ressentir. Elle se devait d’avoir juste l’air gentille, pour qu’on l’oublie, qu’on lui foute la paix. Mais en tout cas ce qu’elle disait était vrai : elle ferait tout pour qu’il soit satisfait d’elle - car elle en était persuadée, il n’était pas devenu chef pour rien – sans pour autant trahir ses habitudes de travail. 

‹‹ Et sinon, vous êtes sur le dossier… du parfum, c’est bien ça ? Ca avance ? Où est-ce que ce n’est pas assez humain pour vous ? ››

Ça c’est gratuit, merci ! Helena avait beau faire ce qu’elle pouvait pour s’adapter à sa personnalité quelque peu... piquante, sans faire de vagues, l’homme lui donnait déjà du fil à retordre et c’était seulement leur première conversation ! 
Peut-être que mon projet avancerait mieux et plus vite si je n’étais pas entrain de prendre un cours de communication. Elle retient ses mots. Ce n’était pas son habitude, mais encore une fois, il en allait de son travail - autant dire de sa passion.
Sans relever la remarque, sûre d’elle mais la voix toujours calme elle lança : 

‹‹ Vous voulez voir les croquis ?  ››

Avec un air appliqué, curieuse de savoir ce qu’il pourrait bien avoir à dire sur les esquisses de son travail. En espérant bien sûr, qu’une bouteille de parfum soit assez humaine pour lui... 

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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Mer 14 Mar - 18:59

 
   

Maybe we're perfect strangers

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Je l’aimais. Et c’était une vérité que je ne pouvais nier, malgré tous mes efforts. Rien n’avait changé, en sept ans et demi. Je l’aimais encore, et peut-être aimais-je davantage le souvenir que j’avais d’elle que celle qu’elle était devenue, peut-être aimais-je davantage cette jeune femme idéalisée pendant mon trop long exil, mais quand je la voyais, mon coeur battait à tout rompre, mes pensées s’affolaient, mes yeux ne la quittaient plus. Ou l’évitaient, sciemment. Je l’aimais et pourtant, je ne voyais pas d’autre solution pour la protéger, pour me protéger, que de briser tout ce qui allait pouvoir se créer entre nous malgré ma vigilance. Je me sentis déraper dès qu’une première remarque m’échappa, je me sentis déraper quand sa passion trouva en moi un écho palpable, je freinai des quatre fers dès que possible : abrupt. Violent. Son idéalisme, c’était un trait de son caractère que j’avais découvert des années plus tôt une fois la drogue et l’alcool évaporés, c’était un trait de caractère que je retrouvais avec plaisir. Mais qui pouvait également se transformer en premier angle d’attaque. Idéaliste, utopiste peut-être, même. Gentille, douce par bien des aspects. Idéaliste. Comme je pouvais l’être. D’une main nerveuse, je me mis à chercher dans les archives les images du projet en question, en sortis des clichés, des esquisses, des épreuves, pour mieux visualiser ce dont elle parlait et ce qu’elle avait réalisé, avec brio et finesse cela allait sans dire. Idéaliste, oui. Humaniste aussi, peut-être, tout le projet, sa démarche et sa perspective mettait non pas la vente, la promotion ou la mise en avant de l’événement au premier plan, mais bel et bien ses acteurs, ces hommes et femmes qu’elle avait interrogés, sollicités. Ce n’était pas vraiment le comment, ni le processus qui l’intéressait, c’était ce sur quoi l’ensemble débouchait, ce que ça impliquait, humainement, et je sentais tout ça, comme je l’avais déjà perçu dans ses explications. Je ne pouvais que ressentir tout ça : j’avais passé des années à étudier spécifiquement la psychologie des autres pour exacerber une empathie naturelle.

Une empathie que je m’empressai de renier, de piétiner, de détruire. Ce fut mon premier angle d’attaque, mauvais, acide, facile. Agressif. Ce n’était pas à elle de se laisser charmer par les sirènes, son devoir, son travail était de chanter et non d’être Ulysse. Son devoir, c’était d’établir le comment, c’était d’être la cause, pas la conséquence, son travail, déshumanisé, c’était d’embobiner les autres, pas de laisser sa sensibilité à vif. La mauvaise foi, le mensonge, l’agression se répandirent dans ma gueule comme une traînée de cendres, ne laissant qu’un charnier brûlé, stérile sur le chemin de l’affection que je pouvais lui porter. Et j’avais beau me savoir raisonnable, être conscient que je ne faisais pas que me protéger de ma culpabilité, de la monstruosité de ce que je lui avais arraché, que je lui épargnais également de la douleur, j’eus brutalement honte, devant sa réaction, de mon comportement. De mes mots. De la violence de mon revirement. Je l’aimais, et je me contraignais à la décevoir, à la tenir à distance. Et c’était dur, comme une punition que je m’infligeais, un supplice de Tantale des temps modernes, sans que nul dieu ne m’ait damné, juste parce que le destin m’avait replacé sur sa route et que je n’avais pas su m’éloigner à temps. Que je ne pouvais plus m’éloigner, non plus. Son inspiration vola l’air de mes poumons, les laissant en proie à un vide glacial, un vide glacial dans lequel je puisai pour rester impassible. Sûr de moi. Recroquevillé dans mon attitude délétère. ‹‹  Entendu, je vais faire de mon mieux pour correspondre à vos attentes. ›› Mes lèvres s’entrouvrirent immédiatement, en vain, protestation tuée dans l’oeuf par la force d’une volonté instable.

J’obtenais ce que je voulais, mais je n’étais en rien satisfait. Parce que je n’aimais pas, décidément pas, sa voix, son regard, ses mots, le choix de ses propos et le vouvoiement. Les rêves que je ne voulais pas qu’elle partage, je les lui arrachais, je les lui ôtais des mains, je les piétinais sans vergogne. Avec honte et remords acides dans la gorge. Avec une honte grandissante, lovée dans ces mensonges servis sans réelle conviction, dramatiquement crédibles et aux saveurs entêtantes d’une véracité des plus détestables. Mes mots ne me ressemblaient pas, pas plus que le ton employé, la gratuité des agressions n’avait rien en commun avec l’altruisme qu’on m’avait enseigné, transmis, que je faisais tout mon possible pour le transmettre à Polina. Je me fis honte, plus honte que jamais, je m’écoeurai en poursuivant sur ma lancée, méritant un regard noir, méritant des reproches, méritant de la colère, ne récoltant qu’un calme déstabilisant. Désespérant. ‹‹  Vous voulez voir les croquis ?  ›› Elle voulait me plaire.

Elle déployait des trésors de patience, de calme et de maîtrise d’elle-même pour que son supérieur cesse de la déprécier, cesse de la repousser, de la rabaisser, de réduire à néant ses efforts et de critiquer un travail que je pressentais fait avec les tripes et le coeur d’une passionnée et d’une déterminée. Reconstruite dans le travail beau, bien fait, dans le travail rigoureux, impeccable, irréprochable. Comment pouvais-je donc cesser de l’aimer, quand même lorsque j’étais odieux, elle se faisait plus parfaite que jamais ? Je m’entendis répondre, tout en fermant le dossier du marathon d’un geste sec, Oui, je veux bien quand la raison la plus simple aurait dû me pousser à abréger cette rencontre. Oui, je voulais bien les voir ces croquis, continuer à découvrir la femme qu’elle était devenue, continuer à explorer ses pensées, son âme, continuer à jouer avec le feu et à me promener en équilibre sur la limite ténue entre le très et le trop, très curieux, trop amoureux, très risqué, trop osé. Je serais curieux de voir où vous en êtes rendue. Allez donc les chercher… et sitôt la porte franchie, je m’appuyai au bureau dans un soupir épuisé. Nerveux. Tremblant.

Je me pris la tête entre les mains, titillant mes capacités pour effacer mon affection pour elle, me reprenant de justesse alors que je vis du coin de l’oeil, dans le reflet du cadre photo où souriait Polina, apparaître sur ma joue l’ombre d’une spirale, comme un ricanement supplémentaire du destin : supprimer une telle émotion ne conduisant qu’à l’afficher d’une toute autre manière, il fallait que je la conserve en moi, pour que moi seul en ai conscience. Et quand Helena revint, dossier en main, je me sentis une fraction de seconde incapable de faire tout ça. Montrez moi ça. Il ne me restait que la sécheresse de ma voix, il ne me restait qu’une emprise malheureuse sur ce que je pouvais faire, comme m’avancer, ranger le précédent dossier dans les archives pour faire place nette sur la table basse. Je ne sais pas si vous pouvez me résumer vos idées, votre démarche… Un semblant d’hésitation m’interrompit, je considérai la tournure qu’avait pris l’entretien, catastrophique au regard de ceux faits précédemment qui s’étaient déroulés sans aucun problème. Nous n’avions pas parlé réellement, juste sauté de sujet en sujet des plus sensibles au plus sûr pour moi. Enfin… avant cela, y-a-t-il autre chose dont vous voudriez me parler ? Parce que nous allons quitter le terrain de l’entretien que je souhaitais avoir de prime abord… Mes doigts jouèrent un instant avec le bracelet de ma montre, réajustèrent les manches de ma chemise. Cherchèrent de quoi s’occuper et dissiper ma nervosité. Des… remarques, des questions, des… ambitions ? On m’a fait remarqué dans l’autre service, à Durham, que j’avais tendance à être parfois trop tatillons sur certains points par exemple. Et qu’attendais-je qu’elle me réponde ? Vous n’êtes qu’un homme odieux qui m’avait prise en grippe dès le premier jour sans aucune raison ? Peu habitué à parler, je me rendis compte bien trop tard qu’il valait mieux que je préfère le silence au bavardage nerveux que je pouvais me forcer à entretenir, comme là. Nous allons apprendre à travailler ensemble, donc peut-être que cela viendra avec le temps.


 
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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Helena M. Percy le Ven 16 Mar - 21:13


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Le sourire sur le visage de la jeune femme s’agrandit quasiment imperceptiblement lorsque sa réponse d’une douceur et d’un dévouement exemplaire atteint l’homme dans sa course aux reproches. Il voulut dire quelque chose mais il semblait que l’ainée des Percy lui avait habillement coupé l’herbe sous le pied. Cette bataille là avait été gagnée mais Helena ne se faisait pas d’illusion : la guerre, elle, était loin de l’être. 

Il voulait voir ses dessins. Bien, que la pluie de critique commence, Helena s’efforcerait de les prendre en compte. À sa demande, la jeune femme quitta le bureau. En chemin elle croisa quelques collègues mais sa démarche rapide et le regard entendu qu’elle leur lançait signifiait qu’elle n’en avait pas encore fini. Lui nen avait pas encore fini en tout cas. Arrivée dans son bureau, Hel y prit une grande bouffée d’air, comme si malgré les grandes inspirations qu’elle avait prit la bas, elle n’avait pas correctement su respirer. Cette impression disparaîtrait avec le temps, c’était juste parce que c’était leur première vrai rencontre. Ils s’habitueraient l’un à l’autre, il n’y avait pas de raison, la belle blonde avait toujours fait son travail très consciencieusement... Ou bien ils ne trouveraient jamais de terrain d’entente artistique ou professionnel et Helena devrait trouver le moyen de mettre un terme à leur coopération. Elle verrait bien, avec le temps. 
Prenant une nouvelle bouffée salvatrice, la jeune femme ramassa ses croquis (seulement les versions au crayon de papier) et s’en retourna au bureau de son supérieur. 



‹‹ Montrez moi ça. ››

La jeune femme étala soigneusement les trois feuilles sur le bois lisse devant son supérieur avant de se rassoir. Helena espérait que ça allait lui plaire, elle était plutôt fière des trois représentations qu’elle avait fait et avait déjà fait le choix de son favori. 
Depuis le début de son emploi ici elle avait eu l’habitude de ramener ses travaux terminés à ses supérieurs, concernant ses croquis elle les voyait plus souvent avec ses collègues et rares avaient été le fois où ses employeurs avaient été mécontents. C’était d’habitude plus les clients eux même qui appelaient à modifications. C’était parfois douloureux de se plier aux exigeantes plus ou moins farfelues des clients mais c’était leur métier et Hel s’y été faite.
Sur chacun des papiers se dessinait un croquis de bouteille de parfum dessiné sous plusieurs angles. Habituellement, il était plus souvent demandé à l’agence de travailler sur les affiches publicitaires ou les vidéos promotionnelles, mais il arrivait qu’on leur sous-traite le design même du produit. Ça arrivait plus rarement encore avec les grandes entreprises qui avaient généralement leur propre pôle de designers. Alors ce contrat là était d’autant plus important. 
La jeune Percy allait commencer à expliquer son travail quand son supérieur l’arrêta.

‹‹ Enfin… avant cela, y-a-t-il autre chose dont vous voudriez me parler ? Parce que nous allons quitter le terrain de l’entretien que je souhaitais avoir de prime abord… ››

Hel releva la tête vers lui. Le blond lui donnait une impression d'inconfort, de nervosité. Un instant, la jeune femme s'imagina que son comportement ne serait sûrement bien différent s'il s’apprêtait à la mettre à la porte. Un trait d'inquiétude se dessina entre ses sourcils.

‹‹ Des... remarques des questions, des... ambitions ? On m'a fait remarqué dans l'autre service, à Durham, que j'avais tendance à être parfois trop tatillons sur certains points par exemple. ››

Trop tatillon, étonnant...

‹‹ Nous allons apprendre à travailler ensemble, donc peut-être que cela viendra avec le temps. ››

Si elle avait des question ? La belle blonde se détendit instantanément. Quand pourrait elle se remettre au travail, était la seule qu’elle avait dans ses idées pour le moment. «  C’est bientôt fini ? Ça vous arrive de sourire ? Vos bras ont l’air musclés sous votre chemise, je peux voir ? » La jeune femme retint un sourire et regarda ailleurs le temps de songer sérieusement à la question. Chaque chose qu’elle dirait pourrait être jugé et Helena avait l’habitude de travailler ici, elle ne voyait pas ce qu’elle pourrait lui demander. Comme il l'avait dit, sa façon de travailler à lui, elle la découvrirait certainement assez vite et aurait alors le temps d’aller lui en parler plus tard.
Après un instant, la jeune femme secoua négativement la tête. 

‹‹   Pas pour le moment.  ››

Elle ajouta, avant d’attendre un peu au cas où l’homme voudrait encore rajouter quelque chose, puis elle se lança en parcourant ses traits de crayon des yeux.

‹‹   C'est un parfum aux notes de fleur d’oranger et de muguet. J’ai cherché à faire quelque chose de très naturel. Simple et saisissant. ››

Pas seulement saisissant : magique. Il fallait que le produit capte le regard, que l’éventuel acheteur ne sache plus en détourner le regard et en admire la perfection de traits pourtant simplistes. La première bouteille - celle qui avait la préférence de la belle blonde - représentait une fleur d’oranger. Des traits fins et délicats pour que la fleur tienne parfaitement dans une main et le pistil en guise de pulvérisateur. Les couleurs n’y étaient pas encore mais la désigner voyait bien un flacon dans un blanc transparent et un pulvérisateur doré. 
Le deuxième dessin était celui d’un flacon allongé dans lequel trois clochettes de muguet en verre semblaient danser dans le parfum. 
Et enfin, celui qu’elle aimait le moins était une sphère coloré d’un dégradé de couleurs pêches sur lequel courait des dorures dessinant des fleurs dans un mélange ordonné-désordonné d’un seul trait continu. 
Puis la belle blonde laissa M Stepanovic juger sans plus rien dire, relevant à nouveau son visage de son travail, elle se concentra à observer les traits de son supérieur, à essayer d'y lire si ses dessins arrivaient à faire passer les émotions souhaitées. L'homme lui faisait de prime abord l'effet de quelqu'un d'ambivalent. Il n'était pas facile à cerner, mais les meilleurs artistes ne l'étaient-ils pas tous ? Il ne restait plus qu'à espérer que leurs goûts artistiques sauraient trouver un certain terrain d'entente...


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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Ven 23 Mar - 22:34

 
   

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Son sourire illumina mon cœur. Et je ne pus rien faire pour éviter ça. Rien, strictement rien. Je ne pus que le contempler, un bref instant. Battu à plate couture par la douceur et la bonté d’Helena, une bonté qu’elle opposait à ma mauvaise foi. Comment pouvais-je résister, vraiment ? Avais-je ne serait-ce qu’une seule chance de résister dans la durée à l’attraction qu’elle exerçait sur mon cœur, trop douce, trop gentille, trop parfaite à mes yeux pour que je ne puisse fermer les yeux sur tout ce qui faisait d’elle une femme exceptionnelle ? Quand elle sortit chercher l’avancée de son travail sur le projet parfum, je me posai une nouvelle fois la question, je caressai une nouvelle fois la tentation de fuir une seconde fois, de fuir pour mettre le monde entre elle et moi, cesser de me brûler à son contact, cesser de ressentir le point d’une culpabilité grandissante, d’une mélancolie asphyxiante, le poids d’une attirance qui ne pouvait plus être réciproque, stoppée en plein vol des années plus tôt. J’avais l’impression d’être un barbare qui avait arraché les ailes d’un oiseau, qui avait détourné les yeux pour ne pas le voir se débattre et qui revenait, une fois ses tortures cicatrisées, tenter de recoller des ailes mortes depuis longtemps, coupable et chargé de remords inutiles. Je ne pouvais pas lui faire ça, je ne pouvais pas me permettre de lui imposer ça. Et j’avais fait un bien mauvais choix, un choix que je n’arrivais même pas à regretter vraiment, en postulant pour ce travail, en insistant pour l’obtenir, en trichant pour amadouer le recruteur. Une divinité quelconque était en train de me le faire payer. Chèrement. Et une part de moi, en la voyant revenir, ne put que remercier cette divinité cruelle, pour avoir au moins le loisir de l’observer, à nouveau. Je pris une bouffée d’oxygène, me recroquevillai dans une voix sèche qui ne ressemblait pas au Nikola qu’elle avait connu. Elle étala devant moi, sur la petite table basse, trois croquis déjà bien avancés, des esquisses aux traits délicats – comme ceux de son visage me souffla un petit diablotin – et aux idées bien dessinées. Bien décidées. Trois croquis. Qui me mirent devant le fait accompli : elle était douée, encore plus que ce que j’avais pu pressentir lorsque je n’étais qu’un chargé de TD, plus encore que ce que j’avais pu apercevoir lorsqu’elle dessinait avec peine, appuyée contre moi, tandis que je lisais de mon côté un livre tout en jouant avec une mèche de ses cheveux. Je clignai des yeux pour chasser se souvenir, oscillai devant la complexité de ce qui se tenait devant moi.

Ménager la chèvre et le chou. Ménager la subordonnée et l’ex-petite amie. Ménager Helena et nos souvenirs communs. Ménager l’eau et le feu : l’impossible. Je tremblai, j’oscillai, je trébuchai en m’interrompant dans ma question pour faire marche arrière, pour mettre en avant que nous quittions le terrain de l’entretien tout simple que nous avions prévu pour nous aventurer sur une toute autre réunion, destinée à m’autoriser à la connaître un peu. A la connaître à nouveau. J’inspirai une nouvelle fois, à fond, à la recherche d’un oxygène qui se tenait loin de moi. Je lui donnai une nouvelle chance d’exprimer des remarques, sans savoir exactement ce que j’attendais d’elle, je lui donnai une dernière chance de me poser des questions, je caressai, de loin, l’hypothèse que l’ombre d’un souvenir n’effleure son esprit, dans un ne nous serions-nous pas déjà rencontrés que je n’osais même pas espérer totalement. Elle fronça les sourcils, ma voix s’évapora lentement, je fis marche arrière, lui offrant de surcroît une porte de sortie, la possibilité d’attendre, encore, que nous nous connaissions davantage, avant d’émettre la moindre opinion sur mes méthodes de travail, sur mon caractère et sur ma manière d’être. Odieuse avec elle, cela allait sans dire. Qu’est-ce que j’attendais de plus que ce genre de remarque ? Je me mordis la lèvre, conscient que ce n’était pas uniquement par timidité ou introversion que je restais le plus souvent silencieux, mais surtout par manque de choses pertinentes à communiquer.

Après un instant de silence, Helena finit par me libérer de mes pensées trop présentes, finit par me libérer de mon attention : elle secoua la tête de droite à gauche, verbalisant sans attendre ce langage quasi-universel : ‹‹   Pas pour le moment.  ›› J’hochai la tête à mon tour, sans compléter de mots inutiles, désignai du menton les trois feuilles puisque c’était vers elles que nous allions nous tourner à présent. ‹‹   C'est un parfum aux notes de fleur d’oranger et de muguet. J’ai cherché à faire quelque chose de très naturel. Simple et saisissant.  ›› Naturel, saisissant… c’était ce qu’on lui demandait, là-dessus n’y avait-il aucune erreur de jugement. Mes doigts glissèrent sur le premier. Une fleur d’oranger. Mon regard s’orienta vers le deuxième où le muguet était mis à l’honneur. Quant au troisième… une sphère dorée, sans forme remarquable mais où courraient et s’épanouissaient avec délicatesse quelques fleurs, quelques feuilles… les trois étaient magnifiques. Les trois. Le trait de crayon était sûr, les idées étaient là, je voyais même quelques notes et coup de crayons qui mettaient en avant certains détails, rappelaient des proportions.

C’était bien, bien plus que ce dont j’étais capable de mon côté, le dessin s’étant toujours refusé à moi, se cantonnant au théorique et au scolaire. Bien plus que ce que j’aurais pu simplement imaginer. J’avais l’œil pour les formes, les couleurs, les jeux de lumière, pour capturer avec un appareil photo ce que je voyais d’inaccessible, c’était un fait, mais pour croquer ce que je voyais, ce que j’imaginais, ce que je projetais, sur une simple feuille… Helena avait un talent que je ne possédais pas. Et que je ne pouvais que voir. Je restai silencieux. Longtemps, un peu trop longtemps. Je restai silencieux, me saisis des feuilles les unes après les autres, avant de les reposer. Mes doigts s’attardèrent au contact, tapotèrent la première image, une fleur d’oranger finement ciselée. « Vous avez un vrai talent. C’est votre métier, c’est vrai, mais c’est indéniable. » Et même le directeur artistique distant ne pouvait pas le nier. Je ne pouvais que l’avouer, que le concéder. Mais… mais il fallait que je trouve un reproche. Il ne fallait pas que je sois aveugle aux défauts de ses créations sous prétexte qu’elle était Helena. Il ne fallait pas que je sombre dans la facilité du favoritisme. Il fallait que je reste lucide, et ma lucidité me hurlait de mettre fin à cette discussion. Ma mauvaise foi, elle, s’empara de ma concentration. « Mais c’est pauvre. Trop simple : », je désignais numéro trois. « Trop attendu, affreusement peu original. », mon index pointait vers numéro un. « Quant à celui-là, par pitié Percy…, son nom de famille sonna étrangement à mes oreilles, se répandit dans ma gorge comme une traînée de cendre. « ce n’est pas un déodorant que vous devez vendre, c’est un parfum. » D’un mouvement de main, je balayai la table pour superposer les trois feuilles. « Qu’est-ce qu’il vous est passé par la tête ? Tenez, expliquez moi ceci : » Le flacon en forme de fleur fut mis en avant. « Laissez-moi deviner… à la vue de vos croquis, le parfum a une senteur de fleur, et une très légère présence de muguet ? Si on nous demande demain de faire une publicité pour… tenez, pour un désodorisant à la fleur d’oranger, d’accord, vous pourrez vous permettre ce genre de fantaisie : on vous promet de la fleur d’oranger, on vous vend une fleur d’oranger, le contrat est rempli. Mais là, c’est un produit de luxe. Il vous faut aller plus loin que l’évidence. L’idée de la fleur, c’est pertinent je vous l’accorde, mais… » Mais je doutais moi-même de me convaincre de ce que j’énonçais. Une part de moi me trouvait, effectivement, un peu trop pointilleux bien qu’honnête. L’autre, simplement de mauvaise foi, d’une manière écoeurante.

« Vous voulez peut-être proposer à des femmes de vous dessiner ce à quoi devrait ressembler ce flacon pour vous en inspirer, puisque ça a magnifiquement bien fonctionné avec la bannière, de faire travailler les autres à votre place. » Ma voix se fit acide, rongea dans des hurlements tout ce sur quoi était basée mon éducation. « Ce sont de bonnes ébauches, mais j’attendais mieux de vous. Alors expliquez-vous. Montrez-moi que j’ai tort, pointez du doigt le petit détail qui fait que vos esquisses ne se cantonnent pas l’horriblement commun et attendu, mais se démarquent de nos concurrents et des précédents modèles. »

 
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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Helena M. Percy le Ven 30 Mar - 10:07


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A première vue, son supérieur avait l’air intrigué tout du moins, presque admiratif. Mais Helena n’allait pas se laisser avoir cette fois, elle avait appris la leçon dès son premier changement d’humeur. 
Le temps s’allongeait, devenait pesant au fur et à mesure que l’homme contemplait les dessins muré dans le silence. Pendant ce temps, la jeune femme s’occupait à le décrire lui, puis à découvrir son bureau comme il l’avait décoré. Il y avait un cadre photo sur un des coins du rectangle en bois massif, d’ici elle apercevait le visage d’une jeune femme. Une fiancée, une fille, une sœur, c’était trop indistinct de là où elle était. 

« Vous avez un vrai talent. C’est votre métier, c’est vrai, mais c’est indéniable. » 

Helena mima un léger sourire, prudent cette fois, bien que le compliment la toucha réellement. 
Un instant de repos, de répits, de gentillesse...
Et puis la plus de remarques tombèrent comme une pluie de grêlons en plein mois d'août.
Quand bien même elle s’y était attendue, il sembla à la jeune femme que sa mâchoire eu du mal à ne pas se décrocher sous la pluie de remarques négatives de son nouveau supérieur. Et comme souvent lorsqu’Helena se retrouvait hors de sa zone de confort habituelle, ses mots se mettaient à sortir de ses lèvres comme soudainement libérés de tout filtre. 

‹‹ Un déodorant...  ››

Elle répéta incrédule. Laissant traîner les mots dans un silence de quelques instants, comme essayant de les assimiler. Si elle l’avait connu un peu mieux, Helena lui aurait demandé avec quel genre de déodorants il se parfumait pour faire de tels rapprochements. 
La jeune femme aurait volontiers pensé qu’il était assez riche pour se protéger les aisselles à même le monoï, mais à mieux y regarder, la montre à son poignet n’était pas exubérante, les manches de sa veste un peu élimée... La belle blonde, loin d’avoir les capacités de Sherlock Holmes et à moins que M Stepanovic ne soit simplement pas du genre ostentatoire, pouvait facilement deviner qu’il ne roulait pas plus qu’elle sur l’or. Bien moins d’ailleurs sûrement - ce qui n’était pas difficile avec la richesse démesurée et inutilement gâchée des Percy... Mais c’était une autre histoire.  

‹‹ Vous avez déjà vu un déodorant en forme de fleur ?   ››

C’était une vraie question, pas une attaque, pas vraiment une défense non plus. Mais s’il lui faisait la remarque ça devait être le cas, ça devait être qu’il avait vu ça un jour. 

Pire encore que de dénigrer ses dessins, il se concentrait sur celui dont la jeune femme était la plus fière... Elle se redressa sur sa chaise pour se plonger davantage dans la conversation. Peut être avait il raison quelque part dans ses remarques, alors il faudrait qu’ils trouvent ensemble le défaut de ses produits et le moyen de les améliorer. Mais pas sans qu’Hel ait défendu son travail au préalable. 

‹‹ En réalité c’était ça que je cherchais, quelque chose de simple.   ››

Elle se répétait, peut être n’avait il pas compris. 

‹‹ Et je ne crois pas avoir jamais vu quelque chose de semblable à la première ni à la deuxième bouteille. Ce n’est pas commun.   ››

Elle était sure d’elle. Toujours pas défiante, mais sure d'elle, sure de son travail. Il y avait peut être une mésentente au niveau de leurs goûts mais concernant le cahier des charges, la belles blonde était certaine de l’avoir parfaitement complété et ça, quoi qu’il pourrait lui dire. C’était compliqué : savoir être confiante tout en sachant se remettre en question. Helena voulait savoir faire les deux. 

« Vous voulez peut-être proposer à des femmes de vous dessiner ce à quoi devrait ressembler ce flacon pour vous en inspirer, puisque ça a magnifiquement bien fonctionné avec la bannière, de faire travailler les autres à votre place. »

Il est sérieux, là ?  La belle blonde encaissa la remarque en relevant des yeux intrigués vers lui. Sondant son regard en cherchant à savoir s’il était réellement mauvais ou s’il cherchait juste à la pousser à se dépasser. La jeune Percy préféra se dire qu’il essayait de tirer le meilleur d'elle mais dans son esprit parfaitement rancunier, Hel se nota tout de même de ne plus confier ses émotions à M Stepanovic, quand bien même il le lui demanderait dans le cadre d’un travail. Elle ne répondit pas au sarcasme, ça ne servait à rien. 

« Ce sont de bonnes ébauches, mais j’attendais mieux de vous. Alors expliquez-vous. Montrez-moi que j’ai tort, pointez du doigt le petit détail qui fait que vos esquisses ne se cantonnent pas l’horriblement commun et attendu, mais se démarquent de nos concurrents et des précédents modèles. »

Un nouveau défi, un nouveau test. L’entretien d’embauche était loin d’être terminé. La jeune femme releva la tête, prête à mener le combat qu’on lui proposait, prête à défendre son travail puis à le changer si besoin. La flexibilité était là maître mot. Enfin il allait quand même lui falloir une bonne heure de course après le travail pour exorciser tout ça... 

‹‹ Je suis d’accord pour la troisième, elle est plutôt basique. Mais, pour reprendre ce que vous avez dit,  jamais je ne ferais de désodorisant des deux premières ! Ou alors des désodorisants de luxe.   ››

La jeune femme se retint de dire que dans ce cas ça s’appelait des diffuseurs et que la, effectivement, le design d’un parfum était parfaitement possible. 

‹‹ Il y a un travail précis de ciselage du verre, il y a une minutie extrême sur les pétales et le pistil et là pour les cloches de muguets.   ››

Perdue dans ses explications, Helena en oubliait sa retenue, elle avait posé ses mains sur les feuilles, cherchant à y voir les défauts qu’il leur trouvait. Avançant dans le processus, elle frôla par inadvertance une des mains de son supérieur. Se reculant comme brulée à vif, la jeune femme leva les yeux vers lui. Merde... Avait-il senti ça aussi ? Reprends toi, Hel! C'était normal après tout, c'était un bel homme. Il avait de très belles mains d'ailleurs... Mais il fallait faire abstraction. La jeune femme détourna le regard vers ses dessins, reposa doucement ses mains autour du papier, s'éclaircit la gorge et reprit dans une concentration progressive.

‹‹ C'est simple et pourtant c’est un travail énorme de précision et de parallélisme sur chaque bouteille. Je ne pense pas que ça ait l’air chargé, je ne pense pas que ça doit en avoir l’air. Ce serait trop, ce n’est pas l’esprit du parfum, il est trop léger pour ça.   ››

Et enfin pour conclure, la réelle explication, les mots qui avaient formés les idées dans sa tête qui elles mêmes avaient menées à ses dessins, entraînée par la passion de ses justifications. 

‹‹ Je voulais quelque chose qui parle au premier regard. Un produit lisible, un désir qu’on puisse imager. Je voulais que quelqu’un qui aurait envie d’un parfum florale voit ces fleurs et sache que c’est ce parfum là qui correspondra à ses attentes...   ››

Helena releva doucement ses yeux pour planter un regard calme dans celui de son supérieur. Elle s’était laissé se perdre dans son discours et en même temps elle savait parfaitement ce qu’elle avait dit. Parce que de toute façon la jeune femme ne savait réellement dire que la vérité. Parce que de toute façon elle ne croyait vraiment qu’en son travail. 
Enfin, elle s’éloigna de ses papiers pour reposer sagement ses mains sur ses cuisses. 
Il ne devait pas se sentir vaincu, ni opposé, elle avait juste parlé sincèrement, répondu comme il le lui demandait. Sans évoquer ses sentiments cette fois. 

‹‹ Mais bien sûr, si vous pensez qu’aucun des dessins ne plaira au client, je peux tout recommencer.   ››


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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Nikola D. Stepanovic le Dim 1 Avr - 17:24

 
   

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Je doutai d’y arriver. En voyant ses esquisses, en voyant son regard se poser sur moi, comme pour me défier de lui faire la moindre remarque, je doutai d’y arriver. Parce qu’elle ne m’aidait en rien et que je ne pouvais même pas lui en vouloir pour ça. J’étais dans mon tort, j’étais, je mettais mis seul dans cette situation. Et elle méritait bien plus son poste que moi, son travail que moi, des louanges que des critiques, des regards admiratifs que ces yeux indifférents que je m’efforçais de poser sur elle depuis que l’on s’était croisé à nouveau. J’inspirai. Elle avait un vrai talent. Un talent que dans toute ma mauvaise foi, je ne pouvais malheureusement nier, un talent qui s’étalait devant moi, devant nous, sous la forme de trois croquis. Un talent. Et je restai silencieux, le temps de trouver un moyen d’écarter au mieux les souvenirs, de les tenir à distance, de tenir à distance ces émotions qu’ils entraînaient, immanquablement, ce besoin qui se faisait de plus en plus présent de céder, de céder à l’envie de lui dire, de lui avouer, tout, tout ce que je ne pouvais que taire. Je gardai le silence. Domptai mes pensées. Fixai les feuilles. Jusqu’au moment où je me sentis prêt à parler à nouveau, jusqu’au moment où je trouvai un angle d’attaque suffisant : ma voix cingla l’air, pointant tour à tour les trois propositions. Implacable, agressive, intransigeante. Trop simple, trop attendu, trop peu original, digne d’un déodorant, ou même d’un désodorisant. De luxe. ‹‹ Un déodorant...  ›› Il me fallut toute ma concentration pour ne pas tiquer devant son incrédulité – justifiée. Et pour poursuivre une lancée qui me permettait de réorienter mes pensées loin d’elle, loin de ses lèvres, loin de ses yeux, de ses sourires, de ses caresses, de ses éclats de rire… j’inspirai en poursuivant : il fallait que je me contrôle, il fallait que j’assimile que je ne la connaissais plus, après tout ce temps, que je ne pouvais pas me permettre de croire qu’il était à nouveau possible de bâtir quoique ce soit.

Après tout, je l’avais abandonné. Je lui avais arraché des souvenirs, sans me soucier d’autre chose que d’assurer sa sécurité et surtout la mienne. Et j’étais son supérieur, maintenant, autant de barrières infranchissables que je souhaitais rehausser de barbelés pour les rendre imperméables. Je poursuivis, étonnamment loquace et engagé dans un agacement notable, criblant de balles et d’attaques les détails des trois flacons, des trois esquisses. Puisant dans ce qu’elle m’avait offert pour enfoncer davantage le clou, l’écarter de moi, faire naître chez elle un rejet qui ne pourrait qu’envenimer nos relations et m’offrir un sursis bienvenu. ‹‹ Vous avez déjà vu un déodorant en forme de fleur ?   ›› D’un geste de la main, je balayai sa remarque, m’attardant sur le premier, en forme de fleur justement, aux détails saisissants. Trop de simplicité, trop de déjà-vu à mes yeux, trop de trop. ‹‹ En réalité c’était ça que je cherchais, quelque chose de simple.   ›› Un regard, je m’enfermai dans le rôle d’un supérieur trop exigeant. ‹‹ Et je ne crois pas avoir jamais vu quelque chose de semblable à la première ni à la deuxième bouteille. Ce n’est pas commun. ›› Un nouveau regard, plus dur, qui dériva davantage sur ses épaules que sur ses prunelles, incapable que je fus de la regarder droit dans les yeux. Lâche. Trop attendu malgré tout. Et je suis certain d’en avoir déjà vu des semblables, vous voulez que l’on vérifie ? En étais-je à ce point certain ? Peut-être, j’avais toujours eu une bonne mémoire et si rien ne pouvait se rapprocher du niveau de dessin et de créativité d’Helena, j’étais à peu prêt certain d’avoir déjà entraperçu quelque chose dans le genre, peut-être dans un prototype ou une ébauche de flacon d’une maison de parfum peu connue, et jamais mis en circulation par la suite, que j’avais croisée au cours de ma thèse ou simplement pendant mes études. Mais au moins un précédant. Je me penchai à nouveau sur les feuilles, délaissai ses protestations pour mieux me concentrer sur le reste, une agressivité gratuite. Protectrice. Derrière laquelle m’enfermer et me protéger, dans un égoïsme qui ne me ressemblait en rien mais que je justifiais en mon for intérieur comment destiné à la protéger elle.

Une agression que je tempérai à la dernière seconde en lui laissant l’opportunité de se justifier. De me prouver que j’avais tort. Que je n’avais qu’une vision partielle, obtuse et subjective de l’ensemble. J’écrasais et j’écartelais tous les principes qui avaient bercé mon enfance, qui m’avaient forgé en tant qu’homme, pour ne laisser parler que celui que je me contraignais à être. Je levai avec difficulté les yeux dans les siens, pour soutenir son regard. ‹‹ Je suis d’accord pour la troisième, elle est plutôt basique. Mais, pour reprendre ce que vous avez dit, jamais je ne ferais de désodorisant des deux premières ! Ou alors des désodorisants de luxe. ›› J’arquai un sourcil, dans un haussement d’épaules. Restai silencieux : elle n’avait pas tort, je n’avais rien à redire là-dessus. Et je préférai, de loin, continuer à l’entendre parler. ‹‹ Il y a un travail précis de ciselage du verre, il y a une minutie extrême sur les pétales et le pistil et là pour les cloches de muguets. ›› Ma main dégagea l’une des feuilles au moment où elle voulut faire de même, nos mains s’effleurèrent et je sentis mon souffle se couper, dans un contact que j’aurai voulu éviter. Que j’aurai dû éviter. A la colère et l’émotion se mêla l’angoisse, je retirai ma même précipitamment, elle fit de même de son côté. Contractai le poing pour en faire disparaître des tremblements. Je toussai pour masquer mon trouble, ne le mettant que davantage en avant. ‹‹ C'est simple et pourtant c’est un travail énorme de précision et de parallélisme sur chaque bouteille. Je ne pense pas que ça ait l’air chargé, je ne pense pas que ça doit en avoir l’air. Ce serait trop, ce n’est pas l’esprit du parfum, il est trop léger pour ça. Je voulais quelque chose qui parle au premier regard. Un produit lisible, un désir qu’on puisse imager. Je voulais que quelqu’un qui aurait envie d’un parfum florale voit ces fleurs et sache que c’est ce parfum-là qui correspondra à ses attentes... ›› Elle leva les yeux dans ma direction, je la sentis même les poser sur moi et ne pus que faire de même, me perdant un instant dans ses prunelles. Ses propos se tenaient, bien sûr. Ses propos, ses idées, tout n’était qu’en concordance avec ce que j’avais retenu du cahier des charges du projet, un projet que je ne maîtrisais pas encore tout à fait, que j’allais devoir potasser dans l’après-midi, dans la fin de la semaine pour rattraper mon retard, en connaître tous les tenants et aboutissants sur le bout des doigts. Je ne pouvais rien redire : la simplicité que je lui reprochai, elle l’avait justifiée. L’esprit du parfum était là, la composante luxueuse également dans le savoir-faire que la réalisation des produits allait exiger… Helena connaissait son travail. Mieux que moi. Et elle en avait conscience. Je me levai, agacé, satisfait, heureux pour elle, humilié dans un sens, agacé de me sentir humilié dans un autre. Cela n’avait pas de sens, pas pour moi. Comment pouvais-je trouver le moindre équilibre en étant à ce point en porte-à-faux avec tous les idéaux de vie qui étaient le fondement de mon exigence ? Je ne pouvais pas. De toute manière, mon équilibre, je ne l’avais réellement trouvé qu’entre ses bras. Des bras que j’avais perdus, et que je devais tenir à distance.

‹‹ Mais bien sûr, si vous pensez qu’aucun des dessins ne plaira au client, je peux tout recommencer.   ›› Je secouai la tête, en me passant une main sur le visage, traçant un demi-cercle dans le bureau, dans une volonté inhabituelle de dissiper une nervosité trop familière. Décemment, je ne pouvais lui demander de tout recommencer. Mais l’ombre de sa main frôlait encore la mienne. Décemment, je ne pouvais pas exiger d’elle qu’elle fasse de ses dessins des boulettes de papier et qu’elle les utilise en combustible. Mais je ne pouvais pas non plus céder. Je ne devais pas lui céder. Et la limite entre le professionnel et le personnel disparaissait dans mon esprit, ondulait pour disparaître, sans que je ne parvienne à empêcher cela. Je ne peux pas vous demander de tout recommencer. Je vis là l’occasion de rejoindre mon bureau, d’ouvrir mon agenda où j’avais consigné la deadline pour ce projet de mon écriture serrée et scolaire. Le projet est trop avancé pour cela, si je ne me trompe pas, le client attend les premières esquisses pour la semaine prochaine, et vous avez encore du travail à fournir sur ces trois ébauches. Sur l’agenda, je repérai une entrée. Surlignée. Comme un rappel que j’avais placé là pour… pour quelle raison déjà ? Soirée – gratin aristo – alcool ? – Pas Helena. avais-je raturé pour moi-même : une mise en garde. L’évidence s’imposa, il ne fallait surtout pas qu’elle ait le temps de s’hasarder dans ce milieu, je connaissais ses faiblesses, je croyais les connaître, et je savais avec quelle complexité nous nous étions efforcés de l’en sortir des années plus tôt. Ou sur au moins deux d’entre elle : vous oubliez la troisième. Je désignai en secouant à nouveau la tête. Partez sur une piste plus complexe, pour proposer de la diversité. Je veux du complexe, je veux de l’imagé, je veux que l’on se représente le parfum, son effet plus que sa nature. Vous voyez ? Mes doigts tapotèrent sur le bord du bureau, refermèrent l’agenda pour déverrouiller mon ordinateur. Je ne vous connais pas assez pour être certain de ce que j’avance, mais j’ai l’impression que lorsque vous avez une idée en tête, vous vous y tenez, et n’arrivez pas à embrasser d’autres pistes. Fleur d’oranger, muguet, c’est trop direct, ça ne laisse pas de place à l’imagination de l’utilisateur. Il faut garder du mystère, faire ressentir et non pointer du doigt. L’idée de la fleur n’est pas mauvaise, mais j’ai la sensation que c’est trop directif malgré tout. Il faut du rêve, il faut de la sensualité, il faut de la féminité. Regardez-vous dans une glace et dessinez le flacon qui vous représente, et vous aurez ce que j’attends, mes yeux glissèrent sur elle, j’inspirai difficilement. Je ne veux pas vous apprendre votre travail, mais vous voyez ce que je veux dire ? Ne restez pas sur de l’attendu ou dans votre zone de confort. Surprenez-moi. Et pour les deux autres, la fleur et le muguet, faites-moi des prises de vue en 3D sous différents angles, que je puisse me représenter davantage le fin travail de ciselage que vous évoquiez. Un regard vers l’heure, vers l’agenda. Je fronçai les sourcils. M’adossai contre mon bureau. Pour demain neuf heures, c’est possible ?


 
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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

 par Helena M. Percy le Dim 1 Avr - 18:56


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Quand son supérieur lui demanda si elle voulait vérifier la véracité de ses dires quant au manque d’originalité de ses dessins, Helena secoua la tête. Tout avait déjà sûrement été fait sur cette planète ou tout tournait en rond. Elle n’allait pas prendre le risque de trop s’avancer avec ce genre de choses, si son supérieur lui disait qu’il avait déjà vu ce genre de design, alors c’est que cela manquait effectivement d’originalité. La jeune femme assuma le nouveau coup de la déception, mais après tout ce n’était pas comme si elle avait passé des mois sur ce projet. 
Ce qui intéressait maintenant la belle blonde était ce que son patron avait maintenant à proposer. 
Elle l’observa se relever, nerveux, avec l’impression qu’il était de plus en plus difficile à cerner. On aurait dit qu’il était nerveux. Était ce parce que c’était son premier jour ? Était ce ce projet qui lui mettait la pression ? Avait il la nécessité de mettre son empreinte, d’asseoir son autorité dès les premiers instants ? Ça aurait été compréhensible. Mais il avait l’air plus nerveux encore que ça. La jeune femme avait l’habitude d’observer les gestes, les expressions, les intonations. Le monde était un théâtre à ciel ouvert et pour le moment, les rôles semblaient encore difficilement se mettre en place... 
Il était ravi de ses dessins mais n’aimait pas son travail. Il trouvait qu’elle avait du talent mais que le projet n’était pas bien mené. Alors, que fallait il faire M Stepanovic ? 

‹‹ Je ne peux pas vous demander de tout recommencer. Le projet est trop avancé pour cela, si je ne me trompe pas, le client attend les premières esquisses pour la semaine prochaine, et vous avez encore du travail à fournir sur ces trois ébauches. ››

La jeune femme l’observa alors qu’elle enregistrait ses paroles. Il n’allait pas lui demander de tout recommencer. Helena en aurait presque soupiré de soulagement si la demande qui allait suivre n’était pas comme telle. 
Il lui demandait de tout recommencer sans tout changer. C’était complexe, quelque peu paradoxale. À y réfléchir, Helena préférait repartir à zéro, elle n’était pas forcément douée pour construire que des ruines... La belle blonde n’en dit pourtant rien, se contentant d’acquiescer à ses mots sans le lâcher des yeux. 
Au fur et à mesure que les consignes de son supérieur lui parvenaient, la jeune femme commençait a percevoir une logique qui se dessinait. Une nouvelle vision du produit. Une vision plus subtile. Une vision qui pourrait lui plaire et qui faisait fleurir dans sa tête des nouvelles bribes d’idées. Plus mystérieux, plus sensuel, plus féminin. Elle se sentait capable de réaliser ça. La jeune femme acquiesça, ne voulant pas interrompre le flot de paroles inspirantes en parlant inutilement. 

‹‹ Je ne veux pas vous apprendre votre travail, mais vous voyez ce que je veux dire ? Ne restez pas sur de l’attendu ou dans votre zone de confort. Surprenez-moi. Et pour les deux autres, la fleur et le muguet, faites-moi des prises de vue en 3D sous différents angles, que je puisse me représenter davantage le fin travail de ciselage que vous évoquiez. ››

La jeune femme s’avança un peu sur sa chaise. 

‹‹ On garde les deux premiers de côté et j’essaie de vous présenter totalement autre chose pour le troisième. ››

Elle résuma, bien décidée à lui donner ce qu’il voulait. 

‹‹ Pour demain neuf heures, c’est possible ? ››

Hel jeta un coup d’œil à sa montre, mimant le geste de son supérieur, pour constater qu’il ne lui restait pas longtemps pour se remettre au travail. 

‹‹ Je vais m’y mettre tout de suite. ››

Accordant le geste à la parole, la jeune femme se leva en gardant son patron en vue au cas où il voudrait encore lui demander quelque chose. Quand elle estima qu’il n’allait plus rien à ajouter, elle prit la direction de la porte, posant la main sur la poignée, elle se retourna encore une fois. 

‹‹ Ce sera sur votre bureau à l’heure demain. ››  

Puis elle lança dans un sourire professionnel. 

‹‹ Merci, M Stepanovic. ››

En appuyant quand même un peu sur son nom de famille, comme il l’avait un peu trop fait avec le sien. 

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Re: (nikhel) Maybe we're perfect strangers

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